LES RÉGNES: LEUR NOMBRE ET LEUR ORDRE
Chacun sait que la nature se partage en règnes. Le plus élevé, celui auquel nous appartenons par notre corps, est le règne animal. Il est clairement déûni et assez bien connu de tout le monde pour qu'il ne soit pas nécessaire de le caractériser. Les êtres qui en font partie sont doués de sens ; on leur suppose à tous la capacité d'éprouver avec plus ou moins d'intensité le sentiment de la douleur, ainsi que la faculté d'un mouvement volontaire. L'animal est doué d'une vie qui s'appelle âme, «L'àme de l'animal est dans le sang, » dit la parole de Dieu. Le règne végétal se distingue du règne animal par l'absence totale d'intelligence, de sens et de mouvement volontaire. Il se distingue du règne minéral par la croissance et le développement de ses diverses parties, ainsi que par la construction cellulaire ou organique de ses tissus.
Le règne minéral renferme, selon l'idée générale qu'on attache à ce mot, tous les minéraux, les terres et quelques sels. On en exclut ordinairement les gaz et les liquides, qui néanmoins lui appartiennent, tout aussi bien qu'un œuf appartient au règne animal ou une semence au règne végétal. Le mercure est un minéral aussi bien que l'or ou l'argent, mais le mercure est liquide, et il se change facilement en vapeur; dans cet état, il n'appartient pas moins au règne minéral qu'à l'état liquide ou solide. Il en est de même de toutes les autres substances qui peuvent passer d'un état à un autre. Elles ne peuvent pas appartenir solides à un règne, et liquides ou gazeuses à un autre. Nous concluons donc que l'état liquide ou gazeux, dans lequel une substance quelconque peut se trouver, ne l'exclut en aucune façon du règne minéral. Si le nom de règne minéral semble bannir de ce règne les corps à l'état gazeux, il en exclut aussi le corps d'une plante ou d'un animal ; néanmoins ces corps lui appartiennent, car ils sont formés d'éléments tirés du règne minéral. Dans la crainte que l'expression de règne
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minéral ne puisse multiplier les causes d'erreur, nous propo-^ sons en conséquence de le remplacer par celui de règne pondérable. Nous ne voulons pas exclure le nom de règne minéral» mais, là où nous craindrons d'être mal compris, nous donnerons la préférence à celui de règne pondérable.
La physique et l'astronomie nous ont familiarisés avec des substances qui ne peuvent guère prendre place dans le règne pondérable. De ce nombre sont l'électricité, le galvanisme, le magnétisme, l'étber répandu dans l'espace et dont les vibrations produisent la lumière et la chaleur, les queues des comètes et les nuages cosmiques qui couvrent comme d'un léger voile quelques parties de la voûte céleste. L'existence de ces derniers nous est seulement révélée par une moindre obscurité des parties qu'ils recouvrent. Ces substances, qu'on s'est contenté d'appeler impondérables y n'ont pas été classées dans l'ordre général de la nature. Pour suppléer à cet inconvénient, nous en formons un règne, que nous nommerons règne éthérique, ou règne impondérable; sa place chronologique sera avant le règne pondérable, vu qu'il a dû exister avant ce dernier.
Notre but étant d'embrasser dans une classification générale toutes les substances connues, pour avoir devant les yeux un tableau de toute la nature, nous ne pouvons entrer dans la discussion des diverses questions qui pourraient se présenter; celles-ci par exemple : Fautil admettre la théorie d'ondulation ou celle d'émanation? Le galvanisme et l'électricité ne pourraient-ils pas appartenir au règne pondérable, plutôt qu'au règne éthérique? Outre que les connaissances nous manquent pour entrer dans un pareil examen, il est assez indifférent, pour notre but, qu'il existe un ou deux règnes au-dessous du règne pondérable. Les lois générales que nous présentons, et qui sont tirées de l'analogie, n'en seraient nullement affectées; on n'aurait qu'à faire une fois dç plus, ou une fois de moins, les opérations que nous indiquerons plus tard comme caractérisant un règne. La distinction du règne éthérique n'étant fondée que sur des données qui ne paraissent pas très concluantes, nous n'insistons en aucune façon sur son existence ; nous laissons la question indécise. Pour éviter cependant la constante répétition de nos doutes, et une discussion de tous les cas particuliers qui pourraient se présenter, ce qui nous mènerait beaucoup trop loin, nous admettons dans le courant de cet ouvrage que toutes les substances impondérables appar-
tiennent au règne éthériqne. Tout ce qui est attaché à la matière, tout ce qui est contenu dans notre monde astral peut ainsi être partagé en quatre grandes divisions, que nous nommons règnes. En les rangeant d'après leur ordre chronologique, nous avons :
Premier règne : le règ^ie éthérique.
Second > » » pondérable.
Troisième » * » végétal.
Quatrième » » » animal.