‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 34 sur 130 · DÉVELOPPEMENT DES RÈGNES · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DES RÈGNES

Etat de Tarbo-

Le 8* état n'est que

Etat de la com-

rescence.

faiblement dévelop-

munauté

pé chez les animaux

qui embrasse tout le

inférieurs, et man-

genre humain.

que complètement

chez les animaux su-

périeurs.

Etat de la flores-

Formation des ani-

L'homme.

cence.

maux hermaphrodi-

Dualisme des sexes.

Apparition des

tes, et des animaux

Pu,

ayec le dualisme des

sexes.

sexes.

Florescence.

Sexes.

Union conjugale.

Llndividualité.

L'individualité.

L'individualité.

Algues à une cel-

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lule.

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Cellules isolées.

Cellules isolées, plus ou moins indépen-

dantes, capables de se reproduire.

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Monades.

Les animaux. L'homme.

Régne végétal.

Régne animal.

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de Datara différente, ^^ pliéaMnuire.

Ce tableau doit le lire de bas an beat. Le 1er état da le oommenoement de toute rie.

règne étb4riq«e ett

vail produisent, comme une conséquence nécessaire, les lois de l'analogie^ par Tuniformité de structure et de développement qu'elles donnent aux divers règnes. Elles nécessitent aussi la multiplicité des vies dans tout corps composé de plus d'une cellule.

4. De la séparation des cellules d'un corps en divers groupes, qui se partagent les fonctions nécessaires à la vie. il résulte une dépendance mutuelle^ qui n'existe pas dans les corps où il n'y a pas de division de travail, et où toutes les cellules remplissent des fonctions indentiques. Cette dépendance mutuelle des cellules les unes à l'égard des autres donne naissance à la fragilité de la vie dans les corps supérieurs. Là où chaque cellule peut remplir à elle seule les fonctions nécessaires à la vie, comme dans les plantes et les animaux les plus inférieurs, la fragilité de la vie disparaît. Nous entendons par « fragilité de la vie » uniquement la dépendance mutuelle de la vie des cellules, dépendance en vertu de laquelle la mort de quelques cellules peut entraîner celle de toutes les autres. Il ne faut pas confondre la fragilité de la vie avec une courte durée de la vie.

5. L'indépendance réciproque des cellules, c'est-à-dire leur faculté de remplir à elles seules toutes les fonctions nécessaires à la vie, constitue toujom-s l'état le moins élevé dont un règne soit susceptible. Nous en avons l'exemple dans les algues et les zoophytes. Plus l'indépendance est complète, plus le corps que ces cellules forment est d'une nature inférieure; mais à mesure que l'indépendance diminue, nous voyons les corps s'élever en proportion.

6. La division des sexes ne peut être produite que par la réunion d'un grand nombre de cellules en une communauté, De plus, il doit y avoir entre elles une subdivision de travail ; l'étendue de cette subdivision fixera le degré de perfection auquel atteindra l'individu, et déterminera aussi celui du développement des sexes.

Les hommes ont toujours cherché à exprimer par des chiffres ou des formes mathématiques les rapports des divers objets entre eux. Si l'on voulait appliquer aux résultats que nous venons d'obtenir une forme analogue, nulle n'y serait plus appropriée que celle de puissances pour les développements de la vie, et celle d'une progression géométrique pour la croissance

GH. I. l'individualité - | 9 97

des corps ou des espèces. Là où l'on peut observer avec toute la précision désirable, comme dans les algues, on voit un individu se partager en quatre nouveaux individus, ces 4 en 16, ces 16 en 64, ces 64 en 256, et ainsi de suite ; ce qui donne une progression géométrique.

Le développement produit par la division du travail suit une marche bien plus rapide encore; il devance le premier développement à pas gigantesques. La progression des divers états semble être une multiplication par elle-même; la plus petite fraction du dernier terme renferme infiniment plus que tous les précédents réunis. Aussi les noms de seconde et troisième puissance conviendraient parfaitement au second et au troisième état, et sous plus d'un rapport on peut désigner les molécules et les cellules comme leurs racines. Ces lois de développement des règnes ont une trop grande ressemblance avec celles auxquelles l'espace même est assujetti pour nous paraître l'eflfet d'un pur hasard. Dans l'espace, le développement se mesure en premier lieu par une ligne, une longueur sans largeur : c'est l'unité isolée. Le second degré se produit par la combinaison ou la communauté de deux lignes; elles produisent une surface sans profondeur. Le troisième développement se produit par trois lignes multipliées ensemble ; elles produisent le cube moyennant lequel l'espace peut seul se mesurer dans toutes ses dimensions. Il est naturel que, vu l'infériorité du développement de l'espace en comparaison de celui des règnes, les termes soient réduits au dernier degré de simplicité. Nous aurions ainsi pu ajouter au tableau des développements des règnes celui de l'espace, qui les renferme, sans troubler l'harmonie qui s'y présente.

Nous prions le lecteur de ne pas supposer que les états dans lesquels se partagent les règnes sont des divisions correspondantes aux classes. L'animal dans son premier état cellulaire, la jeune bête dans toute sa force, le même animal dans sa décrépitude, sont divers états qui embrassent toutes les classes, toutes les familles, tous les individus. Les états n'ont donc rien de commun avec les classes, pas plus que l'âge d'un homme avec sa nationalité.

§ 9. Impossibilité pour la matière de se spiritualiser ou de devenir vie.

Pendant que le sujet de ce chapitre est présent à notre mé-

moire, nous nous permettrons de faire une remarque qui appartient proprement à la seconde partie de cet ouvrage. L'examen du premier état nous a montré que la ténuité de la matière est le résultat de Tisolement ou de la répulsion réciproque des molécules. Il résulte de cette analyse que plus la matière est subtile, plus elle est imparfaite ; et moins elle est subtile^ plus elle est développée. Le cristal est la matière inorganique à son plus haut degré de perfection. L'éther de l'espace est la matière à son état le moins élevé. S'il existait une substance encore plus subtile, elle n'en serait que plus imparfaite. Ce même principe nous montre que la matière attachée à la nature organique est seule corruptible*; la possibilité d'une corruption est chez elle un signe de développement, de perfection et non du contraire.

Ainsi la supposition que la vie se compose d'une matière extrêmement subtile est tout ce qu'il y a de plus opposé aux lois de la nature; ce serait abaisser la vie à l'état le plus bas du règne le plus inférieur. On contredit de même les lois de la nature et de l'analogie, quand on imagine que notre corps se composera dans le monde spirituel d'une matière terrestre d'une grande subtilité. Ce serait abaisser notre pauvre corps au plus bas degré où la matière puisse descendre. L'ignorance complète des lois de la perfection dans la nature pouvait seule permettre à l'homme de faire des suppositions aussi peu rationnelles. L'idée qu'une vie, ne fût-ce que végétale, puisse exister dans une matière inorganique, non corruptible, dont les molécules se repoussent les unes les autres dans toutes les directions, est une vraie monstruosité pour le naturaliste. Combien la supposition qu'une vie plus élevée, une vie spirituelle, puisse animer une matière inférieure aux gaz, doit-elle lui paraître plus improbable encore ! On nous répondi'a peulrêtre : < Toutes choses sont possibles à Dieu > Sans doute ; mais pourquoi Dieu ne donnerait-il pas cours à des lois que lui-même a instituées pour notre instruction, et qui servent de modèle pour nous faire comprendre la constitution du monde à venir ? Dès que l'homme laisse errer son imagination dans le domaine spirituel, dont il ne peut avoir aucune connaissance par lui-même, ses suppositions sont tout juste le contraire de ce qui est vraisemblable.

*) L'eau en elle-même n'est pas corruptible : ce qui se corrompt en eUe, ce sont les matières organiques qui s'y déreloppent.

€H. in, L'INDIVIDUALITÉ - § 10 99

L'analogie seule peut mener à la rérité. Le moindre oubli de ses règles sera toujours pour l'homme réfléchi une absurdité.

§ 10. Remarques.

Nous avons remarqué, dans les règnes éthérique et minéral, que plus la matière est subtile plus elle est imparfaite. Cette règle provient de la circonstance que moins la matière renferme de vies, moins elle peut se condenser et s'organiser, et par •conséquent moins elle est parfaite. Mais ce caractère (la ténuité de la matière), n'étant qu'un des signes qui indique l'imperfection, doit nécessairement subir de nombreuses modifications. Aussi nous ne pouvons point l'appliquer comme une loi absolue, et dire que l'hydrogène est moins parfait que Toxigène, le fer moins parfait que Tor. La présence des vies se manifeste encore par beaucoup d'autres caractères, — comme la dureté, la cohésion, la réfraction, la capillarité, les formes, etc., — qui tous ont autant de valeur que la densité, et se modifient les uns les autres à l'infini. Néanmoins, sur une très grande échelle, tous ces caractères s'expriment assez correctement par la densité. Ainsi le règne éthérique est moins parfait que le règne minéral, l'état gazeux moins parfait qne l'état liquide, l'état liquide moins parfait que l'état solide. Une comparaison avec les signes de perfection et d'imperfection dans la nature organique fera comprendre plus facilement notre pensée; nous prions le lecteur de les parcourir rapidement. Par exemple, dans le règne animal un signe d'imperfection est la queue ; les animaux dont le corps aura l'apparence d'être une longue queue, comme l'anguille et le serpent, auront la forme la plus imparfaite. Sous le rapport de la forme extérieure, l'anguille serait donc inférieure à l'abeille. Mais il est encore beaucoup d'autres caractères de perfection et d'imperfection, comme le développement du cerveau, la fragilité de la vie, etc. ; d'après ces nouveaux caractères, l'anguille se place au contraire au-dessus de l'abeille. Le développement de la queue n'est donc qu'un signe relatif, selon les différentes classes dans lesquelles cette forme primitive se montre. Les vers, qui, chez les animaux invertébrés, correspondent aux serpents et à l'anguille, sont de nouveau aussi inférieurs aux insectes que l'anguill e est inférieure à un chien. Parmi les singes, les individus les plus élevés sont ceux qui n'ont pas de queue.

Nous engageons les personnes qui désapprouveront l'expression de vie appliquée à la nature inorganique à lire Dos Leben der Atome, par Mœller.

Dans le chapitre III, nous avons parlé des cellules végétales^ et animales d'une manière tout à fait abstraite; nous devons par analogie accorder à ces dernières, comme aux monades, une inestimable fraction d'un mouvement volontaire, instinc-^ tif. Les organisations qu'elles forment ne sont cependant jamais le résultat de leur propre volonté ou de leur propre combinaison, mais de l'intelligence souveraine qui les a douées de tellefaçon que les unes se réunissent sans en avoir la conscience en corps organisés, comme d'autres forment des bancs de corail.

Toutes les fleurs de la famille des composées, — on pourrait en dire autant de beaucoup d'autres, — tout en présentant au premier coup d'œil l'apparence d'une fleur unique, sont néanmoins formées d'un grand nombre de petites fleurs distinctes. Ces fleurettes, qu'on désigne dans la famille des composées, selon le degré de leur perfection, du nom de fleuron et de demifleuron, sont quelquefois assez nombreuses. Une grande reinemarguerite, par exemple, peut en renfermer jusqu'à 600. Chez les amarantes, le nombre des fleurettes est encore beaucoup plus considérable. Un seul gros panache peut en avoir plus de cent mille. Or non seulement chaque fleurette doit être considérée comme une individualité, mais chacune des graines qu'elle renferme a droit à cette même distinction, vu qu'elle peut reproduire un nouvel individu. Par la même raison, chaque spore est aussi une individualité, et un seul champignon' peut renfermer des millions de vies parfaitement distinctes.

Mais si les graines et les spores participent à une individualité spéciale, il n'est pas possible de refuser cette qualité aux cellules du pollen, puisqu'elles renferment chacune l'élément fructifiant d'une nouvelle vie. Donc une fleur se compose d'autant de vies qu'elle a de graines, de spores, ou de cellules de pollen ; chiffre qui peut se multiplier presqu'à l'inflni. On rencontre quelquefois dans une rose des feuilles dont la moitié est développée en pétale, l'autre moitié roulée en sac contenant du pollen. Comment accorder, dans ce cas, à une moitié de la

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feaille des milliers de vies, et les refuser à l'autre moitié? Cette structure particulière force à conclure que chaque cellule a une vie à elle, et forme ainsi une individualité distincte.

L'anatomie de l'homme fournit divers faits curieux, qui prouvent la nécessité de l'existence de cellules ayant chacune leur âme (ou vie)indépendante; nous ne citerons que les ceUules vibrantes {Flimmer ZeUen), qui peuvent continuer à se mouvoir plusieurs semaines après avoir été détachées du corps.

Fig. 1, N* 10 nous présente des grains de pollen grossis 300 fois; malgré leur petitesse ils ont une construction merveilleusement régulière. Il est évident qu'ils doivent être des corps <iistincts et par conséquent doués de vies particulières. Toutes les formations analogues dans les règnes organiques doivent ■être dans le même cas. Il est intéressant d'observer les changements que subissent les fleurettes centrales en se rapprochant du bord. On rencontre toutes les modifications possibles entre le fleuron central, N«2, et le demi-fleuron, N* 7, ornant le bord •de la fleur.

Les premières épreuves des chapitres précédents ont déjà été imprimées en 1862 et soumises à la critique compétente de quelques-uns de mes amis.

Depuis lors M. Roberts, à Manchester, a fait l'intéressante dé- <;ouverte que le sang humain possède un nucléus semblable à celui des cellules qui ont la faculté de se propager; celles qui en sont privées n'ont généralement pas ce pouvoir. Dès que J'eus connaissance de ces expériences, je cherchai à les répéter; les globules de sang humain prirent les formes fig. 2, a et b. Dans des globules de sang d'oie (e vues en face, /* vues de côté) Je vis le nucléus, qmi s'aperçoit distinctement en ^, se partager et prendre une apparence granulée comme dans g. En examinant le sang qui se forme dans les œufs sous l'incubation^ quelques globules paraissaient avoir rejeté plusieurs petits globules par la môme ouverture (fig. h), KôUiker assure comme un fait que, dans les embryons de poules et d'autres animaux, le sang s'engendre par le partage. Cet acte une fois constaté, il n'est pas probable que le sang, qui se renouvelle si rapidement chez les animaux adultes, puisse perdre le pouvoir d'engendrer. Or, comme le mode de propagation par partage, qui est le plus primitif, ne se rencontre que chez l'embryon, il faut ad-

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mettre qu'il est remplacé chez les animaux plus avancés par une forme plus parfaite. Ce changement a déjà été observé par KôUiker dans les embryons. Des transformations analogues se rencontrent partout dans la nature ; nous en avons signalé un exemple chez les pucerons.

Il y a donc lieu de présumer que les globules de sang mères engendrent de la même manière qu'un grand nombre de cellules génératrices, en repoussant de leur corps déjeunes nucléus, Fig. A, /, m, n, montrent les phases que parcourent les globules de sang. Ces phénomènes variés semblent prouver que les globules de sang ont une construction intérieure très compliquée.

La découverte du professeur KôUiker *) confirme notre hypothèse que chaque cellule a sa vie à elle. T3e fait établi, il en résulterait que noti-e corps, ainsi que celui de la plupart des animaux, a dans sa construction une ressemblance frappante avec une ruche d'abeilles. Les cellules sanguines sont comme des reines qui parcourent constamment toutes les parties du corps ; elles engendrent de nouvelles cellules, mais ne

^) Fig. 2. a, h y c, d, représentent du sang humain ;

e, f, g, du sang d'oie ;

h, i, k, l, m, 91, o, du sang de poule tiré d'embryon. «) Remak a été le premier à observer l'acte de la propagation dans le sang ; plus tard il rétracta sa découverte ; Kœlliker la confirma de nouveau.

participent pas au travail musculaire, tandis que le pouvoir d'engendrer est atrophié chez les cellules ouvrières (qui forment les muscles et ne possèdent pas de nucléus), comme c'est le cas chez les abeilles ouvrières.

Outre ces deux espèces de cellules, il existe encore, dans le règne végétal comme dans le règne animal, des cellules mâles et des cellules femelles. La production de l'un ou l'autre de ces genres de cellules caractérise les sexes.

La parole biblique sur le siège de la vie parait ainsi recevoir une confirmation entière et littérale. Non seulement dans le sens figuré, mais aussi comme une vérité physiologique, on peut dire que l'âme de toute chair est dans le sang, puisque c'est le sang qui donne naissance aux nouvelles petites âmes (ou vies) qui se forment dans le corps.

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