CH. VI. LA NUTRITION
Le corps de l'animal ne se composant que de substances empruntées à la plante, les deux ne diffèrent l'un de l'autre que par un principe immatériel (l'archée des vies). Gomme le règne animal tire sa substance du règne végétal, de même le règne végétal tire ses substances du règne minéral; nous en concluons que la différence entre ces deux règnes consiste en archées immatérielles.
Or nous posons cette question: Le principe de la nutrition, si puissamment développé dans les règnes organiques, cesseraitil dans la nature inorganique ? Tout indique le contraire. Nous avons déjà prouvé que la différence entre les diverses substances du règne minéral consiste, comme chez les diverses espèces de plantes et d'animaux, en archées immatérielles. La matière dont se compose le règne minéral ne peut pas appartenir en propre à ce règne, car la matière ne s'y présente pas sans mélange de forces ; elle doit provenir d'un règne plus bas. De plus, les lois générales de l'analogie (IIP Partie, chap. I) l'exigent absolument. L'analyse de la nature et l'analogie démontrent que le règne minéral a tiré, à une époque primitive, du règne éthérique la substance dont il se compose. Ces mêmes lois prouvent encore que le règne éthérique a dû emprunter la substance dont il se compose à la matière primitive. Cette matière primitive, ne possédant aucune force, n'a pu constituer un règne. Les théories de Laplace et de Herschell sur l'origine du monde font pressentir les résultats auxquels nous sommes arrivés, car ils considèrent les étoiles et les nébuleuses comme des astres à différentes époques de développement. Notre système solaire aurait donc commencé par un état nébuleux, semblable à celui des comètes, et se serait condensé peu à peu. Or, une commune origine pour toutes les étoiles n'est possible que si la matière primitive est uniforme, et si la différence entre les règnes inorganiques, comme la différence entre les règnes organiques, provient des forces et des vies. La Bible confirme ces faits, en laissant clairement entrevoir que les règnes inorganiques ont été produits par la création de nouvelles forces, dont l'effet a été la condensation d'une matière primitive, et non par des créations successives d'éléments matériels.
Ainsi tout parait démontrer que la loi de la nutrition est une loi universelle pour toute la nature. D'après cette loi et les phénomènes que nous dévoile l'astronomie, la création du monde n'a pas été soudaine, mais progressive. Les substances primiti-
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ves dont le monde se compose se sont peu à peu organisées par Faction des forces que Dieu y avait placées, exactement comme les substances que renferme un œuf s'organisent par la puissance du germe qui s'y trouve.
Le premier acte de cette grande œuvre a dû être la création de la matière primitive ou morte. Elle était sans force, sans mouvement, incapable de prendre aucune forme, et ne renfermait aucune vie ; Moïse la désigne dans sa cosmogonie par les mots tohu va bohu. Cette matière paraît avoir été divisée en particules extrêmement fines, qu'on appelle atomes. Après cet acte, le Créateur anima de forces éthériques cette masse inerte; ainsi fut produit le premier règne. Une partie de cette substance servit à former le règne minéral ; le règne minéral fournit la substance au règne végétal, et celui-ci fit de même pour le règne animal. Une vie ne pouvant engendrer que des vies de même espèce, il est évident que la production de chaque force a nécessité un acte spécial de la création divine. L'idée qu'une force peut se changer en une autre nous paraît une pure illusion. Comment une force changerait-elle de nature plutôt qu'une vie?
Le premier acte de la nutrition engendre le premier règne, il se fait par l'alliance de la matière morte avec la vie éthérique. Or, comme l'archée de la vie représente le principe mâle, celui de la matière le principe féminin, ce premier acte d'union n'est qu'un mariage des vies éthériques avec les atomes inertes de la matière. Cette alliance se renouvelle pour chaque règne. Le règne pondérable s'est formé comme le règne éthérique ; ce sont les forces du règne pondérable qui se sont emparées des molécules du règne éthérique. Donc le règne éthérique devient visà-vis des forces du règne pondérable le principe féminin, et la vie du règne pondérable le principe mâle. Puis le règne pondérable est pour les vies du règne végétal le principe féminin, et les vies végétales sont le principe mâle. A son tour, le règne végétal devient à l'égard du règne animal le principe féminin, et les vies animales sont le principe mâle.
Ainsi la nutrition des règnes supérieurs aux dépens des inférieurs n'est autre chose qu'un mariage, dans sa forme la plus primitive, entre les molécules et les cellules. Dans cet acte, le supérieur s'empare de l'inférieur pour se l'assimiler et l'élever à un rang plus noble.
En suivant ce principe de la nutrition jusqu'à son origine.