‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 43 sur 130 · PLURALITÉ DE VIES DANS UN MÊME CORPS · texte numérisé non relu

PLURALITÉ DE VIES DANS UN MÊME CORPS

Si nous considérons les forces qui animent le règne pondérable (pesanteur, affinités, cristallisations, etc.), nous les retrouvons dans les substances qui forment le corps d'une plante. Donc la vie minérale n'a pas été détruite en s'incorporant dans une plante. Ainsi tout végétal doit être composé de deux espèces de vies, de vies minérales et d'une vie végétale*. La vie vé-

^) Nous rappelons au lecteur que les forces , appartenant à la classe des yies, doivent porter le nom générique de vies. Ces forces se distinguent entre elles par les dénominations plus spéciales de vies éthériques et de vies minérales. Nous employons volontiers l'expression de vies pour désigner les forces, afin de rappeler constamment qu'elles sont des vies d'un ordre inférieur.

gétal6 se sert de la vie pondérable sans Tanéantir; elle ne peut non plus en remplir les fonctions, sans quoi la vie. pondérable se trouverait être doublée dans le végétal, ce qui n'est pas le cas. D'un autre côté, si la vie végétale pouvait remplir les fonctions de la vie minérale, elle pourrait se passer de celle-ci, et ne tirerait pas sa substance du règne minéral. La vie supérieure se sert ici de l'inférieure comme d'un serviteur, et ne peut exister sans elle.

Il en est de même pour l'animal; on distingue chez lui des forces minérales (que son corps conserve après la moi-t\ et une vie psychique, source des sensations et de l'intelligence. Ainsi la pesanteur de son corps n'est pas l'effet de sa vie animale, mais une qualité du règne pondérable. Le soufre, le fer, la chaux, le carbone, que contient un corps, ne perdent jamais leurs qualités. Par conséquent le corps de l'animal vivant ne cesse pas de faire partie du règne pondérable; il renferme donc et la vie de ce règne et celle du règne animal.

En analysant les forces du règne minéral, nous y trouvons des forces éthériques. Par exemple, dans les comètes, qui appartiennent au règne éthérique, on peut observer que la matière dont elles se composent est soumise aux mêmes lois d'attraction que les substances minérales, et l'on doit en conclure que ces lois sont identiques dans les deux règnes. Donc la force d'attraction que renferme le règne minéral provient des substances éthériques qu'il s'est assimilées. Il en est de même pour toutes les autres forces éthériques: elles se retrouvent dans le règne minéral ; donc le règne minéral renferme le règne éthérique. Comment un corps, en se consumant, pourrait-il produire de la lumière et de la chaleur, s'il ne contenait pas des substances éthériques ? Demandez à un physicien ou à un astronome comment la matière pondérable qui forme le noyau solide des astres aurait pu former des gaz et des cristaux sans les forces de répulsion et d'attraction, sans chaleur et sans électricité. Or, si le règne minéral contient les forces du règne éthérique, il doit en avoir tiré sa substance, et ne peut renfermer de matière à l'état primitif. Le règne minéral suit à cet égard la même loi que les deux règnes supérieurs.

Le règne minéral possédantdes forces du règne éthérique, il s'ensuit que les plantes et les animaux, en renfermant les vies minérales, possèdent aussi les vies éthériques. Nous aurons donc pour la construction de la nature Tordre suivant : le règne

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éthérique a une espèce de vie, le règne minéral deux, et le règne végétal trois. D'après cette progression, le règne animal doit avoir qtuitre espèces de vie; c'est ce que nous chercherons à prouver, en montrant que la vie animale contient, en sus des vies éthérique et minérale, une vie végétale. C'est une règle générale, admise par chaque physicien, que des effets semblables doivent tirer leur origine de causes semblables. L'analogie plus ou moins grande, le nombre des faits plus ou moins saillants, dictent le degré de créance que des déductions de ce genre méritent.

Si nous comparons le règne végétal avec le règne animal, nous trouvons qu'ils ont des fonctions semblables, à tel point qu'il est difficile de déterminer, pour les plantes et les animaux les plus inférieurs, s'ils sont des végétaux ou des animaux. Il doit y avoir identité de vie, puisqu'il y a identité d'effets. Ces animaux si disgraciés auraient donc une vie végétative, et leur vie animale serait réduite à peu près à zéro. Il existe ainsi une raison bien naturelle pour que les êtres du règne animal chez lesquels la vie animale est encore très peu développée ressemblent aux individus du règne végétal. Cette ressemblance existe non seulement pour les animaux les plus chétifs, mais aussi pour les animaux les plus élevés; car dans leur premier état embryonnaire ils sont si près du règne végétal qu'on a refusé à ces premières cellules une âme psychique. Â mesure que l'embryon se développe, les organes de la vie animale deviennent plus saillants, selon le rang de l'animal auquel l'embryon appartient.

Outre cette ressemblance entre les constructions primitives des deux règnes organiques, il y a une forte présomption en faveur de l'existence d'une vie végétative unie à la vie animale; pourquoi l'ordre général que nous avons signalé dans les autres règnes serait-il rompu dans ce cas particulier? Là où il y a doute, ce n'est pas à celui qui s'appuie sur l'analogie de prouver le fait , mais à celui qui suppose une exception. C'est ce dernier qui doit motiver son opposition. Celui qui conclut contre les lois de l'analogie doit se justifier par des preuves. Or nous ne connaissons pas de fait indiquant que la vie animale ne puisse renfermer une vie végétale; toute la nature témoigne, au contraire, en faveur de cette supposition.

La vie d'un animal et la vie d'une plante se soutiennent par des fonctions semblables (nutrition, fermentation, absorption,

respiration, circulation, etc.); l'analogie de ces fonctions dans les deux règnes est évidente, puisqu'on les désigne du même nom ; elles sont le produit d'une même vie. Elles ont été appelées dans l'homme la vie végétative. Tel homme n'a qu'une vie végétative, il végète. Les sucs gastriques peuvent continuer à agir après la mort, ils sont donc indépendants de la vie animale. Les cellules vibrantes, qui, détachées du corps de l'homme, continuent des semaines entières à se mouvoir, ont un caractère végétatif. Certains infusoires peuvent se conserver sèches pendant des années, et revivre dès qu'ils sont humectés, ce qui donne à leur vie un caractère végétatif plus qu'animal.

11 est vrai que ces arguments à l'appui d'une vie végétative chez l'animal ne sont pas irréfutables; néanmoins la présomption en sa faveur est si foi-te que nous sommes forcés de l'admettre. Adopter le contraire, en opposition à tous les témoignages de la nature, ne serait pas raisonnable.

Il en résulte que chaque monade, chaque cellule animale possède, à côté de sa vie animale, une vie végétale, une vie minérale et une vie éthérique. L'analogie nous fait pressentir que la vie animale se rapportera à la vie végétale comme la vie minérale à la vie éthérique. Les quatre règnes de la nature n'ont pas une division équidistante, car les deux règnes organiques forment un groupe distinct des deux règnes inorganiques. Pour faire ressortir ces rapports, et néanmoins conserver aux subdivisions le nom de règnes, qu'il nous soit permis de nommer Empi7'es les deux divisions supérieures. Nous aurons ainsi le tableau suivant.

L'univers se compose de deux genres d'archées, Tarchée matérielle et les archées vitales. Leur réunion forme deux empires.

UEMPIRE INORGANIQUE se compose de molécules. Il se subdivise en :

BÂOKB &THÊRIQUB. RÂGNB UIN£B1.L.

Les vies de cet empire sont indestructibles et invariables pour l'homme.

Les vies ne changent pas les substances de leurs corps.

L'acte de la nutrition ne s'est accompli qu'une fois.

lu' EMPIRE ORGANIQUE se

compose de cellules. Il se subdivise en:

RÂONS VÉGÉTAL. RàONB AMIMiLL.

Les vies de cet empire sont destructibles et variables pour Thomme.

Les vies changent les substances de leurs corps.

L'acte de la nutrition se répète continuellement.

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