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naitre le plan de construction du monde visible. L'un sert de modèle à l'autre. Puis, en faisant usage des lois de l'analogie, il faudra rechercher dans le monde invisible les archées spirituelles, archétypes des archées matérielles dont se compose notre terre. Ces archées trouvées et analysées, il faut par analogie leur appliquer les lois qui régissent les archées terrestres.
Cette application des lois terrestres aux archées spirituelles ne peut cependant se faire qu'à la condition que ces lois ne changent jamais, et soient tout à fait indépendantes des éléments qu'elles embrassent. C'est ce que nous enseigne toute la création. Les grandes lois de la nature ne changent jamais. Comme un calcul reste identique, qu'on ait pour unité des cen^ times ou des francs, de même les grandes lois de la nature sont sans variation, que les constructions auxquelles elles s'appliquent aient pour unité une molécule éthérique, une molécule minérale, une cellule végétale, une cellule animale, une cellule humaine, un homme ou toute l'humanité.
Pour que l'étude des vies et de l'âme puisse se constituer en science, elle doit avant tout résoudre les problèmes les plus élémentaires. Elle devra commencer par l'examen des vies les plus simples, c'est-à-dire des vies éthériques; puis, progressant dans son étude, elle passera aux vies minérales, de celles-ci aux vies végétales, et, ainsi étayée des connaissances précédentes, elle abordera sans crainte l'analyse de la vie animale ou de l'âme. Mais aussi longtemps qu'on n'a pas résolu les problèmes les plus simples des vies inférieures, quel espoir peut-on avoir d'éclaircir ceux' des vies supérieures?
Il faudra donc, dans l'étude des vies, consulter tour à touf les physiciens, les chimistes, les botanistes, les zoologistes et les physiologistes ; toutes leurs sciences réunies serviront de base à la connaissance de l'âme humaine.
La psychologie, ou la science de l'âme, embrassera ainsi les résultats les plus abstraits des sciences naturelles. Puis la psychologie, avec toutes les sciences terrestres, servira de base à la connaissance du monde spirituel, puisque notre terre et notre ciel, avec tout ce qu'ils renferment, ne sont que l'image de ce monde à venir dont la perfection et la gloire sont infiniment au-dessus de tout ce que nous connaissons ici-bas.
La science de l'âme ne peut se développer qu'avec le concours de toutes les autres sciences, dont nous allons donner le tableau général. La connaissance de la nature se borne à celle des vies
et des forces ; car il n'y a rien à étudier dans la matière» ses caractères étant immuables. Les sciences du monde visible se partageront ainsi en six grandes classes^ selon le nombre des vies. La l^^' classe s'occupera des vies du règne éthérique, sous le nom d*éthérologie. La 2« aura pour objet les vies minérales: elle devrait se désigner du nom de minéralogie. Il faut, en conséquence, ou étendre la signification de ce nom, ou se résoudre à en adopter un nouveau. La 3' grande science est celle du règne végétal ; elle porte le nom de botanique. La 4<^ est celle du règne animal; elle s'appelle zoologie. Il est à regretter, pour rbarmonie générale, qu'on n'ait pas désigné ces deux dernières par les noms de végétalogie ou plantologie et A'animcUogie. La 5« est celle de l'homme; elle s'appelle anthropologie. La 6«^ est celle du corps humanitaire ; elle n'a pas de nom, ce qui n'est pas un inconvénient, vu qu'elle n'existe pas encore.
Le lecteur comprendra facilement qu'il nous est impossible d'entrer dans aucun détail sur les immenses travaux que toutes ces sciences embrassent. Ce petit ouvrage, dont nous ne voulons pas étendre les bornes pour ne pas en rendre la lecture trop pénible, n'est destiné qu'à être un modeste indicateur au bord du chemin, montrant la direction qu'il faudra suivre pour arriver à la connaissance du monde spirituel et à celle de Dieu. C'est le but final de toutes les sciences terrestres.
Les besoins du cœur et de l'intelligence sont trop impérieux pour que nous puissions renoncer à l'objet de tant de vœux. Comment le Père céleste donnerait-il à ses créatures une soif si brûlante pour une chose qui n'existerait p&s ? — Oui, elle existe, cette.science recherchée avec tant d'ardeur par tous les grands et nobles esprits des siècles passés 1 {elle existe, malgré les doutes des savants actuels, qui considèrent Tinutilité des efforts faits pour y atteindre comme une preuve qu'elle n'est pas de cette terre ! Qu'elle approche, — et sa venue sera saluée avec des transports de joie par tous les amis de la vérité.
§ 3. Vàme des animaux \ leurs institicts et leurs facultés.
Le siyet de ce paragraphe a été traité par beaucoup d'auteurs; la question est embarrassante; aussi, selon les résultats auxquels on a voulu arriver, les animaux ont été éloignés ou rapprochés de l'homme sans égard pour les enseignements de la na-
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ture. Les uns, désirant placer une barrière infranchissable entre l'homme et ranimai, ont cherché à abaisser ces derniers jusqu'à en faire de pures machines; les autres, pour effacer toute distinction entre les deux, ont osé prétendre que les animaux sont les ancêtres de l'homme. Dans ce combat, où les arguments de part et d'autre étaient dictés non par une considération impartiale des faits, mais par le but auquel on voulait arriver, les mots d'institict et de factUté ont été pris dans dès sens si variés qulls désignaient tantôt toutes les forces de l'âme et de la pensée, tantôt une simple force mécanique.
Dans toutes ces discussions, on ne mettait jamais en doute l'unité de l'âme. Cette supposition fournit aux matérialistes leurs principaux arguments pour combattre le parti opposé. Ils raisonnent ainsi : «L'animal a de l'intelligence, de la mémoire; donc il a une âme aussi bien que l'homme. Si l'âme est immortelle, les animaux sont immortels ; et si l'âme est mortelle, l'homme périt comme un animal. > Le parti spiritualiste, pour défendre la suprématie de l'homme, a cru devoir nier la présence d'une âme intelligente chez l'animal ; car, en la lui accordant, il ne posséderait plus de ligne de démarcation entre l'a* nimal intelligent et l'homme idiot.
Toutes ces difficultés disparaissent, si l'on admet la pluralité des âmes; alors on n'a plus à craindre, en accordant une âme et de l'intelligence aux animaux, de les élever à la hauteur de l'homme. £t comment peut-on leur refuser une âme, puisque àme et vie sont la même chose ? Comment nier chez eux les premiers éléments de l'intelligence, puisque leurs actions montrent de la mémoire et de la combinaison ? Je regarde mon chien couché à mes pieds, lui aussi me regarde, et ce regard est plein d'expression et d'intelligence. Il observe avec intérêt tous mes mouvements et semble deviner mes intentions. Comment en faire une simple machine? «Accordez, — dit Hubert, l'intéressant historien des fourmis, — accordez un grain d'intelligence à ces petits êtres, et tout s'explique ; refusez-leur l'intelligence, et vous vous perdez dans un dédale de suppositions que rien ne justifie. > Les témoignages de la Bible sont aussi très positifs à cet égard; elle accorde une âme â tout être vivant. Lors de la création des premiers animaux, Dieu dit: «Eaux, fourmillez d'âmes vivantes!»
Les philosophes qui nient l'intelligence des animaux, de crainte de les rapprocher de l'homme, ne gagnent rien en sou-
tenant une pareille thèse; car il est facile de retourner leurs arguments contre eux. Si Tintelligence d*un singe, d'un éléphant, qui dépasse celle des idiots, n'était qu'un produit mécanique, une intelligence encore plus élevée pourrait être le résultat d'un mécanisme supérieur. On peut arriver ainsi à la conclusion que l'intelligence humaine n'est qu'un produit mécanique. Une fois qu'on aurait admis que les forces mécaniques peuvent agir comme si elles étaient intelligentes, en multipliant ces forces des millions de fois, on arriverait à produire l'intelligence la plus haute. Ce n'est que le premier pas qui coftt«. Accordez, par exemple, aux forces mécaniques le pouvoir d'éprouver la moindre douleur, et vous obtiendrez, par la multiplication de ces forces, la douleur la plus intense.
Que le lecteur se tienne en garde contre les arguments qui reposent sur la confusion des vies. Douer une vie inférieure des forces qui appartiennent à l'âme, ou faire exécuter à l'àme les fonctions d'une vie inférieure, n'esirce pas la même chose que de supposer qu'une plante puisse agir comme un animal* ou un animal comme une plante ?
Se représenter une chose, c'est penser à cette chose. Un chien rêve; or, pour rêver, il faut qu'une série d'images se présentent à lui : donc il pense dans son sommeil à toutes les choses auxquelles il rêve. Mais, s'il pense en dormant, il n'est pas possible de lui refuser cette faculté quand il est éveillé. L'animal a de la mémoire ; or la mémoire est une faculté de la pensée, car elle présente des images. L'animal pense donc à toutes les choses que sa mémoire lui présente. *
La mémoire ne peut être utile qu'à un être sentant et pensant, car elle doit lui rappeler que tel phénomène est suivi de tel effet; elle modifie ainsi sa volonté et ses actions, lui fait éviter ce qui lui est désagréable ou dangereux, et rechercher ce qui lui est agréable ou avantageux. Sans mémoire, point de réflexion possible; et là où il y a de la mémoire, il faut nécessairement de l'intelligence pour en faire usage.
Une machine ne saurait employer ni mémoire ni raison, car elle n'est pas libre de modifier ses actions. Elle ne peut éprouver de douleur, car la douleur n'aurait pour elle aucun but, pas plus que la vision pour une plante. Il est évident que la douleur ne peut accompagner qu'une volonté et un certain degré d'in. telligence; car il faut que celui qui souffre puisse juger d'où lui vient la douleur et qu'il ait le désir ou la volonté de s'en débar-
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rasser. Il faut de plus qu'il se souvienne que précédemment il ne souffrait pas et cherche à reprendre une position qui lui est agréable. Donc la doiUeury la volonté, la peiisée et la mémoire ne peuvent exister Vune sans l'autre; si l'une d'elles manquait totalement, les autres ne pourraient être d'aucun usage.
Supposez pour un moment une pierre douée de sensations, par exemple capable de douleur, mais complètement privée de mémoire, de pensée ou de volonté; si vous réfléchissez aux conséquences d'un pareil état, vous sentirez qu'il ne lui sert à rien de souffrir, car elle est incapable de faire le moindre effort pour changer de position et se débarrasser de la douleur qu'elle éprouve. Supposez au contraire un être pensant ayant une volonté, mais privé de toute sensation, par conséquent incapable d'éprouver de la douleur ; vous lui ôtez le moniteur le plus puissant, l'avertissant des dangers qui menacent sa vie. Un pareil être ne pourrait, dans le combat général de la nature, exister que peu d'instants. Donc la faculté de souffrir est inutile là où il n'y a ni volonté, ni pensée; elle est indispensable là où ces deux facultés existent. L'absence totale de ces facultés dans une vie la classe dans le règne végétal.
Un gouffre profond sépare à tout jamais la vie végétative de la vie animale; il n'y a aucun passage de l'une à l'autre; la plante ne possède pas le moindre atome des sens et des facultés de l'âme. L'âme n'est que superposée à la vie végétative. Très faible, elle est inappréciable; dans ce cas, l'animal semble être une plante. Malgré cette apparence, il ne peut y avoir aucun mélange entre ces deux vies, pas plus qu'il y a d'amalgame possible entre une maison et ses habitants, ou entre un cheval et son cavalier.
L'âme psychique est un faisceau de facultés dont les trois grandes catégories, sensations, instincts et pensées, sont les conditions nécessaires à toute existence. Rappelons-nous que l'âme ne grandit pas, dans l'acception ordinaire du terme ; les facultés sont la résultante d'un mécanisme très compliqué, et dans son premier état embryonnaire l'animal le plus élevé parait aussi peu intelligent que l'animal le moins développé. En conséquence, il n'y a pas de raison pour supposer que la petite âme d'une monade soit moins douée que l'âme d'une cellule appartenant à un animal supérieur.
Ainsi chaque monade, chaque cellule possède sa part de sensations, d'instincts et de pensées ; mais ces facultés ne devien-
nent ordinairement perceptibles que quand elles ont atteint un cert ain degré de force par les efforts réunis de billions de cellules ; — semblables à une particule de poussière, dont le poids est inappréciable à Tinstrument le plus fin, mais qui devient une masse écrasante, si elle est multipliée des millions et des millions de fois.
Outre les sens, la mémoire, Fintelligence, on reconnaît encore, chez les animaux, une série de manifestations qui se désignent par les termes vagues de désirs, goûts, dispositions, naturel ; ils peuvent tous être compris sous la dénomination d'instincts. Ainsi les fonctions de Tâme peuvent se classer approximativement en trois grandes catégories :
1» Les se^is, au nombre de cinq, nous rendent capables d'éprouver la douleur et le bien-être; ils donnent naissance au sentiment de l'existence.
2^ Les instincts et la volonté.
3^ VinteUigence, comprenant la mémoire, Vimaginalion et la pensée; elle nous donne la connaissance de nous-mêmes.
Ces divisions ne doivent pas être considérées comme absolues, nous ne les faisons que pour la clarté de notre sujet; en réalité toutes les facultés de l'âme se fondent si imperceptiblement les unes dans les autres qu'il nous est impossible dé fixer des limites précises.
Les instincts ne peuvent exister sans un certain degré d'intelligence, car une action dépourvue de toute liberté ne peut être appelée instinct. Par exemple, la respiration, la circulation du sang, le mouvement péristaltique, la digestion, ne sont pas des instincts, parce qu'ils sont totalement involontaires. L'âme seule a des instincts, la vie végétative n'en possède pas.
Parmi les instincts les plus saillants dont les diverses classes d'animaux sont doués, nous comptons: l'amour maternel, l'amour des sexes, l'attachement à des compagnons, l'attachement aux lieux, la jalousie, la haine, la rage, la colère que fait naître la moindre contradiction ; ce dernier trait caractérise surtout les singes. On remarque aussi chez les animaux qui vivent ensemble un certain sentiment de sympathie et de pitié. Ils s'aident et se secourent mutuellement, dans quelques cas ils nourrissent les faibles et les aveugles. Puis ils sont capables de courage et d'énergie, de découragement et de crainte. La peur, le désespoir, leur ôtent, comme à l'homme, le libre usage de leurs
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forces et de leurs facultés. La tristesse leur ôte Tappétit, la captivité les prive parfois de toute force, à tel point qu'ils parais* sent morts, et ils recouvrent leur énergie au moment où ils se sentent libres. Les animaux possèdent aussi Tinstinct de la curiosité, de Timitation, de la bâtisse, des voyages, des approvisionnements, le goût de la propreté, du jeu, de la musique ^ etc. Toutes ces choses sont donc Tapanage de Tâme animale ou psychique; plus elles sont fortes et nombreuses, plus Tâme qui les possède a une organisation élevée. De forts instincts s'appellent des passions.
Quelques savants ont cru que les insectes possèdent plus d'instincts que les animaux supérieurs ou les hommes. Cette idée se fonde sur la croyance que les instincts et l'intelligence se détruisent mutuellement. Mais l'intelligence et les instincts croissent avec le développement de Tâme, ces facultés sont inséparables ; à mesure que les instincts se multiplient, ils deviennent moins saillants, parce qu'ils se combattent les uns les autres et que l'intelligence les domine plus facilement. Che^ rhomme, le sentiment du beau, le goût de la musique, de la sculpture, sont des instincts qui peuvent se développer par le travail. Si l'intelligence détruisait les instincts, on ne pourrait pas les ennoblir par l'étude. Toute créature qui a reçu des facultés et des instincts éprouve une satisfaction particulière dans leur exercice ; ils croissent par un emploi fréquent, ou finissent par s'éteindre si les possesseurs n'en font aucun usage.
§ 4. FactiUés et instincts chez les hommes.
En parcourant notre tableau des règnes (figure 11), on peut voir la progression suivante : Le règne éthérique a une espèce de vie; le règne minéral devuc; le règne végétal trois ;,le règne animal gtuztre; Thomme cinq, et l'humanité ^to?. L'homme possède ainsi les quatre vies que renferme le règne animal, absolument comme un animal; mais il a^ de plus, une cinquième vie qui est l'esprit immortel; nous l'indiquons par la lettre 5, initiale du mot latin Spiritus.
Cette nouvelle vie suit la môme loi que toutes les autres; elle
^) Ce talent se développe parfois chez les fionris d'une manière remarquable ; quelques^nee apprennent de leur propre mouvement à chanter comme des canaris.
ï?20 ÉCONOMIE MA.TÉRIELLE - TROISIÈME PARTIE
est superposée, mais ne peut se confondre avec elles. L'esprit €st aussi incapable de remplir les fonctions de Tâme psychique que rame psychique de remplir les fonctions des vies végétales, minérales ou éthériques.
h'esprit, ou cette vie supérieure qui distingue Thomme de l'animal, est nommé souvent dans la Bible « âme >. Il porte aussi ce nom dans la conversation ordinaire ; par suite de cette circonstance il a été confondu avec Pâme psychique, et des deux on n'en a fait qu'un. On a attribué à l'âme spirituelle les fonctions de l'âme psychique, ce qui a singulièrement embrouillé toutes les questions relatives à ces sujets déjà si mystérieux. Ainsi on a cru que l'intelligence, la mémoire, le sentiment du beau, la musique, la poésie, appartenaient à l'esprit, non à rame. L'esprit les aura un jour dans une riche mesure, mais actuellement il ne saurait en faire usage. La distance entre l'âme spirituelle et l'âme psychique est naturellement beaucoup plus grande que la distance entre cette dernière âme et la vie végétale. Supposer que l'âme spirituelle puisse remplir les fonctions de l'âme psychique, n'est-ce pas aussi absurde que de douer une plante d'une vie animale ?
Après toutes les choses étranges que nous avons déjà présentées au lecteur, s*étonnera-t-il si nous lui disons que l'âme spirituelle dont nous venons de parler n'est pas l'âme la plus élevée que l'homme puisse posséder? Il est destiné à en recevoir une plus haute encore., que le Seigneurnomme la nouvelle ânie ou la nouvelle vie, et qui le fera entrer dans une économie plus élevée; ce sera sa seconde ou plutôt sa troisième naissance, car une naissance n'est autre chose que l'entrée dans une économie nouvelle. Cette sixième vie, dont la conscience est la première manifestation, est personnifiée en Christ; elle est la fin et l'accomplissement de toutes les lois naturelles. Toutes les autres vies doivent la servir; elles en sont l'image, afin que nous puissions étudier le supérieur par l'inférieur: l'âme par les forces; l'esprit par l'âme; Dieu par l'homme. Toujours une même loi pour le visible et l'invisible, le présent et l'avenir, le monde matériel et le monde spirituel.
Les résultats que nous avons obtenus, joints à la règle: similitude d'effets, similitude de causes, font juger que tout ce que l'homme a de commun avec le règne animal, et qui ne se retrouve pas dans le règne végétal, appartient à l'âme psychique. En comparant l'âme psychique de l'homme avec celle de l'ani-
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mal» nous voyons que les sens sont généralement beaucoup moins développés chez le premier que chez le dernier. La supériorité de Todorat chez le chien, de la vue chez l'aigle, de l'ouïe chez le chat, du toucher chez la chauve-souris, est manifeste. Mais rinfériorité des sens de l'homme est amplement compensée par la supériorité de son intelligence.
Tous ces dons varient d'un individu à l'autre d'une manière surprenante. L'odorat de quelques chiens est extraordinairement développé, tandis que chez d'autres il est beaucoup plus faible. L'intelligence chez quelques singes est remarquable, chez d'autres elle est très limitée. Les hommes nous présentent des différences encore plus grandes, surtout à l'égard de l'intelligence; car il existe de pauvres idiots tellement disgraciés de la nature qu'ils sont au-dessous des animaux les plus doués. Ces différences s'observent non seulement d'un individu à l'autre, mais dans le même individu. L'homme en naissant paraît n'avoir l'usage que d'un sens, et, après avoir atteint le sommet de sa puissance intellectuelle, il s'incline de nouveau vers l'état de son enfance.
Or, si les hommes dans leur première origine sont égaux, si quelques-uns restent idiots et si quelques autres le deviennent plus tard, on ne saurait assigner à l'idiotisme de l'un une autre cause générale qu'à l'idiotisme de l'autre. Il faut, de plus, admettre que la différence de facultés entre deux animaux de même espèce, puis enti-e deux animaux d'espèce voisine, entre des espèces plus éloignées, puis entre les hommes, est due à une même cause générale. Or, si la différence intellectuelle des animaux entre eux et des hommes entre eux est l'effet d'une cause commune, il faut que cette même cause px*oduise aussi la différence de facultés entre l'animal et l'homme. Par conséquent, si les facultés d'un animal supérieur ne sont que le produit d'une combinaison de cellules pensantes, la supériorité psychique d'un homme sur un autre et d'un homme sur un animal sera due à la même cause.
Ainsi il est au pouvoir du Créateur de construire avec des éléments parfaitement identiques un être très doué et un être privé d'intelligence. Ces éléments sont les cellules; chaque cellule doit être douée d'une petite âme psychique, possédant dans une mesure plus ou moins grande des sens, des instincts et de Tintelligence. Chez ces cellules, il y a des avortements constants; aucune n'est en possession de tous les sens; beaucoup en
paraissent totalement privées. Le sens le plus répandu est celui qui nous rend sensibles à la douleur. Nous concluons donc, en nous appuyant sur Tanalogie directe et indirecte, que Vâme 'psychique de V homme est construite absolument d* après lemême principe que l'âme de l*animaL La combinaison qui produit chez un pauvre insecte un odorat immensément supérieur à celui de Thomme peut, dans le même rapport, produire chez ce dernier une intelligence supérieure à celle de l'insecte; car les sens, comme Tintelligence, sont des facultés intrinsèques d'une même classe de vie et TefiFet de combinaisons identiques.
De ces déductions il est facile de conclure que toutes les passions de l'homme (telles que la colère, la haine, la jalousie, l'amour conjugal, maternel ou filial), les talents pour les arts (poésie, musique, peinture), tous les goûts (ceux du luxe, du changement, de la bâtisse, des voyages), tous les désirs, etc., ne sont que des facultés de l'âme psychique. C'est donc notre âme psychique qui éprouve le bien-être et la douleur, qui pense, qui parle, qui est accessible â la joie ou à la tristesse ; elle est le siège unique des sensations et de l'intelligence, c'est elle seule qui se sent et se connaît.
Le cerveau paraît être le point central où toutes les sensations viennent aboutir. C'est la salle de conseil des cellules du corps; c'est là que toutes les nouvelles sont apportées, toutes les questions discutées, toutes les résolutions prises. Mais dans cette communauté, bien plus compliquée qu'aucun de nos Etats modernes, il faut qu'il règne un ordre parfait, et que chacun observe les lois constitutionnelles qui règlent l'existence du tout. Le moindre désordre peut entraîner la ruine commune.
Le cerveau domine le corps, ses cellules sont les sénateurs qui pensent et gouvernent, tandis que les autres agissent. Si la moindre pression s'exerce sur eux, si les pourvoyeurs (les cellules sanguines) se jettent sur eux en trop grand nombre, ou que telle autre cause apporte dans la salle de conseil un dérangement indu, les délibérations deviennent tumultueuses, incohérentes ou languissantes ; les messages se confondent, il n'y a plus de mesure pour l'espace et le temps, des visions s'érigent en réalité, de fausses nouvelles se répandent, des alarmes sans fondement jettent la confusion et la terreur. Le pauvre malade voit des choses qui n'existent pas, et pour lui l'air se peuple de voix étrangères. Si le mal augmente, la conscience
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de soi-même devient indistincte, le moi qui pense et le moi qui sent ne se reconnaissent plus, à tel point que le moi qui pense s'imagine être transporté dans un autre corps. Dans les cas 1^ plus graves, les cellules pensantes cessent de fonctionner conjointement, et le malade devient idiot. Tous ces bouleversements témoignent avec évidence que Tâme n*est pas une, mais multiple; car, si elle était une, il lui serait matériellement impossible de présenter de pareils symptômes.
Nous le répétons, notre intelligence est le produit des efforts réunis des cellules pensantes du cerveau, comme l'intelligence d'une nation est la somme de ses intelligences individuelles, et comme une science représente la somme des efforts des savants qui s'en occupent. Il en est de même de toutes les autres facultés: elles sont également la résultante d'efforts multipliés. Les sentiments naissent aussi dans le cerveau ; la croyance populaire qui en place le siège dans le cœur est une fiction poétique.
Les cellules réfléchissantes du cerveau ne peuvent se communiquer leurs pensées que si elles sont construites dans ce but. Le principe d'après lequel elles agissent est celui de l'organisation: une multitude d'individus travaillent pour le bien commun. Un exemple tiré des sensations de la douleur fera comprendre quel est ce travail. Les nerfs sensitifs sont des cordons, comme l'indique théoriquement la figure ci-jointe; mais il ne faut pas oublier que leur structure est infiniment plus compliquée que ne le représente le dessin (fig. 12).
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Ainsi une piqûre à la peau produit une douleur dans les premières «ellules, celles-ci la communiquent à leurs voisines, et, en passant de l'une à l'autre, la douleur arrive jusqu'au cerveau; de là résulte une prodigieuse multiplication de la souffrance, car toutes les cellules de cette chaîne sensitive éprouvent la douleur. Ainsi l'intensité de la douleur qu'un animal peut ressentir dépend de la capacité qu'ont les cellules de se com. muniquer la douleur. Si cette chaîne de cellules sensitives souffre une interruption, par exemple en C (ôg. 12), le cerveau n'a plus aucune connaissance des sensations qu'éprouvent les cellules au-delà de C. Chez une grenouille partagée en deux,
les deux moitiés sont encore susceptibles d'éprouver de la souffrance, mais la tête ne sent que la douleur de la moitié à la- (melle elle est attachée, elle n*a plus conscience de celle de l'autre partie. Il en est de même pour tout membre dont les nerfs sensitifs ont été rompus: la douleur qu'ils ressentent reste étrangère à la tête.
On peut objecter que, si la douleur se propage comme nous l'indiquons, elle devrait se faire sentir dans toute la longueur (lu nerf. Nous avouons franchement que nous sommes incapables d'expliquer pourquoi nous n'avons pas ce sentiment. Néanmoins il existe des faits qui démontrent la continuité de la souffrance dans toute l'étendue du nerf. Quelques personnes, après avoir subi l'amputation d'une jambe, croient encore sentir une douleur intense à l'orteil ; le nerf qui aboutissait à ce membre place la souffrance non où elle est réellement sentie, mais à l'extrémité du membre amputé. Donc un nerf peut sentir une douleur dans une partie quelconque de sa longueur, et cependant ne la placer qu'à l'extrémité. Il en est de môme des yeux: la rétine reçoit des impressions qu'elle transmet au cerveau, néanmoins ces impressions ne se placent ni dans l'œil ni dans le cerveau, mais en dehors, dans les objets qui leur ont donné naissance.
Chaque globule de sang, étant une cellule animale ou un petit être animé, doit pouvoir sentir une minime fraction de douleur, mais, comme cette douleur ne se propage pas de Tune à l'autre et ne se communique pas au cerveau, nous n'en avons aucune connaissance. Il n'y a pas de doute que toutes nos impressions doivent arriver au cerveau pour que nous en ayons conscience. Afin de concilier cette vérité avec le fait que nous éprouvons la douleur non dans le cerveau, mais à l'extrémité des nerfs, on a quelquefois admis un fluide nerveux, mais personne n'a jamais pu en constater l'existence, et il est impossible d'expliquer comment la douleur réside dans un fluide; si c'était le cas, en le rassemblant dans un vase, on produirait dans ce vase une douleur intense. La douleur^ étant une faculté de l'âme, ne peut siéger en aucune substance en dehors de celle-ci.
L'idée d'une âme unique, d'où procèdent conmie d'une source les sensations et les facultés qui se manifestent en nous, peut être comparée à l'ancienne théorie de Vémanatimi; tandis que notre hypothèse de la pluralité des âmes, d'après laquelle les sensations se transmettent d'une âme cellulaire à l'autre, est
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comparable à la théorie de VondiUation. La première hypothèse est totalement incapable d'expliquer les phénomènes variés de la nature, la seconde en rend compte d'une manière simple et lucide. La première doit constamment forger de nouvelles hypothèses pour appuyer ses suppositions, elle ne saurait même expliquer comment le cerveau peut être la source unique de toutes les facultés sans pourtant être le siège de Tâme ; la seconde, ne s'étayant que des faits connus, n'a besoin pour sa justification que des analogies de la nature. Une fois qu'on a saisi ridée que le corps de l'homme est composé d'individus cellulaires comme l'humanité se compose d'hommes, il est facile de se rendre compte, au moyen des lois d'association, des phénomènes qui s'y passent. Ainsi l'organisation des cellules sensitives est fondée sur le principe que les hommes adoptent entre eux quand ils ont à produire avec précision et rapidité un grand effet. Lorsque dans un incendie on veut éviter la confusion et le désordre au milieu de la foule accourue pour porter secours, on établit des chaînes ; par ce moyen, on obtient Tordre et la place nécessaires pour apporter avec promptitude l'aide la plus efficace. Ce même système a été adopté pour la construction de notre corps : les cellules sont disposées en chaîne et leurs petites âmes se transmettent, avec une prodigieuse rapidité, les sensations. S'il en était autrement, il en résulterait une confusion semblable à celle d'une foule rassemblée pour éteindre les flammes, mais où, personne ne dirigeant, chacun courrait de l'eau au feu et du feu à l'eau.
Les fonctions importantes que remplit le cerveau, et qui le constituent dépositaire exclusif de toutes nos facultés, de toutes nos sensations et de la conscience de nous-mêmes, ont fait croire à beaucoup de savants, qui se figuraient l'âme comme une unité, qu'elle résidait dans les replis tortueux des circonvolutions cérébrales : théorie démentie par les expériences de l'anatomie.
Le sentiment d'unité qu'éprouve dans l'ensemble de son être un individu sain et vigoureux est si complet qu'on n'a jamais douté de l'unité de l'âme. Mais, quelque puissant qu'il soit, ce sentiment ne se conserve qu'aussi longtemps que l'individu jouit de ses forces physiques et intellectuelles; le moindre désordre introduit dans l'organisation y détermine souvent un désaccord effrayant : preuve évidente que l'âme est le résultat du travail concordant d'une multitude de forces. D faut donc se re-
présenter l'âme comme un rouage d'une grande complication, ce qui est incompatible avec l'unité présumée. Si cette unité existait réellement, on ne comprend pas comment il pourrait s'y opérer un dérangement, car ce qui est un ne peut se déranger ; il faut que quelque chose soit composé de plusieurs pièces pour qu'un désordre quelconque puisse s'y introduire. Aussi l'idée de l'unité de l'âme est totalement impuissante à expliquer, d'après les lois connues, aucun des phénomènes que présentent les maladies mentales. Pour être logique, il faut qu'elle accorde de deux choses l'une: ou que l'âme diminue en proportion delà diminution des forces, des facultés, de l'intelligence et de la conscience de soi ; ou que ces choses ne font pas partie intégrante de l'âme. Mais si la conscience de soi et l'intelligence n'ont pas leur siège dans l'âme, quelle peut être cette âme qui n'est plus nous-mêmes?
Pour citer un cas où quelque chose de double nous parait simple, nous rappellerons ce qui se passe dans l'acte de la vision. Nous apercevons toujours deux images des objets que nous regardons, et cependant nous n'avons conscience que d'une seule image; mais il suffit de presser l'œil un peu de côté pour reconnaître la présence de deux images. Le phénomène qui témoigne le plus en faveur de la constitution multiple de notre âme psychique, c'est le désaccord qui se montre parfois entre le sentiment de soi, la connaissance de soi, les perceptions extérieures, la volonté, le raisonnement, etc. Dans une unité aucun désaccord de ce genre n'est possible. Ces dérangements nous révèlent donc notre véritable nature ; ils nous apprennent que nos facultés sont en nous comme autant d'individus séparés, qui dans certains cas ne peuvent plus agir en commun et ne se reconnaissent plus les uns les autres. Voilà pourquoi la plupart de ceux qui souffrent de maladies mentales entendent des voix qui n'ont aucune réalité; le sentiment de l'unité personnelle est perdu pour eux, et ils prennent leurs propres pensées, comme dans les rêves, pour des paroles qui leur sont adressées; ils se sentent multiples jusqu'à croire que leur volonté n'est pas la leur, mais qu'elle leur a été imposée par des personnes étrangères. Ils parlent de leur volonté au pluriel, en disant: «Ils veulent que je fasse telle et telle chose.» Preuve que même la volonté n'est pas une ; autrement le malade dirait: « n veut, > non : « Ils veulent. » Donc le nombre de ceux qui veulent est multiple. Dans les Annales de la psychiatrie on cite des
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«xemples d'individus en apparence totalement idiots, qui néanmoins entendaient et comprenaient ce qui se passait autour d'eux, sans avoir la faculté d'exprimer leurs impressions par aucun signe extérieur ; c'était comme un sommeil prolongé. Un 46 ces malades a raconté, après sa guérison, qu'il se sentait incapable de vouloir. Avec la nourriture devant lui , il se serait laissé mourir de faim, non par manque de force physique, mais par incapacité de volonté. Quelle preuve de la multiplicité de l'âme! Le somnambulisme présente un phénomène différent; il y a activité avec absence d'une volonté perceptible. Une chose curieuse, c'est que les somnambules ne se rappellent pas ce qu'ils ont fait pendant leur sommeil ; mais dans l'état de somnambulisme ils s'en souviennent de nouveau. Quelle est cette mémoire qui dort pendant qu'ils sont éveillés et qui veille pendant qu'ils dorment? Il faut donc admettre une pluralité de mémoires avec des fonctions très variées.
Le sommeil, qui suspend une partie des fonctions de Tàme, offre dans les rêves un sujet d'intéressantes observations. On peut y reconnaître que le sentiment et la connaissance de soimême sont souvent séparés; par exemple, quelqu'un souffre de maux de dents pendant son sommeil, il rêve que ce n'est pas lui qui souffre, mais quelqu'un d'autre couché à ses côtés; le lendemain il se lève avec une joue enflée. Dans ce cas, l'intelligence qui pense se croit une autre personne que celle qui sent; les deux ne se reconnaissent plus comme appartenant au même individu. On se sent double sans néanmoins en avoir la conscience; donc le sentiment de soi et la conscience de soi sont des choses distinctes. Il en est de même pour les autres facultés de l'âme : elles ne se reconnaissent pas les unes les autres comme partie d'un seul être. En rêve, toutes les pensées se prennent pour des réalités; nous considérons nos propres pensées comme des êtres hors de nous, distincts de notre personnalité. Le moi, les pensées, les sentiments nous apparaissent comme autant d'individus séparés. Il y a dans ces phénomènes une analogie frappante avec ceux que présentent les maladies mentales; or là où il y a similitude d'effet, il doit y avoir similitude de cause. Ainsi tous les états qui peuvent affecter notre âme, le rêve comme les maladies, témoignent en faveur de sa pluralité. Si l'âme était une, le rêve serait Jmpossible; une âme unique ne fait que penser, elle ne peut rêver. Quand l'homme se sent un, il pense ; quand il se sent multiple, il rêve. Le sommeil, qui
suspend ainsi le sentiment de notre unité, nous révèle bien mieux que Texpérience interne la véritable nature de l'âme.
Nous ne multiplierons pas les citations; toute l'histoire des maladies de l'âme prouve suffisamment que celle-ci n'est pas une, mais multiple. Réfléchissiez î comment ce qui est un peut-il agir et sentir comme s'il était multiple? c'est supposer l'absurde! Une nation peut se lever et agir comme si elle était une personne, mais l'inverse n'est pas possible ; un homme ne peut pas agir comme s'il était composé d'un grand nombre d'hommes. Il en est de même pour l'âme, puisque l'homme est identique avec son âme. Les petites âmes d'un homme en santé peuvent agir comme si elles étaient une seule personnalité, mais il serait impossible â l'âme d'un aliéné d'agir comme si elle était multiple, quand en réalité elle ne le serait pas. En présence de ces preuves, on ne peut douter de la pluralité de l'âme. Quittons donc une croyance qui ne repose que sur un instinct animal, pour accepter les témoignages de la nature. Quelle valeur ont ces impressions que les philosophes ont désignées du nom pompeux d'eûTp^r^ewc^ fn^^rn^? Elles sont si peu certaines qu'on n'ose les opposer aux impressions externes qui cependant nous trompent continuellement. Par exemple, les cieux paraissent une voûte que le soleil parcourt sur un plan incliné et qui repose sur la terre à l'horizon. Un bâton à moitié enfoncé dans l'eau parait rompu. Une glace fait voir â la personne qui la regarde une seconde personne placée derrière sa surface. De semblables illusions se répètent si constamment que nous n'y pensons plus. C'est ainsi que le sentiment de notre unité est une illusion qu'un examen impartial dissipera. La valeur que beaucoup de philosophes attribuent à l'expérience interne est inconcevable. Une philosophie érigée sur un fondement si variable ne peut que produire des chimères, car toute l'expérience interne de l'âme psychique se borne aux impressions que font naître nos instincts *.
Si les impressions externes nous trompent, les impressions internes nous trompent infiniment plus ; et si nos sens, qui sont impartiaux, nous présentent déjà tant d'illusions, combien plus nos instincts, qui sont si partiaux, nous feront-ils voir les cho-
^) Le lecteur se rappellera que la conscience n'appartient pas A l'àme psychique ; elle n'entre pas dans la catégorie de l'expérience intenie, puisqu'elle nous vient de Dieu.
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ses autrement qu'elles ne sont en réalité t Aussi Texpérience interne ne nous a-t-elle rien révélé sur la nature de l'âme ; elle est subjective et préside exclusivement aux arts et aux croyances, tandis que l'expérience externe est objective et détermine seule les sciences. Tout ce qu'on a dit de l'âme en consultant l'expérience interne ressemble au discours du Singe qui monire la lanterne magique^. Ce singe n'avait oublié qu'un point: «c'était d'éclairer sa lanterne. >
C'est ce point essentiel qui a été oublié dans les traités sur l'âme. On a cru la reconnaître en se regardant intérieurement; mais il n'y a en elle que ténèbres, elle est aussi incapable de se reconnaître qu'un homme est incapable de se voir dans une obscurité profonde. Notre âme, parcelle infiniment petite d'un corps organisé, n'a aucune lumière par elle-même, elle est ténébreuse comme une planète, non lumineuse comme un soleil; il faut l'expérience externe pour la reconnaître.
C'est là une vérité scientifique et morale que la parole de Dieu enseigne, mais que l'homme accepte avec répugnance.
Nul ne nous trompe comme notre propre âme; notre cœur, nos sentiments et nos instincts se conjurent contre nous pour nous induire en erreur. Nous avons donc besoin d'un secours .étranger pour trouver la vérité : nous la rencontrons hors de nous, dans l'expérience externe. S'appuyer sur Texpérience interne, c'est déifier l'homme, c'est le supposer lumineux ; la rejeter, c'est l'humilier, c'est le supposer ténébreux.
Les anciens ont prononcé cette sublime parole : < 0 homme, connais-toi toi-même I » Et depuis lors on a cherché cette connaissance en reportant les yeux sur soi. C'est l'erreur de l'humanité depuis trois mille ans ; ce n'est point en nous, mais hors de nous que nous trouvons la vérité.
Quelle humiliation pour nous d'avoir, en voulant nous connaître nous-mêmes, à recevoir le témoignage de l'aliéné plutôt que celui de l'homme sensé, le témoignage du rêveur plutôt que celui de l'homme éveillé ! Les premiers représentent l'expérience externe, ils prouvent la nmltiplicité de l'âme; les seconds, jugeant par l'expérience interne, n'ont jamais douté de son unité. Trois mille ans d'études stériles et d'hypothèses infructueuses suffisent pour démontrer l'incapacité de l'homme à reconnaître la vérité par l'expérience interne. Qu'il accepte donc les enseigne-
*) Fable de Florian.
ments de l'expérience externe et examine avec impartialité les preuves qu'elle lui présente en faveur de la pluralité de Tâme. Ceux qui désirent avoir une idée générale des travaux faits jusqu'à ce jour sur ces sujets feront bien de consulter la Psychologie de H. Fichte (Brockhaus, Leipzig, 1864). Cet intéressant ouvrage donne un résumé assez complet de l'état actuel de la science. L'auteur, d'accord avec les idées reçues, part du point de vue de l'unité de l'âme et de l'esprit, et de l'autorité de l'expérience interne qu'il modifie cependant par quelques propositions de Kant. Quinze ans de travaux et de réflexion nous ont fait rejeter les deux premiers points comme absolument faux, et il est naturel que nos résultats soient diamétralement opposés à ceux auxquels la science est arrivée. Que le lecteur examine avec soin les deux systèmes, il en vaut la peine, car Tétude de l'âme humaine doit intéresser tout homme réfléchi. C'est du choc des opinions que jaillit la lumière.
§ 5. Les passions.
Les idées confuses qu'on s'est faites au sujet des passions nous engagent à ajouter encore quelques mots sur leur nature. Les passions ne sont autre chose que des instincts ou des facul» tés énergiquement développées. Une âme sans passions est d'une organisation faible; elle est comme un corps sans force. Retranchez les passions d'un homme, il ne lui reste plus que des goûts et des désirs, et il est incapable de grands efforts pour les satisfaire, car la peine dépassera bientôt la jouissance. Si un homme perd ses goûts et ses désirs, il n'est plus qu'une plante.
Plus une âme est inférieure, moins elle a de passions; les animaux les plus dégradés, de même que les idiots, montrent à peine encore quelques traces de goûts. Plus l'organisation d'une âme est élevée, plus les goûts, les désirs et les passions augmentent en nombre, en variété et en force. Comparez dans cette étude les animaux entre eux, puis avec l'homme, puis les hommes entre eux ; vous trouverez toujours la même règle. Nos passions ne sont que des leviers, des mains ou des instruments ; indifférentes par elles-mêmes, elles peuvent être employées à un bon ou à un mauvais usage, selon que leur possesseur est bon ou mauvais. Les mêmes passions sont nécessaires pour acquérir les biens célestes et les biens terrestres.
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Ce sont, dit le Seigneur, les violents (les passionnés) qui ravissent le royaume de Dieu.
On se méprend donc grandement en pensant qu'un homme privé de passions a plus de facilité d'être bon que celui qui possède de fortes passions. D'après cette théorie, l'homme faible serait meilleur que l'homme fort. Il faut n'avoir aucune idée de ce qui est vraiment noble et élevé pour supposer que l'absence de tentations puisse jamais constituer le bonheur ou la vertu ; autrement les pierres, les plantes et les idiots seraient les êtres les plus heureux et les plus vertueux. Il est vrai que l'homme fort et intelligent est plus tenté d'être injuste que l'homme faible, parce qu'il a le pouvoir en main ; mais dirons-nous pour cela que la force et l'intelligence soient des choses mauvaises? Où mènerait une pareille logique? L'abus d'une chose peut-elle la rendre mauvaise? Le fer est-il mauvais parce qu'on en fait des armes, la main parce qu'elle se lève pour tuer, le vin parce que les hommes s'enivrent? L'abus des facultés dont nous sommes doués étant presque universel, les hommes ont cru que la possession de fortes facultés ou dépassions devait nécessairement entraîner au mal. Ils témoignent par là contre eux-mêmes.
Depuis Adam jusqu'à nos jours le raisonnement reste le même. Gomme notre premier père répondit à Dieu : < C'est la femme que tu m'as donnée qui m'a fait tomber, > les hommes disent encore : « Ce sont nos passions qui nous ont fait tomber et qui nous rendent mauvais. » C'est l'excuse d'Adam. Ils veulent cacher la vérité et rejeter la faute sur le Créateur, au lieu de la chercher en eux-mêmes et de reconnaître que c'est à cause de leur perversité qu'ils emploient leurs facultés et leurs passions à faire le mal. Par cette raison, les termes de passion et de mal sont devenus synonymes, et l'on dit de Dieu, pour caractériser sa suprême vertu, qu'il est sayis passions. Mais pour être sans passions, il faut que les facultés ne soient que faible- * ment développées, ce qui ne peut être le cas chez le Créateur. Retranchez à l'homme toutes ses passions, ou toutes les choses dont il abuse, et vous le faites rentrer dans les règnes inférieurs. Ce ne sont que les bonnes choses dont on peut faire un mauvais usage, non les choses indifférentes. Ce ne sont que les choses élevées qu'on peut abaisser ou avilir, non les choses basses ou inutiles. Ce ne sont que les vies supérieures qui peuvent se corrompre, non les vies inférieures ou les forces. Ainsi l'avi"
lissement ou la corruption d'une chose montre que, dans l'origine, elle était élevée et bonne. Il en est de l'autre monde ^ comme de celui-ci : le bonheur et la vertu ne peuvent résider dans l'absence des tentation^, mais seulement dans la puissance de les vaincre. La vertu cesse du moment où les tentations cessent.
Ainsi toutes les facultés de l'homme lui sont indispensables; mais il peut en faire, selon son choix, un bon ou un mauvais usage. Si elles sont fortes et vigoureuses^ elles seront de puissants leviers pour accomplir le bien ou le mal; si elles sont faibles, elles ne serviront que médiocrement celui qui en dispose. Otez à l'homme le désir d'acquérir, et vous le rendez, à la vérité, incapable de voler; mais il perd du même coup la faculté d'acquérir les biens intellectuels et spirituels. Donc la valeur morale des individus ne peut se mesurer uniquement à la quantité de leur ouvrage ; il faut encore tenir compte de la force respective de chacun. L'expression mathématique de cette mesure est : le travail divisé par la force. Or, par rapport aux hommes, Dieu seul est à même de connaître ces chiffres; en conséquence il est seul juge équitable.
§ 6. La conscience et l'esprit.
En analysant les caractères saillants du règne animal, nous trouvons que le corps des animaux supérieurs et celui de l'homme ont une structure analogue. Puis, en comparant rame de l'animal avec celle de l'homme, nous rencontrons chez l'un comme chez l'autre des sens, des goûts variés, des instincts nombreux, de la combinaison, de la mémoire et de Tintelligence. Il est vrai que ces dons sont accordés dans des proportions bien différentes. Certains chiens et même beaucoup d'insectes ont un odorat aussi supérieur à celui de rhomme que l'homme, à son tour, leur est supérieur en intelligence. D'un autre côté, il existe des hommes qui pour l'intelligence sont inférieurs aux animaux. Cependant le seul point important que nous ayons à constater ici, c'est non la mesure de ces dons, mais seulement leur présence. Si donc l'animal a la moindre particule d'intelligence, de mémoire, de combinaison, d'instincts ou de goûts, toutes ces choses appartiennent à l'âme psychique et ne peuvent appartenir à l'esprit indestructible, sinon les animaux devront avoir, aussi bien que l'homme, un esprit Immortel.
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II existe néanmoins chez Thomme une chose dont on ne retrouve aucune trace chez l'animal : c'est la consdeïwe ou le sentiment du bien et du mal moral. Nous n'hésitons pas à la placer dans l'esprit et non dans l'âme. La peur et la honte qu'exprime un chien quand il est surpris en faute ne proviennent point d'un sentiment du bien et du mal, mais de la crainte du châtiment. Puisque l'animal en possession d'une âme psychique ne montre pas de conscience^ nous sommes justifié de conclure que Ja conscience n'a pas son siège dans l'âme.
La conscience est pour l'homme individuel ce qu'est la loi du mont Sinaï pour l'humanité. Cette loi (qui se réduit aux deux grands commandements: «Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même >) est la voix de la conscience de l'humanité. Les deux consciences viennent du dehors et n'émanent pas de l'homme naturel. Une preuve que la conscience ne nous appartient pas, c'est l'obligation de lui obéir. Un homme ne peut être astreint à s'obéir. Si la conscience était une partie de notre être, quelle nécessité y aurait-il de nous y soumettre ? Mais si la conscience est la voix de Dieu, elle est notre souveraine et nous lui devons une soumission entière^ Donc notre soumission aux lois de la conscience est un témoignage qu'elle nous est étrangère. La conscience est en opposition constante avec notre volonté ; donc elle est une volonté étrangère. Mais lors même que la conscience nous est étrangère^ elle a son siège au dedans de nous. Elle pénètre dans notre esprit et en frappe le sentiment, comme la voix de l'homme pénètre au dedans de notre corps et frappe notre âme. L'âme s'adresse â l'âme, mais le Dieu Esprit s'adresse à l'esprit. L'animal n'a pas le sentiment du bien et du mal, parce qu'il lui manque l'esprit, canal et siège de la voix du « Père des esprits, »
De tous les détails que nous venons de donner sur l'âme il résulte que le sentiment de l'approbation et de la douleur morale, ou la conscience^ est la seule manifestation, le seul signe de vie que donne notre esprit. Cet esprit, porteur du sentiment le plus noble, est encore complètement voilé ; ses facultés, ses sens, sa mémoire, son intelligence, sommeilleront aussi longtemps qu'il sera renfermé dans ce corps matériel. Il est au dedans de nous comme un enfant dans le sein de sa mère ou comme un germe dans une semence ; ses facultés ne se montreront qu'à sa naissance, et cette naissance aura lieu quand l'âme.
son enveloppe terrestre, sera brisée. Comme Tenfant dans le sein de sa mère est incapable d'éprouver autre chose que la douleur, ainsi notre esprit n'est susceptible que d'un seul sentiment, celui de la douleur ou du bien-être moral. C'est la voix de la conscience ; sa douleur nous avertit que la vie de notre esprit est en danger, son approbation ou son sentiment de bienêtre nous annonce qu'il prospère et grandit. Douer l'esprit d'intelligence aussi longtemps qu'il est renfermé dans notre corps, c'est demander qu'un enfant pense, voie et entende pendant qu'il est dans le sein de sa mère. L'esprit serait aussi incapable de faire usage de ses facultés pendant qu'il est en prison que l'enfant avant sa naissance. L'homme matériel est l'image de l'humanité spirituelle, et l'âme l'image et l'enveloppe de Tesprit. L'image périt, la réalité seule durera éternellement. Confondre l'âme et l'esprit, c'est confondre la maison avec ses habitants, ou la matière avec la vie. Nous reprendrons ce sujet dans le second volume, ou nous traiterons de l'esprit.
Plusieurs savants, parmi lesquels nous citerons le célèbre G. H. AeSchnberi{LehrbuchderMenschen'WidSeelendkunde)j pensent que ce sont les insectes qui ont le plus d'instincts et que l'homme en est privé. Nous sommes arrivé à la conclusion opposée, c'est-à-dire nous croyons que, de tous les êtres, l'homme est celui qui possède les instincts les plus variés et les plus nombreux. Chez les animaux inférieurs les instincts commencent seulement à poindre; ils grandissent avec le développement de l'âme et arrivent à leur point culminant dans l'homme, n est vrai que chez ce dernier ils portent des noms différents: goût, disposition, talent; mais au fond ce sont toujours des instincts plus ou moins développés. Quand ils deviennent intenses, quand un ou plusieurs dominent les autres, ils s'appellent passions. Tous les goûts, tous les désirs, tous les arts, reposent sur des instincts. Si nous trouvons quelque chose beau ou laid, ce ne sont que nos instincts qui sont en jeu. Si un homme trouve une belle femme plus belle qu'un bel homme, ce n'est que par instinct. Si une femme trouve le contraire, ce n'est encore que par instinct. L'amour d'une mère pour son enfant ou de l'enfant pour sa mère, c'est de l'instinct, car ce n'est point le résultat d'un choix ou d'un calcul. L'amour du faste, l'amour de soi-même, la crainte de la mort, l'amour des sexes, des lieux, l'amour de la patrie (lequel est souvent un égoïsme d'un genre particulier), l'amour de l'approbation, etc., ne sont que
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des instincts. Les instincts sont aussi nécessaires à Thomme pour la conservation de son espèce qu'ils le sont aux animaux. Sans les instincts d'acquisition et de curiosité aucune science, aucune civilisation ne serait possible. Si nous n'avions pas reçu une instinctive aversion pour l'impureté, il y a longtemps que notre race aurait succombé aux nombreuses maladies qu'engendre la malpropreté, surtout dans les lieux où la population est compacte.
Comme les organes dont un animal est doué témoignent à l'avance de son genre de vie, de même la construction de notre àme prophétise l'histoire et les destinées de l'homme. L'âme ne se développe que par l'organisation; donc tout progrès de l'humanité devra suivre la même marche. Aucune âme ne peut vivre pour elle-même ni par elle-même ; elle est tournée exclusivement vers le monde extérieur, tous ses sens s'ouvrent au dehors, â l'intérieur tout est ténèbres. L'âme ne sait pas qui elle est, ni ce qu'elle est; elle ignore complètement comment elle agit. Ce qui est hors de chez elle lui est infiniment plus familier et plus compréhensible que sa propre personnalité. Son ignorance d'elle-même est si complète qu'elle a cru être une unité, tandis qu'elle est un composé merveilleux de billions et de billions d'individus; elle s'est crue immortelle, tandis qu'elle est mortelle; elle s'est crue inaltérable, tandis qu'elle est altérable; elle s'est crue rayonnante comme un soleil, tandis qu'elle est réfléchissante comme une planète; elle s'est crue spirituelle, citoyenne des cieux, tandis qu'elle est liée à la matière et habitante de cette terre. Son ignorance n'est surpassée que par sa présomption qui lui fait croire à son indépendance, tandis qu'elle est la plus dépendante de toutes les créations terrestres appelées à l'existence par l'omnipotence de Dieu, Quelle pauvre créature ! son étrange construction nous montre avec évidence que l'homme isolé est incapable de vivre, que les âmes sont faites pour s'unir toutes en un corps organique, et que le bien de l'ane doit être le bien de l'autre. L'homme qui ne se soumettra pas à ces lois, celui qui voudra placer son bien et son mal uniquement en soi, périra aussi certainement que la cellule détachée du corps.
Les caractères saillants de notre systàme, ceux qu*il nous importait le plus de faire ressortir, sont les suivants : Le motide révèle un plan uniforme^ l'ensemble est construit d'après le môme principe que la partie. Ainsi le bouton a une organisation identique à celle de l'arbre, l'homme à celle de l'humanité. Cette dernière vérité, conséquence nécessaire des précédentes, repose uniquement sur le fait de la pluralité et de la diversité des vies.
L'idée que l'humanité forme un corps ou qu'elle est une unité, n'est point nouvelle; la Bible renseigne comme un dogme, représentant Tbumanité dans sa perfection sous la figure d'une femme. Cette image est aussi d'une vérité anatomique, car les deux ont la même construction organique, les éléments seuls varient. L'humanité est du sexe féminin.
Beaucoup de philosophes chrétiens ont déjà parlé de l'unité 6t de la solidarité de l'espèce humaine ; mais la déduction si naturelle que l'homme doit avoir la même construction multiple que l'humanité, et qu'il est soumis aux mêmes lois organiques, n'a jamais encore été avancée S du moins à notre connaissance.
Si les bases fondamentales de notre système se confirment les déductions sont inévitables, et nous avons en main les moyens non seulement d'étudier l'âme et l'esprit, mais aussi de déterminer à l'avance la construction de ce monde à venir vers lequel chacun de nous avance à grands pas. Le passé est évanoui, le présent nous échappe, l'avenir seul nous appartient Comme le laboureur récolte ce qu'il a semé, ainsi chacun de nous sème ses destinées et récoltera son avenir. Seul l'insensé
*) M. le professeur Ch. Secrétaa, dans sa remarquable Philosophie delà liberté, après avoir insisté avec éloquence sur le point ci-dessus, s'exprime ainsi (leçon 29. page 223): «fil est clair que Thumanité n'est pas une de la même manière que l'individu. Elle est une à sa manière, comme chaque ordre d'existence est ce qu'il est à sa manière. L'unité de la plante n'est pas celle de l'animal ; Tunitc de riiumanité n'est pas celle de la personne physique < mais le trait fondamental n'en demeure pas moins. L'individu ne saurait exister indépendamment de l'humanité; donc l'individu n'est pas un tout, il est un organe du tout. » M. Secrétan recule ici devant sa propre logique; il n'ose prononcer le mot: «L'unité de l'humanité est comme cejle de la peraonnev» Mais en s'y refusant il renverse tout son raisonnement ; car il est impossible que le tout ait l'unité d'un animal si ses parties ont ceUe d'une plante, oa tice versa. L'unité du corps doit être mathématiquement identique à celle de ses organes, car le tout ne peut jamais être autre chose que la somme de ses parties.