GH. IX. L£8 FORCES INORGANIQUES DANS LE MONDE SPIRITUEL
teront dans cet empire inorganique comme dans notre règne éthérique. Mais, tandis que dans ce monde-ci elles sont involontaires et irréfléchies, simple effet de forces physiques, là-haut elles seront spirituelles et résulteront du libre choix de chaque individu. La première force qui ait été créée dans le monde terrestre est la répulsion ; il en est de même pour les esprits. Les hommes sont spirituellement ennemis les uns des autres, ennemis de la vérité et de Dieu. Toujours prêts à se tyranniser, à se maudire et à se hsur, ils voudraient écraser la vérité et ceux qui ne pensent pas comme eux. Si cela leur était possible, ils s'excluraient même les uns les autres du ciel. Ainsi plusieurs Eglises prétendent avoir reçu la puissance de priver de la félicité éternelle ceux qui s'opposent à leurs décrets ou ne se soumettent pas à leur autorité. Les papes surtout ont fait un grand usage de cette prétendue autorité; les divers prétendants, à qui mieux mieux, se sont bannis mutuellement au royaume des ténèbres.
Cette répulsion est naturelle à tout homme; au contraire aimer ses ennemis, leur rendre le bien pour le mal, secourir ceux qui pensent autrement, s'humilier, s'abaisser au-dessous de ses frères, avoir horreur d'exercer sur eux aucune influence tyrannique , voilà ce qui distingue le vrai chrétien. Ces sentiments sont l'effet de l'attraction et demandent un second acte de la création divine.
La répulsion spirituelle est l'enfer. Chacun y désirera l'honneur, l'estime, l'amitié de ses compagnons, mais on n'y recevra que mépris et que haine; chacun désirera tromper les autres, mais sans y réussir. Tous y auront besoin les uns des autres, et pourtant ils se repousseront aussi loin que l'espace le leur permettra. Ils auront soif des choses qu'ils estiment, mais ils ne pourront les acquérir, car les autres ne les leur donneront pas. Des passions inassouvies, un cruel vide intérieur que rien ne pourra remplir, un néant affreux qui ne peut se combler, des ténèbres qui ne peuvent se dissiper: tel est ce premier état spirituel. Car dans l'autre monde les passions deviendront de plus en plus intenses^ à tel point que, si une seule «d'entre elles n'est pas assouvie, la souffrance qu'on en ressentira sera beaucoup plus insupportable que la douleur terrestre la plus aiguë. Les hiommes les plus passionnés de la terre ne sont en comparaison des esprits les moins passionnés que comme une plante à l'égard d'un animal. Les plus fortes passions
terrestres disparaissent complètement à côté de la violence des plus faibles passions spirituelles; car, plus on s'élève, plus les passions deviennent intenses et plus il faut de force pour leur résister. (Voyez Economie matérielle, ch. X, § 5. Des passions.)
Nous rappelons ici que les forces ne sont que des vies (ou âmes) d'un ordre inférieur. Les forces organiques que possède encore un esprit mort devraient donc, à la rigueur, s'appeler âme ; c'est aussi le nom que la Bible lui donne souvent. Ainsi dans ces passages : « C4raignez Celui qui peut jeter et le corps et Vâme dans la géhenne. > (Matth. X, 28.) — < Cette nuit, ionâme te sera redemandée. > (Luc XII, 20.) Il s'agit ici de cette âme inorganique qui ne consiste qu'en forces et qui ne peut mourir. L'âme organique au contraire ne peut demeurer dans la géhenne, parce qu'elle y périrait instantanément. En outre, Dieu, le Père des vivants, ne détruit aucune vie, et celui qui a conservé la moindre trace de vie échappera à la condamnation de la mort seconde.
Pour éviter toute confusion entre l'âme inorganique et l'âme organique, dont nous nous occupons dans le chapitre suivant, nous désignerons la première de préférence par le nom de forces inorganiques. Ces forces sont impérissables, tandis que l'âme proprement dite est périssable.