‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 89 sur 130 · LA VIE ORGANIQUE OU L'AME SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

LA VIE ORGANIQUE OU L'AME SPIRITUELLE

Comme l'âme terrestre anime le corps charnel et l'illumine de son intelligence, ainsi l'âme spirituelle anime de facultés son corps spirituel et le doue de son intelligence spirituelle. Cette âme spirituelle sera supérieure à notre âme terrestre autant que le monde spirituel est supérieur à ce monde matériel.

On s'était toujours représenté l'âme comme quelque chose d'inaltérable et d'immortel. Cette idée est juste, en tant qu'elle se rapporte aux forces dont nous venons déparier, mais elle est fausse, si on l'applique à Tâmeplus élevée. Jusqu'ici l'on avait admis que l'homme terrestre, ainsi que l'homme spirituel, ne

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possédait qu'une âme, qui, après avoir parcouru sa carrière terrestre, s'en allait dans un autre monde et y animait un nouveau corps. Mais si la métempsychose des Indous, — ou l'idée que rame passe du corps d'un homme dans celui d'un animal, — est contraire à l'expérience et aux lois de la nature, la migration de rame d'un corps matériel dans un corps spirituel est encore plus impossible. En effet, d'un monde à l'autre la distance est plus grande que d'un règne à un autre ou d'une espèce à une autre, et ce qui est impossible en petit l'est évidemment aussi en grand. Il n'y a donc que deux cas possibles : l'unité de l'âme avec la nécessité d'une migration, — ou la pluralité des âmes avec la faculté de mourir dès qu'elles transgressent les lois de la vie. Nous pensons que le choix ne sera pas difficile pour celui qui considère impartialement ce que la nature et la logique enseignent.

Nous le savons tous, la vie de notre âme terrestre est attachée à des lois dont la transgression amène premièrement la souffrance, puis la mort. Or la mort est un des plus grands bienfaits que Dieu ait conférés à l'humanité pécheresse. Sans elle, la terre deviendrait un enfer : les tyrans dureraient éternellement et l'inquisition pourrait laisser ses victimes à la torture pendant des siècles ; enfin toute l'économie de la terre serait renversée.

Il en est de même pour le monde spirituel : il est organisé de manière à ce que les vies puissent mourir, < L'âme qui pèche mourra > ; cette loi règne au ciel comme sur la terre. Si cela n'était pas, le ciel se changerait en enfer, et les souffrances deviendraient si atroces qu'elles dépasseraient toutes nos conceptions. Ainsi dans le monde spirituel la vie de tout être raisonnable est attachée à l'accomplissement de certaines lois, et la mort est le résultat inévitable de la violation de ces lois. Donc la vie et la mort sont au pouvoir de tout être doué de raison : il a le choix; mais une fois qu'il a choisi la mort, son sort est fixé à tout jamais. V esprit qui pèche mourra, aussi certainement que l'homme qui pèche meurt.

D'après un grand nombre de personnes, notre corps seul est sujet à la mort, et non point notre âme. Quand une main tient un poids et que, la vie se retirant de cette main, le poids tombe, ne serait-il pas absurde de dire que c'est le poids qui meurt et que la main s'en va dans l'autre monde? Si cette main n'a plus la force de retenir ce qu'elle tient, comment pourra-t^lle sai^r

et retenir ce qui demande encore mille fois plus de force ? D en est de même pour le corps : Tâme en retient la substance pour en faire sa demeure; si elle vient à mourir, la force qui dominait ce corps s'éteint avec elle, et les substances retournent au lieu d'où elles ont été prises. Ici ce n'est pas la substance ou le corps qui meurt, mais seulement Tâme. Or, si Fâme n'a plus la force de retenir les substances matérielles, où prendraitelle la force nécessaire pour retenir les substances spirituelles? Car pour les choses spirituelles il faut beaucoup plus de force que pour les choses matérielles. Si l'on fait mourir le corps, il faut admettre aussi que c'est le corps qui pèche, non l'âme ; si c'était l'âme qui péchait, il serait inconséquent de faire mourir autre chose que l'âme.

La mortalité de l'âme spirituelle est le fondement de toute la logique chrétienne. En effet, si l'âme ne meurt pas. Christ ne peut nous sauver de la mort; il ne peut non plus nous donner la vie, si nous la possédons déjà. Tous les enseignements et tous les avertissements de la Bible ne sont destinés qu'à nous inculquer cette grande vérité ; en cela comme en toutes choses, l'Ecriture s'appuie sur les lois matérielles, et elle nous supplie d'avoir le même soin de notre âme spirituelle que de notre âme terrestre. Elle nous dit que l'âme spirituelle a besoin d'une nourriture spirituelle pour l'entretien de sa vie, comme l'âme terrestre a besoin d'une nourriture terrestre, et que cette nourriture spirituelle doit être prise d'un être vivant, tout aussi bien que notre nourriture terrestre. Si l'âme était semblable à une pierre et n'avait pas de besoins, nous pourrions vivre sans inquiétude pour l'avenir: manger, boire et dormir seraient les seules préoccupations de notre existence ici-bas. L'analogie nous enseigne en outre que, si l'âme spirituelle n'était pas mortelle, l'âme terrestre ne le serait pas non plus, et toute l'organisation de la nature aurait été construite d'après un principe dififérent. Si la mort spirituelle désignait simplement un état de souffrance, elle s'attacherait ici-bas aux morts, non aux vivants, afin de représenter les choses célestes.

Tout être raisonnable et responsable a été créé avec le pouvoir de vivre éternellement s'il fait le bien, et de mourir s'il fait le mal. U est matériellement impossible qu'il puisse exister aucune sainteté sans la faculté de mourir, ni aucun péché sans qu'il y ait eu vie; car un être qui fait le bien par instinct.

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non par choix, ne peut pas être saint, et un mort ne peut pas pécher.

Si l'homme n'avait jamais péché, il pourrait par ses actions conserver éternellement sa vie matérielle; mais ayant une fois péché et étant dévoué à la mort, il est aussi incapable qu'un mort terrestre de reconquérir la vie par son travail. C'est une grave erreur de croire que nos mérites peuvent nous procurer l'entrée du royaume de Dieu. S'ils ne peuvent nous conserver la vie terrestre, comment pourraient-ils nous procurer la vie céleste ? Pourquoi les hommes supposent-ils toujours pour le monde spirituel le contraire de ce que ce monde matériel leur enseigne ? Gomme un enfant ne peut avant sa naissance faire quelque chose pour entrer dans ce monde, de même il est absurde de supposer que nous puissions faire quelque chose pour nous procurer l'entrée dans le monde divin. Ce n'est que la naissance qui donne ce droit, et nous n'avons aucune influence sur notre naissance.

En traitant de l'âme spirituelle, nous n'avons à démontrer, pour ainsi dire, qu'une seule loi, celle de sa mortalité. Cette loi une fois comprise, toutes les autres s'en déduisent d'elles-mêmes, par l'analogie. Il nous suffira donc de les mentionner.

Nous établirons une parallèle entre l'âme terrestre et l'âme spirituelle, afin de montrer qu'elles sont soumises aux mêmes lois.

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