‹ L'Université d'Avignon aux xviie et xviiie sièclesChapitre 111 sur 145 · Assemblée du 30 mai. Ih · texte numérisé non relu

Assemblée du 30 mai. Ih

5. Délib. des 28 et 30 mai, 29 oct. et 23 déc. 1740 et 17 mars 1741. A. V. D 33, f" 371, 372, 382, 384 et 386.

contre l'Université : tous les docteurs d'Avignon qui ne sont pas agrégés au Collège, ceux des agrégés qui ne remplissent pas un office universitaire, les lecteurs eux-mêmes et les officiers de l'Université, leur temps d'exercice expiré, sont exclus de la juridiction du primicier ; cette juridiction est réduite aux causes civiles et inpstssivis seulement; mais ces causes mêmes peuvent, du consentement des parties, être remises à d'autres juges. L'Université se défend encore *, et obtient un sursis. Elle députe un de ses membres les plus estimés, M. Teste, qui arrive à Rome le 14 avril 1745, voit M. d'Argenvilliers et obtient quatre audiences du pape lui-même, qui lui réserve l'accueil le plus gracieux. Enfin, le 10 octobre, Benoît XIV publie sa décision : malgré les restrictions et les réserves qu'elle contient, l'Université peut s'en montrer satisfaite. Si la juridiction du primicier est réduite aux procès civils in passivis, elle s'étend à tous les docteurs : l'unité de la corporation n'est pas atteinte ^.

Il ne restait plus qu'à payer. Plusieurs fois encore on emprunta à cet effet : en dix années, l'Université dépensa, pour cet objet, plus de 14.000 livres 3. Elle fît d'ailleurs bien les choses et ne se borna pas à acquitter les salaires convenus; au Pape, elle offrit deux manuscrits précieux, le Décret de Gratien et le Corpus Juris Civilis^ legs vénérables du cardinal de Saluées à la bibliothèque universitaire, qu'elle fit relier richement *, à ses avocats elle prodigua objets d'art

1. Dëlib. des 15 mai 174i. A. V. D 33 f» 389. Bref du 24 mars 1741. A. V. D 23 ci 24.

2. Assembl. des 18 mai 1744 et 9 janvier 1746 (dans cette dernière assemblée, M. de Teste fait le récit de ses démarches à Rome). A. V. D 33, P> 436; D 34, f- 7 à 9. — Bref de Benoit XIV du 10 oct. 1745. A. V. D 23.

3. Dépenses et emprunts pour frais de procès : 1735-36, 700 1.; 1736-37, 7001.; 1737-38, 551 1. 7 s.; 1739-40, 4.980 1. 4 s. 10 d. ; 1740-41, 1.7501.; 1744-45, 3.021 1. 6 d. ; 17Î5-46, 3.460 1. 2 s. A. V. D 194.

4. Délib. du 9 janv. 1746. A. V. D 34, f« 9. — Bud^çet de 1745-46 : à M. Icard pour ornement des deux livres offerts au Pape : 26 1. 13 s. 2 d. A. V. D 194, f*

et tonneaux de vin ^ A Tégard de M. d'Argenvilliers, qui avait tant fait pour son succès, sa reconnaissance s'affirma de façon particulièrement touchante : on mit son portrait dans la salle des Actes; en 1753, des fêtes, qui coûtèrent 1 .400 livres, célébrèrent son élévation au cardinalat. A sa mort, en 1759, un service solennel eut lieu à Saint-Didier, pour le repos de son âme ^.

Le Collège ne dépensa ni moins d'argent ni moins d^énergie pour maintenir à ses gradués les droits attachés à leurs diplômes. Ici, c'étaient d'autres Universités qu'il avait à combattre : les unes, adversaires accidentels, comme Montpellier, ou Valence; les autres rivales séculaires et opiniâtres, Aix par exemple. A son tour, l'Université d'Avignon montra un particulier acharnement contre sa plus proche voisine, l'Université d'Orange, dont elle ne cessa de proclamer la constitution irrégulière et les grades de nulle valeur ^.

278. On sait que le Collège vota en outre Tcrection d'un monument â Benoit XIV. Cf. livre III, ch, I, p. 203.

1. Délib. du 9 janv. 1746. Comptes de 1745-46. A. V. D 34, ^9; D 194, ^' 258 et 278.

2. Délib. des 7 et 15 déc. 1753, 24 janv. 1754 et 19 janv. 1759. Comptes des primiciei*s portant une somme de 1681 1. pour les dépenses faites en 1754, lora des fêtes données en l'honneur de la promotion d'Arçenvilliers au cardinalat et une dépense de 560 1. fuite, en 1759, pour les funérailles du même personnage. A. V. D 34, f»' 201, 206, 288; D 194, f"' 450 et 560.

3. L'Université d'Avignon n'entre guère en rapports avec les Universités du royaume que lorsqu'elle a à défendre contre elles les droits de ses gradués. U n'y a entre elle et ses voisines ni échange de vues, ni communauté d^action. A peine citerait-on deux ou trois circonstances où les docteurs aviguonais sont sollicités de se joindre à d'autres corporations enseignantes pour des motifs d'intérêt général ; encore les voit-on alors se récuser, par exemple, en 1758, quand TUnivereité de Bordeaux les sollicite de faire cause commune avec elle dans ses difTércnls avec les jurats (A. V. D 34, f« 280) ou quand la Faculté de théologie de Nantes leur demande de censurer avec elle des propositions hérétiques. (Délib. de la Faculté de théologie du 28 déc. 1752. A. V. D 34. f* 186.) En revanche, par délibération du 24 oct. 1678, l'Université d'Avignon déclare se joindre à toutes les Universités de France contre celle de Paris, qui prétendait exclure de l'exercice de la médecine tous les docteurs qu'elle n'avait

LES liËLATtONS ËXTÉRlEURSâ 253

Quelques exemples montreront le caractère de ces luttes. En 1636, quelques docteurs de la Faculté de Montpellier établis à Auxerre, prétendent empêcher un docteur d'Avignon, M. Etienne de Laurens, résidant aussi à Auxerre, d'exercer la médecine dans cette ville. Aussitôt, l'Université d'Avignon de prendre fait et cause pour son docteur, qui triomphe d^ailleurs devant le Parlement de Paris ^ Un peu plus tard, nouveau procès devant un autre parlement, celui de Toulouse ; cette fois, c*étaient des docteurs de Montpellier établis à Narbonne,qui déniaient à un confrère gradué d'Avignon, tout droit d'exercer la médecine en Languedoc. Malgré Tintervention du syndic de l'Université de Montpellier, qui se porte partie civile, Avignon remporte une nouvelle victoire, qui ne fut pas la dernière 2. Au surplus, malgré ces chicanes, la Faculté de médecine d'Avignon professe un visible respect pour une rivale, dont elle envie l'organisation et la renommée; elle accueille volontiers ses docteurs parmi ses agrégés et propose l'enseignement qu'elle donne comme modèle à ses régents ; sur la seule question des grades, elle prétend à l'égalité.

Il n'en est pas de même pour Valence. Ici nulle supériorité évidente et nuls égards. D'ailleurs, c'est de Valence que vient, à plusieurs reprises, l'attaque ^. Les docteurs valentinois,

pas elle-même gradués. Mais on stipule que TUniversité d'Avignon ne fera aucun frais. (A. V. D 32, (" 84.) La correspondance des primiciers ne menlionne, outre ces cas tout à fait extraordinaires, que des envois réciproques de programmes, des avis de vacances de chaires, etc., formalités qui font ressortir plutôt qu'elles ne rompent l'isolement, où chacun de ces corps se complaii.

1. A. V. D 30, ^ 87. (délib. du Collège des docteurs du 30 oct. 1656). Cf. Laval. La Faculté de médecine d'Avignon^ p. 179.

2. V. Laval, La Faculté de méd. p. 181. L'arrêt du parlement de Toulouse est du 14 déc. 1660. A. V. D 30, P» 137.

3. A. V. D 27, ^9. Délib. du 2 juillet 1517 :les docteurs envoient un représentant de rUniversité au Parlement de Dauphiné pour y faire valoir leurs privilèges. La rivalité datait donc de loin.

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rédigeant un règlement nouveau, n*ont-ils point osé qualifier rUniversité d'Avignon d'étrangère? On peut croire que Fépithète blesse et est vivement relevée. On finit cependant par s'entendre et par composer, mais pour arriver à un accord, il fallut toute une année et les efforts d'un négociateur habile, le Père Bancel, professeur de théologie à Avignon.

En vertu de cet accord, l'Université d'Avignon s'engage, conformément à la déclaration du roi de France du 30 décembre 1660, à ne plus délivrer de ces diplômes de bachelier « en forme de licence », qui permettaient de « postuler » comme avocat ou comme magistrat. De leur côté, les docteurs de Valence, par l'organe de leur chancelier, le belliqueux évêque de Cosnac, déclarent reconnaître à l'Université d'Avignon la qualité de régnicole qu'ils n'ont jamais, disent-ils, prétendu lui dénier ^ Le litige est définitivement réglé par un édit royal du 29 janvier 1698, qui maintient aux docteurs d'Avignon tous les privilèges que les rois de France leur avaient précédemment accordés 2.

Il renaît un peu plus tard et c'est du fond du Poitou que

1. A. V. D 168. Procédures faites par l'Université d'Avignon contre celles de Valence et de Besançon qui l'avaient qualifiée d'étrangère. — Accord entre l'Université de Valence et celle d'Avignon sur le dirréi*end pendant devant le Conseil privé du roi. L'Université d'Avignon renonce à délivrer à l'avenir des lettres de bachelier en droit canonique en forme de licence, moyennant lesquelles les impétrants étaient reçus devant le Parlement de Dijon et autres parlements du royaume  la postulation et aux magistratures, contrairement à la déclaration du roi du 30 octobre 1660; l'Université de Valence déclare n'avoir point voulu méconnaître les privilèges de celle d'Avignon (13 oct. 1678). Cf. Délib. du Collège des docteurs du 2 oct. 1677 ; on décide de poursuivre l'Université de Valence qui n'a pas fourni d'explications suffisantes au sujet du litige ; délib. du 24 oct. 1678, par laquelle est ratifiée la transaction négociée par le P. Bancel, au nom de l'Université d'Avignon. A. V. D 31, f*«56 et 82.

2. Délib. du 1 i fév. 1698. Remerciements au nonce du Pape à Paris et â l'abbé de Bérulle, qui se sont occupés de cette affaire. Gratification de 100 louis d'or à M. Valin qui a suivi ce procès pendant vingt ans et surtout depuis deux ans. A. V. D 32, f 84. Texte de l'arrêt, Ibid,, ^ 100.

LES RELATtONS EXTÉRIECRES 2KS

Tëtincelle jaillit. Deux médecins de Fontenay-le-Comte, nommés Raison et Huel, s^avisent, en 1703, de quereller, au sujet de ses titres, un docteur d'Avignon, François Prache, gradué en 1669. L'Université d'Avignon est mise en cause et un arrêt ^u Conseil privé évoque le procès. Profitant des embarras où ^'Université d'Avignon se débattait alors, Valence se joint au procès et attaque vivement sa rivale. Ses arguments sont graves, en vérité : Avignon ne se conforme pas aux règlements royaux ; elle prétend faire en deux ans des docteurs : ses grades sont donc nuls et de nul effet. Avignon ne nie pas qu'il se soit produit dans son sein quelques abus; mais ne s'en produit-il pas ailleurs? Au surplus, le doctorat de Prache ne date-t-il pas de plus de trente ans? — Arguments médiocres et qui ne touchent pas le conseil d'État. Prache est déclaré déchu de son titre. C'est un très fâcheux précédent dont le Collège des docteurs sent qu'il faudra parer les suites K

Avec l'Université d'Aix, à laquelle on ne pouvait disputer son titre de « fameuse » et les privilèges qui s y rattachaient, la lutte fut plus pénible et plus longue. Cette lutte a eu déjà son historien ^, il suffira d'en marquer ici les incidents principaux.

Dès l'année 1620, les docteurs d'Aix, rédigeant un nouveau statut, prétendaient contraindre les gradués des autres Universités à venir lire pendant six mois k leur Faculté de droit, avant de pouvoir plaider en Provence 3. Trois ans plus tard, ils imposaient une obligation analogue aux médecins et, comme en 1620, le parlement de Provence se hâtait de ratifier

1. A. V.D32, M90 etD33,^ 101. Cf. Laval, LaFACulté demédecine, p. 333.

2. V. Belin, Hisi. de Vancienne Université de Provence, p. 385, 425, 448, 463, 560, 646, 680 et Laval, La Fac. de médecine, p. 175, 181, 339.

3. A. V. D 29, ^72 (délib. du Collège des docteurs du9 juill. 1620). —A. V. D162. Règlement fait par TUniversité d'Aix sur la réception des docteurs es Faculti^s de théologie, de jurisprudence et de médecine.

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ces dispositions par un arrêt solenneP. Même, un nouvel arrêt de cette cour, du 14 octobre 1627, rendu à la requête du syndic des docteurs et professeurs de l'Université et confirmé en 1631 par arrêt du Conseil du roi, fît défense à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles fussent, non graduées à Aix, d'exercer la médecine dans les villes, bourgades et bourgs de Provence, à peine de faux et de mille livres d'amende *•.

Plus encore que celle de Montpellier, la Faculté d'Avignon était visée par ces arrêts. Le Collège des docteurs ne s'y trompa point et dès les premières attaques, on le vit se préparer à la lutte ; mais les circonstances ne lui étaient pas favorables et longtemps l'Université d'Aix put poursuivre ses avantages. Encore en 1648, cinq médecins gradués d'Avignon et établis à Toulon reçoivent du semestre du Parlement d'Aix inhibitions et défenses d'exercer la médecine en Provence, sans avoir pris lettres de licence et permission de ce faire de l'Université d'Aix, subi l'examen et prêté le serment requis, aux frais modérés à 18 livres. Les docteurs d'Avignon ne se font pas d'illusion : de telles procédures tendent k la ruine totale de l'Université et il faut y remédier promptement. Mais la prudence est nécessaire, car l'introduction du semestre à Aix a divisé le Parlement et l'on ne peut recourir à lui ; les vieux conseillers, à leur retour, casseront tous les arrêts du semestre : mieux vaut attendre ou plutôt s'adresser au roi. Et c'est, en effet ce qu'on décide ^. Le cardinal Mazarin, qui n'a pas oublié son séjour à Avignon,

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