‹ L'Université d'Avignon aux xviie et xviiie sièclesChapitre 115 sur 145 · Arrêt du conseil d'ÉUt du 18 nov. 1676. A. V. D · texte numérisé non relu

Arrêt du conseil d'ÉUt du 18 nov. 1676. A. V. D

3. Arrêt du conseil privé du roi ordonnant le paiement par T Université d'Aix à celle d*Aviçnon de la somme de 1.780 livres à elle due (16 nov. 1677). — Autre arrêt du Conseil privé du roi ordonnant qu*à défaut du paiement de cette dette par rUniversité d'Aix, ses dix plus anciens docteurs y seront solidairement contraints (20 mai 1678). A. V. D 167. Cf. délib. du Collège des docteurs du 17 déc. 1675, approuvant les dépenses pour Taffaire d*Aix, lesquelles s'élèvent à 340 écus au soleil ; délib. du 1*' juillet 1676 et du 2 oct. 1677 chargeant M. Guyon, député à Paris, de poursuivre Taffaire; délib. du 8 déc. 1677, députant à Aix M. Bernard, fils du secrétaire, pour faire exécuter Tarrêt du 16 nov. A. V. D31,^•38, 45, 55, 58.

4. Délib. du 21 juill. 1678. On décide de faire accord avec TUniversité d'Aix. Sur la somme de 1.788 livres, 18 sols, 6 deniers montant de la créance, les consuls avaient payé leur part soit 181 1. 7 s. 8 d., somme â laquelle ils avaient été condamnés, pour en avoir appelé au Conseil du roi. L'Université d'Aix avait envoyé porter des propositions à celle d'Avignon par M. André Mathieu, sieur de Fuveau, avocat au parlement de Provence, « un des plus anciens docteurs de rUniversité, d'un mérite extraordinaire, qui s'était toujours opposé au procès, dont il avait prévu les fâcheuses conséquences. » Celui-ci déclara « que l'Université d'Aix voulait désormais vivre en paix et amitié avec celle d'Avignon, s'imir fortement et étroitement avec elle et serrer de nouveau ce noeud d'afTcction, qui avait été relâché pendant quelques années. » Le primicier répondit au nom du Collège des docteurs qu'il acceptait au nom de l'Université d'Avignon cette offre d'amitié et s'emploierait à la cimenter. On prépara alors, sous la médiation du vice-légat, de l'archevêque d'Avignon et de l'archevêque d'Aix, chancelier de l'Université, un projet d'accord, dont lecture fût donnée et en vertu duquel les docteurs de chacune des deux Universités pouvaient exercer dans le ressort de l'autre, moyennant homologation de leurs lettres de doctorat, sans examen ou autre formalité que le paiement de 15 livres. On réduisit les dépens à 1500 livres payables, savoir 1.200 livres dans les

Cette fois, le litige semblait terminé. Il eut pourtant im épilogue. Dès 1706, TUniversité d'Aix augmentait du double et même du triple les droits exigés des docteurs d'Avignon pour l'enregistrement de leurs lettres ^ Interprétant ensuite et de façon très habile les prescriptions récemment édictées par le roi de France au sujet des études de médecine, elle prétendait obliger les docteurs d'Avignon à aller à Aix subir l'examen pratique désormais exigé. Il fallut encore plaider pendant trois ans sur ce point particulier. Enfin, malgré l'avis du conseiller d'Armenon ville, rapporteur de l'aiTaire, un arrêt du Conseil d'Etat consacra une fois de plus, les privilèges de l'Université d'Avignon 2. Désormais la querelle était bien éteinte ; mais sans doute on continua entre Aixois et Avignonais, à s'observer avec quelque jalousie. Au surplus, on avait de moins en moins des raisons de s'en vouloir, car si l'Université d'Avignon continua, jusqu'à la fin du xviii® siècle, de fournir aux barreaux de France d'innombrables licenciés, le nombre de ses médecins s^abaissa sans cesse ; vers 1770 ou 1780, il était devenu insignifiant.

Faut-il, comme pendant à ce tableau des tribulations de

huit jours et 300, dans le courant de rannëe, sans intérêts. Ce projet ayant été unanimement approuvé, le Collège nomma des délégués qui, de concert avec le primicier et M. de Gay, acteur, devaient dresser Tacte public avec MM. Dize et Roux, délégués d*Aix. A. V. D 31, ^ 74.

1. Délib. du Collège des docteurs des 9 mars et 17 mai 1706 et du 29 février 1708 : information contre l'Université d*Aix touchant les sommes excessives, qu'elle prétend exiger de nos gradués, pour Tenregistremcnt de leurs lettres,' savoir 60 livres pour le doctorat, 50 pour la licence, 30 pour le baccalauréat en théologie, en droit civil et canon ou en médecine, contrairement à la transaction du 18 octobre 1669, qui fixe ce droit à 15 livres. A. V. D 32, f* 232.

2. Délib. du 11 mai 1709. L'Université d'Aix veut obliger les médecins d'Arles, Tarascon, Manosque, Grasse, Martigues, Sault, etc. gradués à Avignon, d'aller subir à Aix l'examen de médecine pratique prescrit par le roi. — Délib. du 27 juillet 1709. — Arrêt du conseil d'État donnant raison à l'Université d'Avignon contre celle d'Aix. Emprunt de 1.000 livres pour les dépenses du procès. A. V. D 32, ^' 256, 262 et 263.

262 l'cnivehsité d'avigdon

l'Université d'Avignon, rappeler celles qu^elle-ménie fit subir à l'Université d'Orange? En vérité, l'acharnement de nos docteurs contre leurs voisins orangeais n'était pas tout à fait sans excuse. Était-ce une université véritable que celle qu'ils combattaient? Dès 1475, le pape Sixte IV déclarait qu'il n'existait pas, à Orange, de studiam générale ^ ; et ce studium d'ordre inférieur, les guerres du xvi* siècle lui portèrent bientôt un coup, dont il faillit ne se point relever; il n'eut pendant cent ans qu'une existence intermittente et c'est en 1718 seulement qu'on entreprit de le réformer ^. Au xvn* siècle, l'Université d'Orange n'avait pas de cours réguliers, ses grades étaient avilis; — les docteurs « à la fleur d'Orange » étaient légendaires, — enfin, elle était soupçonnée d'hérésie. Cependant le roi Louis XIII, par un édit de 1634 3, avait ordonné que tous les docteurs et gradués d*Orange seraient reçus avocats postulants en tous ses parlements, comme ceux des Universités françaises, et grâce à cette tolérance, que Louis XIV devait d'ailleurs révoquer en 1708, l'Université d'Orange était devenue l'égale de celle d'Avignon. Bien plus, des docteurs orangeais prétendaient être immatriculés à Avignon ; on voyait des étudiants avignonais, des religieux même, aller se faire graduer dans cette Université « monstrueuse ^ » et des théologiens,

1. Bulle de Sixte IV du 5 juin 1475. A. V. D 25; Laval, 38; Foumier, 1^7. L'Université d'Orange avait été fondée en 1365.

2. V. P. Achard, V Université d'Orange, Fermée en 1562, cette Université rouvrit ses portes en 1583 ; mais bientôt elle suspendit de nouveau ses cours pour ne les reprendre qu'en 1607.

3. Lettres patentes données à Chantilly, le 5 août 1634.— Louis XIV, qui s'était emparé de la principauté d'Orange, défend par un arrêt donné à Fontainebleau le 23 août 1708, de recevoir parmi les avocats de ses cours, les gradués d'une Université, qui ne s'était pas encore conformée aux règlements de celles du royaume et où l'on conférait les degrés de droit civil et canonique sans assujétirles étudiants à aucun temps d'études, sans exiger qu'ils soutinssent aucun acte public, enfin, sans les obliger à autre chose qu'à subir un léger examen.

4. Le mot est du cai*dinal Grimaldi écrivant au R. P. Icard, inquisiteur général à Avignon, au sujet des docteurs de l'Université d'Orange. « C'est un scandale

agrégés d'Avignon, se rendre à Orange pour participer à ses examens ^

En vue d'arrêter pareils scandales, l'Université d'Avignon juge tous les moyens légitimes. Déjà, sur sa demande, le pape Alexandre VII a déclaré que ses sujets d^Avignon et du Corntat gradués de la « prétendue université d'Orange » ne jouiraient pas dans la province des privilèges attachés à leurs •titres 2. Un peu plus tard, en 1671, elle va jusqu'à solliciter contre sa rivale un arrêt du parlement d'Aix, car, dit-elle, à Orange, non seulement il n'y a point d'étude générale, mais ladite Université prétendue est composée en grande partie d'huguenots et même a été réprouvée par lettres patentes du

que des religieux aient la témérité de prendre le degré de docteur dans une université monstrueuse comme celle d'Orange h (5 déc. 1671) A. Vw D 25.

1. Un accord conclu entre TUniversilé d'Avignon et celle d*Orange, le 23 mai 1667, portait que cette dernière Université ne délivrerait plus de grades « à ceux d'Avignon ni du Comlat et que ceux déjà docteurs viendraient se présenter au primicier et aux quatre régents et seraient examinés par eux in pri- VBÎis ». Cette transaction ne paraît pas avoir été exécutée. Le 1* juillet 1671, le Collège délibère de rayer de la matricule un docteur in utroque jure d'Orange qui s'était fait immatriculer par surprise. Le même jour, il fait inhibitions de se dire docteurs en théologie à deux religieux Augustins d*Avignon, Jérôme Crozet et Joseph de Parette, qui, ayant été refusés au doctorat à Avignon, sont allés à Orange et y ont pris le grade de docteur en théologie des mains du R. P.André Puy, prieurde leur couvent. Surla plainte de l'Université, adressée au prieur général, celui-ci commet TafTaire au Prieur provincial qui, le 2 octobre 1671, annule les deux doctorats. Quant au P. Puy, menacé des censures, il demande son absolution au vice-légat et l'obtient ; mais le Collège le prive de voix active et passive et de tous ses droits comme agrégé en théologie, pendant un an. Une enquête est ordonnée sur les docteurs d'Orange ; ceux qui auront été matricules avant le bref et l'accord, seront reçus conformément à la délibération du 23 mai 1667 ; aux autres l'exercice de leur profession sera interdit. Délib. du 4 nov. 1671. A. V. D 30, f- 246.

2. Délib. du Collège des docteurs du 10 fév. 1667. Le primicier dit qu'il a présenté un mémoire au SainUPère pour empêcher que des personnes du Comtat aillent passer docteurs à Orange. — Délib. du 27 avril. On a obtenu un bref d'Alexandre Vil disant que les docteurs de l'Université d'Orange ne pourront être censés docteurs, ni en avoir les prérogatives dans le Comtat. Ce bref a coûté 25 écus. A. V. D 30, f" 194 et 195. Le bref est du 26 mars 1667.

roi Charles VIII, en 1485 *. Ensuite, pour purger le Comtat des docteurs d'Orange qui pourraient le souiller, elle ordonne une enquête, après laquelle quelques doctorats sont annulés. Enfin, elle obtient de Louis XIV la révocation deTédit de 1634. Ces mesures rigoureuses frappent à mort l'Université d'Orange. En vain essaie-t-on, en 1718, de la galvaniser par d'opportunes réformes et, en 1725, de la réhabiliter aux yeux du Saint-Père, en proscrivant de son sein les hérétiques. Elle décline de plus en plus. D'autant plus vite que tout le monde s'acharne contre elle. Comme Avignon, Valence dénonce ses abus. Le Parlement de Toulouse interdit, en 1741, à ses gradués l'accès des cours royales. En 1765, le parlement de Grenoble demande sa suppression ^; depuis longtemps le roi la traitait en étrangère. Avignon pouvait s'applaudir de ses efforts : son triomphe était complet.

Page 1