CHAPITRE IV
l'université et la ville d' AVIGNON
Caractère municipal des anciennes Universités à leurs débuts. — Largesses de la ville d'Avignon envers son Université jusqu''au xvi« siècle. — Les faveurs de la Municipalité vont ensuite au collège des Jésuites. — Suppression des privilèges financiers des docteurs. — En retour, l'Universilé obtient le droit d'envoyer des députés à l'Hôtelde- Ville. — Rôle de ces députés et du primicier dans Tadministration communale. — Règlements de 1605, de 1697 et de 1706. — Prestige dont jouissent, à Avignon, les membres de TUniversité investis, pour la plupart, d'offices ecclésiastiques, administratifs ou judiciaires.
Quoique fondées, en général, par un acte de la puissance pontificale ou royale, les anciennes Universités étaient cependant, à plus d'un point de vue, des institutions municipales. Du moins, les conseils des villes où elles avaient été établies, s'intéressaient-ils très vivement à leur prospérité. Pour attirer et retenir dans leur studium des docteurs renommés et, par suite, la foule des étudiants qui suivait ces docteurs, les autorités communales multipliaient les sacrifices. Aux professeurs elles offraient des émoluments parfois fort élevés, avec, par surcroît, des honneurs et des privilèges exceptionnels; aux étudiants elles assuraient, dans la cité, un traitement de faveur et aussi une indulgence presque sans bornes, pour le cas où leur turbulence bien connue les induirait en rixes ou rébellions. Auprès des municipes renaissants, la science avait retrouvé tout son prestige et tout son crédit : une Université était pour eux à la fois une force, une parure et un sujet d'oi^ueil.
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Depuis longtemps en possession d écoles presque célèbres, la ville d'Avignon s'intéressa d'abord très vivement à la prospérité de son Université. Toutefois, jusque vers 1475, les documents sont rares, qui nous montrent son action sur les études : à peine trouve-t-on quelques traces de ses largesses à l'égard des professeurs ^ Les documents de ce genre abondent, au contraire, pour la fin du xv* siècle et la première moitié du xvi*. A cette époque, en même temps qu^elle s'occupe de fonder des écoles élémentaires 2, la municipalité appelle dans son Université des maîtres de grammaire, de rhétorique, de poésie, de logique et de philosophie, Achates Long par exemple, en 1491, et Gilles Bernardin, en 1497, rémunérés à raison de 100 6u 150 florins, sans parler du médecin Imberti venu, en 1480, à Avignon, pour y enseigner à la fois la philosophie et la physique 3. Comme la Faculté de médecine avait
1. Le 30 janvier 1377, le Conseil de ville décide de donner à chacun des cinq professeurs de TUniversité 50 florins à provenir de Tardent des gabelles (Arch. munie. d'Avignon, Reg. des dëlibcr. 1. 1, p. 95.)
3. Voir notammenl les dëlib. du Conseil de ville des 30 avril 1470, 14 oct. 1478, 16 oct. 1490, etc., relatives à la fondation d*êcoles générales, pour l'entretien desquelles la ville traite avec M. Yves Lefrète, puis avec M. Jean de Saluées, puis avec d'autres régents. Ces écoles paraissent avoir été absolument distinctes de l'Université (Arch. mun. Reg. des délibérations, t. III, f" 247; t. IV, f- 172; t. V, f»227.)
3. Délib. du 17 sept. 1484. Article concernant les maîtres d 'écoles de grammaire, logique et philosophie, qui ont offert de venir enseigner dans cette ville. Le Conseil nomme des députés, avec pouvoir de traiter de leurs appointements et de leur logement, en leur promettant aussi la franchise de droits de gabelle pour les denrées dont ils auraient besoin, pour eux et leurs familles. — Dclib. du 14 mars 1491. Sur le rapport fait au Conseil que M. Achates Long, fameux rhétoricien, avait offerte la ville d'y fixer son séjour, si elle voulait lui faire un honnête avantage, et d'y enseigner la rhétorique, la grammaire et la poésie, ce qui pourrait y faire fleurir la littérature, il a été délibéré que MM. les consuls le feront examiner et que s'il est jugé aussi savant qu'on le suppose, on le retiendra ici, en lui établissant un honoraire de 60 florins par année. Le 8 août 1 491, ces appointements sont portés à 100 florins par an. — Délib. du 14 mars 1497. Il a été décide de donner un honoraire de 150 florins, pour cette année, au sieur Gilles Bernardin, qui enseigne la poésie dans celte ville et qui est très habile dans cet art. — Délib. du 8 mai 1480. Un traité est signé avec Guil-