V. plus haut, livre 11, cli. I, p. 110 et suiv
3. Le 5 août 1739, le Conseil de ville donne son adhésion & TUniversité dans le procès qu'elle a, à Rome, avec l'auditeur général, au sujet de la juridiction du priniicier. L9 décision est prise à l'unanimité, le primicier çt les députés de
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vote indifférent les accroissements que l'Université désire, un moment, obtenir par Tagrégation des classes supérieures du collège des Jésuites ou des séminaires, ses rivaux sécuculaires, maintenant réconciliés avec elle K
C'est qu'en effet, depuis 1564, les faveurs municipales vont ailleurs. Avignon a vu s'établir, à cette époque, dans ses murs, rOrdre savant et puissant, dont les établissements vont conquérir une clientèle de plus en plus nombreuse, sans jamais se résoudre dans les cadres universitaires. Depuis la fondation du collège des Jésuites, l'Université ne représente plus cet ensemble des forces enseignantes qu'elle synthétisait autrefois. Elle garde le monopole des grades, donne seule l'enseignement du droit et de la médecine et même, jusqu'en 1395, celui de la théologie; mais la clientèle de ce qu'on appelle aujourd'hui l'enseignement secondaire lui échappe. Tandis que les étudiants de ses Facultés se font de plus en plus rares et que, seule, la perspective prochaine d'un examen les réunit autour des chaires de ses professeurs, les Jésuites voient le chiffre de leurs écoliers monter jusqu'à huit cents, mille, deux mille même. Etonnée, puis charmée et enorgueillie d'un tel succès, la municipalité d'abord hésitante prodigue maintenant aux nouveaux venus toutes ses faveurs : subventions, annuelles ou extraordinaires, crédits pour construction ou agrandissement des locaux, subsides spéciaux pour la création de tel ou tel cours. L'Université, au contraire, doit, avec ses seules ressources, pourvoir à son installation et rétribuer ses professeurs. Ajoutons qu'en imposant aux Jésuites, en
l'Université sVtant retirés, pour ne pas jçêner les votes des conseillers. Cf. délib. du 7 dcc. 1745. (Arch. mun. d'Avignon Reç. des délib., t. XII, ^' 90 et 161).
1. Délib. du 23 mai 1759. Les consuls réservent leurs droits et autorité sur les classes des Jésuites et stipulent que l'Université n'aura droit d'inspection que sur les études. (Arch. mun. d'Avignon. Reg. des délib., t. XLIV, f» 2 48.)
retour de ses subsides, la gratuité de leurs leçons, le Conseil de ville servait incontestablement les intérêts du plus grand nombre de ses commettants et pourvoyait à des besoins que rUniversité ne pouvait plus satisfaire *.
Tout concourait d'ailleurs à rompre ou tout au moins à relâcher les liens qui avaient autrefois uni l'Université à la cité. Les consuls, par exemple, partageaient, à Torigine, avec le primicier la surveillance des collèges fondés pour les écoliers pauvres des Facultés. On a vu déjà les empiétements de la Propagande sur les attributions que les statuts de ces établissements réservaient au chef de l'Université. Comme celle du primicier, l'autorité des consuls fut de plus en plus méconnue. Les réclamations du Conseil de Ville, pour si vives qu'elles aient pu être, restèrent sans réponse et sans sanction. Les Congrégations continuèrent leurs manœuvres et une commune disgrâce chassa consuls et primicier d'un terrain, où ils auraient pu encore se rencontrer et s'unir ^.
En revanche, des questions d'intérêt particulier, les impots auxquels les docteurs étaient assujettis, la place que l'Université pouvait revendiquer à THôtel-de-Ville et le rôle que ses délégués prétendaient y remplir, ces questions font naître aux XVII® et xviii® siècles, plus souvent qu'à l'époque précédente, entre l'Université et le pouvoir municipal, des occasions de contact et de conflit.
C'est à partir de 1605 seulement que l'Université, comme
1. Ces dclibcrations du Conseil de ville sont particulièrement nombreuses pour la période qui s'étend entre les années 1564 et 1617, c'est-à-dire pour l'époque où les Jésuites s'installent à Avignon et développent leur établisse ment. (Arch. mun. d'Avignon. Reg. des délib. du Conseil de ville, t. XIII à XXIV.) Cf. Chossat, les Jésuites à Avignon, passim^ et J. Marchand, La Faculté des arts, p. 6.
2. V. notamment la délib. du Conseil de ville du 16 juin 1706, relative au Collèiçc de Sénanque. (Arch. mun. d'Avignon. Reg. des délib. t. XXXVI, f" 48.)
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le Clergé, fut admise à envoyer des délégués aux Ckinseils ordinaire et extraordinaire, qui gouvernaient la cité et ce droit, comme bien d'autres, esl d'origine fiscale.
En vertu de privilèges anciens, souvent renouvelés et toujours respectés, pendant plus de deux cent cinquante ans, les membres de TUniversité étaient restés exempts d'impôts ^ Mais, vers le milieu du xvi* siècle, les guerres religieuses avaient causé à la ville d'Avignon des dépenses extraordinaires, qu'elle ne pouvait solder sans le concours de tous ses habitants. Elle demanda au pape Tautorisation d'imposer les docteurs qui, malgré de vives résistances, furent condamnés à payer. Une transaction intervint d'ailleurs par laquelle Clergé et Université se soumettaient, pendant quatre ans, à l'impôt des gabelles, mais demandaient, en retour, à contrôler l'emploi des fonds à provenir de cet impôt. En 1 586, nouvelles dépenses extraordinaires, nouvelle pénurie du trésor municipal, nouveaux débats et enfin, nouvelle transaction, signée en 1587. Le Qei^é et l'Université paieront pendant douze ans les gabelles; ils contribueront aux dépenses d'intérêt public : entretien des murailles de la ville, des fossés, ponts, chemins, digues, etc. ainsi qu'aux frais occasionnés par la peste, la famine ou la guerre; en retour, deux députés de l'Université et deux députés du Clergé devront viser tous les mandats délivrés par les consuls. Un peu plus tard, les deux corps privilégiés consentaient encore à contribuer aux frais des emprunts municipaux. Ils avaient réclamé, mais en vain, pour leurs délégués le droit d'assister aux séances des conseils de la Ville. Les conseils, pour combattre de telles prétentions, s'étaient retran-
1. On sait que le vig^ier d'Avignon, en entrant en charge, devait jurer de garder et défendre les privilèges de TUniversitc. Kn 1479, on constate que ce serment n'a pas été prêté depuis longtemps et le primicicr requiert Louis du Puget, viguier en exercice, de jurer entre sçs mains. A. V. l) 135, f» 28.
chés derrière l'absence d'ordres venus de la curie romaine ^ Mais le conflit continuait. L'Université n'exécutait que de fort mauvaise grâce les transactions consenties. Elle refusait de contribuer aux frais d'ambassades ou de procès, à ceux de Taumône générale, aux emprunts négociés pour achats de blé, en temps de disette. Le vice-légat, sollicité d'en finir, décida que le Clergé et l'Université, moyennant une somme à eux payable, chaque année, comme souvenir et marque de leur ancienne exemption, contribueraient à toutes les charges et dépenses de la ville; mais qu'en revanche, chacun de ces deux corps « nommerait deux députés, pour assister aux conseils tant ordinaires qu'extrordinaires, qui se feraient par ci après, à la maison commune » 2. Le nombre de ces députés fut ensuite porté à quatre pour chaque corps, sans compter le primicier qui avait entrée à tous les conseils et qui même y siégeait au premier rang, après les consuls.
Ce règlement rétablit pour un siècle la paix entre l'Université et la ville ; mais le mode d'élection des députés devint matière
1. Voir notamment les délibérations du Conseil de ville des 27 avril 1579, 27 mai 1583, 10 mai et 26 août 1586 et les mémoires produits par rUniversité à Tappui de la prétention qu^elle émettait, de ne contribuer en aucune façon aux charjçcs municipales « attendu ses privilèges. » D'abortl condamnes par le vicclégat, les docteurs sont définitivement déclarés « contribuables aux frais de la guerre » par bref du pape du !•' août 1579. Ils prétendent alors avoir une des clés du cofTrc où se mettait Tardent des gabelles, ce qui leur est accordé (27 mai 1583), puis envoyer des délégués aux conseils, ce qui n'est pas admis (10 mai 1586). En août de la môme année, ils s*engagent à contiibucr aux dépenses des services publics.
2. Kepistrcs des délib. du Conseil de ville de 1587 à 1597. — Cf. le règlement du vice-légat Gualten du 23 mai 1697. Ce règlement confirmant celui de 1605 maintient le Clergé et rLY*iversitc dans leur droit d'intervenir dans toutes les délibérations concernant l'emploi des rentes publiques, ou les dépenses, tant ordinaires qu'extraordinaires et de viser tous les mandats donnés aux trésoriers pour le paiement des dépenses de la ville. La somme payée par la ville A r Univers! lé pour la « marque de son exemption » fut de 70 écus ou 210 livres par an; on voit figurer cette somme dans tous les budgets du xviii* siècle. V. ci-dessus, ch. II, p. 216.