‹ L'Université d'Avignon aux xviie et xviiie sièclesChapitre 130 sur 145 · Délib. du 16 mars 1759. A. V. D 84, f · texte numérisé non relu

Délib. du 16 mars 1759. A. V. D 84, f

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Tantiquité de ses origines, l'éclat qu'elle avait autrefois jeté, enfin la considération qui s'est toujours attachée aux corps investis du monopole de la collation des grades et paraissant, à ce titre, personnifier la science, tout cela pouvait déjà justifier le prestige dont rUniversité était entourée à Avignon. D'autres raisons, la fortune, parfois considérable, de ses membres, leur savoir et leur mérite professionnel, enfin les fonctions extrauniversitaires dont tant de docteurs étaient investis, venaient encore accroître son crédit et son autorité.

Sans doute les théologiens et leurs auxiliaires, les régents de philosophie, — ceux du moins qui appartenaient aux ordres religieux, — se confinaient volontiers dans leurs couvents et, consacrant à la prière ou à un obscur labeur le temps que les classes ne leur prenaient pas, restaient généralement étrangers au monde, qui. pouvait méconnaître leur mérite et ne point Jes estimer à leur prix. Mais les docteurs en droit ou en médecine, moins modestes, par goût et par état, occupaient dans la ville un rang fort distingué.

Parmi les médecins, quelques-uns, les Parrely , les Gastaldy, les de Lafont, les Voullonne, — sans parler du célèbre Esprit Calvet qui, comme on sait, fut correspondant de l'Académie des Inscriptions, — brillèrent à la fois par leur science et par leur habileté professionnelle. On avait vu des souverains, des prétendants tout au moins, faire appel à leurs lumières et solliciter leurs conseils ; ils avaient essayé de mettre leur enseignement au niveau des progrès de la science. Leur clientèle avignonaise leur accordait une confiance qui ne procédait pas seulement de la peur de la mort ou de la volonté* de guérir. Au surplus, le dévouement que le corps médical avait montré lors des grandes épidémies, en I'}2i notamment, quand la peste fit périr six de ses membres, lui avait valu une popularité de bon aloi. Il pouvait certes marcher de pair avec la

noblesse locale, bien qu'une tradition ancienne, réservant aux juristes les titres de nobiles et d'illustres^ ne donnât aux régents de médecine que celui à'egregii.

Quant aux docteurs en droit, tous, suivant Tusage, agrégés in utroque^ mais les uns prêtres, comme les docteurs en théologie, les autres laïques, comme les médecins, et capables par conséquent des fonctions les plus diverses, on les voit briguer et obtenir en grand nombre les emplois de justice ou d'église. Ils sont chanoines, prévôts, pénitenciers des paroisses ou de la métropole, ofTiciaux ou vicaires généraux de larchevêque, en attendant de recevoir eux-mêmes la crosse et la mitre ; sous le nom d'avocats, d'auditeurs, de procureurs, de conseillers, de secrétaires, de correcteurs, taxateurs ou régistrateurs des bulles pontificales ou de la Légation, ils entourent le vice-légat et dirigent son administration ^ Us sont juges du Tribunal de Saint-Pierre, voire même vice-gérents. Le tribunal de la rote, juridiction supérieure du Comtat, n'est guère composé que d'agrégés en droit 2. Les docteurs les plus modestes ou les plus jeunes sont avocats postulants, en attendant de devenir magistrats à leur tour 3. De 1670 à 1686, sur trente-six doc-

1. Le vice-lépat consulte, en outre, très souvent soit le primicicr, soit le Collège des docteurs, dans les afTaires qui concernent ladminislration civile ou financière de la ville.

2. On sait que ce tribunal. Cour d'appel pour tout l'état pontifical de France, se composait de six membres, dont trois ecclésiastiques et trois laïques. Les listes des docteurs agrégés comprennent, en général, les six auditeurs de rote; la présidence, d'aboi'd confiée â l'un des auditeurs, fut ensuite dévolue au vice-légat, à l'auditeur général ou même au primicier de l'Université. L'auditeur général était le suppléant du vice-légat.

3. Est-il nécessaire d'ajouter que les docteurs simples, que le Collège voulait d'ailleurs, traiter « en enfants de l'Université » (délib. du 5 janv. 1662), remplissaient presque tous les oflices de justice, que des agrégés n'occupaient pas et que nombreux étaient les avocats docteurs de l'Université d'Avignon? En énumérant les emplois occupés par des membres de l'Université, on s'en est tenu aux agrégés, mais l'influence de ce corps s'étendait, en réalité, directement ou indirectement sur toutes les cours de justice. — On avait songé un

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leurs que l'Université s'agrège, seize sont pourvus de fonctions ecclésiastiques ou judiciaires. Et la proportion se maintient pendant tout le cours du xvui® siècle. Encore en 1789, à la veille de la disparition du Collège, dix-sept de ses membres sur quarante-sept occupent des fonctions étrangères à renseignement ^ On sait d'ailleurs que l'assesseur de ville, qui était obligatoirement un légiste, fut souvent un agrégé^. En 1768, quand le roi de France, occupant Avignon et le Comtat, y établit des sénéchaussées, ce fut un agrégé, professeur perpétuel de droit français, M. de Guilhermis, qui devint lieutenant civil et criminel •'^, et c'est encore un professeur de droit français, le célèbre Levieux de Laverne qui, en 1791, fut le premier maire de la Révolution triomphante'*. Sous l'un ou l'autre régime, pontifical ou royal, c'est dans la corporation universitaire qu'Avignon aimait à voir prendre ses dignitaires et ses chefs.

momenl à réserver aux agrégés seuls les postes crassesseurs dans les tribunaux. Le Collège des docteurs agrégés lui-même demanda que ce monopole ne lui fût pas attribué.

1. Voir les listes des docteurs agrégés insérées, chaque année, dans les registres des gradués. A. V. D 136 à 154.

2. Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur les attributions si importantes de Tassesseur qui, en fait, à Avignon comme dans bien d'autres villes, dirigeait l'administration municipale. *

3. V. Tcule, Chronologie des docteurs en droit civil de V Université d'Avignon^ p. 102. •

4. Ihid.^ p. 111. Levieux de Laverne avait été primicier en 1782 et assesseur delà ville. Il fut élu maire d'Avignon le 26 décembre 1791. Le Consulat avait été aboli le 27 février 1790. et la commune installée le 18 avril suivant, avec M. d'Armand, docteur agrégé en droit, comme maire (M. d'Armand fut remplacé, le 12 juin, par M. Richard). On sait d'ailleurs que la réunion du Comtat ne fut ratifiée par la Constituante qu'en septembre 1791. (Le vice-légat avait été chassé dès le 12 juin 1790 et s'était réfugié à Carpentras, d'où il partit au mois de décembre suivant.)

L'Université pendant la Révolution. — Ses dernières années ; sa chute. — Retour sur son histoire. — Son organisation primitive. — Sa prospérité au début du xvi« siècle. — Coups que lui portent les guerres religieuses. — Sa renaissance et ses transformations. — Elle se rapproche de plus en plus du type des Universités françaises. — Abus croissants et velléités de réforme. — Impuissance des anciennes corporations enseignantes à se réformer elles-mêmes.

C'est le 15 septembre 1793 seulement, que les Universités, provisoirement maintenues par la loi du 26 septembre 1791, furent légalement supprimées par décret de la Convention. Encore cette mesure fut-elle suspendue le lendemain et les anciennes corporations enseignantes subsistèrent-elles en droit jusqu'à la loi du 7 ventôse an III (25 février 1795). Mais atteintes dans leurs privilèges par la suppression des droits féodaux et celle des juridictions particulières, dans leur fortune par la vente des biens ecclésiastiques, enfin, dans la personne même de leurs membres par la promulgation de la Constitution civile du clergé et les persécutions qui en résultèrent, leur existence, depuis le triomphe définitif de la Révolution, ne pouvait être et ne fut, en effet, qu'une longue agonie.

A partir du 14 septembre 1791, jour où la réunion d'Avignon et du Comtat-Venaissin àla France fut définitivement résolue par l'Assemblée Constituante, les destinées de l'Université d'Avignon s'étaient trouvées confondues avec celles des Universités françaises. Mais on sait que les événements révolutionnaires avaient eu dès longtemps leur contre-coup à Avignon. Le

parti français, si nombreux dans cette ville et qui, bientôt, y domina, n avait pas manqué de s'autoriser de Texemple des municipalités du royaume, pour frapper sur TUniversité des coups redoublés.

Dès le 8 décembre 1790, le conseil de la Commune étant assemblé, Qaude Vinay, docteur en droit et substitut du procureur de la Commune, représentait audit conseil que le peuple avignonais, avant de voter sa réunion à l'empire français, avait déjà délibéré l'adoption de la Constitution française et l'exécution des décrets émanés de TAssemblée nationale. Visant, en particulier, le décret de cette assemblée en date du 19 juin 1790 relatif à la suppression des titres de noblesse et des armoiries, le substitut rappelait que l'Université, dans les thèses que soutenaient ses candidats, n observait pas ce décret, imprimait et faisait « imprimer dans ses programmes des titres vains » qu'elle prodiguait à ses membres et que ceux-ci « se renvoyaient mutuellement par un abus aussi pitoyable que ridicule. » — Sur quoi, l'Assemblée de délibérer aussitôt que sauf les arrangements à prendre pour le régime nouveau de l'Université, les primicier, professeurs et autres docteurs agrégés seront tenus de se présenter dans la huitaine à la maison commune par devant le maire et les officiers municipaux pour y prêter le serment civique décrété par l'Assemblée nationale, et que jusque-là ils ne pourront exercer leurs fonctions respectives, sous peine d'être poursuivis extraordinairement. Après ce délai, faute d'avoir prêté ledit serment, ils ne pourraient exercer leurs fonctions, sous peine de poursuites. Il était également défendu aux primicier, professeurs et docteurs de faire imprimer ou soutenir aucune thèse en droit canonique qui pût « contrarier » les décrets de l'Assemblée nationale ou de donner aucun titre de noblesse à des membres quelconques de l'Université. Enfin, le primicier ne

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pourrait à Tavenir prendre le titre de juge conservateur des privilèges de TUniversité ou en remplir les fonctions, attendu la suppression prononcée par les directoire et district d'Avignon de toutes les juridictions qui y existaient le 12 juin, à peine de poursuites extraordinaires. Défense était faite à Timprimeur de TUniversité d'imprimer aucun document portant les qualifications interdites.

Quelques semaines après, ordre était donné par la municipalité à M. Teste, primicier, de faire enlever de sa maison les armoiries universitaires. Il lui était également interdit de disposer des sommes provenant de la collation des grades. Bien plus, le conseil de la Commune décidait que les attestations d'études ne seraient plus signées par l'archevêque-chancelier, mais par le chanoine Malière, agréé comme grand-vicaire par la municipalité.

Quant à ses revenus propres, l'Université en avait été déjà dépouillée. Plus tard, les bâtiments, confisqués en vertu des lois sur la vente des biens ecclésiastiques, que la loi du 25 mars 1792 rendit applicables dans le Comtat, furent successivement aliénés. La salle de médecine fut vendue la première le 7 juin 1792. Puis ce fut le tour de la salle de droit, aliénée en 1795, du jardin botanique et de ses dépendances, de la salle des Actes et de celle de philosophie, enfin de la classe de théologie, vendus en 1796 et 1797*. Dès le 28 août 1792, le secrétaire de l'Université avait dû remettre aux commissaires pour la séquestra-

1. Cf. Laval, CariulairCy p. 4 18-430. La vente commença le 7 juin 1792. Ce jourlà fut vendue la salle dc^ études de médecine (entre la place des Études et la rue Pctramalc), au prix de 1500 livres (pour 47 cannes carrées). Le 17 février 1795, on vendit la salle des études de droit (rue et place des Etudes) pour 8.000 livres; le 26 sept. 1796, la salle des Actes et Tancienne classe de philosophie, pour 3.600 livres; le 4 avril 1797, la salle de théologie pour 1.440 livres. Le jardin botanique et ses dépendances avaient été vendus, le 2 août 1796, au prix de 2.700 livres.

tion des biens nationaux, moyennant décharge régulière, la masse d'argent, insigne vénérable et précieux de la dignité de ce grand corps*.

En réalité, depuis les vacances annuelles de 1791, l'Université avait cessé d'exister. Le Collège des docteurs en droit comptait encore un nombre respectable de membres-, mais il ne se recrutait plus. Son dernier agrégé date du 3 août 1789 ^. Le il juin 1791, le Collège se réunit pour la dernière fois et ce fut, en quelque sorte, pour abdiquer. Onze membres seulement étaient présents; ils résolurent, « vu les circonstances», de ne se point donner un nouveau chef. M. Teste, qui exerçait si dignement le primicériat, fut prié de conserver ses fonctions jusqu'à une décision ultérieure, qui ne vint jamais*.

Les cours réguliers cessèrent à la même époque. Le dernier programme annuel qui nous reste est celui d'octobre 1790 ; l'année suivante, il n'en fut sans doute pas publié. Au reste, les classes et l'amphithéâtre étaient déjà désertés^.

Un an encore, les Facultés se survécurent à elles-mêmes, en tant que commissions d'examens; on fit quelques gradués en 1792. La Faculté de droit admit son dernier licencié, le

1. A. V. D 154. — « Nous, commissaires pour la séquestration des biens nationaux, prions et requérons M. Chambaud, massier de TUniversitë, de remettre au porteur du présent ou de la faire parvenir à leur Bureau, au cydevant couvent de Saint-Laurent, la masse d'arg:ent de l'Université. Avignon le 28 août 1792, l'an l* de la liberté. Signé : Rassis, commissaire; Palun, officier municipal, commissaire, Prat, Allies, Imbert et Despat, commissaires. »» — « Nous commissaires pour la séquestration des biens nationaux, avons reçu de M. Chambaud, secrétaire de TUniversité, une masse d'argent, à l'usage de ce corps, dont nous le déchai'geons. Avignon le 29 août 1792, l'an 4* de la liberté (mêmes signatures). — Cette masse pesant 9 marcs fut expédiée d'Avignon à la Monnaie de Marseille, où elle fut fondue avec d'autres objets enlevés aux églises et aux couvents. (Cf. Duhamel, les Masses des Universités, p. 7.)

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