‹ L'Université d'Avignon aux xviie et xviiie sièclesChapitre 59 sur 145 · A. V. D 30, f^ 84 et · texte numérisé non relu

A. V. D 30, f^ 84 et

iiii L*UNIVERS1TÉ D* AVIGNON

ne s*en présenta guère que quatre, la plupart ayant déjà enseigné * ; les chaires devinrent alors des sortes d*offices alternatifs, que Ton se passait tour à tour, chaque élection triennale faisant entrer dans les cadres à peine un ou deux régents nouveaux, souvent fils ou neveux de leurs prédécesseurs.

La régence des Institutes et celle du droit français échappèrent d'ailleurs à la loi commune. La première restée viagère jusqu'à la mort de M. Ribère en 1662, devint biennale à cette époque et le demeura pendant trente-six ans^. En 1698 ^, elle fut donnée advitam à M. Gilles de Benoit « nonobstant la conclusion du 15 janvier 1662 »; et, malgré les réserves que le Collège avait faites pour le moment où elle vaquerait de nouveau, elle fut désormais attribuée dans les mêmes conditions. Jusqu'en 1790, elle ne compta que cinq titulaires, MM. de Benoit père et fils et MM. de Teste qui s'y succédèrent pendant trois générations *.

Quant à la chaire de droit français, confiée, en général, à d'anciens professeurs de droit civil et donnée aussi ad vitam^ elle ne compta, comme celle des Institutes, que cinq professeurs, depuis sa création en 1700 ^ jusqu'à la suppression de

1. A. V. D 33, ^• 194, 274, 388, 429; D 34, ^• 35, 100, 187, 292, 351, 397 ; D 35, f*' 18, 96, etc.

2. Délib. du Collège des docteurs des 7 et 14 janv. 1662. A. V. D 30, ^• 146 et 148.

4. M. Gilles de Benoit (1698-1723) a pour coadjuteur en 1705 son flls Louis- Gabriel. Celui-ci démissionne, en 1719, en faveur de M. Guillaume Teste qui devient « principal » en 1723. A sa mort (1736), on lui donne pour successeur son fil» Joseph (1736-1771). A Joseph, succède aussi son fils, Gabriel de Tcste- Venasque (1771-1791). Délib. du Collège des docteurs des 25 mai 1705, 22 mai 1719, 28 déc. 1736, 20 sept. 1771. A. V. D 32, f* 185; D 33, ^' 17 et 78; D 35, ^56.

5. Délib. du Collège des docteurs du 24 fév. 1700. Le primicier dit qu*il a reçu une nouvelle ordonnance du Roi portant que dans chaque Université, il

rUniversité; trois d'entre ces maîtres appartenaient à la même famille : M. Jean-Baptiste Levieux de Laveme, M. Esprit-Benoît Levieux de Laveme, son fils et M. de Guilhermis, son neveu. A eux trois, ils gardèrent cette régence pendant près de soixante-dix ans ^

La régence de médecine eut une fortune à peu près pareille. On a vu déjà qu'elle constituait à elle seule tout renseignement médical officiel et que le Collège des docteurs en droit en disposait. Elle resta viagère jusqu'en 1617, époque où mourut son titulaire, Denis Chrétien, qui avait enseigné pendant vingt-trois ans ^. On décida alors qu'elle deviendrait triennale, mais le Collège des docteurs se réserva d'autoriser des exceptions à cette règle et, s'il ne la conféra que deux ou trois fois ad vitam h plusieurs reprises, il continua dans leurs fonctions pour deux ou plusieurs périodes triennales les professeurs dont l'enseignement était particulièrement brillant ou fécond^; du reste, ces réélections interdites, en principe,

y aura un récent de droit français, sous lequel S. M. veut que chaque ëcolier étudie pendant un certain temps, que pour ce sujet il croit nécessaire de créer une nouvelle régence et, parce qu'elle ne sera pas aussi considérable que les autres et pour trouver plus facilement quelque personne de ce corps propre et habile pour remplir dignement cet emploi, il est du sentiment de la donner ad beneplacitum Collegii, sous les mêmes honneurs, honoraires, émoluments et casuel concédés au régent institutaire. A. V. D 32, f^ 141.

1. De 1719 à 1791. Les autres professeurs furent M. de Folard (1700-1706) et M. G.-G. Teste (1706-1719). Délib. du Coll. des docteurs des 22 mai 1719, 29 avril 1723, 16 mars 1741, 29 avril 1747, 22 mars 1773. A. V. D 33, f" 18, 78 et 386; D 34, f»39; D 35, f» 69.

2. Délib. du Coll. des docteurs du 1" mai 1617. Sur la collation et provision de la régence de médecine vacante par la mort de M. Denis Chrétien, dernier possesseur d'icelle, appartenant ladite collation à plein droit au Collège, ont été faites les propositions et conclusions suivantes par le primicier et les docteurs au nombre de 91. La proposition de conférer la régence ad vitam est rejetée par 64 voix contre 27 ; sa triennalité est votée par 84 voix contre 7. On stipule que le régent ne pourra être continué dans Texercice de ladite régence sans nouvelle provision et députa tion. Cette délibération est confirmée le 11 mai 1622. A. V. D 29, ^• 59 et 83.

3. Le 26 juin 1638, M. Paul- Antoine Chrétien, qui avait déjà exercé pendant

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pour les chaires de droit, ne l'avaient jamais été pour la chaire de médecine ^

L'insuffisance d'un seul professeur, quels que fussent d'ailleurs son savoir et son zèle, avait de bonne heure frappé le collège des médecins. Il avait essayé d'y remédier en instituant des cours supplémentaires confiés à des agrégés ; mais les résultats avaient été médiocres, et dès 1677 2, il songeait à créer

deux triennaux, est élu ad beneplacitum CoUe^i; de mêmef les 7 mai 1631, M. Gastaldy père, qui avait déjà exercé A plusieurs reprises, pendant quinze ans, est élu pour trois ans et on convient qu'après le triennal, la régence lui sera prorogée ad beneplacitum Collegii ; enfin, le célèbre Calvet, élu pour trois ans en 1759, puis réélu pour trois ans en 1759 et pour six ans en 1762 est prorogé ad libitum Collegii, le 14 mars 1768 « sans déroger aux statuts. » A. V. D 29, f"» 1 84 ; D33, r» 183; D 35, M9.

1. Comme pour les professeurs de droit, on confia souvent la régence de médecine pour une nouvelle période triennale A des docteurs sortis d'exercice depuis un temps plus ou moins long. Sans parler des trois régents cités plus haut, plusieurs furent ainsi rappelés deux ou trois fois en fonctions. De 1617 à 1790, la première chaire de médecine ne compta que vingt-six titulaires. C'est en 1686 seulement qu'on fit concorder l'entrée en fonctions des professeurs avec le commencement de l'année classique (A. V. D 31, f" 187). Il est inutile d'insister sur les inconvénients du système suivi jusque là et en vertu duquel le professeur quittait sa chaire le 20 février. Dans l'assemblée ou Collège des docteurs en droit du 16 mars 1686, on remarque n qu'à la fin des trois ans, il n'y a jamais aucun écolier, d'autant que le régent qui devait finir le 20 février, au lieu de continuer à enseigner depuis la Saint-Luc précédente, voyant que son temps devait finir sitôt se néglige et ne va pas à l'Université pour enseigner. Les écoliers obligés d'attendre jusqu'à la Saint-Luc ne viennent pas à Avignon » {Ibid.)

2. V. Laval, Histoire de U Faculté de médecine d'Avignon^ p. 224. La création est du 10 nov. 1677, mais les délibérations des médecins ne sont inscrites dans les registres des délibérations du Collège des docteurs en droit qu^A partir de 1695, et la première mention de l'élection d'un professeur d'anatomie qu'on trouve dans les registres date seulement de 1697. Le 9 sept, de cette année, M. Ch. Delafont est élu régent d'anatomie pour un an en remplacement de M. Pinard, dont le temps d'exercice expirera à la Saint-Luc; il recevra comme honoraire, cinq livres communes de chaque aspirant au doctorat. (A. V. D 32, f« 81.) Les nominations se succèdent régulièrement A partir de cette époque. La chaire compta trente-quatre titulaires, dont plusieurs furent réélus jusqu'à quatre et cinq fois. L'élection avait généralement lieu en septembre. En 1718, on décida qu'elle aurait lieu en août, comme pour la chaire de botanique, dont il va être question, afin de donner aux nouveaux titulaires le temps de se préparer à leur enseignement (A. V. D 33, f" 5).

LES fAGULTÉS 119

une seconde chaire magistrale plus particulièrement consacrée à renseignement de Tanatomie. Comptant peu sur le concours du Collège des docteurs en droit, les médecins décidèrent de faire seuls les frais de la nouvelle régence; en retour, ils s'attribuèrent le choix du professeur, lequel ne devait être élu que pour un an. Les candidats aux très modestes fonctions dont il s'agit ne paraissent pas d'ailleurs avoir abondé, car on en vint à décider, en 1747, que chacun des agrégés devrait les remplir à son tour * ; le règlement de 1677 semble avoir prévu cette disette de postulants: il avait stipulé, en effet, qu'à défaut de toute candidature, le plus jeune des agrégés serait chargé du nouvel enseignement.

Quoi qu'il en soit, lorsque Louis XIV, par son édit de 1707 2^ eut réorgarnisé les études médicales, la Faculté de médecine d'Avignon, pour se conformer aux prescriptions du roi de France, n'eut rien à innover sur ce point. Non seulement elle possédait un professeur d'anatomie, mais elle avait un amphithéâtre et un service de dissections ^. Au contraire, l'enseignement de la botanique était à créer. Le collège des médecins y pourvut par la création d une troisième régence,

3. Isambert, Anciennes lois françaises, t. XX, p. 500. L'art. 22 de Tédit rend obligatoires les études d'anatomie.

3. Dëlib. du Collège des docteurs du 3 juillet 1696. Sur la requête du régent (Ch. Delafont) et du collège des docteurs en médecine, le Collège des docteurs agrégés en droit « délibère de faire un amphithéâtre dans la présente école pour faire des anatomies, par le moyen desquelles les écoliers seraient attirés dans cette Université en quantité, pour y étudier et prendre ensuite leurs degrés, ce qui redonderait au grand honneur et avantage de l'Université et du bien public. On construirait Tamphithéfttre en bois avec une table pour les démonstrations dans Técole de médecine ou ailleurs. » (A. V. D 32, t* 56.) Le 3 mars 1697, l'hôpital Sainte-Marthe s'obligea à fournir des cadavres pour les dissections (un homme et une femme par an). En 1745, on adjoignit au professeur un chirurgien qui sous le nom de démonstrateur anatomique devait faire des démonstrations sur les cadavres ». A. V. D 33, f* 460 (délib. du coll. des médecins du 19 mars I7i5\

instituée dans les mêmes conditions que la chaire d'anatomie, mais qui, faute de ressources, dut d'abord être confiée au premier professeur de médecine ou, à son défaut, à quelque agrégé de bonne volonté. En 1718, la Faculté, disposant enfin de quelques revenus, put faire cesser une situation si précaire; et la régence de botanique fut dévolue à un titulaire spécial, élu tous les deux ans par les médecins. Un peu plus tard et à travers des péripéties sur lesquelles on reviendra dans la suite, le collège des médecins compléta cet enseignement par Tacquisition d'un jardin botanique, où eurent lieu les démonstrations et les leçons pratiques prévues par Tédit de 1707 i.

La Faculté de médecine était désormais constituée telle

1. La question de racquisiiion et de raxnénagement d'un jardin botanique précéda, dans les préoccupations des médecins, Tinstitution d'une chaire spéciale pour cet enseignement. Dès 1707, TUniversité demandait au pape de lui . céder Tancien cimetière situé dans le quartier de Champfleury « dehors et proche les murailles de la ville, » ce que le pape voulut bien accorder. Mais la ville et les états du Comtat protestèrent et la question resta en suspens jusqu'en 1717. (V. délib. du Coll. des docteurs en droit des 21 déc. 1711 et 3 juin 1713. A. V.D 33, f"* 396 et 304). En 1718, on décida d'afTecter les revenus du jardin de Champfleury A Tentretien du professeur. (Délib. du 5 août 1718; A. V. D 33, f" 2). £n vertu de la même délibération, le régent botanique devait « donner en hiver, dans la classe de médecine un traité de cette science et faire, en été, des démonstrations des plantes, tant dans ladite classe que dans les jardins particuliers et A la campagne, en conformité des Universités de France où il n'y a pas de jardin botanique, jusqu'à ce que l'on ait les fonds suffisants pour l'entretien dudit jardin et professeur » (idem.). Le premier régent titulaire, M. Gastaldy, fut nommé le 10 oct. 1718 pour deux ans et, depuis lors, les nominations se succédèrent régulièrement. La chaire eut depuis 1718, seize titulaires, dont plusieurs furent réélus jusqu'à quatre et cinq fois. D'ailleurs c'étaient souvent d'anciens professeurs de la première chaire ou de la chaire d'anatomie qu'on chargeait de l'enseignement de la botanique ; les régents qui débutaient par l'enseignement de la botanique étaient aussi fréquemment appelés aux autres chaires. Au xviii* siècle, on ne compte pas moins de cinq professeurs ayant occupé à tour de rôle les trois chaires et de huit professeurs en ayant occupé deux. Quant à la question du jardin botanique, elle fut résolue en 1743 par l'acquisition d'un enclos appartenant au chirurgien Pamard (Délib. des médecins des 9 août et 3 sept. 1743. A. V. D 33, ^■ 438).

qu elle devait se maintenir jusqu'à la disparition de TUniversité elle-même. Quoiqu'on en ait dit, ses cadres étaient encore bien étroits, non seulement au regard des développements que la science médicale avait déjà pris au xvm^ siècle, mais aussi par rapport à de puissantes rivales, auxquelles on ne pouvait manquer de la comparer. Elle ne rencontra pas d ailleurs, dans cette dernière période de son existence, tous les concours sur lesquels elle semblait pouvoir compter. La municipalité se désintéressa de sa prospérité ; les états du Comtat, jaloux peut-être d'Avignon, non seulement refusèrent de contribuer à ses dépenses, mais raillèrent plus d'une fois ses efforts et se plurent à souligner cruellement son infériorité vis-à-vis de la Faculté de Montpellier *. Et le Collège des docteurs en droit, son protecteur naturel, sans renoncer à l'ombrageuse tutelle qu'il fait peser sur une Faculté éternellement traitée en mineure, l'abandonna trop souvent à ses propres forces. Réduits à ne compter que sur eux-mêmes, les médecins, cherchèrent au moins à s'émanciper. Ils y parvinrent enfin — ou à peu près, — en 1784 et dès lors purent disposer librement de leurs chaires, qui toutes les trois ' devinrent triennales. Mais la Faculté ne pouvait déjà plus trouver dans cette indépendance relative la source d'une véritable prospérité.

Bien qu'un enseignement théologique existât dès longtemps à Avignon et que la fondation de la Faculté de théologie n'ait été guère postérieure que d'un siècle à celle de l'Université elle-même *, le rôle de cette Faculté resta tou-

1. Le 13 mars 1711, en protestant contre la donation du jardin de Champflcuryeten refusant de contribuer à des dépenses pour TUniversitë (Laval, L c, p. 368). Aix avait trois prorcsseurs, Montpellier, huit; Perpignan, six; Toulouse, cinq, avec une école de chirurgie qui à elle seule comptait six chaires. (V. Liard, L*Enseiffnemeni supérieur en France, t. I, p. 13 et suiv.)

3. On sait qu'en 1337, le cardinal légat Roman, qui était chargé d'organiser

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jours assez modeste. Consîdérail-on que Texistence, dans plusieurs couvents, de cours de théologie professés par des religieux, rendait inutile la création de nombreuses chaires à la Faculté universitaire, ou bien l'étude du dogme paraissait-elle encore, aux xv« et xvi*' siècles, moins nécessaire que celle du droit? En tous cas, les statuts universitaires qui, à diverses reprises, multiplièrent les chaires de droit, n'attribuèrent jamais à la théologie qu'un seul professeur ' et les statuts de 1605 consacrèrent cet état de choses. Le professeur unique^ qui était en même temps doyen de la Faculté, était élu chaque année par les agrégés, le surlendemain de la fête de Pentecôte et pris, à tour de rôle, parmi les membres des quatre ordres mendiants 2. Depuis 1605, les séculiers eurent part à l'enseignement et au décanat dans ime mesure qui varia à plusieurs reprises, mais qui, en fait, ne fut jamais très étendue ^,

Pendant un demi-siècle, à partir de sa réorganisation en 1605, l'enseignement de la Faculté de théologie eut peu d'éclat et son histoire n'offre pas d'épisode digne d'être noté. C'est l'époque, au contraire, où les Jésuites achèvent de conquérir la faveur publique et attirent à leurs cours des élèves de plus en plus nombreux. On sait que le collège fondé à

renseignement théolojipque à Toulouse, créa aussi pour combattre Thérésie, un enseignement de même nature à Avignon. Fournier, 1236. La Faculté de théologie fut fondée par Jean XXIII en 1413.

1. Exception doit être faite pour la réforme de Pie II. La bulle de réformation du 22 décembre 1459 attribuait, en e(Tet,cinq chaires à la Faculté de théologie; mais les prescriptions de cette bulle ne furent jamais exécutées.

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