‹ L'Université d'Avignon aux xviie et xviiie sièclesChapitre 70 sur 145 · M. C. 670 et 669 (déjà cité · texte numérisé non relu

M. C. 670 et 669 (déjà cité

Quant au deuxième cours, il portait sur le décret de Gratien ou sur les décrétales de Grégoire IX, plus souvent sur ce dernier recueil, dont les gloses avaient plus d'intérêt. Le professeur lui consacrait ses trois années, mais sans doute il n'épuisait pas la matière. La liberté de son choix parait d'ailleurs avoir toujours été respectée, mais il nous reste trop peu de cours de droit canon professés à Avignon pour que de ce choix on puisse apprécier exactement les motifs *.

Le couçs de droit français, institué en 1701, se répétait tous les ans. Il semble avoir toujours été assez sommaire. Cliose curieuse ! Malgré tant de transformations qui avaient fait du droit en vigueur sous l'ancien régime une chose si |

diiïérente du droit romain, c'est encore au plan des Insti tûtes ((lie le régent chargé de ce cours aime à se reporter. M. de j

Laverne, qui pendant plus de vingt ans occupa la chaire de '

droit français, n'intitule-t-il pas ses leçons « Commentaires sur lea quatre livres des Institutes rapportées au droit français, conformément aux ordonnances et déclarations des rois très chrétiens, à la jurisprudence des arrêts et aux usages et coutumes de France? » C'est aux Institutes qu'il emprunte, autant qu'il le peut, ses définitions et son cadre, visiblement dérouté quand il doit abandonner un guide si sûr. Aussi, le voit-on passer rapidement sur la condition des personnes et des biens féodaux, où il a moins souvent à citer Justinien que Loisel, pour s'appesantir au contraire sur la théorie des obligations et des actions, où le droit romain lui fournit matière à de plus amples et plus instructives comparaisons *. Au demeurant, si l'on prend

L M. C. 674. Para ti lia in V libros Decretalium Gre^oni IX poniificis, 358 reujllets. Cf. M. C. 2610. Juris canonici inslitutionum libri III, 1689.

2. M. C. 2j53. Cours professé par M. Levieux de Laverne à l'Université d'Avignon (sans date). Un fragment seulement nous en est parvenu : c'est le conimentaire du livre II des Institutes (20 feuilles). M. Esprit-Benott-Jean Levieux de Laverne, auteur du cours dont il s'agit, enseigna le droit français dtr 1773 à 1791. Son père avait occupé la même chaire de 1719 à 1741.

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ce cours — le seul qui nous soit parvenu, — pour exemple, il semble bien que renseignement du droit français valait à Avignon celui des Facultés du royaume. Ordonnances royales, travaux des principaux jurisconsultes, arrêts des Parlements, aucun des éléments de la législation générale n'y était inconnu ou négligé et même notre Université parait avoir plus d'une fois sacrifié aux intérêts de ses étudiants régnicoles ceux de sa clientèle comtadine, pour laquelle Tétude des coutumes avignonaises eût présenté plus d'attrait.

La Faculté de médecine n'avait eu, pendant longtemps, qu'un seul professeur. Encore au xvin* siècle « la province dévolue )), comme on disait, à ce maître restait presque sans limites. A vrai dire, toute la médecine y entrait. En général — et sans que cette tradition fût toujours respectée, — il divisait son cours en trois parties correspondant aux trois années de sa régence et traitait, la première année, de la physiologie, la deuxième, de la pathologie et de la sémiotique, la dernière année enfin, de la thérapeutique et de l'hygiène. C'est là du moins la division que consacrent les programmes de l'Université. Du reste, pendant les dernières années du xviii^ siècle, la pathologie prend une place de plus en plus grande dans l'enseignement médical et le professeur lui consacre parfois les trois années de sa régence. En même temps, le cours devient de moins en moins « livresque » et MM. Vicary et VouUonne, par exemple, s'efforcent de l'accommoder à la pratique de la clinique. Enfin, il arrive parfois que le professeur d'anatomie empiète sur le domaine de son collègue et se chargeant d'une partie de l'enseignement physiologique, lui permet de donner tous ses soins à Tétude de la pathologie.

A son tour, l'enseignement de l'anatomie prend un caractère de plus en plus expérimental. Le professeur s'est d'abord borné à des descriptions ; bientôt il dissèque des animaux de

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difîérentes sortes; à partir de 1730, il se permet d'opérer sur des cadavres. Sans doute les dissections de ce genre sont encore, rares et insuffisantes ; elles marquent néanmoins un progrès qu'il serait injuste de ne pas noter. En général, le cours théorique d'anatomie occupait le premier semestre, la seconde partie de Tannée était consacrée aux dissections.

Quant au régent botanique, son cours comprenait toute la matière médicale (produits minéraux, végétaux et animaux) et se divisait en deux parties. En hiver, il traitait théoriquement des médicaments, de leurs indications et contre-indications et des précautions à prendre dans leur usage, y compris les différentes formules sous lesquelles on pouvait les ordonner. En été (hieme prœcipitante et vere jam appetente), il herborisait soit au jardin botanique, soit dans les champs; les plantes médicinales de la région comtadine étaient l'objet d'une étude spéciale. Un tel cours, aujourd'hui presque déserté par les étudiunts en médecine et abandonné aux pharmucieiis, avait encore une très grande importance à une époque où Tusage fréquent et même indiscret des remèdes, purgatifs, vomitifs, diurétiques, cardiaques, sudorifiques, apéritifs doux et forts^etc, distribués à profusion par les docteurs sous la triple forme de selîî, de pilules et de potions, méritait encore les sarcasmes que Molière lui avait prodigués ^

Comme renseignement médical, l'enseignement de la théologie, longtemps attribué à un seul professeur universitaire,

1. lï ne nous csl pas resté de cours de médecine professé à l'Université d'Avifirnun, ma\^ â ciL'faut de documents plus étendus, on peut se faire une idée de ce quVUil rpnsoïgitciiient médical dans cette Faculté au xviii* siècle, par les tcuvr<*s du ct4èbre ChIvcI, en partie imprimées, en partie manuscrites (M. C. 2343 et auiv.l ei par ïes cours qu'il avait suivis â Montpellier et qui forrnèj'isnt èhus tïoutc la biiae de son enseignement. (M. C. 2341 et suiv.) — Voir aussi des Iraités de matière im^dicale fort étendus. (M. G. 1004 et 1007.)—- Enfin les profframiïies de l'Université indiquent très exactement le sujet des cours pour Tenscmble du \v\u* siècle. A. V. D 73.

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ne se compléta que tardivement. On a déjà dit dans quelles circonstances et dans quel but deux chaires nouvelles avaient été créées, en 1655 et en 1719, pour renseignement de la théologie scolastique et de la théologie morale, d'après les doctrines de saint Thomas d'Aquin. Le doyen et régent de théologie vit donc par deux fois sa tâche allégée, et pendant les soixante-dix dernières années de son existence — sans parler des séminaires dont les chaires réservées à une clientèle spéciale ne s'ajoutèrent que pour la forme à celles de TUniversité, — la Faculté de théologie d'Avignon compta trois cours réguliers.

En principe, un cours complet de théologie devait durer quatre années et embrasser successivement les quatre parties de la Somme du docteur Angélique, y compris le complément ajouté à cette œuvre célèbre, après la mort prématurée de son auteur *. Mais nos régents n'observèrent pas toujours dans leurs leçons une ordonnance si régulière. Il leur était difficile d'ailleurs, dans le temps qui leur était imparti, de suivre saint Thomas dans tous ses développements et forcés de choisir, on les voit presque toujours insister de préférence sur quelques questions essentielles, la doctrine de la Trinité, celle de l'Incarnation et la théorie des sacrements par exemple, qui reviennent périodiquement dans les programmes. Plus tord quand, outre le doyen et régent ordinaire, deux professeurs se trouvèrent conjointement chargés d'enseigner les doctrines thomistes, les cours se succédèrent avec plus d'ampleur et de méthode, dans un ordre à peu près immuable. Le régent de théologie scolastique traita régulièrement en quatre années

1 . On sait que la troisième partie de la Somme est communément appelée secunda (pars) secundœ (partis), ce qui réduit h trois le nombre des parties; le complément commence A la 91' question de la quatrième partie qui, d'après le système précédent, est la troisième.

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de Dieu et de la Trinité, de la Religion, de la Foi et de rÉglise, de Tlncarnation et de la Grâce, matières comprises dans la première et la quatrième parties de la Somme, A son tour, le professeur de théologie morale, achevant son cours dans le même espace de temps, étudiait la deuxième et la troisième partie de la Somme et quelques questions de la qua* trième, savoir la théorie des actions humaines, celle du droit et de la justice, les lois et préceptes de l'Eglise *, enfin les sacrements, parmi lesquels le sacrement de la Pénitence était l'objet d'une particulière attention.

Quelques-uns des cours professés à l'Université d'Avignon nous sont restés. Ils sont malheureusement fragmentaires. Aucun n'embrasse les quatre années dévolues à chaque régent pour épuiser son sujet. La plupart traitent de la Doctrine de la Trinité et du mystère de l'Incarnation, considérés comme le fondement de la foi catholique. Le reste de la théologie positive paraît avoir été un peu négligé. Dans aucun cours par exemple, nous ne voyons développée la doctrine de la création ou de la Providence, ni même celle de la vie future. Les cours de théologie morale offrent généralement moins de lacunes; toutefois la théorie des vertus et des vices si longuement exposée par saint Thomas, dans sa troisième partie, n'y est Tobjet que d'un petit nombre de leçons. Au reste, les cours qui nous sont parvenus n'offrentils peut-être pas une image suffisamment fidèle de l'enseignement théologique de l'Université : sur l'étendue de cet enseignement, ils ne fournissent que des présomptions -.

1. Il n'est pas besoin de répéter ici ce qui a été cent fois indique par les commentateurs de saint Thomas, savoir que le traité des Actions humaines et cehii des Lois sont non seulement parmi les plus importants de la Somme, mais forment la partie la plus remarquable peut-être de l'œuvre du Docteur Angélique.

2. M. C. 479 et -480. Theolopia angclica juxta ordincm et inconcussa ac tutissima dogmata doctoris Angolici sancti Thomas Aquinatis, auctore seu compi-

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Ce qu'ils indiquent, au contraire, de la façon la plus nette, c'est la méthode des professeurs, laquelle est purement scolastique. Chaque traité comporte un certain nombre de quœstiones ou dispuiationes subdivisées elles-mêmes en articles et en paragraphes. Pour chaque article, le maître énonce sa proposition, déduit ses raisons, tire les conséquences, réfute les objections et résout les diilicultés qu'on pourrait soulever. Il suit d'aussi près que possible Tordre adopté par Fauteur de la SommCj mais il ne s'interdit pas les digressions, surtout s'il rencontre l'occasion de réfuter quelques erreurs ou hérésies anciennes ou modernes, celles de Pélasge, de saint Augu.stin ou de Duns Scot et, plus près de nous, celles de Quesnel ou de Jansénius.

On a dit ailleurs ce qu'était l'enseignement philosophique à l'Université d'Avignon depuis la fondation d'une chaire de philosophie thomiste en 1665. La méthode suivie parle maître, théologien lui-même, était celle des théologiens. Quant au fond, il tenait pour non avenues toutes les découvertes et toutes les théories modernes. Descartes lui-même n'avait pas encore obtenu droit de cité à Avignon. Ce qu'on enseignait de sciences, c'était simplement la physique d'Aris-

latorc n. P. J. Patin, ordinis F. F. Pra;dicaloruiii, sacrœ theologia? professore, audiente M. Ant. Jourdan, acolytho Avcnionensi, 1717 et 1718. Le 1" volume comprend un traité de la Sain te -Tri ni té (Somme, 1* partie, quest. 27 t\ 43), des fragments sur Thomme, sur les an^es {Ib, quest. 50 à 63), sur la Providence, un traité du bonheur; un traité des actions humaines (Somme, 2" partie, quest. 1 à 5 ; 6 à 20), des fragments sur les passions, les vertus, les vices et les péchés (//>., quest. 22 à 48, 55, 71 à 89). On tmuve dans le 2*, un traité de TEucharistic (Somme, 3* part, quest. 73 à 83), un traité de la pénitence (//ï., quest. 84 à 90), enfin un traité de rExtrème-Onction. — N" 466 et 467. Cours de théologie par le P. Sarpillon, professeur à l'Université, terminé en 1731. — N" 503. Tractatus de Dco uno ac de divinis attributis, auclorc P. F. Carolo Sarpillon, ordinis Praîdicatorura, sacrée theologiae in hac aima Universitate doctorc aggregato, necnon perpetuo in cathedra sancti Thomœ scholaslico; theologiii; professore, 1733 et 1734. — N" 507. Tractatus de Incarnatione, auctoixî P. F. Sarpillon, etc. 173^36. Cf. n«« 393, 394, 395 et 398.

tote; moins favorisée que le collège des Jésuites, TUniversité ne possédait d'ailleurs pas de chaire de mathématiques. La métaphysique et la logique dominaient tout l'enseignement. Des deux années que son cours devait durer, le professeur consacrait Tune à la physique, l'autre à la métaphysique et à la morale; mais dans chacune des deux il enseignait, en outre, la logique restée encore dans l'esprit de nos docteurs la science des sciences et regardée par eux comme l'unique maîtresse de vérité K

Tel est, résumé à grands traits, l'enseignement qui se don nait, aux xvii® et xvui'^ siècles, à TUniversité d'Avignon et le caractère général qu'il revêtait. Les documents font défaut, qui permettraient de dire s'il répondait exactement à son objet et si les étudiants, encore nombreux, en retiraient tout le profit désirable. On a noté cependant un effort sérieux, de la part des maîtres de droit et de médecine en particulier, sinon pour initier leurs élèves aux méthodes vraiment scientifiques et pour leur donner le goût et le besoin des recherches personnelles, au moins pour faire deux d'honorables praticiens. Mais, il faut bien le reconnaître, à l'époque où nous sommes arrivés, on ne trouvait plus guère chez les professeurs, ni chez leurs disciples, cette belle ardeur au travail et cette soif de science qui avaient fait la gloire et la prospérité des Universités naissantes. Sans parler des étudiants de plus en plus nombreux, qui, en dépit dos inscriptions obligatoires, s'abstenaient de fréquenter les cours, ceux mêmes qui suivaient régulièrement les leçons quotidiennes de l'Université s'attachaient de moins en moins à des maîtres qui s'intéressaient peu k leurs études et, en dehors des leçons, leur restaient étrangers. L'ancienne intimité si féconde qui liait le régent à Tèlève îivait presque cessé.

1, V. J. Marckand. La FACullé des arts^ etc., p. 17 à 20.

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Le caractère même des cours s'était profondément modifié et l'étudiant y jouait un rôle moins actif. Les repeiitiones avaient disparu. Les quœstiones ou disputationes étaient tombées en désuétude. Déjà, les statuts de 1503 constataient qu'on n'en faisait plus guère et désespérant d'être obéis s'ils essayaient d'en rendre l'usage obligatoire, se bornaient à le conseiller ^ Comme il était à prévoir, ces recommandations ne furent pas écoutées. Même on ne suivit jamais, à Avignon, la coutume en vigueur à Paris par exemple, de prolonger la durée de la leçon magistrale d'une demi-heure réservée aux interrogations. L'étudiant se bornait donc à écrire sous la dictée du maître le cours que celui-ci lisait et c'est sans doute d'une façon brève et rapide qu'étaient donnés les éclaircissements et les commentaires qu'il pouvait solliciter. Au reste renseignement n'était-il pas conçu de telle sorte qu'au lieu de provoquer les objections et les doutes, le professeur s'efforçAt d'y faire par avance des réponses captieuses, sinon péremptoires?

Les cours étaient-ils toujours terminés en temps utile et les professeurs, donnant à leurs élèves le salutaire exemple de l'assiduité, montaient-ils toujours très régulièrement dans leur chaire aux jours et heures déterminés? Les documents ne nous renseignent pas ici d'une façon précise, mais aux objurgations sévères et pressantes que le primicier adresse maintes fois à ses collègues 2, on peut deviner un peu de laisser-aller. Certes les régents furent nombreux, aux xvii** et xvni*' siècles, qui ne ménagèrent ni leur temps, ni leurs peines pour maintenir à l'Université d'Avignon quelque chose de cette

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