‹ L'Université d'Avignon aux xviie et xviiie sièclesChapitre 80 sur 145 · A. V. D 36 (Reg. des gradués de 1430 A · texte numérisé non relu

A. V. D 36 (Reg. des gradués de 1430 A

3. Un dépouillement relatif à trente-cinq années comprises dans la période de 165t à 1790 nous a donné les résultats suivants : moyenne annuelle des admissions de 1615 à 1715 : baccalauréat, 30; licence, 7 ; doctorat, 14; de 1725 à 1761 : baccalauréat, 21 ; licence, 14 ; doctorat, 4; de 1762 à 1790 : baccalauréat, 55 ; licence, 45 ; doctorat 5. D'où une moyenne générale annuelle de 35 bacca-

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courte sintislique montre-t-elle dans quel esprit étaient recherchés, — dtîja, — les grades universitaires. On prisait fort ceux qui ouvraient une carrière; les autres, quelque honorables qulls fussent, k peine une petite élite s'en souciait.

Rien de pareil k la Faculté de médecine, où le doctorat semble avoir été de plus en plus recherché. De ioil à 1650, celte Faculté avait fait neuf cent soixante-dix gradués, soit scpl par an, en moyenne; dans la deuxième moitié du xYU"^ siècle, iiWc en fit six cent quarante-neuf, soit une moyenne annuelle de treize. Cette moyenne tombe à sept de 1701 à 17^"iO, à cinq de 1750 à 1790; dans les dix dernières années de son existence, la Faculté ne délivra en tout que quatorze diplômes. Bien que le baccalauréat, et à plus forte raison la licence, conférassent dans une certaine mesure, le droit de pratiquer là médecine, on ne se contentait généralement pas de ces grades, dont les titulaires étaient vis-à-vis des docteurs dans des conditions trop évidentes d'infériorité. Au xvu® siècle, à Avignon, on faisait environ onze docteurs par an contre trois bacheliers ou licenciés. Au contraire, après le règlement de 1707, le nombre des admissions aux trois grades fut à peu près semblalïle. Le baccalauréat et la licence n'étaient désormais que des examens préparatoires au doctorat et les futurs praticiens tenaient à pousser jusqu'à la conquête de ce dernier grade les études médicales, dont il était le couronnement naturel *.

La Faculté de théologie eut au point de vue qui nous occupe.

Inurvats, 20 Uccnres et 8 doctorats. (A. V. D 136 à 153). Ajoutons que jusqu'à la nu dt^ sion cxifttencc, la Facultt^ d'Avij^non délivra des grades en droit canon Si(*ul len m*tyeTin*î, cinq baccalauréats et une licence par an). Elle eut au con- Iruirt* h'î's rarement l'occasion de faire des bacheliers et des licenciés en droit civil (njôrnes repistrcsV

i. A, V. l) \:utà 153. Cf. Laval, Hist. de la Faculté de médecine d'Avignon, App. XX\', p. -Sfî^.

comme d'ailleurs à bien d'autres égards, des destinées beaucoup plus modestes que les autres Facultés, ses aînées. La moyenne annuelle de ses gradués n'est guère que de quatorze de 1551 à 1713; elle s'élève à vingt-quatre au milieu du xvni* siècle, pour retomber à douze ou treize aux approches de la Révolution. C'est de 1720 à 1740, que les cours de cette Faculté furent le plus fréquentés; c'est aussi k cette époque qu'elle eut à délivrer le plus dégrades : en 1730, par exemple elle ne fit pas moins de trente-huit bacheliers ^ , dix-sept licenciés et dix-sept docteurs. Mais la décadence fut rapide, quand les séminaires eurent décidément absorbé la meilleure part des candidats aux fonctions sacerdotales. Les grades théologiques n'ouvraient plus seuls l'accès à ces fonctions; le baccalauréat autrefois recherché par tant de prêtres fut abandonné et une petite élite seulement poussa ses études jusqu'à la licence et au doctorat, qui la plupart du temps on l'a vu étaient conférés ensemble à la suite d'un seul et unique examen. Dans les dernières années de son existence, la Faculté d'Avignon délivrait encore annuellement cinq ou six licences et doctorats, elle ne faisait presque plus de bacheliers.

Quant aux grades es arts, jusqu'à la rénovation de la Faculté, en 1675, ils ne furent délivrés que d'une façon irrégulière et intermittente •. Même jusqu'à l'époque où les gradués en médecine durent justifier de la maîtrise, ce diplôme fut peu recherché. A partir de 1707, au contraire, on vit

1. A. V. D 136 A 153. De 1651 à 1715, la moyenne annuelle est de 12 baccalauréats, 2 licences, 7 doctorats; de 1724 à 1761 : 15 baccalauréats, 9 licences, 9 doctorats; de 1767 à 1790, un à deux baccalauréats, 5 à 6 licences et doctorats. Sur 57 candidats au doctorat qui se présentèrent dans cette dernière période, 55 prirent à la fois ce grade et la licence.

2. Quand la Faculté des arts n'avait pas d'existence réjçulière, c'était un délégué du primicier qui était chargé de présider les examens des bacheliers et maîtres 6s arts. Sur les difficultés auxquelles cette procédure donna lieu et le nombre des gradués, voir J. Marchand, La Faculté des arls^ p. 6.

accourir en grand nombre à Avignon les candidats naguère si rares ; alore la Faculté des arts répara le temps perdu : au xvni*^ siècle, elle ne fit pas moins de quatorze à quinze cents gradués *.

En somme, considérées comme jurys d'examens, les Facultés avignonaises ne chômèrent jamais et le chiffre total de leurs gradués de tout ordre est fort imposant. Mais les diplômes qu'elles délivraient parfois en si grand nombre étaient-ils toujours le prix d'un travail assidu, d'un savoir éprouvé? Les documents officiels ne nous renseignent guère sur ce point; mais on sait que l'Université d'Avignon jouissait, aux xvn^ et xviu® siècles, d'une réputation d'indulgence contre laquelle elle protestait quelquefois, mais dont elle se consolait facilement en voyant tant de candidats venir de toutes les provinces du royaume solliciter ses suffrages -. Sans doute les certificats et les diplômes s'étendent complaisamment, en leur prolixité solennelle, sur les mérites constatés des postulants, sur la faconde avec laquelle celui-ci a exposé son sujet, sur la subtilité dont un autre a fait preuve dans la discussion, sur l'unanimité qu'un troisième a recueillie dans le

1. Les ret?istrcs de l'Université ne comprennent pas de rôle complet des maîtres es arts pour les années 1674 à 1705. En 1694, le P. Barbât constate qu'il n'y a pas eu d'examen de maître es arts depuis vinpt ans. Mais on doit entendre seulement qu'il n'y avait pas eu d'examen public de ce genre  TUniversilé; des thèses pour la maîtrise avaient c4é soutenues chez les Jésuites et chez les Prêcheurs. A partir de 1694, le nombre des candidats augmente sensiblement: il est de quatre par an de 1706 à 1721, époque où la pcst« vint interrompre les études ; il s'élève ensuite très rapidement et atteint pour l'ensemble du xvin" siècle, une moyenne de vingt à vingt-deux par an. A. V. D 140 à 154, passim,

2. Ass. du Collège des docteurs du 26 juin 1682. Le primicier après avoir insisté sur l'urgence qu'il y a d'observer les nouveaux règlements dressés pour les Universités françaises, ajoute que « s'il n'y a pas tant de docteurs que par u^ j^u^sl^ < ehi tsl' iciJiindera pas au préjudice de l'Université et de la Faculté qui j^e IriMive en qtu'lque sorte avilie par la facilité d'avoir le degré. » A. V. D 31, P VAH.

vote définitif. Mais sans nous demander même si les épreuves ordinaires — parfois si superficielles et si puériles, — étaient en réalité bien probantes, il est bien des raisons de ne point souscrire aveuglément à ces éloges trop académiques. La première, c'est assurément le nombre infime des échecs ou plutôt des aiournements. Ajoutons-y les objurgations répétées des primiciers à Tencontre des promoteurs indiscrets et des examinateurs trop débonnaires et cette constatation deux fois renouvelée à im siècle de distance que, faute d'une sévérité suffisante, les grades ne cessent de s avilir K

Le règlement de 1679 pour le droit, celui de 1707 pour la médecine introduisirent par voie de conséquence dans les examens des modifications à peu près semblables k celles qu'elles opérèrent dans les études. I^ collation des grades, comme l'enseignement lui-même, fut aux mains des seuls professeurs. Encore au xvii® siècle, c'était la corporation toute entière qui constituait le jury. Tous les agrégés pouvaient, devaient même assister aux examens et y prendre part. Mais la plupart se montraient peu jaloux d'user de cette prérogative ou de remplir ce devoir. Ils n'assistaient pas à l'assignation des points '-. S'ils venaient parfois à la discussion^ c'était

1. Disc, du proprimicicr à rassemblée du Collège des docteurs du 17 juillet 1770 : « Que les promoteurs soient attentifs à ne présenter que des sujets instruits et qui dans la récitation des points, qui est la principale chose qu'on demande, soient dressés de façon à ne pas faire rougir celui qui les présente et ceux qui les écoutent... Ce que j'ai dit du choix, de la capacité et des mœurs dans Tadmission aux grades regarde respectivement toutes les Facultés... » A. V. D 35, f"» 45.

2. Délib. du Coll. des doct. du 13 mars 1638. A l'assignation des points d'un candidat nommé Avignon, il ne s'est trouvé, à part les régents, que six ou huit docteura. Cependant, à la reddition des points, quand il s'agit de toucher le salaire, les docteurs sont tous présents, mais aucun ne veut argumenter. A. V. D29, f" 182. — Le 28 juin 16i2,on décide de faire un rôle des agrégés qui devront argumenter per turnum. Cette délibération n'est pas exécutée. A. V. 1)29, f*" 219 et 227. — Mêmes constatations en ce qui concerne les médecins, à l'égard desquels on prend, sans plus de succès, des mesures semblables. A. V. 1) 29. f« 23 S.

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pour toucher leur salaire, mais non pour argumenter; ils en laissaient le soin aux docteurs simples ou aux licenciés, malgré le scandale que pouvait causer leur abstention *. Toutes les mesures de rigueur échouèrent devant leur coupable indifférence; il fallut faire la part du feu : dispenser les agrégés les plus « anciens » d*un service trop fatiguant, désigner parmi les plus « jeunes » ceux qui devraient venir à chaque examen et finalement admettre ce qui était depuis longtemps usité, à savoir que les régents seuls ou à peu près seuls participeraient aux épreuves. Au début du xviii'' siècle cette révolution est presque achevée.

Elle eut pour résultat de rendre Texamen plus sérieux. Au surplus, les ordonnances exigeaient maintenant un intervalle régulier entre les diverses épreuves; même elles disposaient qu'en cas d'échec, on ne pourrait subir un nouvel examen avant six mois ^, C'étaient de graves innovations. Au milieu du \w\\^ siècle, on était bien loin de pareilles exigences. Ne vit-on pas, par exemple, en 1(540, un candidat au doctorat m ulroque réciter ses points en balbutiant, ne rien répondre aux objections et dûment ajourné pour ce fait, doctoré cependant

1. D(^lib. du Coll. dos docUnirs du 9 juillet 1708. Dans les soutenances de thèses, Ics'icraducs des Facultés de théologie, des lois et de médecine se laissent précéder dans l'arg^imcntation par des non (gradués, le» licenciés par des bacheliers, les docteurs nicnic a^^régrés par de» docteurs simples ou des licencié», ce qui n'est toléré dan» aucune autre Univei*»ité et donne une flétrissure injurieuse auxdite» Facultés. On décide que ces (gradués sertmt punis id arbilrium primicerii. A. V. D 32, f''2i6. Cf. délib. du 14 août 1715. A. V. D 32, f" 319.

2. Kdit d'avril 1679, art. 7 et 10. On sait que l'examen du baccalauivat en droit devait être subi après la deuxième année d'études, celui de la licence, au bout de la troisième année. Le règlement de la Faculté; d'Avijçncm, du 16 juill. 1698 exigeait seulement un an d'études pour le baccalauréat et stipulait que les candidat» Ag:és de plus de 25 ans pourraient passer la licence tiHjis moi» après le baccalauréat. — Edit de mars 1707 sur les études de médecine, art. 13 et 1 î. Il doit y avoir trois mois d'intervalle entre la licence et le doctorat.

deux jours après, sub spe fuiuri studii et sous la seule condition qu'il ne jouirait qu'un an plus tard des privilèges doctoraux^? Un autre candidat, en médecine celui-ci, dûment ajourné le 27 mars 1696, ne fut-il pas trouvé fort apte le 6 avril *-? Et ne faut-il pas admirer ce troisième qui, déclaré tout à fait insuffisant à sa première épreuve, montre vingt jours plus tard une telle science et érudition que ses juges en paraissent comme éblouis ^7

Ces abus, les règlements étaient impuissants à les détruire, car même dans leurs prescriptions les plus élémentaires et les plus formelles, ils n'étaient pas obéis. Depuis 1679 et 1707, par exemple, les étudiants n'étaient-ils pas astreints à suivre les cours, et pour être admis aux grades ne devaient-ils pas justifier de leur assiduité? Quelle exigence pouvait paraître plus naturelle? Et pourtant parmi tant d'attestations dont les archives universitaires sont remplies, combien s'en trouve-t-il de véridiques ^? Il fallait, pour devenir médecin, justifier de la maîtrise es arts. Combien d*étudiants en médecine ne se pourvurent de ce grade qu'au moment de passer leurs derniers examens? Les règlements prescrivaient un intervalle raisonnable entre le baccalauréat et la licence : pourquoi donc vit-on tant de juristes — qui n'étaient pas tous des étrangers — sacrés bacheliers et licenciés en quarante-huit heures et doctorés vingt ou trente jours plus tard, D autres candidats ne furent-ils pas pourvus de tous leurs grades en une semaine

1. A. V. I) 20, f" 205. Malgré son insuillsanco, ce candidat nomme PetiLy ne fut ajourne que par 1 i voix contre 9.

3. Ce candidat, ajourné à trois mois, le 29 avril 1679, est admis, le 17 mai suivant, après avoir répondu « doctissinie et erudite ». A. V. D 30, f" 253.

4. Délib. du Coll. des doct. du 22 avril 1699. Les réj^ents sont souvent indiscrètement sollicités de signer des attestations d'études de complaisance, ce qu'on leur inteixlit de faire sous peine de violation de leur serment. A. V. D 32, f- 128. Cf. A. V. D 35, f" 75 bis ^10 mars 177 i).

et tel étudiant en médecine reçu bachelier le 26 août ne se trouva-t-il pas docteur le 3 novembre suivant ^? On pourrait multiplier ces exemples. A mesure qu approche le terme de son existence, l'Université s*abandonne et dénombrant avec compliiis^ince tant de gradués qu'elle a produits, elle néglige de se demander ce que tous ces diplômes représentent et s'il ne faudrait ptis les prodiguer moins pour leur conserver quelque prix.

1, A. V. 1> J:»1, r-îjl ci suiv.

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