art. 17à
3. Privilège accordé par Julien de la Rovère, le 8 juillet 1497. Fournier, 1411.
4. Les étudiants se sont toujours montrés jaloux de ce privilèj^e. A plusieurs reprises le vice-légat et, pendant les occupations temporaires, le gouverneur royal Ta confirmé; mais le nombre des étudiants admis gi^atis aux spectacles varia suivant le temps : telle ordonnance le fixe à dix, telle autre à huit, six,
Cependant des modifications importantes se produisirent, à cette époque, dans la confrérie des étudiants. Au xvi*^ siècle, s'était fondée à Avignon une autre confrérie, celle des clercs assistants des notaires et procureurs près les cours de justice, qu'on appela la Basoche ^ Son chef, qualifié d'abbé, était annuel, comme le recteur de Saint-Sébastien. C*était une sorte d'abbé de la jeunesse ou de chef des plaisirs, comme on en rencontre sous l'ancien régime, à la tête d'une foule de corporations : il devait organiser les fêtes et mascarades alors si nombreuses et pour subvenir aux frais qu'elles entraînaient, il percevait sur les communautés juives du Comtat, une imposition annuelle de six écus d'or. Il levait également sur les filles publiques un droit de « batacule », dont celles-ci pouvaient se racheter moyennant une somme de cent livres, transformée ensuite en un impôt d un écu par contribuable. Mais ces ressources étaient insuffisantes et souvent Tabbé de la Basoche, bientôt appelé abbé des étudiants, dut combler le déficit de ses deniers. Aussi cette dignité était-elle peu convoitée.
Souvent, pour l'organisation de leurs fêtes, on vit la Basoche et la confrérie de Saint-Sébastien sunir et mettre en commun leurs ressources. Peu à peu l'union devint plus étroite et l'on en vint à élire le même jour le recteur de Saint- Sébastien et l'abbé des étudiants. Le titre même de recteur finit par disparaître et seul celui d'abbé des étudiants persista; dès la fin du xvii® siècle, il n'est plus question que de l'abbé **.
cinq ou deux écoliers seulement. Certains textes paraissent réserver ce privilè|;c aux seuls étudiants en droit; en réalité, il ne leur est pas spécial. L^abbé jouissait d'un droit particulier. Oi-d. du vice-légat des 9 juillet 1651, 8 juill. 1660, 27 avril 1661, du 1" juill. 166i, du 7 avril 1691, des 24 janv. 1694 et 3 mai 1699. — Ord. de M. de Rochechouart du 1" juill. 1768. (A. V. D 136, f>' 5,99,113, Ji3;Dl3K, f* 70;D 35, f" 26.)
1. V. sur ce sujet P. Achard, Les chefs des pUisirs, dans l'Annuaire de Vaucluse, 1869, p. 37 et 4.').
2. En 1658, 1650, 1660, on élit en même temps un recteur et un abbé des étudiants, celui-ci n'ayant que le deuxième ranjç. (A. V. D 136, f»" 77, 89. 99.)
Rectorat ou abbaye furent longtemps Tapanage des seuls étudiants en droit. Cependant les médecins finirent, à leur tour, par y prétendre et dès 1627, ils firent élire un des leurs. Victoire longtemps encore disputée. Plus de cinquante ans après, un autre étudiant en médecine ayant été nommé abbé, le Collège des docteurs, juge ordinaire de pareils conflits, dénie encore aux médecins voix passive, sinon voix active dans le scrutin. Le vice-légat choisi, à son tour, comme arbitre, ordonne une nouvelle élection ; mais quoique le collège électoral comptât plus de légistes que de médecins, — trente-un contre quinze, — le même candidat est élu et cette fois, malgré des protestations acharnées, le primicier confirme ce choix ^. Du reste, la nomination d'un médecin ou d'un théologien, — on vit élire, en 1769, un théologien déjà prêtre ^, — resta toujours exceptionnelle; les juristes gardèrent, en général, suivant Tantique usage, la chaîne dont il s'agit, avec ses prérogatives et ses devoirs ^.
Bien qu'à l'époque où nous sommes parvenus, Tabbaye des étudiants eût beaucoup perdu de son prestige, cette élection ne se faisait pas moins dans des formes tout à fait solennelles. Elle avait lieu au couvent des Dominicains, dans la chapelle de rinquisition, sous la présidence du primicier et des régents.
Ult4^rieurement, il n'est question que de Tabbé (Voir les procès-verbaux d'élection de 1667, t682, 1703, 1788. (A. V. D 137, f- 234, 267, 358 ; D 140, i^ 117 ; D 151, f- 373.)
1. A. V. D 31, f* 139. Barbier étudiant en médecine est élu avec une majorité de cinq voix.
2. 10 mai 1769. L'abbé Pelatan, élu abbé des étudiants, se trouvant ecclésiastique et ne voulant pas profiter des honneurs et privilèges attachés à cette charge, en fait sa démission. Le pnmicier nomme alors lui-même un autre étudiant. A. V. D 149, ^ 98.
3. V. procès-verbaux de l'élection de l'abbé des étudiants en 1660, 1664, 1677, 1678, 1682, 1705, 1788, etc. A. V. D 136, f"- 99, 144; D 137, f" 234, 267, 358; DliO, M17; D151, 1^373.
Marchand. L'Université d'Avignon, 13
tous revêtus de leurs robes. Le bedeau y avait convoqué les étudiants des quatre Facultés qui, généralement, accourraient en grand nombre. Le primicier les exhortait à faire un choix judicieux; après quoi, le vote avait lieu à voix basse, par appel nominal, au pied de Tautel. En raison des dépenses que devaient faire les abbés, les candidats n'étaient pas nombreux. On ajoutait cependant beaucoup d'importance à Télection et chacun était jaloux dy concourir. En 1782, on voulut exclure du vote les étudiants des séminaires; malgré les protestations de quelques régents universitaires, le droit des séminaristes fut reconnu et depuis 1786 demeura incontesté ^
Les cérémonies de la confrérie gardaient aussi un vif éclat. Ni la messe annuelle, ni la fastueuse procession prescrite par les statuts, n'étaient tombées en désuétude. La veille de la fête du saint, cette procession, conduite par les chefs de la confrérie et par ceux de TUniversité, en costume d'apparat, et suivie par tous les étudiants, l'épée au côté et un cierge à la main, se déroulait dès deux heures de l'après-midi, à travers les principales rues de la ville, au son des violons et des hautbois, tandis que la cloche de Saint-Didier sonnait à toute volée. Le lendemain, toutes les autorités ecclésiastiques ou municipales, vice-légat, consuls, viguier, juges ou conservateurs, se rendaient de bonne heure à l'église des Prêcheurs et assistaient à la grand'messe, pour laquelle un maître de musique avait été spécialement engagé. L'église et Tautel avaient revêtu une parure nouvelle : des cierges de cire blanche remplaçaient les torches et les brandons d'autrefois. A la place où devaient s'asseoir les magistrats, on avait tendu des tapisseries; sur la grande porte d'entrée, on avait placé les armes de l'Université entourées d'un cordon de lauriers.
1. Election de 1 abbc des éludiants faite le 16 déc. i7H6. M. C. 248, ^ 174.
Après rofFrande, on distribuait suivant Tusage, des gâteaux à tous les assistants ; le vice-légat seul recevait un gâteau de douze sous ; ceux de rarchevêque-chancelier, du primicier et des capitaines d'infanterie et de cavalerie coûtaient dix sous; ceux des magistrats municipaux, régents et chefs de la confrérie, au nombre de dix-neuf, six sous seulement ; les écoliers n'avaient droit qu'à un gâteau de deux sous. La cérémonie terminée, le recteur était accompagné chez lui en grande pompe et pouvait, s'il le jugeait bon, offrir à diner à ses confrères ainsi qu'au primicier, aux régents et au secrétaire de rUniversité ; le cérémonial indique même que lorsqu'il voulait se faire honneur, il distribuait aux écoliers une livrée qu'ils portaient suspendue à leur cierge, à la procession ^ Mais sans doute peu d'abbés pouvaient pourvoir à tant de frais.
En dépit de la sécularisation progressive des études juridiques et quoique les étudiants en droit — les plus nombreux de beaucoup à l'Université d'Avignon, — eussent déjà perdu le caractère à demi clérical que revêtait tout écolier dans les Universités primitives, la confrérie de Saint-Sébastien dura aulant que l'Université elle-même. A ce titre seul elle eut ici mérité une mention; mais il était un autre motif de ne point l'oublier : à connaître les institutions de ce genre, on comprend mieiix la nature des vieilles corporations enseignantes; une place leur appartient donc dans l'histoire de celles-ci.
\ . M. C. 2892, f" 261 et suiv.