CHAPITRE PREMIER
Le quartier universitaire à Avignon. — Installations primitives. — Les bâtiments de TUniversité aux xvii* et xviii* siècle. — Les auditoires des diverses Facultés. — Construction ou aménagement de classes nouvelles pour la théologie, la philosophie et la médecine. — Échanges et pérégiûnations. — L'amphithéâtre et le « jardin des médecins ». — Construction, vers 1698, d'une salle des Actes et Assemblées. — La bibliothèque de TUniversité et les bibliothèques des collèges. — Les archives. — La masse. — La cloche ou Doctoresse,
Les « palais universitaires » sont une création de notre époque. Les anciennes Universités n'en possédèrent jamais : à grand' peine purent-elles se procurer, au fur et à mesure de leurs besoins, une très modeste et parfois assez misérable installation. Au moyen âge, les docteurs enseignaient chez eux ou dans des salles louées aux frais de leurs élèves et dont tout confort était banni. Avignon ne faisait pas exception à cette règle. Sa rue du Fouarre, — son quartier latin, si Ton veut, — c'étaient la place et la rue encore dénommées des Études, non loin de l'église Saint-Didier. Les premières écoles se groupèrent autour du monastère de Saint-Martial.
Cependant, dès le xv* siècle, l'Université en corps est propriétaire : elle dépense des sommes considérables pour démolir, reconstruire, réparer ou aménager ses salles de cours ou pour les pourvoir de chaires et de bancs. Mais bientôt les immeubles qu'elle possède ne suflisent plus à ses besoins; elle déborde sur les bâtiments voisins, dont elle Ibue plusieurs salles pour Tusage de ses régents *.
Cette période d'expansion ne fut pas d ailleurs, de longue durée ; elle a pris fin dès le xvi^ siècle et lorsque, après la crise des guerres civiles et religieuses, TUniversité se relève enfin, son installation matérielle parait plutôt médiocre. Elle se compose, au nord delà place ou planet des Études, de deux corps de bâtiments comprenant Tun, la classe de théologie et une annexe pu « membre » peut-être inoccupé, l'autre, la classe de droit canonique et celle de médecine, avec une autre annexe dépourvue d'affectation spéciale. Quelques-uns de ces locaux tombent en ruines et l'Université se décide à les vendre ou à les louer 2. En retour, elle répare et aménage à grands frais ceux où elle s'installe définitivement. Plus tard même, au xviii^ siècle, elle construit de nouvelles salles sur les emplacements restés vacants et même au-delà du planet, du côté sud de la rue des Etudes, où nous voyons se trans-
1. Voir pour celte question des bâtiments universitaires avant et pendant le xviii* siècle, Laval, Les bâtiments de Vancienne Université d'Avignon, dans le Bulletin historique et archéologique de Vancluse, année 1889. Cette notice est accompa^ée de trois plans et d'une photographie, cette dernière prise en 1880, quelques mois avant qu'un incendie vint détruire les derniers restes des bûtiments universitaires.
2. A. V. D 15. Vente de deux membres ou annexes des bâtiments de FUnivcrsité attenant Tun à la classe de théologie, l'autre à la classe de droit canon (juillet 163M). — Location, le 17 février 1611, A M. de Molard, pour six ans et moyennant une rente de 25 écus par an, d'une salle de l'Université, sise paroisse Saint-Didier et place des Études, à côté de celle où se trouvait autrefois rimprimcric. L'imprimerie, jadis annexe de l'Université et établie dans son voisinage ou dans ses locaux, en était alors séparée.
porter, à cette époque, la classe de droit et celle de philosophie.
Veut-on savoir les vicissitudes que subirent, à ce point de vue y chacune des Facultés et les pérég^rinations imposées aux professeurs? — La Faculté de droit, d'abord la mieux partagée en raison de son importance, se vit peu à peu réduite à n'occuper qu'une place assez modeste au milieu des autres Facultés, ses voisines. Nul doute qu'elle possédât, au xv* siècle, des salles en assez grand nombre, puisqu'on voit les régents se disputer les plus vastes et les plus commodes. Il lui en restait deux seulement vers 1638, l'un à l'est, l'autre à l'ouest des bâtiments universitaires ; encore le régent de théologie venaitil, ce. semble, enseigner dans cette dernière. Les juristes émigrent enfin, au cours du xvui® siècle, au sud de la place des Études et n'ont désormais qu'une salle. Les documents ne l'indiquent pas, il est vrai, de façon absolument explicite *, mais pourquoi, à cette époque, les cinq ou six régents de droit, eussent-ils si soigneusement placé leurs leçons journalières à des heures différentes, s'ils n'avaient pas dû se succéder dans la même chaire, alors que des quatre cours ordinaires de droit canon et de droit civil, les étudiants n'étaient astreints à suivre que deux 2 ?
Le professeur de théologie occupait, vers 1630, concurremment avec les régents de droit, la classe située à l'angle ouest des bâtiments universitaires, du côté nord de la place des Études ; ily resta jusqu'en i 665. A cette époque, il put s'installer plus confortablement. En effet, l'archevêque d'Avignon, François de Marinis qui, on se la rappelle, avait créé en 1635 une chaire de théologie scolastique, s'était aussi préoccupé de fournir une salle convenable au professeur. En conséquence, il avait fait à ses frais *< construire à nouveau, réparer et
orner tant de bancs et chaire que de porte et de fenêtres une salle située dans l'enclos des études de l'Université », à Tangle est de la place. Une statue de saint Thomas d'Aquin fut placée à Tentrée de la nouvelle classe, qu'on inaugura en grande solennité le 29 septembre 1665 *. L'ancienne salle de théologie fut donc abandonnée et louée à des particuliers.
Elle ne garda pas longtemps cette très profane destination. Dès 1666, en effet, François de Marinis fondait à l'Université d'Avignon une nouvelle chaire, destinée à l'enseignement de la philosophie thomiste et dont le titulaire devait lire deux heures tous les jours, une heure le matin et une heure le soir. Les leçons devaient avoir lieu dans la classe de théologie, où les deux professeurs pourraient se succéder, sans se gêner réciproquement. Telles étaient du moins les intentions de l'archevêque : on s'y conforma pendant trente ans.
Mais, en 1694, les Dominicains, chargés des cours universitaires de théologie et de philosophie, sentirent le besoin de fortifier leur enseignement. Le collège des Jésuites comptait quatre professeurs de théologie lisant chacun une heure par jour; la durée des cours de philosophie n'était pas moindre. Il fallait lutter contre des rivaux si bien outillés, avec des ressources bien moindres en argent et en personnel. Pour cela, le Père Patin, professeur universitaire de théologie, que l'acte de fondation de sa chaire n'obligeait qu'à une lecture quotidienne d'une heure, s'offrait à enseigner quatre heures par jour. Et de même le Père Barbât, professeur de philosophie. Mais alors une classe unique devenait insuffisante et le Père Barbât abandonnant la place à son collègue, demanda à être mis en possession d'un « membre » ou annexe de l'Université, maintenant donnée à bail à des particuliers et qui avait
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servi de classe autrefois. Il s'agissait simplement de rancienne classe de théologie, abandonnée depuis 1665. Les Dominicains s'engageaient à la faire réparer à leurs frais, à la meubler de bancs, à y faire installer une chaire. Malgré une assez vive opposition, le Collège des docteurs en droit agréa cette requête en réservant d'ailleurs tous les droits de TUniversité *. C'est dans cette salle que jusque vers la fin du xviii* siècle, se donna l'enseignement philosophique. A cette époque le professeur émigra au sud de la place des Études, à côté de l'auditoire du droit.
Quant à la Faculté de médecine, son installation matérielle fut dès l'origine et resta toujours insuffisante, malgré les tentatives faites à diverses reprises pour la compléter. Elle occupait encore au xvii® siècle, un fort mauvais local dit « des chirurgies », qui chaque jour devenait insuflisant. Elle fut transférée vers 1655, dans une salle plus convenable située à l'angle oriental de la place des Études. A cette salle on fit une porte neuve qu'on orna d'inscriptions magnifiques - ; mais l'aménagement intérieur ne répondait pas, ou du moins ne répondit pas longtemps à ces superbes dehors. Dès 1683, en effet, on observe que les bancs de la classe de médecine sont presque tous rompus et on délibère de les réparer 3. Vingt ans plus tard, c'est le bâtiment lui-même qui menace ruine ; les écoliers n'y veulent plus entrer de peur d'être « accablés », On vote des réparations nécessaires et, en attendant qu'elles soient faites, on transfère les cours de médecine dans la grande salle des Assemblées ^. Mais déjà une salle unique paraissait bien
1. Délib. du Collège de« docteurs des 23 déc. 1694 et 26 mars 1695. A. V. D 32, ^• 24 et 26.