‹ L'Université d'Avignon aux xviie et xviiie sièclesChapitre 95 sur 145 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE BODGET

Les comptes des primiciers et du Collège des docteurs. — Difficulté de reconstituer les budgets annuels de l'Université. — Recettes ordinaires : produit des greffes attribués à TUniversité; rentes ou « pensions » ; droits perçus sur les gradués. — Ressources extraordinaires. — Emprunts et remboursements. — Dépenses. — Honoraires des professeurs et agents de TUniversité. — Entretien des bâtiments et menues dépenses de matériel. — Frais de procès. — Du salaire des agrégés et des régents dans chacune des Facultés. — Traitements fixes et casuel. — Inégalité et modicité de ces émoluments.

Les comptes des primiciers et ceux du Collège des docteurs nous sont restés en partie ^ Us n'ont rien de la belle ordonnance des budgets de nos établissements modernes d'instruction secondaire ou supérieure, lesquels, s41s grossissent sans cesse et aboutissent généralement à un déficit libéralement comblé par l'État, sont irréprochables dans la forme et flattent Tceil par la multiplicité croissante et la superbe régularité de leurs colonnes. Les primiciers, — les seuls trésoriers, on Ta vu, qu'ait connus l'Université d'Avignon, — tenaient leurs registres de recettes et de dépenses au jour le jour, de façon tout empi-

1. Les archives de l'Université ne renferment les comptes des primiciers que depuis 1730. Pour la période antérieure, on n'a que des comptes fragmentaires et des pièces justificatives fort incomplètes, ATaide desquels on ne peut dresser un tableau exact des recettes et dépenses de l'Université. Les comptes des primiciera concernent l'Université en général et la Faculté de droit en particulier; il n'est pas de comptes spéciaux pour les Facultés de théologie, de médecine cl des arts.

rique et sans aucun souci de Téquilibre budgétaire. Pas de budget de prévision, pas même de compte administratif ou de gestion. Un simple journal justificatif, appuyé, il est vrai, des pièces comptables, mais ne coïncidant ni avec Tannée civile, ni avec Tannée scolaire, mais simplement avec la durée de la gestion du primicier, laquelle pouvait être d'un peu plus d'un an ou d'un peu moins et pendant laquelle on ne réalisait que rarement toutes les recettes, on n'effectuait presque jamais toutes les dépenses régulièrement afférentes à un même exercice. Faire après coup ce que les primiciers ne tentèrent point, n'est pas chose facile : dressés à Taide de documents si imparfaits, les budgets annuels ne sauraient être qu'approximatifs. Ajoutons qu'ils manquent forcément de simplicité. L'Université pratiquait, en effet, le procédé de la spécialisation des recettes et des dépenses, si sévèrement proscrit aujourd'hui de nos budgets. Telle ressource était nécessairement appliquée à couvrir une dépense déterminée ou partie de cette dépense. De là, de nouvelles chances d'erreur ou de doubles emplois, si bien qu'en énumérant les ressources et les paiements, on ne peut jamais se flatter ni d'être tout à fait complet, ni de rester rigoureusement exact.

Trois sources différentes de revenus alimentaient le budget universitaire, en dehors de certains droits directement perçus par les professeurs et dont il sera question ultérieurement. C'étaient : le produit des greffes d'un certain nombre de juridictions du Comtat, concédés, en 1479, à T Université ; les rentes que lui devaient certaines communautés ou qu'elle s'était constituées par l'apport de capitaux; enfin, les droits que les gradués devaient verser à la « masse » de l'Université.

On sait comment l'Université devint propriétaire des greffes de diverses juridictions du Comtat.

Vers la fin du xv® siècle, par suite de la diminution du

nombre des écoliers, les émoluments des professeurs étaient devenus manifestement insuffisants. Le pape Sixte IV résolut d y pourvoir. Il assigna, en conséquence, aux docteurs lisant, pour leur salaire, six cents ducats d'or, dont trois cents à prendre sur les revenus du greffe de la vice-gérence et trois cents à payer par la ville sur les revenus des gabelles ou autres impôts indirects K Mais le Conseil de ville refusa absolument de souscrire à cette décision et par une nouvelle bulle, du 18 août 1479, Sixte IV accorda aux régents, en compensation de la rente municipale dont ils étaient frustrés, les revenus des greffes de la cour de la rectorie de Carpentras et de la cour des appellations de cette ville, ainsi que ceux des greffes des cours ordinaires de Carpentras, de Tlsle et de Valréas *. En 1514, Léon X concédait, à son tour, à TUniversité les autres greffes du Comtat, savoir ceux des cours ordinaires de Monteux, de Pernes, de Malaucène et de Cavaillon ^. Quant aux revenus du greffe de la vice-gérence, le pape Alexandre VI en avait réservé la moitié au greffier; plus tard même l'Université cessa de percevoir aucun revenu de ce chef *. Mais les autres greffes lui restèrent et le Collège des docteurs ne cessa pas d'en nommer les titulaires. Ils rapportaient ensemble, aux XVII® et xviii® siècles, environ 360 écus 20 sols, soit 1081 livres ^.

1. Bulle de Sixte IV du 5 juin 1475. A. V. D 2. Fournier, 1366; Laval, 27. Le ducat valait environ 10 A 12 fr. de notre monnaie.

2. Bulle de Sixte IV du 18 août 1479. Foumier, 1378 ; Laval, 29.

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