C. Bulletins de la Commission royale d'histoire
25° Communication d'un vieux fragment d'un poème moral , en français, du XIII® siècle (T. 111, 4re série).
26° Notice sur deux Mss., dont un de XI® siècle, 1®® partie (Traité inédit de physiognomonie. — Poésies latines inédites d'un certain Gaultier, adressées à Marbode, évêque de Rennes, mort en 4425). (T. IV, ibid.).
27 0 Note sur la transcription d'un fragment de diplôme de l'époque mérovingienne (Ibid.).
28° Notice sur un manuscritde Thomas « Kempis , appartenant au Séminaire de Liège (T. X, ibid.).
29° Notice concernant le second livre de la vie de Sl-Hériberl , archevêque de^ Cologne, par Lambert de Liège, moine de Deutz (Tuitia). (T. XIII, ibid.).
30° Fragment d'un ancien roman du cycle de Charlemagne , en vers thiois, avec introduction et notes (T. XIV, ibid.).
Aussi publié à part en un vol. in-8°, sous ce titre: La Chanson de Itonceraux (Brux., Bayez, 1864). V. ci-dessus, n° 8.
31° Second livre de la vie de St-llértbert, d’après un Ms. du XI® siècle (T. XVI, ibid.).
52° Rapport sur quelques fragments d'anciens manusciits latins, thiois et français (t. VI, n° 1,2e série du Compte rendu).
Ces fragments sont au nombre de seize, dont plusieurs très-importants. On doit citer en premier lieu un feuillet et une parcelle, 7.° et v°, in-folio ntaximo, à quatre colonnes de SC lignes chacune, ayant appartenu à un glossaire latin de la On du Xe siècle ou du commencement du XI*, avec une dizaine de vieilles gloses ludesques. Dans le commentaire qu'il y a joint, M. Bormans l'a comparé d’un bout à l'autre avec tous lesanciensglossaircs existants, y compris ceux qu'a publiés Ange Mai. Les autres fragments contiennent un long morceau du roman du St-Graal, un certain nombre de vers de la chronique thioise de Métis Sioke, offrant de bonnes variantes, d'autres vers thiois du Dieische Doctrinael de Jan Bocndale !de Klerk), etc.
35° Notice concernant l'institution des Rogations et certaines off randes publiques (Bancruces , mailles ou oboles de St- Pierre, etc.), d’après un ancien Ms. de Namur (t. VIII, n° 2).
D. — M. Bormans est chargé, par la Commission royale d'histoire, de publier le t. III des Brabanlsche Yeesten, of Rymkronyk van Brabant, door Jan de Klerk van Antwerpen (Les deux premiers volumes de celte précieuse chronique ont paru en 1839 et en 4843, édités par feu J. -F. Willems, in-4°).
E. — Observations critiques sur le texte du Roman de Cléomadès, par Adénès Li Rois. Liège, 1867, un vol. in-8°.
Examen approfondi de l’édition de Cléotnades publiée par M. A. Van Hasselt. Ce travail avait été communiqué à l'Académie royale de Belgique ; mais des raisons particulières ont déterminé l'auteur à le faire imprimer directement.
i>eiv<»iix de i-viinfc (Adolphe), fils de Jean-Charles-Philippe-Joseph (v ce nom), naquit à Liège le 50 juillet 1815, lit ses études au Collège et à l’Université de cette ville, subit le 24 avril 4838 l'examen de candidat en sciences, suivit ensuite les cours des écoles spéciales et reçut le diplôme de sous-ingénieur honoraire des mines le 26 mars 4842. A cette époque, l’industrie métallurgique traversait une période de crise en Allemagne. On y ressentait le contre-coup de la lièvre de production qui avait également sévi en Belgique, de 1833 à 1859; en 1842, la concurrence anglaise avait forcé les maîtres de forges à réduire considérablement leurs prix ; or, malgré les vives réclamations qui s'étaient élevées de toutes parts, deux Congrès douaniers réunis, le premier à Stuttgart en août 4842, le second à Berlin en septembre 1843, décidèrent le maintien, jusqu’en 4843, du tarif établi par le ZoUverein en 1857. La question méritait d’être étudiée de près; elle intéressait nos industriels comme leurs voisins d’Outre - Rhin.
M. Delvaux alla faire un long séjour dans les principaux districts métallurgiques de l'Allemagne et surtout de la Haute-Silésie, entreprit une enquête minutieuse de la situation, calcula le
DEL
prix de revient de la fonte dans ce dernier pays, recueillit toutes les données du problème, se demanda, en établissant des comparaisons entre les liantsfourneaux de la Prusse et ceux de la Belgique, de quels perfectionnements le travail de ces établissements était susceptible sur le théâtre de la crise, et consigna enfin le résultat de ses observations dans un volume qu’il publia en 1811 à Liège, et qui attira l’attention sur le jeune ingénieur. Les conclusions de M. Delvaux étaient formelles : après mûr examen, il se rangeait à l'avis des Congrès douaniers, c’est-àdire considérait le système de protection réclamé par les intéressés comme devant exercer, s’il était rétabli, une influence pernicieuse dont ils seraient les premiers à se repentir plus tard.
La véritable solution. selon lui, était dans l’amélioration des procédés techniques :
par là seulement, il y aurait possibilité de soutenir la concurrence anglaise, et cette possibilité ne pouvait être révoquée en doute. Nous n’avons pas à constater ici quel chemin ont fait ces idées depuis un quart de siècle ; notons seulement que l’ouvrage de M. Delvaux Sur l'industrie du fer en Prusse lui valut, le 25 octobre 1815, le titre d’agrégé à la Faculté des sciences de l'Université de Liège. En octobre 1856, après la mort de Lesoinne (v. ce nom), il fut chargé par intérim du cours de métallurgie ; un arrêté royal du 21 septembre de l’année suivante le lui confia définitivement. Il en resta titulaire jusqu'au 28 mars 1801, date de sa retraite du professorat. Il n’a fait d’ailleurs que changer de fonctions ; l’arrêté qui le décharge du cours de métallurgie le nomme conservateur des collections des Ecoles spéciales et conservateur de la Bibliothèque. Les collections soumises à la garde de M. Delvaux ont été notablement enrichies par ses dons ; c’est un autre fruit de ses voyages scientifiques en Allemagne, pendant les années 1810-1811 et 1812-1815. M. Delvaux a publié nombre de mémoires et de notices sur des questions industrielles :
1" De la situât Un de l'industrie du fer en Prusse t Haute-Silésie), ou Mémoire sur les usines à fer de ce pays
et sur In crise actuelle, par A. Delvaux de Fenffe, ingénieur civil des mines. Liège, Oudarl, 1811, in-8°.
2" Mémoire sur les machines employées à monter et à descendre les ouvriers des mines (Ann. des travaux publics, t . IV).
5° Du travail du fer au moyen des (jaz produit pur les combustibles de peu de valeur (Ibid.).
V. lit Revue «le Liège, t. I, p. 103 *»t suiv. (art. de M. J. Cillon).
4° Modifications de M. Truran dans la construction et la soufflerie des hautsfourneaux (Revue universelle de M. de L’uyper, t. I).
5' Fabrication de l'aeier puddlé en Allemagne (Ibid.)
0° Notice sur les monte-charge employés dans les usines métallurgiques (Ibid ).
7n Carbonisation de la houille dans des fours inclinés (Ibid.).
8° Appareils pour le chauffage au gaz *dans la verrerie de Tscheitscli en Moravie (Ibid., t. II).
9" Statistique minérale de la Prusse en 1856 (!b., t. II).
10" Statistique minérale et métallurgique de la Bavière (Ibid.).
11° Id. de l'Angleterre (lb., t. III).
12' Sur l'emploi des gaz des hautsfourneaux et des fours à coke (lb., t.
III et IV).
15° Emploi de la chaux vive dans les hauts-fourneaux (lb., t. II).
I l" Préparation mécanique des minérais à la mine d'Himmelfahrt, près de Freyberg (lb., t. III et IV).
15° Emploi des fourneaux à poitrine fermée (lb., t. IV;.
Ifin Table continue à secousse (Ibid.).
17° Cuvelage en fonte en Westplialie (lb., t. IV et V).
18° Ventilateurs pour les mines (lb. , l. V).
19" Des Fahrkunst et de leurs avantages pour les propriétaires de mines et pour leurs ouvriers (lb. t. V, 2 art.).
20° De l’emploi du procédé Bcssemer pour la fabrication de l'acier (lb., t. VI).
DUP
21» Purification de Vétain et emploi du Tungstène pour l'amélioration de l'acier et de la fonte du fer (lb., t. VII).
22" De la fabrication et des usages de l'aluminium et de ses alliages (Ibid.).
23° iïotice sur le Fahrkunst de M. Hanrez , suivie de quelques considérations sur l’emploi des Man Engincs en Angleterre (1860).
24° Notices diverses, dans la même lievue : Sur la forme et la théorie des liaulsfourneaux ; Perfectionnements dans le travail du cuivre; Fabrication des rails en Autriche ; Bandages en fer cl en acier pour les chemins de fer ; Analyse du puddlage ; Composition des diverses espèces de fer cru, etc. — Analyses et extraits de Mémoires publiés en Allemagne, etc-, sur des questions de métallurgie et d’exploitation des mines.
uti|)otu (Évrard), O. $£, né à I.iége le l"r avril 1799, fit ses humanités au Collège de cette ville et entra à l’Université l'année même où cet établissement fut fondé. Il y conquit successivement les diplômes de candidat en lettres et de candidat en droit. En 1820-1821, la Faculté de droit mit au concours la question suivante : « Cura genuini Ins- » litutionum Gaji jurisconsulti commen- » tarit jàm vulgati sint ; disquiratur, » quasnam debeamus huic operi ri rca «jus actionum et circü ralionem proce- » dendiincausis privatisapud itomanos » notifias hactenùs desideratas ; quæ » inquisitio i t à institualur, ut judicio- » rum privatorum ordo historicê illus- » tretur, Judicctur deniquè in quantum » in hâcjuris parte Gajum secutus sit, » vel ab eo recesserit in suis Institutio- » nibus componendis Justinianus. » Le
(') tiennes, t. XXV, p. 308 et suiv. Sur la restitution dequelqnes passages corrompus du IVe livre de Gajus ( Thémis , vol. VI, p. 8ü ; cf. vol. IV, p. 451). — Bibliothèque du jurisconsulte, vol. I, p. 99, et vol. Il, p. 266 et suiv. — Jenaische atlgem Literatur-Zcitumj, 1825, n° 147. — liijdragen toi rechtsgeleer tient en Welgcving, t. I, p. 288. — Historical notices of tlie Bornait l.aw and of the récent progrès s of ils stiuhj in üerinauij, by John lteddie, J. Ü. b., Edinburgh, 1826.
sujet était difficile ; M. Dupont voulut néanmoins essayer ses forces et obtint un brillant succès. Son Mémoire couronné est le premier travail qui ait été entrepris sur le quatrième livre des Commentaires de Gajus, où il est traité des actions, l’une des matières les plus intéressantes et le moins connues jusqu'alors du droit romain. Les journaux scientifiques , nationaux et étrangers, firent l’éloge du jeune lauréat ('); les auteurs de l’époque qui s'occupèrent des actions en droit romain ne manquèrent pas de mettre son ouvrage à profit (*). A cette publication succéda bientôt une dissertation inaugurale sur la prescription, qui non seulement valut à M. Dupont, le 10 avril 1823, le titre de docteur en droit, mais fixa l’attention des jurisconsultes, à raison du parti que l’auteur avait su tirer de la théorie de Savigny, en l’appliquant au droit moderne t1). — M. Dupont prêta ensuite serment comme avocat ; mais avant de se livrer à la pratique des affaires, il crut utile, pour développer encore ses connaissances scientifiques, de visiter quelques Universités étrangères, et consacra une année entière à aller entendre successivement les professeurs les plus éminents à Utrcchl, à Gccttingue et à Paris. De retour à Liège, il débuta au barreau, et déjà il se sentait attiré vers cette carrière par les encouragements qu’il y recevait, lorsqu’une circonstance extraordinaire vintdonner unedirection nouvelle à ses idées. Par suite d'une maladie grave du professeur de droit romain , le cours des Institules était suspendu depuis plusieurs mois à l'Université de Liège. Pour parer à cet inconvénient, la Faculté, autorisée par le Collège des curateurs, proposa à M.
Dupont de faire l’intérim des leçons
( 1 Mackehley, Lchrbuch (1er Insiitutiouen, 1823, p. 56. — Dupin, Prof, d'avocat, 1832, t. Il, ii° 525 et suiv. — Thibaut, Geschichte der Insiitutiouen, 1842, p. 352. — .Miihlunbrucli, Lehrbucli drr Pundekten, dit. de 1844. t. I, p. 309. — Vangerow, Lclirbuch der Pandekten, 1851, p. 4, n° I.
( * ) Warnkœnig, Commentant jurit romani, t. I, p. 298. — Hauboldt, Institut ioncs historiée juridicae, 1826, p. 499. — Thémis, vol. VI, p. 104.
d'Instilutes et d’ouvrir un cours de répétitions générales sur le droit romain.
Il accepta cette mission, qui se prolongea pendant deux ans environ, à cause des rechutes longues et fréquentes de l'indisposition dont souffrait NVarnkœnig (v. ce nom). En même temps, pour se rendre utile autant que possible cl pour satisfaire au désir de ses professeurs, il faisait un cours élémentaire de législation commerciale à l’Institut dirigé par M. Charlier, établissement où se trouvaient réunis, comme pensionnaires, un nombre déterminé de jeunes gens appartenant aux premières maisons de banque et de commerce de la Belgique et des pays étrangers (').
En 182G, le gouvernement, sur la demande officielle de la Faculté, qui désirait attacher définitivement M. Dupont à l’Université, le chargea, en qualité de lecteur, du cours d’histoire du droit, cours annuel dont Warnkœnig, pour motifs de santé, avait dû se borner jusqu’alors à esquisser rapidement une partie (l’histoire externe), sous forme d’introduction à son cours des Instilutes. En même temps ses collègues, pour compléter l’enseignement de la Faculté, l’engagèrent à faire le cours de procédure civile. Enfin, le 8 juillet 1827, Warnkœnig ayant demandé à passer à l’Université de Louvain, M. Dupont lut nommé pour lui succéder dans la chaire de Pandectes, en qualité de professeur extraordinaire, avec le droit de siéger au Sénat et dans la Faculté (*). Dès lors il fut oblige de renoncer au barreau et aux leçons qu’il donnait à l’Institut Charlier (*). Ce ne fut pas sans regret qu’il sc sépara d’un établissement dont il avait modifié l’organisation d’une manière avantageuse, en y introduisant renseignement industriel et en obtenant, pour les jeunes gens de la ville, l’autorisation de le fréquenter en qualité d’externes. Mais ses fondions universitaires étaient de nature à l’absorber entièrement; il se considéra comme mis en demeure d’opter.
L’objet de ses prédilections était le
( 1 } V. les arl. Godet et Polain.
( ' ) En vertu du réglement du 25 septembre 18l(>, les professeurs ordinaires seuls fai-
cours d’histoire du droit, qu’il avait créé à Liège. L’ancien règlement lui laissait une latitude dont il se hâta de profiler, en faisant entrer dans le cadrede ses leçons des études de législation comparée. Prenant le droit romain pour base de ses recherches historiques, il aimait à retracer la marche et les progrès de l’esprit humain dans le développement des idées du juste et de l’injuste. Il fil ce cours jusqu’en 1857, époque à laquelle on crut utile de le fondre dans les Instilutes, pour simplifier les matières de l’examen. — Quant au cours de procédure civile, la révision de la législation étant alors annoncée comme imminente, il se crut obligé, à raison de celle circonstance, d’adopter une méthode toute particulière. Laissant de côté l’explication analytique des articles du code et tout ce qui concerne la rédaction des formules, il s’attachait aux grands principes qui dominent les formes constitutives de la procédure et de l’organisation judiciaire, et en faisait ressortir la valeur et les défauts, dans un examen critique et comparatif des essais de codification si remarquables, publiés sur celte matière en Suisse et en Allemagne. Grâce à eetie méthode, bien que le cours ne fût pas obligatoire, la plupart des élèves du doctorat se faisaient un devoir d’y assister. M. Dupont en resta chargé jusqu’à la réorganisation de l’enseignement supérieur, qui entraîna une nouvelle répartition des tâches.
Le cours des Pandectes, le plus important de ceux qui lui étaient confiés, fut aussi celui qui lui présenta le plus de difficultés. Aussi longtemps qu’un même professeur avait été chargé de l’enseignement élémentaire et de l’enseignement approfondi du droit romain, la séparation de ces deux cours s’était faite tout naturellement ; mais une fois que les Instilutes se trouvèrent dans dans les mains d’un titulaire spécial, il n’en fut plus de même. On vit le cours d'Instilutes prendre graduellement des proportions telles, qu’il devint impos-
saienl partie du Sénat académique.
( i ) Il désigna, pour t'y remplacer , v. Godet, son futur collègue à l'Université.
lUO
tioO
sible à M. Dupont d’enseigner les Pandectes, d’après la méthode suivie par son prédécesseur. Pour tracer une ligne précise de démarcation entre les deux cours, il déféra d’abord à l’avis de ses anciens professeurs, et prit le parti de considérer la connaissance des principes du droit romain comme sufllsammment acquise dans le cours des Institutes ; professeur de Pandectes, il résolut de se renfermer exclusivement dans la discussion des controverses. Mais l’expérience ne tarda pas à le convaincre que peu d’élèves étaient assez fermes sur les principes pour en saisir immédiatement l’application. Au surplus cette méthode lui répugnait comme étant trop scolastique:
il finit donc par asseoir son enseignement sur des fondements plus larges et plus en rapport avec les besoins de la jeunesse. Après mûre réflexion, et tout en admettant que les Institutes doivent contenir l'explication complète et raisonnée de l’ensemble des principes, il fut conduit à revendiquer, comme faisant partie des Pandectes, le développement de ces mêmes principes, aussi bien que leur application et la discussion des controverses qui en résultent, le tout puisé dans une étude sérieuse des textes, lesquels servent ainsi de base et délimité à cet enseignement. Il saute aux yeux qu’un cours de cette nature ne saurait parcourir, dans l’espace d'une seule année, tout le vaste champ du droit romain. Voulant d’autre part populariser l’étude des Pandectes, M. Dupont s’attacha soigneusement à choisir, pour en faire l’objet de ses leçons, les matières les plus intéressantes au point de vue des rapports du droit romain avec notre législation actuelle. Il les divisa par séries, chaque série faisant l’objet d’un cours annuel comparable, quant au fond et quant à la forme, aux cours dits de monographie, si ordinaires dans les Universités allemandes. Ainsi formulé, l’enseignement des Pandectes ne pouvait (dus se confondre avec l’enseignement élémentaire. 11 ne s’agissait plus, comme autrefois, d’un simple exercice de gymnastique intellectuelle, mais d'un cours de haute théorie et d’application tout
ensemble : l’élève s’y préparait à la vie pratique, s’habituait à interpréter les textes et devenait capable de lire par lui-même, avec fruit, les écrits des jurisconsultes romains, qui sont les modèles les plus propres à former l’esprit juridique et à développer les facultés et les aptitudes requises de l’avocat et du magistrat.
Tels furent les efforts que Ut M.
Dupont pour succéder dignement, comme professeur, à son ancien maître, à celui dont les travaux ont répandu tant d’éclat sur l’Université de Liège, et ont vulgarisé en France et en Belgique les immenses progrès que l’Allemagne a réalisés dans la science du droit. Il en fut récompensé. Le IG décembre 1850, il fut nommé professeur ordinaire et maintenu en la même qualité lors de la réorganisation, en vertu de la loi du 27 septembre 1855.
Celte loi, basée sur le principe de la liberté d’enseignement, principe nouveau dont on ne comprenait pas encore le sens ni la portée, bouleversait complètement le système qui avait jusqu’alors régi notre enseignement supérieur.
Le soin d’en régler la mise à exécution incomba d'abord à Bekker (v. ce nom), ancien professeur de l’Université de Louvain, envoyé à Liège en 1855 et immédiatement nommé recteur. Bekker était à la hauteur de sa mission délicate. Malheureusement il ne tarda pas à être atteint d’une maladie grave, qui le mit hors d’état d’imprimer à l’Université la direction impérieusement réclamée par les conditions nouvelles où elle était appelée à vivre. M. Dupont fut appelé à le remplacer en 1850-1857 et conserva le rectoral l’année suivante (1857-1858). Il est essentiel d’entrer dans quelques détails sur les difficultés de tout genre qu’il eut à vaincre dans le cours de cette période, qui n’est pas la moins intéressante de nos annales.
D’abord, la loi nouvelle, en enlevant aux Facultés la collation des grades, avait complètement changé la position des professeurs vis-à-vis des élèves. De là un certain relâchement dans la discipline. D’un autre côté , un grand nombre d’étudiants, se prévalant de la
liberté que leur laissait la loi, ne s'inscrivaient qu’à quelques cours. Il fallait donc, tout en respectant le principe de la liberté, prendre «les mesures pour maintenir l’ordre si nécessaire aux bonnes études, et empêcher les jeunes gens d’abuser de la loi à leur grand préjudice et contre le gré de leurs parents ( ’).
Un personnel nouveau (plus du double du personnel ancien) composait le corps académique. La plupart des professeurs se connaissaient à peine. Ils étaient généralement étrangers aux traditions universitaires. De là des froissements et parfois des conflits (’). Il fallait ménager les susceptibilités, mais il n'était pas moins indispensable d’assurer le respect des règlements; il fallait ramener à l’unité tant de personnes d’opinions et de sentiments divers, et recréer l’esprit de corps qui fait la vie et la force des institutions.
Le Collège des curateurs était supprimé, et l’on avait établi, près de chaque Université, un commissaire du gouvernement portant le litre d’administrateurinspecleur. A Liège, ce fonctionnaire, s’y croyant sans doute autorisé , avait adopté, dans ses rapports avec le corps enseignant, un système tendant à paralyser l’influence rectorale et à centraliser l'autorité académique dans les mains de l’administration (’). Rien n’était plus désirable que le maintien d’une parfaite harmonie entre l’administrateur et les professeurs: il fallait cependant sauvegarder la dignité et les prérogatives du corps enseignant. Le commissaire du gouvernement, au point de vue où il se plaçait, et en présence d’une délimitation encore mal établie de sa sphère d’activité, peut être justifié d’un excès de zèle (*); mais l’autorité académique avait aussi ses devoirs à remplir, et sous peine de se rendre coupable de fai-
( 1 ) Correspondance rectorale. Circulaires aux doyens des Facultés et aux parents des élèves (14 novembre 183t> et 18 janvier 1837).
(*) Même correspondance. Lettres des 12, 16, 24 janvier, et du 6 février 1837.
V *) Proces-verbal de la séance du Conseil académique du 16 août 1837. — Correspondance. Lettres des 27 novembre 1837, 22
blesse et de compromettre sa responsabilité, elle a dù ne pas tolérer la plus légère atteinte à l'indépendance universitaire, que la loi, très-certainement, n’avait pas voulu laisser dépérir. La création de deux Universités libres, soutenues par les grands partis qui divisent la Belgique, avait précédé d'uu an la réorganisation tic l’enseignement supérieur donné aux frais de l’État.
Quelle allait être exactement, dès lors, la position des Universités de Liège et de Gand? Il était presque impossible de le prévoir; en tous cas l’essentiel était d’imprimer aux établissements de l’Etal leur véritable caractère et de faire comprendre que, pour remplir la mission qui leur est propre et pour vivre d'une existence libre et indépendante , elles doivent se tenir en dehors des partis et n’arborer d'autre drapeau que celui de la science.
Enfin, l’enseignement supérieur était réorganisé conformément à l'art. 17, § 2 de la Constitution ; mais il n'v avait ni enseignement primaire ni enseignement moyen pour lui servir de pépinière. L'Ecole des arts et manufactures et des mines existait; mais à peine avait-elle reçu les développements nécessaires pour lui assurer une importance en rapport avec l’étendue de nos relations industrielles et commerciales, que déjà l’on nous la disputait, et que «les efforts sérieux étaient faits auprès de la législature pour l’adjoindre à l’Ecole militaire de Bruxelles (*).
L’institution d’un Conseil de perfectionnement, composé d’hommes spéciaux. de professeurs expérimentés, si désirable à une époque de rénovation surtout, avait été omise dans la loi nouvelle.
Les pensions des professeurs, celles de leurs veuves étaient remises en question (*). L’institution des agrégés,
février et lftr mars 1838. — Rapport au Ministre ,20 août 1838). — V. l’art. Ar- IfOCLD
t * ! V. ci dessus, col. 8.
(*) Correspondance. Lettres au Ministre et à l’Admmistrateur-tnspec.tour de l'Université de Gand, du 12 février 1837. — Souvenirs, 1837, n" 44.
(*) V. la pétition adressée au Roi par le