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la composition des jurys d’examen soulevaient des réclamations. La collation des grades scientifiques par les Facultés, l’organisation du concours étaient lettre-morte, à défaut de prescriptions réglementaires.
Il importait cependant de ne laisser aucun de ces grands intérêts en souffrance et d’appeler instamment l’attention du Conseil académique, du ministre, des autorités et de tous les hommes influents par leur position, suiles mesures nécessaires pour défendre les droits du Corps professoral, pour sauvegarder l’enseignement de l’Etat et lui donner tous les développements qu'exigeait sa prospérité ( 1 ).
Dans cet étal de choses, pour établir quelle fut la conduite de M. Dupont, quels furent les travaux auxquels il dut se livrer, les luttes qu'il eut a soutenir lorsqu’il se mit à l’œuvre, comme recteur, décidé fi remplir sa mission d’après les principes qu’il avait arrêtés, il faudrait lire sa correspondance, ses rapports, tous les documents de cette époque déposés aux archives de l’Université, et qui sont en quelque sorte les rudiments de la jurisprudence académique. Qu’il nous suffise de dire que ses services furent appréciés; qu’il fut soutenu par la confiance de ses collègues, dont le concours lui vint en aide dans les circonstances les plus difficiles, et que le gouvernement lui donna d’éclatants témoignages de satisfaction en le nommant recteur deux années de suite, mesure tout exceptionnelle, en lui décernant la croix de Chevalier de l’Ordre national (*) et en portant son traitement au maximum prévu par la loi. Fohmann (v. ce nom) jouissait déjà de cet avantage : M. Dupont y avait d’autant plus de titres, qu’il en aurait pu obtenir un plus considérable encore, s’il n’eût préféré rester fidèle à l'Université qui l’avait si bien accueilli (’).
Conseil académique de l'Uoiverdité de Liège le t> avril 1838 (Liège, in-4'> de 13 p.|.
(' ) Rapport au Conseil académique sur les grades scientifiques et les concours, transmis au Gouvernement le 13 avril 1838. — Rapport au Ministre, du 8 août 1837. — Souvenirs, 1837, n» 54; 1838, n° 20.
M. Dupont consacra la seconde année de son rectorat à assurer le maintien du système qu’il avait cherché à faire prévaloir, et à le développer selon que l’exigeaient les circonstances et l’intérêt de l'Université. A la fin de l’année académique, croyant avoir lait tout ce qui était en son pouvoir pour remplir dignement sa mission, il considéra sa tâche comme achevée. Pour éviter une nouvelle prolongation de ses fonctions rectorales, contraire au principe d’égalité observé jusqu’alors entre les membres du corps enseignant, il fil connaître au gouvernement son intention de se dévouer désormais entièrement à ses fonctions de professeur ; en même temps il pria le ministre de vouloir bien pourvoir à son remplacement si, comme on le supposait , le gouvernement avait l'intention de réélire les recteurs des deux Universités.
Kn renonçant à présider le Conseil académique, M. Dupont ne s’en crut pas moins obligé d’employer tout le7.èledont il était capable, dans les différentes occasions qu’il eut de se rendre utile à renseignement. C’est ainsi qu’après avoir, dès l’origine, comme membre du jury central de candidature en droit, concouru avec Ernst aîné (v. ce nom ) , son ancien maître, à un perfectionnement pratique de celle institution, dont le personnel se composait presque entièrement de personnes étrangères aux Universités, il fut conduit à se mettre en rapport avec le jury du doctoral ( * ) pour régulariser l’interrogatoire sur les Pandectes et contribuer, autant qu’il était en son pouvoir, au maintien et au |wogrcs de l’enseignement du droit approfondi. Ces relations se prolongèrent jusqu'à c> qu’il eut atteint son but. Pour couvrir sa responsabilité comme professeur vis-à-vis de scs propres élèves, il se voyait forcé, à chaque session, d’exposer sa méthode et les matières de son enseignement. Enfin,
(*) Dès 1837, lors de la visite de Léopold 1er à Liège, le roi avait spontanément annoncé cette distinction à l'honorable recteur.
(*) V. l’art. Discret.
(*) Lettre au jurv du doctorat (8 août 1837).
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il fut assez heureux pour faire agréer de ses collègues des autres Universités un programme commun, qui lixait d'avance le cadre et les matières de l’examen ( '), et ainsi furent définitivement aplanies, pour les récipiendaires, les difficultés de l’examen sur les Pandectes, examen fréquemment compromis jusque là, faute d’accord entre les membres du jury sur les points essentiels.
M. Dupont continua, jusqu’à l'heure de sa retraite, à prendre une part active à toutes les mesures propres à maintenir la dignité, la discipline et l’esprit progressif de l’Université. Son influence a été des plus fécondes, soit dans la Faculté de droit, soit au Conseil académique, et elle a laissé des traces durables. Il ne s’est pas rendu moins utile au Conseil de perfectionnement de l’enseignement supérieur, où il a siégé pendant six ans, à partir de la création de cette institution. Le 26 octobre 1860, le gouvernement a voulu reconnaître de nouveau les services du digne professeur, en l’élevant au rang d’Ofiieier de l’Ordre Léopold.
Son âge lui faisant désirer le repos, M. Dupont manifesta officiellement le désir de prendre sa retraite : elle lui fut accordée par arrêté royal du 27 septembre 1866 ; mais le ministre n'ayant pas été en mesure de pourvoir à son remplacement avant la lin des vacances, fit appel au dévouement du professeur émérite, et celui-ci reprit immédiatement son cours, qu’il continua jusqu’à la fin de l’année académique 1806-1867.
Doyen de l’Université et le dernier survivant, à Liège (* ), de l’ancien corps professoral, M. Dupont s’est retiré du service actif après 15 ans et i mois d’enseignement académique, et quelques mois avant d’avoir atteint l’extrême limite fixée par la loi, dans le cas où l’éméritat est réclamé en raison de l’âge, indépendamment du nombre d’années de service. L’estime et l’affection sincères de tous ses collègues, le
( ' ) Programme arrêté le 4 avril 1845, et déposé aux archives de la Faculté de droit le 21 du même mois.
respect et les sympathies de ses anciens élèves, dispersés sur toute la surface de la Belgique, l’ont suivi dans sa retraite : témoignage lui en a été hautement et unanimement rendu lors de la célébration du cinquantième anniversaire ; les hommes les plus distingués du pays, de tout rang et de tout âge, se pressaient autour du vénérable maitre, lui tendaient une main cordiale et se plaisaient à évoquer ses souvenirs ; lui, rayonnant et retrouvant la verdeur de sa jeunesse, ne cessait de répéter qu’il n’eût pu espérer un plus digne couronnement de sa carrière.
M. Dupont a publié :
\°Disquisiiiones in Comme ni arium 1 1 / nstilul ionum Caji, recruter repertarum. Lugduni Batavorum (Leodii), 1822, in- 8". (Mémoire couronné).
Ccl ouvrage a égaleraenl paru dans les Annales Academiœ Leodiensis. — A la liste des auteurs qui en ont tiré profit, nous devons ajouter J. D. Fuss (v. ce nom), qui le cite fréquemment dans scs Antiquité» romaines et rectifie, d'après les idées de M. Dupont, plusieurs opinions accréditées.
2" De prœscriptionibus. Leodii, 1825, in-i° (Thèse inaugurale).
3° Discours et notices, dans les Annales des Universités de Belgique.
Ki*at»t (I.ambert-Joseph-Hkmu) naquit à Aubel le 7 octobre 1798, lit ses premières études au foyer domestique, sous la direction d’un prêtre du voisinage, puis accompagna ses frères Ulric et Antoine à Bruxelles, où les appelait le digne Jean-Gérard-Joseph .
leur aîné, devenu le second père de toute la jeune famille. Il acheva ses humanités au Lycée impérial ;au sortir de la classe de rhétorique, tenue alors par Lesbroussart, père de son futur coljègue à l’Université de Liège, il se fit inscrire à l’Ecole de droit, dont il fut bientôt regardé comme l’un des meilleurs élèves. Le 24 juin 1817, il subit avec lu plus grande distinction son pre-
(*) M. Van Recs est rentré depuis longtemps en Hollande (v. sa notice).
mier examen de bachelier! '), et obtint un diplôme conçu dans les termes les plus flatteurs. Peu de temps après, l’institution des Universités de l'Etat ayant amené la suppression de la Faculté de droit de Bruxelles, une chaire de droit fut réservée à Ernst ainé qui , désirant se rapprocher de sa famille, opta pour Liège, où il emmena ses frères avec lui. M. Lambert Ernst recommença ses études conformément au nouveau programme (*) , passa de brillants examens et défendit sa thèse avec tjrande distinction , le 6 août 1819. Il avait choisi pour sujet, en droit civil, les droits et les obligations des époux communs ; il posa en outre une importante question de droit criminel : le droit, pour le prêtre, de non-révélation d’un crime qui ne serait venu à sa connaissance que sous le sceau du secret de la confession. A raison de l’intérêt plus qu’ordinaire qui devait s’attacher au débat de ce dernier point, le récipiendaire fut autorisé, par faveur toute spéciale, à formuler son argumentation en français, dans la discussion publique ; il en résulta une séance des plus animées, qui contribua sans aucun doute à faire ressortir les inconvénients et l'inutilité des entraves du latin académique (*).
Le diplôme de docteur ne mentionnant à cette époque aucune distinction de grade, le doyen de la Faculté de droit (Destriveaux) se plut à délivrer à M. L. Ernst une attestation constatant que , dans la défense publique de sa thèse, ce jeune homme avait montré « une » force de raisonnement et une étendue » de connaissances que l'on pourrait » admirer, même dans un jurisconsulte » formé par de longs travaux. « Jouissant personnellement d’une considéra-
(• ) A Bruxelles, avant d'obtenir le grade de docteur en droit, il fallait subir quatre examens : les deux premiers roulaient sur les parties respectivement enseignées du droit civil et du droit romain; le troisième, sur l'ensemble du droit civil; le quatrième enfin, sur l’ensemble du droit romain. Puis venait la défense d'une thèse.
(*) L'examen subi à Bruxelles ne put être pris en considération.
(•) La thèsede M. L. Ernst a été imprimée
tion méritée , encouragé ainsi par ses anciens maîtres , qui n’estimaient pas moins son caractère que son talent, M. L. Ernst pouvait se promettre une belle carrière. Il ne songeait pas alors à l’enseignement, bien qu'il pût, non moins que ses frères, avoir foi dans son aptitude, comme la suite le démontra. Ses études trop assidues ayant compromis sa santé, il se retira quelque temps k Aube), où il pratiqua un peu devant les justices de paix. Enfin, le 17 janvier 1824. il fut nommé substitut du procureur du Itoi à Namur, et de fait il devint premier substitut , le Gouvernement ne pourvoyant pas à l’autre place vacante. Il remplit en outre en cette ville, avant 1850, plusieurs mandats gratuits : nous trouvons son nom parmi ceux des membres de la Commission de surveillance de l’Athénée ('), sur la liste des membres du Conseil d’inspeetion et de surveillance du dépôt de mendicité (3 mars 1829); le 6 octobre 1828, il fut appelé à exercer les fonctions d’auditeur près la garde communale, alors que tout était à organiser. — Il resta étranger à la révolution : sa nomination de premier substitut fut simplement confirmée par le gouvernement provisoire. En 1832 ( * ), il eût pu venir à Liège en la même qualité: il refusa, ne voulant quitter Namur que pour un poste supérieur; enfin, le 29 juin 1854, un arrêté royal l’appela dans cette dernière résidence, comme substitut du procureur-général. Le 8 juin 1855, il reçut du roi une marque toute particulière « de confiance et d’estime » (') : il fut nommé commissaire royal pour administrer, de commun accord avec le commissaire du roi de Prusse, la partie restée neutre (’) du territoire de Moresnel : haute
4 Liège, chez Collardin, sous le dire: De juribuset obligationibus Itgalts inter conjuges communiants secundum jus civile bodiernum , adjnnctd de jure criminali novissimo quoestioue .1819, in-4° de 42 pages).
( * )Sa démission fut acceptée Iet6mai1833.
(*) Lors delà promulgation d'une nouvelle organisation judiciaire (4 décembre).
I *) Ce sont les propres termes de la dépêche ministérielle du U juin.
(’) En vertu du traité des limites conclu,
mission, qui lui conférait le droit de correspondre directement avec chacun des ministres, dans le cercle de leurs attributions respectives, et qui du reste fut entièrement gratuite. Sou frère aiué ayant accepté une chaire à l’Université catholique de Louvain le 15 juillet suivant, et les Universités de l’Etat allant être réorganisées, on lui proposa d’entrer dans l’enseignement supérieur.
Longtemps il hésita ; cédant enfin à des insistances réitérées, il quitta la Cour pour l’Université de Liège, où il fut chargé des cours de droit civil élémentaire et de droit naturel (5 décembre). Aussitôt cette nomination connue, une forte cabale s’organisa : on voulait protester contre le départ de son frère ainé. Ne sachant rien des dispositions peu bienveillantes de son auditoire, il ouvrit son cours au jour fixé et recueillit d'unanimes applaudissements : une quarantaine d’élèves, U la sortie de la leçon, coururent se faire inscrire. Il se montra digne de ses frères: c'est assez dire. Un enseignement nourri et condensé, mulln patteis, une grande puissance de synthèse et une habileté non moins remarquable dans l’art de. disséquer et d'élucider les textes, telles sont les qualités dominantes que ses anciens élèves s’accordent à lui reconnaître.
Sa faible santé résistant difficilement à une double fatigue, il obtint, le 15 juillet 1857, décharge du cours de droit naturel. Le 28 août 1859, il donna sa démission pour rejoindre une troisième fois ses frères chéris : depuis cette époque, il remplit à l’Université de Louvain les fonctions qui lui avaient été confiées à Liège {'). En renonçant à servir l’Etat, M. S. Ernst a considéré comme un devoir de délicatesse: 1° de renoncer aux fonctions de Commissaire du territoire neutre; 2“ de prier le Sénat, qui l’avait désigné (29 décembre 1835) comme membre «lu jury d'examen pour le doctorat en droit (conformément à la loi du 27 sept.), de choisir un autre représentant de l’Université
lo 20 juin 1810, entre le gouvernement prussien et relui des Pays-Bas.
( ' ) Le nom de M. L. Ernst ligure encore au programme de l'Université catholique:
de Liège; 3° de se retirer du Conseil provincial de Liège, où les électeurs du canton d’Aubcl l’avaient envoyé siéger, presque il l’unanimité, le 29 septembre 1850, et de rechef le 28 mai 1838 (*). — Nous trouvons dans le Journal < le Bruxelles du 23 août 1817 une lettre de M. L. Ernst, écrite à l'occasion d’un rapport au Sénat français sur la peine de morl ; dans ce «locument, M. de La Guéronnière prétend que l’échafaud, pratiquement abattu de 1830 ît 1851, s’est relevé sous le ministère d’Ant. Ernst. M. L. Ernst fait remarquer qu'il y a erreur complète dans les renseignements recueillis par l'honorable rapporteur, quant au mouvement «le la statistique criminelle, et déclare souverainement injuste le reproche adressé au Ministre «le la justice de 1855 d'avoir rétabli la peine de mort sans nécessité, mesure qui eût mérité, dit-il, la qualification « d’inhumaine et absurde inconséquence » (v.
l’art. Ant. Ernst).
Fn»»tii (Dieudonné-Édouard), ne à Liège en 1798, s’est voué de très-bonne heure à la carrière de l’enseignement.
Il quitta en 1819 la chaire de troisième latine du Collège de Namur, pour venir prendre ses grades à l’Université de sa ville natale. Promu au grade de docteur en philosophie matjnà cuw lamie (sa dissertation inaugurale est intitulée : De republica Acbœorum), il passa en 1820 au collège «le Huremonde, avec le litre de professeur de poésie latine. Il s’y trouva dans une situation assez difficile, ne parlant pas le flamand, et ayant affaire ;1 des elèves qui pour la plupart ne savaient pas un mol de français. Eorce lui fut de se servir de la langue latine; mais ici nouvel obstacle : on n’était guère en état de le comprendre. Ses dégoûts devinrent insurmontables : il donna sa démission et alla professer dans divers établissements privés jusqu’en
<le fuit, il y a plusieurs auuéesquil n’ail paru en chaire
(*) Il siégea au bureau, pendant toutes ces sessions, en qualité de premier secrétaire.