‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 134 sur 351 · GLU · texte numérisé non relu

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surtout dans le domaine de l'étude de la nature; niais il est difficile, en pareil cas . pour ne pas dire impossible , de s’abandonner aux douceurs du repos , parce que rien n’alimente la curiosité plus sûrement que les découvertes.

Sa première éducation terminée, le jeune Michel fut confié aux doctes soins de l'abbé Uodeseh, ancien professeur au College de St-llubert. Un an plus tard, il entra au Collège impérial de Luxembourg. Admis le premier , il garda son rang de classe en classe : la dernière année, il reçut le titre de conférencier, qui impliquait la mission de diriger les études des élèves en poésie. — L’occupation de la ville et du Grand-Duché de Luxembourg par les alliés eut pour conséquence la fermeture momentanée des écoles. Kn 18 IG. notre étudiant partit pour Metz, où il s'appliqua particulièrement aux mathématiques, sons le professeur Lesage ; de là. nous le rencontrons au Gymnase de Trêves, continuant à s'initier aux sciences, s’occupant déjà de physique et suivant incidemment un cours de théologie. Lutin il franchit, en 1818, le seuil de l'Université de Liège. Tout en se préparant à conquérir le diplôme, alors très-rarement recherché ( * ) , de Mathescon magiiter cl Phil. nat lirai ia doctor, il prit part chaque année au concours universitaire et remporta, coup sur coup, trois médailles d’or , trois victoires dans autant de sciences différentes, comme Ch. Morren D’abord il traita une question d’algèbre; puis la botanique eut son tour, puis la chimie. La quatrième année (1821-1822), on posa une question de physique; il eut occasion d’aborder la théorie de l’électio-magnéli'inc, qui commença dès lors à devenir sa préoccupation dominante. La majorité du jury lui vota la médaille; néanmoins elle ne lui fut pasdéccrnée, par égard, parait-il, pour le professeur Vanderheyden (v. ce

(* > De 1817 à 1830, il n'est sorti de l'Université de Liège (jue sept docteurs en sciences physiques et mathématiques : MM. Marions (1821). Gloesener (-18231, I). Leclercq, Plateau, Valcrius, Brasseur (1820, et Jacqucmyns ,1830).

(*) Vanderheyden s'était expliqué sur ré-

nom), qui avait cru voir un acte d’hostilité dans le fait que le concurrent avait défendu une opinion opposée à la sienne (*) Mien n’elait plus loin de la pensée et du caractère de M. Gloesener que de donner aux étudiants l’exemple de l'insubordination : en matière scientifique, après tout, quand on croit avoir la main pleine de vérités, il est bien permis de l’ouvrir. Autant vaudrait reprocher à Galilée le cri de sa conscience : E pur si muove! M. Gloesencr ne fut pas médaillé celte fois; mais il persista dans sa manière de voir, comme l'atteste sa dissertation inaugurale pour le doctoral en sciences (25 lévrier 1825), où il soutint brillamment les idées d’Ampère(’). Les encouragements qu’il reçut plus tard de l’illustre savant français le consolèrent de sa déconvenue, et il ne larda pas à voir les théories dont il s’était fait le champion obtenir le droit de bourgeoisie dans la cité des savants.

Dès cette époque, M. Gloesener avait manifesté le désir d’embrasser la carrière de renseignement Sa famille n’était pas favorable à ce projet ; il résolut de se suffire à lui-même. Il renonça spontanément à toucher les revenus qui lui étaient déjà dûs et y suppléa en donnant des leçons de mathématiques et en traduisant des thèses en latin, langue qui lui était très-familière. Un ecclésiastique de mérite, en même temps son oncle et son parrain, l'encouragea dans ses travaux et ne l’en estima que davantage, pour s’ètrc imposé une vie austère. Le recteur de l’Université lui offrit une bourse d’études : il répondit fièrement qu’il n’en avait pas besoin.

Pour la lui faire accepter, on dut lui persuader qu’il y avait droit à raison des distinctions qu’il avait obtenues.

Les circonstances le mirent en rapport avec des familles influentes : jamais il ne chercha à profiter de ses relations

teclro-mngnétisme dans un Mémoire publié en 1822 par Ducrolay de Blainville. — Le Mémoire de M. Gloesener sera prochainement traduit et publié.

(*) De identitate Jluiiti eleciriciet magne lici, (ieducta ex llieornlà clari.ixiino Ampère propositd. Liège, Collardin, 1823, in- 4°.

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pour lui-même; en revanche, ses condisciples moins heureux eurent à se louer, en plus d’une occasion, de son obligeance et de sa générosité (v. l’art. Meyer).

Avant de subir son dernier examen, il était allé passer quelque temps à Ut redit. N’y trouvant pas les ressources scientifiques sur lesquelles il avait compte, il revint se faire diplômer,puis partit pour Paris, emportant la certitude d’entrer, à son retour, dans les cadres de l'enseignement supérieur (').

M. Gloesener suivit pendant deux ans les cours de Lacroix, de Lefèvre, de Thénard et de Biot au Collège de France ; ù la Sorbonne, il entendit Gay- Lussac, Pooillet, Dulong, Dinct, Cauchy, Hachette, Franctcur, et encore Lacroix, Thénard et Biot ; au Conservatoire des arts et métiers, il fut l’élève de Dupin, de Clément et de Say; enfin, d'Arago, à l’Observatoire (* ). Incidemment, il fréquenta même des cours étrangers à ses études spéciales : au Jardin des Plantes, il alla écouter Duméril, Brongniarl, Chcvreul et Cordier; Orfila et Margelin, fi l'Ecole de médecine : on le vit même assister plusieurs fois, à l’hôpital, à la clinique de Dupuytren. Les belles-lettres n’étaient pas oubliées : c’était pour lui une fête de courir à la Sorbonne se suspendre aux lèvres éloquentes des Andrieux, des Yillemain ou des Guizot.

Les étrangers n'étaient pas admis aux cours de l’Ecole polytechnique, où enseignait Ampère; mais M. Gloesener eut la bonne fortune d’être présenté, par Hachette, ii celui des savants français qu'il tenait le plus à connaître. Ampère reçut le jeune homme avec beaucoup

( * ) Le Ministre te lui promit par écrit, en regrettant qu’il n’y eût point de fonds destinés à envoyer les jeunes gens d’avenir se perfectionner à l’étranger. A propos des litres de M. Gloesener, il ajoutait: « J’ai rarement vu d’aussi brillants certificats. >

(*) M. Gloesener eut ensuite avec Arago des relations personnelles , qui durèrent aussi longtemps que la vie de l’éminent astronome.

(*) Ses éludes sur l’élcctro-magnétismc furent également, en 1823, approuvées par OErslcd (v. ci-après la itibliogr ., n° 4).

de distinction , se montra enchanté de sa thèse de doeioral, lui prêta des instruments et des piles pour faire des expériences, et donna son approbation à deux Mémoires soumis par M. Gloesener à l’Académie de Bruxelles (*).

Dès 1821, la chaire de mathématiques supérieures ei de physique au Collège royal de Bruges lui avait été offerte, avec un traitement de 1 5(10 florins des l*. -B., plus un casuel ; mais alors ses études n’étaient pas terminées, et comme il ne recherchait point l'enseignement pour les avantages matériels qu’il pourrait en retirer immédiatement , il refusa.

Aut Cæsar , nul nihil. Ce qu’il appelait de tous ses vœux, c’était le droit de monter dans une chaire académique. Le Gouvernement tint promesse : M. Gloesener fut nommé, le G octobre 1824, lecteur à la Faculté des sciences de l’Université de Louvain, chargé des cours d'astronomie (*) et de mécanique analytique (*). Il accepta ensuite (28 sept. 1825) une chaire au Collège philosophique (Introduction aux sciences natuturelles) et la conserva jusqu’à la suppression de l’établissement (1850) :

sa nomination définitive à l'Université, (tomme professeur extraordinaire, date du 1 octobre 1825. On lui fit une position exceptionnelle, en lui accordant les droits et les privilèges attachés à l’ordinariat (*); il eut mission d’enseigner la physique mathématique ( 7 ) et une partie de la physique expérimentale (*). Son discours inaugural : De vert ï scient ins ph y siens eacolendi methodu et vero illarum studii fine , fut prononcé le 20 janvier 1820, en séance solennelle de la Faculté, selon l’usage.

On peut qualifier d’héroïque la con-

( * ) Il a fait gratuitement ce cours pendant 23 ans.

( “ ) Pour le prof. Goebel.

!*! A cette époque, les professeurs ordinaires faisaient seuls partiu du Sénat académique. — V. l’art. Dcpokt.

( 7 ) il n’a pas cessé de faire ce cours, soit b Louvain, soit à Liège, depuis 1825 jusqu'à l’heure où nous écrivons.

(*) Il succéda à Senlelet, qui ne se retira définitivement qu’en 1828. M. Gloesener lui laissa la jouissance de I habitation à laquelle avait dro t le professeur de physique.

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duite que tint M. Gloesener en 1830, dans une circonstance dont les historiens de la révolution belge n'ont consacré le souvenir que la rougeur au front.

La maison du commandant de Louvain, voisine de la sienne, fut envahie et pillée par la populace en furie. M. et Mme Gloesener osèrent recueillir Mn,e Gaillard, avec son argenterie et tout ce qu’elle parvint à sauver, même les minutes des ordres du gouvernement des Pays-Bas. On sait qu’une troupe de forcenés s’emparèrent de la personne du malheureux major, et qu’ils inventèrent des tortures pour le martyriser lentement jusqu’à la mort. L’horrible nouvelle de cet acte de cannibalisme parvint à M. Gloesener avant que M,n* Gaillard en lût informée . elle se trouvait alors chez une doses amies. Ne rencontrant que des autorités hésitantes et voyant la révolution triompher, notre professeur s'entendit avec le docteur Baud. «lotit le courage civil fut aussi, dans toute cette affaire, au-dessus de tout éloge : il fut convenu que l’infortunée retournerait îi son premier asile.

Il n’y avait pas un instant à perdre: on pouvait tout craindre de l’exaltation des masses; d’autre part, la difficulté était de persuader M,m’ Gaillard sans lui laisser soupçonner la vérité. Ne voulant pas compromettre M. Gloesener, qui vint la chercher à la faveur de la nuit, elle hésita longtemps ù accepter : entin elle se décida, sur l’assurance qui lui fut donnée qu’il s’agissait de la conduire auprès de son mari, à Bruxelles, où(soidisant) on allait le juger. Ils se rendirent effectivement en cette ville, où d'actives démarches furent faites pour régler la position de la veuve du major et ménager son départ pour la France, son pays natal. Nous laissons à penser de quelle reconnaissance elle resta toute sa vie pénétrée envers M. et Mm0 Gloesener; ce sentiment aurait sans doute été partagé <à la courde Hollande, si les détails que nous venons de rapporter y avaient été connus. Mais il n’est que juste de

( * ) Le cours do minéralogie avait été un instant confié à Davreux (v. ci-dessus, col. 120); mais In Faculté revint sur cct arrangement.

signaler au gouvernement belge luimême la conduite du sauveur de M""’ Gaillard : c’est peut-être à son courage et à sa présence d'esprit, que notre révolution doit denes’être souilléequed’une seule tache de sang.

Le 16 décembre 1830, M. Gloesener fut maintenu dans sa qualité de professeur extraordinaire, mais transféré à l’Université de Liège. Le gouv ernement provisoire lui cou lia les cours de physique expérimentale, de physique appliquée à la vie domestique, à la médecine et aux arts (v. le /{«/>/>. de M. Nothomb, t. I, p. 090). d’astronomie physique (populaire) et de physique mathématique. Après la mort de Gaëde, sur la demande de la Faculté des sciences, il consentit, non sans peine, a donner le cours de minéralogie pendant l’année académique 1834-1835; seulement, ne voulant à aucun prix conserver cette nouvelle charge ('), il n’accepta point la responsabilité du cabinet, dont les clefs furent remises au lecteur Lesoinne (v. ce nom). La résolution de M. Gloesener au sujet de la minéralogie eut pour conséquence d’ouvrir les portes de l’Université à notre illustre Dumont ; à ce litre, on ne saurait trop s’en applaudir. L’intelligence précoce d’André Dumont avait frappé M Gloesener, qui, ayant entendu parler de lui, s’était empressé de visiter et d'examiner ses collections. Démarquant d’autre part sa faiblesse en mathématiques, il l'avait fait venir chez lui pour le présenter à Lemaire (v. ce nom), et pour lui donner le conseil d’aborder des études régulières et de subir des examens. Le voyage de l’Eifel dont il est question ci-dessus (col. 220) fut entrepris avec Dumont par M.Gloesener.dans les conditions les plus favorables. Les deux touristes se convenaient : ils rapportèrent des trésors (*) et d’agréables souvenirs. M. Gloesener, dont les relations étaient dès lors fort étendues, eut l’occasion de présenter son jeune compagnon à plusieurs hommes distingués :

(*) Une partie de la collection formée alors par M. Gloesener a été donnée, depuis, à l'établissement des Joséphiles de Melle.

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vers la fin de sa vie, Dumonl se plaisait encore à raconter les épisodes de ces belles journées.

M. Gloesener fut, avec Brasseur (v.

ce nom), l’un des premiers organisateurs et le premier président de l’Association qui devint, comme nous l’avons dit ('), la Société royale des Sciences de Liège , et qui remplaça l’ancienne Société des Sciences naturelles , fondée en 1822.

Le lrr septembre 1835, l’inspecleurgénéral de l’artillerie Ht offrir au professeur de physique de Liège, par une lettre des plus flatteuses, une chaire (également de physique) à l’École d’artillerie créée par décision du 5 août précédent. Le 5 décembre de la même année, un arrêté royal régla de nouveau ses attributions à l'Université (par suite de la réorganisation de l’enseignement supérieur) : physique mathématique, physique expérimentale, astronomie, mécanique céleste, physique appliquée aux arts. La même année encore, il fut nommé secrétaire du Conseil académique. En 1857, il obtint l'ordinariat ; il revêtit l’hermine ••ectorale en 1846-1847. Trois ans plus tard, « le généreux acquiescement donné par M. Gloesener à un partage du cours de physique expérimentale et de physique mathématique, » dit M Borgnet (*), procura à M. Bède « les moyens de se former à l’enseignement d’une science qui compte aujourd'hui un fort petit nombre de représentants. » En outre, M. Gloesener céda entièrement à son ancien élève le cours de physique industrielle (arr. minist. du 15 nov. 1850). Enfin, sur sa demande, le 7 janvier 1857, il fut autorisé 5 ne conserver que le cours de physique mathématique (v.

l'art. Pérard).

(' ) Cot. 80. — Nous avons omis de tenir compte, dans l'art. Ilrasseur, de celte période intermédiaire de 18115 à 1842 (date de la publication du t. I des Mémoires de la Soc. royale des sciences). Cette abstention est assez naturelle: pendant ces sept années la Société ne parait guère avoir eu qu'une existence nominale. — En 1842, M. Gloesener s'entendit avec Brasseur, MM. Lacordairc, Spring, de Koninck, etc., pour lui imprimer une activité nouvelle. — M. Gloese-

En se réservant ainsi la libre disposition d’une plus grande partie de son temps, M- Gloesener ne songeait en aucune façon à prendre du repos.

Jamais, ce semble, il n’a été aussi actif, aussi fécond que depuis qu’il a le droit de ne plus l’être. Il faut du zèle a un professeur ; il en faut plus encore, il faut une persévérance infatigable k celui qui travaille à perfectionner les applications de la science, surtout si l’on songe aux déboires de toute nature qui sont, jusqu’à un moment parfois bien tardif, le lot ordinaire des inventeurs. La collaboration assidue de M. Gloesener à divers recueils scientifiques (v.

ci-après), ses communications A l’Académie royale de Belgique attestent qu’il s’est déplus en plus adonné, surtout dans ces derniers temps, à des recherches spéciales d’une utilité immédiate. Fidèle aux prédilections de sa jeunesse, il a entrepris des expériences délicates et variées sur l'électro-magnélismeet a été graduellement amené à modifier, ou plutôt è transformer le système des télégraphes, des chronographes et des horloges électriques, il s’appuie sur le principe de la solidarité des attractions et des répulsions simultanées et conspirantes de deux électro-aimants sur les deux pôles contraires d’une armature ou palette aimantée; et réciproquement, de deux pôles temporaires contraires sur un seul pôle permanent, et de deux pôles permanents sur un seul pôle temporaire mobile (*). Ce principe, il a eu l'honneur de le découvrir (dès 1857) et de l’appliquer le premier. C’est encore lui qui a eu l’honneur d’avoir le premier conçu, construit et décrit un télégraphe à écrire fonctionnant avec renversement du courant (*); malheureusement, il n’est point parvenu à faire adopter son

ner est aujourd’hui le seul membre fondateur survivant de la Société de 1835.

(*) Discours de réouverture, 1851.

( * ) Traité general des applications de l'électricité, t. I, p. 70.

( * j En revanche, la priorité de l’introduction de ce système dans le service public peut être revendiquée par le savant directeur de la télégraphie à Londres, M. Varley, qui a appliqué, en 1854 ou vers la fin de 1853 (longtemps après que M. Gloesener eut pris

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appareil en Belgique : on lui a répondu qu’il fallait s’en tenir aux systèmes adoptés dans les pays voisins avec lesquels nous sommes en correspondance. (')• En revanche, la disposition proposée par M . Gloesener pour supprimer le ressort de rappel, dans les télégraphes avec lellres,fonclionnedepuisi85i surtoutes les lignes des chemins de fer belges. On lit dans le Cosmos du 17 novembre 1858 : « Ce ressort (le ressort à boudin dans l’ancien système) ne doit être ni trop tendu ni trop lâche, et il faut que son degré de tension soit en rapport exact avec l’intensité sans cesse variable du courant de la ligne. De là, la nécessité de régler souvent l'appareil, et cette nécessité est un inconvénient d’autant plus grave que, pour rendre les services qu’on en attend, le télégraphe à cadran doit pouvoir être manié par les mains les moins exercées. » — Il fallait donc absolument supprimer le ressort antagoniste, et c’est ce que M. Gloesener a appris à M. Lippens (*) à faire, en mettant à sa disposition (*) l'heureuse idée qu’il a eue le premier de recourir à des renversements successifs de courants, en remplaçant l’armature en fer doux par une armature aimeiilée. De celte manière, l’appareil est toujours équilibré ; quelles que soient les variations d’intensité du courant, un effort sera toujours suivi d’un effort égal, ou du moins efficace, exercé en sens contraire. Le principe posé par M. Gloesener, qui caractérise et différenlie les nouveaux appareils, a été parfaitement applfquépar M. Lippens »

(4). Les idées de M. Gloesener ont donc, fait leur chemin; seulement, le véritable inventeur est resté dans l’ombre, en ce sens qu’il n’a retiré de ses labeurs aucun avantage personnel (').

11 ne s’est point découragé, alors même que d’autres étaient obligés de se servir de son nom pour exploiter sa découverte. Il a fait publiquement appel aux savants, et les savants lui ont donné raison sur toupies points; puis il s’est remis noblement, naïvement pour ainsi dire, à l’œuvre. Ses Recherches sur ht télégraphie électrique , publiées en 1855, ont eu un grand retentissement; l’édition en a été rapidement épuisée. Une médaille d'honneur en or (de lrc classe), décernée à cet ouvrage par V Académie nationale de Paris, a été pour l'auteur, sinon un dédommagement. du moins un de ces sujets de satisfaction qui sont inappréciables dans certaines circonstances données (*).

On verra plus loin qu’il avait envoyé à l’Académie belge mémoires sur mémoires : à mesure qu'il arrivait à un résultat nouveau, il avait soin d'en faire part à cette compagnie savante, atin de s’assurer un droit de priorité; son intention était de refondre le tout quand son travail serait achevé. Il eut tort peut-être de procéder ainsi, ou du moins il montra qu'il avait moins de savoir-faire que de savoir : on ne lui accorda pas même l'insertion de ses notices dans les Bulletins de l'Académie. Cependant tout n’était pas dit. Le succès des Recherches décida M. Gloesener, d’ailleurs stimulé par l’approba-

datc de ses découvertes', au télégraphe à écrire de M. Morse, une disposition de son invention pour écrire avec renversement du courant alternativement en sens contraire (Ibid., p. 75). — Il n'est pas hors de propos de noter qu’en Angleterre, les lignos télégraphiques ne soûl pas exploitées par te (iouvernement.

C) Le service international n’en eût pas souffert, une disposition spéciale de M. Gloesener lui permettant de mettre son appareil en concordance avec les télégraphes à écrire de l’autre système.

i *; Constructeur d’instruments de physique à Bruxelles.

C) V. ci-après, bibliog., n« 21.

(*) tbid. , note. — Pour se faire une juste idée de la part qui revient à ce dernier, le lecteur devra recourir aux noies additionnelles insérées à la fin des Recherche* (n° 21), p. 116 et sniv., et p. 52, 53 et 55 du dernier ouvrage de M. Gloesener (Bibling., n* 36).

(*. La législation belge a voté plus de 16,000 frs. pour contribuer à la somme de 40U,0üÛ frs. accordés au professeur Morse par les gouvernements qui emploient son télégraphe a écrire ; les droits d’auteur de M. Gloesener nom pas même été respectés.

I\i Cette nouvelle, apportée à Liège, valut à M. Gloesener une ovation de la part des étudiants.

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lion de quelques membres de l’Institut de France, à exposer ù Paris, en 1855, quelques appareils de son invention. Il s’y prit un peu tard ; mais les difficultés furent aplanies par Ch. de Brouckere, le type et le modèle des présidents ( ' ), et M. Haimbaud eut pour le savant belge les égards les plus délicats. M. Gloesener trouva donc place dans une annexe du Palais de l’industrie. Toutes les médailles étaient déjà volées :

ce ne fut qu’après les vacances, au mois d’octobre , lorsqu'on procéda à un travail de révision, qu'il fut question de ses travaux. Un jury composé de MM. Wheatslone , Babinet, Péclel, L. Foucault, Edm Becquerel, Clerget, Magnus, Ilessler et Niel Arnott lui décerna la seule médaille dont il pouvait encore disposer. 225 médailles d or décernées n’avaient point été accordées par le gouvernement français ; point de possibilité d’en réserver une à M.

Gloesener, comme l'eussent désiré les membres du jury. Il reçut donc l'unique médaille de lr® classe que la Belgique ait obtenue pour l'électricité. M. de Decker, ministre de l’intérieur, lui lit sans retard obtenir la croix de chevalier de l’ordre national Ses collègues de l’Université s’émurent ; un splendide banquet, dont il fut le héros avec André Dumont , et auquel assistèrent les plus hautes autorités du pays, fut donné dans la grande salle de la Société d’Emulalion, en vertu d’une décision du Conseil académique (*). La jeunesse, de son côté, ne resta pas en arrière (*), et le bourgmestre de Liège, au nom de la cité, remit au lauréat une médaille d’argent, dans une cérémonie publique (*).

Les travaux de M. Gloesener ont été récompensés postérieurement par un

(•) L'éminent bourgmestre de Bruxelles était à la tète de la Commission de l’Exposition belge.

(*) Un extrait (sur parchemin, du procèsverbal constatant cette décision fut remis, à chacun des deux lauréats, par une députation du Conseil.

(*) C’est à celte occasion que M. Gloesener a reçu son portrait lithographié.

(*) Les six instruments cl appareils couronnés à Paris en 1855 ont été acquis par le

grand nombred’aulresdistinctions. Tantôt c’est l 'Académie nationale de Paris qui lui décerne une seconde médaille d'honneur en or de Ire classe (29 janvier 1857), pour son nouveau chvonotcope électrique , ou qui rappelle sa première médaille ( 1" juillet 1858 , ou lui délivre un diplôme d’honneur (20 mars 1801), deux fois rappelé (21 déc. 1804 et 20 juin 1800), ou enfin lui en accorde un nouveau, à la suite de la dernière Exposition universelle (18 nov. 1808); tantôt c’est la Société d'encouragement pour l'industrie nationale , de Paris, qui lui vole (1802) une médaille de platine pour sou chronographe électrique; c’est le jury de l'Exposition de Londres (1802) qui lui remet une médaille grand module (*), ce qui lui vaut une mention extrêmement élogieuse en st atue de l'Académie nationale et la mise hors concours (1805). A l’Exposition universelle de 1807, M. Gloesener n’a reçu qu’une médaille d’argent (sans décision du jury), par suite d’un enchaînement de circonstances des plus fâcheux. Une caisse adressée à la Commission belge, et contenant des instruments entiers et le complément des autres appareils, n'a pu être retrouvée que le 29 juin; son contenu était endommagé. Le jury étant dissous, â l'époque où la montre de M Gloesener s’est trouvée enfin aussi complète que possible (au mois d'août), il n’y a pas eu possibilité de revenir sur le passé. Faute de révision des récompenses distribuées et d’examen des objets non exposés, il n’a pu. d’autre part, être donné suite au projet de la Commission impériale et de quelques membres de l’Académie des sciences qui faisaient partie du jury, de proposer M. Gloesener pour la Croix d’officier de la Légion d’honneur (*). C’eût été un

Gouvernement, sur la proposition spontanée de M. Ghandelon (v. ce nom), moyennant un subside extraordinaire de 1155 frs., pour le cabinet de physique de l’Université de Liège.

(*) V. le rapport du colonel Fleming Jcnking, trad. dans les Annales télégraphiques (1865).

( • ) Le mérite des travaux de M. Gloesener a été hautement reconnu, entr’autres, par lo célèbre physicien de Jacobi, de St-Pélera-

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insigne bien mérité, à placer sur sa poitrine auprès de ceux que plusieurs souverains y avaient déjà attachés ( 1 ). M. Gloesener est oflicier de l’ordre de Léopold depuis le 4 février 1X61 (*), commandeur de l’Ordre impérial de Saint-Stanislas de Russie depuis le 19 octobre 1863, enfin officier de l’Ordre royal-grand-ducal de la Couronne de chêne depuis le 19 février 1864. — Les Sociétés savantes auxquelles il a été successivement affilié sont: la Soc. des sc. naturelles de Liège (correspondant, le déc- 1824); V Académie de Metz (id., 1829); Y Acad. Stanislas de Nancy (id., 25 déc. 1829); la Suc. royale des sciences de Liège (membre fondateur et président en 1855); la Soc. des sc. pli y s., chim. et des arts agricoles et industriels de France (corrcsp., 4 fév. 1857»; la Soc. d' Emulation des Vosges (corresp., déc. 1844); Y Institut polytechnique de Würzbourg (membre hon., 12 fév. 1852); Y Acad. I. et R. des sciences de Bohème (corresp., 2 fév.

1855); Y Acad, nationale agricole , manufacturière et commerciale de Paris (id., 51) juin 1855) (’); la Soc. impériale des % sciences de Cherbourg (id., 2 juillet 1X55); la Soc. philomatique de Paris (id., 2.5 fév. 1X56); Y Acad, royale de Belgique (corresp., le 15 déc. 1856, metubie titulaire le 15 dec. 1864>; la Soc. royale des sc., deslcttres et desarts du Hainaut (5 no\. 1858); la Soc. de physique et de médecine de Würzbourg (corresp., 30 déc. 1859); Y Association scientifique d'Anvers (id. 14 déc. 1861); la Soc. des naturalistes de Riga (id. , 4 fév. 1863); YInstitut archéologique liégeois (membre associé, 25 tév. 1863); la Soc.

bourg, dans deux rapports, dont l’un a été lu devant l 'Acad, iin/i. des sciences de celle ville, le 28 nov. 1867 (V. le Journal (le St- Piierx ourg , n° 61) ; l'autre a paru par extraits dans le I osmos (VJ8 sept. 1867).

( 1 ) Ceci est littéralement exact pour la Croix île chevalier de I ordre de Léopold, que le roi des Beiges lui remit en mains propres, le 16 décembre I8i>5, dans la séance publique tenue à l'Eglise des Auguslins, a Bruxelles.

(*j Celle promotion coïncide avec sou admission à l'émérital.

(5) Vice-président honoraire le 19 janvier 1859; président honoraire en 1861.

(*, Société littéraire fondée par M. l'abbé

roy.-gA-ducalc des sc. naturelles de Luxembourg (membre lion., 18fév. 1864); enfin le Cercle Ozanum (4) de Liège (id. , 24 janv 1868).

M. Gloesener a été déclaré émérite le 4 février 1861. Par decision ministérielle du 17 du même mois, il est reslé, comme nous l'avons dit , chargé du cours de physique mathématique. Le 16 novembre suivant, jugeant le moment venu de donner suite à un projet qu’il nourrissait depuis longtemps, nous le voyons insister, auprès de la Faculté des Sciences, sur l’importance et même la nécessité qu'il y aurait d'exercer à la manipulation des instruments de physique les étudiants inscrits aux cours du doctorat en sciences physiques et mathématiques, et plus spécialement ceux qui se destinent au professorat. Il offre de remplir gratuitement cette mission ; la Faculté adopte sa proposition, le Recteur partage l’avis de la Faculté. Mais un léger subside est nécessaire (*): là est la difficulté. L’affaire instruite, le Gouvernement ne croit pas pouvoir se rendre au vœu exprimé par M. Gloesener : si le cours dont il s’agit, dit M. le Ministre, s’adresse aux jeunes gens qui aspirent au professorat dans les athénées, c'est à l'Ecole normale de Garni qu'il doit se faire ; s’il ne s’agit que des rares élèves du doctorat en sciences physiques et mathématiques, ces élèves peuvent trouver, comme aides-préparateurs du cours de physique expérimentale, les moyens de s’exercer à manier les instruments, sans qu'il en résulte aucun frais pour l’Etat — En France, depuis que M. Duruy est aux affaires, on en a jugé autrement ; un

Rodson, el principalement composée d’étudiants de l'Université. Elle est sur le point de puld erle t. Il de ses Annales, composées do Mémoires lus dans les séances. Celles-ci sont consacrées, on outre, à des conférences ou à des discussions sur les questions philosophiques, littéraires ou scienliliques a l’ordre du jour ; on y apprécie les auteurs, les opinions qui se produisent, etc. — Il existe ou il a existé à Liège d’autres Sociétés analogues, de tendances diverses ; nous les notons à mesure quelles sc présentent sur notre chemin.

(*) 250 frs., pour achat d'acides, etc.

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superbe laboratoire affecte aux manipulations de physique a été installé à la Sorbonne sous la direction de M Jainain (de l’Institut), professeur de physique à la Faculté et à l’Ecole polytechnique. Ce qui est possible O Paris ne l’est pas toujours sur un théâtre moins vaste ; cependant il est permis de souhaiter que. même au prix de quelques sacrifices, le gouvernement favorise non seulement les travaux pratiques des élèves, mais les mette en mesure d'entreprendre des expériences nouvelles et de contribuer, en unissant leurs efforts â ceux des professeurs, au perfectionnement des sciences. Depuis longtemps les Universités allemandes sont entrées dans cette voie, et l’on sait si elles ont â s’en féliciter. Les élèves du doctorat sont peu nombreux, il est vrai ; mais si l’on veut que nos Universités forment des savants, il est indispensable de mettre à leur disposition des ressources suffisantes.

Etendue dans le sens de l'institution de laboratoires de recherches pour les sciences physiques et chimiques , la proposition de M. Gloesener nous parait appelée à être prise tôt ou tard en sérieuse considération. Les Universités ne sont pas exclusivement des écoles professionnelles.

L'œuvre capitale de M. Gloesener, celle qui résume pour ainsi dire toutes ses études piéféréps, a fait son apparition dans le monde scientitique en 1 861 : nous voulons parler du Traité général (les applications de l'électricité, dont la seconde partie ne tardera plus longtemps à paraître (v. ci-après). On peut considérer cet ouvrage comme une seconde édition des Recherches , corrigée, refondue et considérablement augmentée ( '). Un supplément au premier volume a vu le jour en 1868 ; c’est une démonstration théorique De l'importance du principe du renversement alternatif du courant dans les électroaimants. L’auteur y revendique, comme de raison, la priorité de ses découvertes et fait voir comment il a construit lui-

1 ) On y retrouve en substance la plupart des Mémoires et des notes qu'il a communiqués depuis 30 ans à des Sociétés savan-

méme, ou donnéloccasion de construire une foule d’appareils qu’on n'aurait jamais pu exécuter sans son principe, notamment son télégraphe à écrire double sur deux lignes parallèles avec deux molettes ou plumes, le premier de.ee g nre en tin seul appareil. La solution du problème des horloges électriques par M. Gloesener (*) n’est également qu’un corollaire de sa théorie. C'est encore lui qui a remplacé le premier les multiplicateurs par les électro-aimants, dans les télégraphes â aiguille (système anglais), et accru ainsi sensiblement leur force ; enfin, il a construit le premier un translateur, renversant alternativement en sens contraire le courant d’une batterie locale. Son livre ne renferme point d’hypothèses ; théories et applications, tout a été rigoureusement vérifié, contrôlé, passé au creuset de l'expérience. M. Gloesener est î» la veille de pouvoir dire : Exegi monumentum.

Celte longue et studieuse carrière n’a pas été exempte de traverses : plus d’une fois, même comme professeur, M. Gloesener s’est heurté contre des obstacles que rien, ce semble, n’aurait dil lui faire prévoir, et plus d’une fois il a été frustré du fruit de ses efforts. Absorbé par ses recherches, il n’a pas toujours assez songé au profil qu’en pourraient tirer, â son détriment, ceux à qui, dans son enthousiasme naïf de savant, il confiait son Eurêka. Il lui reste du moins la conscience d’avoir rendu des services réels à la science, à l’industrie et ù son pays; et sa verte vieillesse permet d’espérer qu’il en rendra longtemps encore. Instruit par une dure expérience, il veillera sans doute, à l'avenir, h ce qu'ils ne soient pas plus stériles pour lui que pour les autres.

Principaux travaux scientifiques (le )t. Gloesener.

a. Travaux relatifs à l’électricité.

1° Mémoire en réponse à la question du concours universitaire : Exponatur theoria altractionis molecularis seu afin», etc.

( * i Les horloges de M. Gloesener ont été adoptées par la ville de Liège.

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