I. Mlt>liotliè<|ue
Nous avons dit (v. l’art. J. Fiess, col. 818 et suiv.), que la Bibliothèque de la ville de Liège comptait 7000 volumes lorsqu’elle fut cédée à l’Université. Ce premier dépôt s’enrichit successivement ; 1° des dons, faits par le gouvernement, de toutes les publications officielles et des livres honorés d’une souscription de l’Etat; 2° des Mémoires envoyés par un grand nombre de Sociétés littéraires de Belgique et de Hollande, d’Allemagne, de Suisse et d'Angleterre (') ; 5° des dons faits par l’administration communale de Liège ; 4° des dons faits par des particuliers (*); enfin, des acquisitions couvertes
( *) V. la liste de ccs Sociétés dans YHisi. de ta bibl. de Belgique de P. Namur. Bruxelles, 1842, in-8°, t. III, p. 161.
(*) Nous mentionnerons, entr'autres,une riche collection de livres de voyages et de grands ouvrages d'art, offerte par M. Ransonnet, ancien capitaine de vaisseau.
au moyen des subsides portés annuellement au budget universitaire (18,000 florins en 1817; 2,500 fl. de 1818 à 1825; 2,215 fl. 40 c. en 1825; 3,000 fl. de 1824 ît 1820; 2,800 fl. chacune des trois années suivantes; 5,400 fl.
en 1850; environ 20,000 francs pour les cinq années 1831 à 1855; 14,514 frs. 91 c. en 1830; depuis lors, une moyenne de 10,000 francs). En 1840, le bibliophile A. Voisin (’) comptait déjà G2.000 volumes imprimés à la Bibliothèque de Liège, et 400 mss., dont quelques-uns très-précieux ; deux ans plus tard, P. Namur accusait un total de 00 à 70,000 vol-, non compris environ 20,000 brochures ou dissertations inaugurales. Le docteur ilænel, ajoutait-il, dans son Catalogus librortim mss., qui in bibliollu’cis Galliæ , Hclvciiœ,ctc., asservunlur (Lipsiæ, 1830, in-4°, p- 774), dit qu’en 1820, la même Bibliothèque ne possédait que 20,000 volumes et quelques manuscrits. Ce dépôt se serait donc accru , depuis 1820 jusqu’en 1842, d’environ 50,000 volumes. Hâtons-nous de faire observer qu'un tel accroissement de richesses serait inexplicable, si divers petits fonds de bibliothèques n’étaient venus se joindre au dépôt central, dans le cours de celte période et de la précédente : ainsi furent déposés à l’Université de Liège quelques ouvrages provenant de l’ancienne Ecole de droit de Bruxelles ; 227 articles ayant appartenu au Lycée de Liège; environ 150 mss. provenant de la ci-devant abbaye de St-Trond, enfin, une grande partie des livres de l’abbaye d'Everbodc, soustraits jusqu’en 1822 aux investigations du gouvernement et volontairement abandonnés à la suite d'une transaction, au moment où la restitution en allait être demandée au tribunal de Huremonde (*). Depuislors, notre Bibliothèque n’a pas laissé que de recevoir des dons re-
(*) Documente pour servir à fhist. des bibl. de Belgique Gand, 1840, in-8°.
(*) Namur, l. lit, p. 189. — Le fonds d'Everboden se composait d'environ 8,000 volumes , parmi lesquels des ouvrages de grand prix.
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lativeincnt considérables , soit de la part de personnes privées ('), soit de la part de plusieurs gouvernements étrangers (France, Angleterre, Russie, Brésil, Canada, etc.). La ville de Liège de son côté, y a déposé 200 volumes manuscrits tirés de ses archives et a voté un subside annuel, destiné à l’acquisition d’ouvrages concernant l'histoire du pays. Un arrête royal du 23 décembre 1851 a décidé que les doubles des trois bibliothèques de l’Etat seraient distribués entre ces trois établissements, de manière à compléter réciproquement leurs collections; le dépôt de Liège a ainsi obtenu , sans frais, un renfort qui n’est pas sans importance. De 1849 à 1852. 0,222 volumes et brochures (celles-ci au nombre de 1855) sont entrés dans la bibliothèque liégeoise; de 1855 à 1855, 7,059, dont 1,549 brochures et dissertations; dans le cours de la période triennale sui vaille, 6,818 (dont 1,473 broch.); 6,740 (dont 1,701 broch.), de 1859 ci MOI ; 9,094 (1,700 broch.), de 1862 à 1864; depuis lors jusqu’en 1868, les accioissemenls se sont montés à 11.560 volumes et brochures (2,928 broch. et 71 mss.).
Le nombre total des manuscrits est aujourd’hui d’un millier, estimation qu’il faut à peu près doubler , si l’on considère que beaucoup de volumes contiennent plusieurs ouvrages différents , n’ayant entr’eux rien de commun que la reliure. Quant aux volumes imprimés, ils doivent dépasser actuellement, d’après les supputations les plus modérées, le nombre de 90,000, les brochures et dissertations non comprises: celles-ci comptent environ 40,000 numéros (289 beilesde broch. diverses, et 482 boites de thèses, provenant des Universités ou hautes Ecoles des villes suivantes:
Goettingue, Bonn, Heidelberg, Cracovie, Munich, Varsovie, Leipzig, Tubingue, Erlangen, Breslau, Fribourg en Brisgau , Wurzbourg , Berlin , Giessen ,
(*) C'est ainsi que M,,e de Donceel a généreusement offert sa bibliothèque à l'Université. — Les noms des donateurs sont mentionnés tous les ans, à la rentrée, dans le Rapport du Recteur sur la situation de
Rostock, Kœnigsberg, Iena, Marbourg, Helsingfors, Leyde, Groningue, Franeker , Utrecht, (*) Copenhague, Lund, Ilpsal, Christiania, Kicl , Zurich, Bâle, Genève, Vienne, Louvain, plus des cartons var'wrum Universitatvm). Tous les volumes sont reliés : peu de bibliothèques, sous ce rapport, peuvent être comparées à celle de Liège , ainsi que sous le rapport du classement et de la disposition matérielle. Outre les trois grandes salles mentionnées plus haut, l’ancien cabinet de lecture (au-dessus de l’amphithéâtre de médecine) est actuellement rempli de livres: c’est lâ, par parenthèse, que sont déposés les manuscrits, ainsi que diverses collections spéciales (entr’autres les partitions appartenant à la ville et les gravures) et le cabinet de médailles, qui demande encore un classement définitif. Il y a quelques années, M. Fiess a obtenu un subside extraordinaire pour la confection de nouvelles armoires : à peine achevées, elles ont été pleinement occupées ; si la moyenne annuelle des accroissements se soutient, il y aura bientôt de nouveau pléthore. — N’oublions pas d’ajouter que ce qui a surtout contribué, dans ces derniers temps, îi enrichir la Bibliothèque d’un grand nombre de recueils précieux, c’est l’accord conclu avec la Société royale des sciences de Liège, qui y dépose tous les ouvrages quelle reçoit des Sociétés savantes étrangères, en échange de ses propres publications (5).
Nous avons dit un mot (col. 825) des quatre Catalogues de la Bibliothèque ; ce serait ici le lieu de faire connaître d’une manière précise, au moins dans ses traits principaux, le système de classification adopté par M. Fiess dans le Catalogue sur bulletins séparés classés méthodiquement (n° 4). Les sortes de renseignements sont toujours instructifs ; ils provoquent des comparaisons fructueuses et viennent puissamment en aideaux pei sonnes qui ont besoin de
l'U Diversité.
(*) Toutes les thèse « des six Universités du royaume des Pays- Bas (de I8H à 1830) sont réunies en volumes.
(s) liapp. triennal (1862- 186 4), |t. XXXI.
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se faire une juste idée de ce que peut comprendre la bibliographie d'un sujet déterminé, considéré soit en lui-même, soit dans ses rapports de parenté avec d'autres sujets, ("est sans doute cette dernière considération qui a déterminé le laborieux bibliothécaire de Liège à entreprendre son grand travail : le Catalogue systématique (n" 3) dont P. Namur a fait connaître les grandes divisions (') n’est pas et ne saurait être rigoureusement scientifique dans les détails, les livres étant inscrits à mesure qu'ils arrivent. Ici, au contraire, les subdivisions sont poussées jusqu’aux dernières limites, et les simples dissertations y sont comprises aussi bien que les plus gros traités. Mais pour rendre sérieusement utile un aperçu de ce vaste réseau , il faudrait entrer dans des développements qui nous sont interdits :
contentons-nous de renvoyer le lecteur qui voudrait s’en faire une idée, au tome XI du Catalogue publié par M. Fiess en 1811, et comprenant les livres de médecine. Les premières pages de ce volume présentent une .synopsis de la classification suivie à Liège pour toutes les branches de cette science et de ses auxiliaires ; ab uno disce omnes. Que si d’ailleurs les curieux ont en vue , non de se procurer ce genre de satisfaction que peut offrir à l’esprit l’étude des ramifications de l’arbre de la science, telle que l’ont conçue Bacon, d’Alembert et Ampère, mais de recueillir des indications précises sur un sujet donné, qu'ils s’adressent directementau bibliothécaire de l’Université; les savants étrangers ou régnicoles n’ont jamais compté en vain sur l’obligeance de cet honorable fonctionnaire, chaque fois qu’ils ont exprimé le désir de s'orienter dans leurs recherches et de s’enquérir des ressources du dépôt confié à ses soins.
Le nouveau Catalogue ne ressemble guère que par ses divisions générales à celui qui a été analysé par P. Namur. Ces divisions répondent, dans leur ensemble, à la répartition traditionnelle de l’enseignement universitaire entre cinq Facultés : la Faculté
(*) Ouv. cité, p. 42 ot suiv.
(*) Provenant en partie des abbayes du
de théologie n’existe pas à Liège, mais la littérature théologique n’en est pas moins richement représentée à la Bibliothèque, du moins par des livres anciens (*). D’autre part, l’ordre dans lequel les Facultés se suivent au programme (philosophie et lettres, droit, sciences, médecine) n’est pas celui du Catalogue; en revanche, au point de vue encyclopédique, ce dernier pourrait très-bien se défendre. On part du domaine des faits positifs et des faits sensibles, du domaine de la nature, pour s’élever peu à peu dans les régions des sciences morales, dans la sphère de l'idéal et de l’art, et enfin, au point culminant, jusqu’aux hauteurs de la spéculation philosophique et de la dogmatique religieuse. D’abord les mathématiques avec leurs applications; puis les sciences physiques et chimiques, puis les sciences naturelles, d’où la transition aux sciences médicales est toute simple. On a parcouru successivement les trois règnes, on a étudié finalement notre propre organisme ; l’homme physique a été envisagé dans ses relations avec le monde extérieur; on aura maintenant en vue l’homme conscient et libre, considéré tour à tour dans ses relations avec la société, dans sa vie intérieure et dans ses haules aspirations vers les destinées dont il a le pressentiment. Nous traversons ici le vaste champ de la jurisprudence, du droit privé, du droit public, du droit civil et du droit canon; la statistique, l’économie politique, l’instruction publique s’y rattachent; celle-ci nous conduit à la philologie, aux lettres en général, ù l’esthétique et finalement à l'histoire, d’où nous arrivons rationnellement à la géographie et aux voyages. La philosophie a pris rang entre les sciences sociales et les belles-lettres; la théologie, avec ses appendices, forme le couronnement du système. Ici nous remarquons, par parenthèse, que N . Fiess s’écarte d’un usage assez généralement adopté en France : il ne range pas l’histoire ecclésiastique dans la section de l’histoire
pays, en partie de divers couvents de France y\. ci-dessus, col. 820j.
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proprement dite : il la considère comme une introduction à la théologie. Pour peu qu’on y réfléchisse, c’est également une manière de voir justifiable.
Quant au classement matériel des livres et à l'intercalation des ouvrages nouvellement acquis, la méthode est on ne peut plus commode et pratique.
Nous la signalons avec d'autant plus d’empressement , qu’elle est propre à la Bibliothèque de Liège. Les livres sont rangés dans les rayons, évidemment, d’après l’ordre du Catalogue n° 5. Dans ce catalogue, qui comprend 27 vol. in-folio consacrés chacun à un groupe de sciences, sont inscrits les livres dès qu’ils entrent dans la Bibliothèque, chacun sous la rubrique de sa spécialité. Chaque volume porte un triple n°; le n° de la division (du volume) où il est inscrit, en chiffras romains ; en chiffres arabes, le n° de la page où son titre figure; enfin, le n° de son rang d’inscription sur cette même page. Le classement dans les rayons correspond exactement à ces divisions et subdivisions, si bien que, pour assigner une place aux acquisitions nouvelles , if suffit de les ranger îi leur n° d’ordre dans la subdivision qni leur est assignée, et de faire reculer d’autant les livres de la subdivision suivante. L’inventaire général de la Bibliothèque étant révisé chaque année, et tous les livres devant être tirés de leurs armoires pour cette opération, il n’y a jamais embarras à cet égard. Ce mode de classement est si simple et si facile ù comprendre, que l’employé le plus novice est mis en état, au bout de quelques jours, de répondre sur le champ, et sans risquer de se tromper, A toutes les demandes qui lui sont faites. C’est là, ce semble, un des avantages les plus appréciables d'une grande bibliothèque.
Ajoutons que l’employé doit d’abord prendre note au Catalogue alphabétique, du format de l’ouvrage sur lequel il veut mettre la main (in-fol., in-4° ou in-8° et minori f'onnû) : la série des divisions recommence pour chaque for-
(') Il y a une Bibliothèque spéciale de philologie à l'Ecole normale do* humanités :
mat (dans la salle de la Bibliothèque, bien entendu, non au Catalogue).
La salle de lecture est ouverte tous les jours, de 9 heures du matin A 1 heure, et de 2 1/2 ù 4 heures de relevée. Les personnes connues sont autorisées à emporter des livres à domicile ; cette dernière faveur est accordée aux étudiants sous la caution des professeurs.
Avant d’entrer dans la Bibliothèque, les revues scientifiques sont déposées pendant un mois dans la salie de réunion des professeurs.
La circulation des livres est assez considérable; elle le serait davantage encore, si l’on savait plus généralement combien l’accès de la Bibliothèque est facile. En additionnant les relevés des vingt-cinq dernières années, nous trouvons que 295,327 volumes ont été demandés aux employés, de 1842 à 1808; les prêts ù l’extérieur comptent à peu près pour les 2/5 de ce total. Le mouvement de 1808 représente 15,144 volumes , dont 9,055 prêtés à l’intérieur, 0,109 au dehors.
La Bibliothèque de Liège est particulièrement riche en recueils périodiques ; elle possède les Mémoires de presque toutes les Académies de l'Europe et de précieux recueils américains.
La littérature scientifique moderne y est largement représentée ; on aurait à signaler nombre d’ouvrages de grand prix; malheureusement le subside est minime, et les frais de reliure doivent être prélevés sur ce fonds. Eu médecine, la collection est riche et variée ; les jurisconsultes n'ont pas à se plaindre ; la philologie aurait besoin d’un complément ('), de même que la littérature française moderne. En revanche, le département de l’histoire et celui des voyages renferment de véritables trésors, surtout depuis quelques années.
Si I‘h. Lesbroussart vivait encore pour donner une nouvelle édition de son compte rendu, il n’aurait plus à se plaindre. Les beaux-arts et l’archéologie n’ont pas été négligés ; l’histoire ecclésiastique et la pat ristique méritent une mention spéciale. On s’est abstenu (*)
mais elle n'est pas publique.
( * ) Il y a des exceptions, bien entendu.
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de Taire des acquisitions nouvelles en théologie, celte matière étant étrangère A l'enseignement de l’Université (').
Les incunables sont nombreux et bien conservés ; les curiosités bibliographiques ne font point défaut; on remarque d'importantes collections de brochures historiques (entr’autres un recueil trèsabondant de Mazarinades). Les manuscrits relatifs it l'histoire du pays sont d’un haut prix (.voir le Catalogue dont la publication a été commencée en 1844 par M. Fiess); parmi les autres, nous mentionnerons surtout le magnifique évangéiiaire de l'évêque Notger, avec sa couverture d'émail et d’ivoire, spécimen inestimable de l’art du Xe siècle (*); deux tnss. de Lucain , du XIIe siècle ; un fort beau Psautier du XIIIe, enrichi de miniatures et contenant quelques poésies en langue vulgaire; un ms. des Décrétales, in- fol., chef-d’œuvre de calligraphie ; les mss. récemment acquis par la ville de Liège (v. ci-dessus, col. 699 et 825;, etc .etc. (*>.
Le cabinet des médailles comprend une assez grande quantité de pièces romaines et surtout de monnaies liégeoises du moyen âge (ces dernières sont la propriété de la ville), plus un certain nombre de. médailles de toute sorte, non encore classées, si ce n’est une suite complète de jetons en bronze résumant toute l'histoire de France.