PROFESSEURS DÉCÉDÉS
Ackemlyck (JEAN), Dé à Ilois-leduo le 22 octobre 1790, mourut à Ulrecht le 15 juillet 1801, Il ne passa guère que cinq années à Liège ; mais son enseignement laissa, >ians notre pays, des traces qui ne sont pas encore effacées. Son dernier biographe ( ' ) nous rappelle qu’en 18 47, à Bruxelles, au Congrès d’economie politique. « un » ministre d'Etat, M. Charles de Brou- » ckère, déclarait que plus d’un publi- » ciste belge devait il ce professeur » hollandais la véritable intelligence de » la liberté économique. » La forte éducation que reçut Ackersdyck, sous l’œil paternel, le prédisposa autant que ses propres instincts à s’assigner le rôle de défenseur des idées modernes.
Son père, avocat-secrétaire de la régence de Bois-le-Duc . était un homme lettré en même temps qu’un savant jurisconsulte (*) ; par-dessus tout il aimait la libre discussion cl répudiait toute espèce de routine, bien qu’il fût très-
('} M. le professeur Stccher {Annuaire de la Société (f Emulation de Liège , 1865).
(*) Nous connaissons de lui un opuscule intitulé : Observations sur la langue flamande par rapport au.r provinces mérulio-
attaché aux opinions qu’il s’était faites après mûr examen. Persécuté à cause de sa fidélité il la maison d’Orange, Corneille Ackersdyck alla s’établir à Utrecht, où il demeura jusqu’en 1820 ; son fils Jean put ainsi s’adonner aux hautes études sans sacrifier la vie de famille. Ce n’est pas toujours un avantage, du moins quand les parents ont l’esprit étroit et intolérant; mais malgré le contraste des âges et des caractères, il y avait entre Corneille et Jean plus d’un point de ressemblance, l'un et l’autre goûtant l’érudition, l’un et l’autre ayant foi dans l’avenir (*). Tout concourait, ce semble, à hâter la maturité du jeune homme : l’influence de son père, les leçons et les entretiens de l’illustre platonicien Van iieusde, le cours éminemment pratique du professeur De Bhoer, qui saisissait toutes les occasions d’entretenir la jeunesse des choses les plus modernes ; enfin les préoccupations politiques, qui donnaient
nales (Irad. en français, par le baron Van Ertborn. Anvers, 1S21, in-8°).
(M Stccher, op. cit. — M. f,. Mees, Levensberigt van Mr. Jan Ackersdyck. Leiden 1862, in-8#, p. 4.
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à la ville d’Ulrecht une animation inaccoutumée, depuis que le roi Louis, frère de Napoléon, y avait fixé sa résidence. H fut tout d’un coup question de supprimer les anciennes Universités :
Jean Ackersdyck, qui n’avait pas vingt ans, s’empressa d’achever ses études, et présenta une thèse doctorale sur un point d’économie politique. Il débuta sans retard au barreau, et comme il possédait bien la langue française, il se fit une spécialité des affaires qui ressortissaient au Tribunal des douanes impériales ('). Telle était, au bout d’une courte pratique, l’importance du jeune avocat, que l’autorité française, pour ne pas se priver de ses lumières, l’exempta du service de la garde d’honneur (*).
La révolution de 1815 lui porta un coup sensible, et l’année suivante une grave maladie l’éloigna tout à fait du palais. A peine rétabli, l’élan patriotique de 1815 l’enlraina. Il prit du service dans les chasseurs à cheval, suivit jusqu’à Paris l’armée victorieuse, et une fois là, n’eut de repos qu'après avoir obtenu son congé ; il avait à cœur de profiter, pour compléter ses éludes, de son séjour dans la grande ville. Nommé en 18 1 « juge suppléant au tribunal de première instance d'Ulreeht, il consacra ses loisirs à la rédaction du catalogue de la bibliothèque académique. De 1817 à 1825, il exerça tout à la fois les fonctions de substitut près le même tribunal, et celles de secrétaire du Collège des curateurs de l’Université. 11 se fit dans ce dernier établissement une réputation de sévérité inflexible ; on s’accorde cependant à reconnaître que ses rigueurs ne furent jamais traeassières. « Le sens » de la légalité, assez rare en ce temps » là, dit M. Mees, était l’àme de sa vie ; » on s’étonnait , parfois même on se » plaignait de voir un membre du par- » quel aller jusqu'à mettre en doute la » valeurd’uneordonnanceirrégulière. »
Il arrive assez souvent que les hommes
( ' ) Institué pour connaître des violations du blocus continental.
(*) Stccher, op. cil.
(*) Ibid. — On trouvera des détails plus
de cette trempe demeurent indifférents aux choses extérieures et ne sont heureux que dans le silence de leur cabinet, constamment occupés de doctes controverses. Tel n’était point Ackersdyck:
possédé d’une curiosité insatiable, il s’inquiétait de tout et observait d’aussi près qu’il pouvait la mobilité humaine.
Il avait la passion des voyages, et il aimait les livres qui traitent des civilisations les plus lointaines. Son respect pour les moindres préférences d’un vieux père l’empêcha, jusqu’en f sis, de parcourir les pays étrangers ; mais à partir de cette époque jusqu’en 1801, il se donna libre carrière et employa toutes ses vacances à se rendre compte par lui-même de la véritable situation de l’Europe. « De l'Irlande jusqu’à » Kasau , de la Laponie jusqu'à Pa- » terme et Gibraltar, il voulut tout » étudier dans sa vivante réalité. Avec n cette ténacité propre à la race germa- » nique, il ne s’arrêtait devant aucun » ennui ; avec cette hauteur devues que n donnent les lettres associées à la » philosophie, il s’intéressait à toutes » les manifestations de la vie du peuple. » Chaque soir, quelle que fût la fatigue » du touriste, il notait scrupuleusement » tout ce qu’il avait pu observer dans » la politique, dans la religion, dans » l’économie , dans l’administration , » dans l’industrie, dans la littérature, » et jusque dans les plaisirs et les pré- » jugés les plus grotesques » (*). On peut regretter qu’il n’ait livré au public que le récit d’une partie de ses pérégrinations : les Fragments d'un voyage en Hollande, entrepris dans le courant de l’année 1826 avec son ami Victor Bronn, professeur d’agronomie à Liège (v. ce nom); le Voyage en Russie (1855) ; deux notices sur la Hongrie, et sur la Silésie et les Sudètes, sont des morceaux instructifs et pleins de remarques souvent profondes sur les institutions sociales. Statistique des écoles, questions agricoles, questions financières,
explicites sur le fruit qu'Ackersdyck retira de ses nombreux voyages, dans la notice de M. 0. Van Rees ( Almanach des étudiants d’Ulrtcht, 1862, in-12*).
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pondération des pouvoirs, libertés publiques, il passe tout en revue, et de tout il retire quelque enseignement utile, ce qui ne l’empêche pas de s’élever jusqu’aux hauteurs de l'idéal et de se recueillir quelquefois dans une pieuse pensée, témoin ce paragraphe de son voyage en Silésie : « C’est sur » les montagnes qu’on se pénétré sin- » gulièrementdela petitesse de l’homme » et de la grandeur éternelle de Celui » qui a tout créé. C’est là, je crois, ce » qui produit celte jouissance ineffable » que procurent les magnifiques ta- » Idéaux de la nature. Quand on a » voulu prouver par ce spectacle la » sagesse de Dieu et l’immortalité de » l’âme, on n’a peut-être pas fait valoir » assez ce langage direct par lequel la » nature s'adresse à notre cœur en y » suscitant une conviction irrésistible. »
L’Université de Liège ayant eu le malheur de perdre, en 1825, l’un de ses meilleurs professeurs, Jean-George Wagemann (v. ce nom), le gouvernement fit des démarches pour y attirer le célèbre économiste Jean-Baptiste Say. Les négociations n’ayant pu aboutir, on nomma Ackersdvck, et les cours d’histoire politique et d’économie politique furent du même coup transportés de la Faculté, des lettres dans celle de droit. Le professeur devait ainsi trouver un auditoire mieux préparé, plus disposé à s’intéresser à des questions spéciales, à des détails pratiques dont la jeunesse avait surtout besoin, la science économique étant encore trop nouvelle à celte époque pour lui offrir des théories générales suffisamment positives. Ackersdvck 11e fut pas indigne île son prédécesseur. 11 débuta le 51 décembre 1825 par un discours inaugural Sur l'utilité des voyages jmur les études historiques et politiques. « En » termes éloquents, il montra ce que » gagnent à quitter de temps en temps » l’air natal les artistes, les poètes.
» les naturalistes et surtout ceux qui » par l'histoire, la statistique et l’éco- » nomiesociale. cherchent la raison des » choses humaines. Mais sa modestie
f) 11 y eut pour collègues MM. Ch. de Krouckere, Doncker-f.urlius, Dot vnge, de
» l’empêcha d’invoquer ici l’autorité de » son expérience personnelle et périt sistante pour achever de prouver que » le voyage n’est fécond que quand il » est nourri et préparé par de métho- » diques études. » Ackersdyck fut d'autant plus vivement applaudi, qu'il sortait des banalités traditionnelles.
Son cours fut la meilleure démonstration de la thèse qu’il avait soutenue le 31 décembre. Chaque année, il remontait dans sa chaire avec une nouvelle provision d'idées et d’observations recueillies dans les pays qu’il venait de visiter. Il ne dictait pas, mais se contentait de quelques notes échelonnées ; il tenait, disait-il, à se mettre dans la nécessité de préparer chaque leçon. Il visait à la brièveté ; son langage était sobre et parfaitement clair, et cette force contenue assurait précisément son succès. Le libéralisme de ses opinions répondait aux instincts de la jeunesse, très-préoccupée alors de questions politiques (v. Wagemann) ; on a dit avec, raison que ses élèves devenaient véritablement ses disciples.
Il exerça plus tard, par ses écrits, une grande influence en Hollande; mais les étudiants d’Utrechl furent plus lents à l’apprécier. Il se plaisait à répéter, dans sa vieillesse, qu’il ne s’était jamais senti aussi heureux qu’à Liège. 11 y avait vécu, d'ailleurs, dans une grande intimité avec ses collègues; ce fut en outre dans celte atmosphère calme et sérieuse qu'il apprit à connaître Maria-Anna Wallerthum, la femme qui devait achever de charmer sa vie et le consoler aux dernières heures.
Le gouvernement, qui faisait grand cas d'Ackersdyck, le choisit, en 1828, pour représenter l’Université de Liège au sein de la Commission consultative chargée de l’examen de toutes les questions relatives à renseignement supérieur 1; ' ) . Cette enquête scientifique ne préoccupa que médiocrement le public; la réforme des Universités paraissait moins urgente , aux yeux de l’opposition, que la proclamation de la liberté de l’enseignement. La révolu-
Kcverberg, 0. Leclercq, Queletel, etc. (v. ci-dessus, p. 66).
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tion trouva Ackersdyck fidèle à la maison d’Orange; il partit pour Aix-la- Chapelle, puis, après un court séjour en Hollande, alla paisiblement attendre en Allemagne l’issue des événements.
Il profita de son séjour à Berlin pour assister aux savantes leçons de Hegel, de Gans, de Michelet, de Savigny, de Von Raumer et du professeur de statistique Hoffmann. Attaché provisoirement à l’Université d’Utrecht vers la fin de 4831, il ne put y obtenir, jusqu’en 1841, aucun cours à examen (Examen-collegie) ou à certificat ( Tes timonium-callegie). Pendant dix ans, il traita devant un auditoire d’amateurs quelques questions spéciales choisies dans le domaine de ses études de prédilection. Enfin il fut appelé à remplacer Van Heusdc dans la chaire d’histoire moderne, et en 1849, il devint titulaire du cours d'économie politique, après la mort de J.-R. de Brueys. Il ne quitta l’Université qu’en 1800, avec le titre de professeur émérite.
L’enseignement d'Ackersdyck se distinguait par une heureuse combinaison de la science pure et de ses applications. Selon l’usage du temps, il divisait l’économie politique en quatre parties, traitant respectivement de la formation, de la circulation, de la distribution et de la consommation des richesses. Il faisait précéder son cours d’une introduction historique étendue, qui lui prenait plus d’un tiers de l’année. Alors il discutait l'intervention de l'Etat dans l’industrie, la liberté du travail, les lois sur la propriété foncière, l'influence du mouvement international des capitaux sur la prospérité du pays ; incidemment il abordait la question monétaire et l’organisation des banques.enfin son attention se fixait sur le problème du paupérisme. La science des finances n'entrait pas dans son plan; tout ce qui concerne la dette publique et le système des impôts rentrait dans son cours de statistique.
Ici encore il débutait par une introduction, mais plutôt encyclopédique
(‘) M. Van dcrCapellen lui transmit, diton, le message à contre-cœur et atténua autant qu'il put l'humiliation qu'il devait in-
qu’historique. Lepnyaet 1 t peuple, tels étaient les deux objets de son corps de doctrine. Après avoir déterminé tous les éléments qui doivent être pris en considération dans la description d’une contrée, configuration géographique, situation, climat, fertilité du sol, ressources, moyen de défense, il passait à la population, tenait compte des races, des caractères et des mœurs, et traçait le tableau d’une statistique générale des citoyens, notant chemin faisant une infinité de faits intéressants, comparant entre elles les diverses nations civilisées, et laissant entrevoir qu’il était partisan des idées de Malthus. Il spécialisait ensuite son sujet en s’attachant directement à la statistique de la Néerlande. Ici le temps lui faisait défaut ; il lui manquait quelques leçons supplémentaires qu’il eût consacrées aux colonies, sujet de ses vives préoccupations, comme on le verra plus loin. Mais sa collaboration active à différents recueils d’économie politique était le complément naturel de ses leçons. Il est peu de sujets de controverse qu’il n’ait au moins, touchés sur ceteriain. Il fut l’adversaire déclaré du protectionnisme, des droits différentiels, du principe de consignation maritime, des fonds secrets et des finances arbitraires. Monts-de-Piété, colonies de bienfaisance, lois des céréales, abus du crédit, papier-monnaie, affaires de Java, rien ne resta étranger à sa critique magistrale et courageuse. Il regardait comme un devoir de faire de la propagande et de combattre à outrance tous les préjugés économiques. Il défendait le principe delà publicité, et il prêchait d’exemple; il voulait la liberté la plus large, et il en usait lui-même en se lançant hardiment dans la mêlée politique. Ses Réflexions sur la loi des céréales { 1835) firent sensation et irritèrent le gouvernement, qui le fit admonester par le baron Van der Capellen, président des Curateurs de l'Université d’Utrecht (' ). Le tarif de 1845 servit de réparation
fiiger au zèle d’un professeur patriote (W. e. Mees el Stecher).
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au penseur libre-échangiste, dont le crédit s’accrut dès lors de jour en jour.
Il lutta jusqu'à la fin : nous le voyons encore reprendre la plume en 1857 pour combattre un projet rétrograde sur la surveillance des métiers. En 1860, dans la réunion de la Société d‘ Economie politique de Paris, il protesta éloquemment contre les vices du monopole colonial ( ’ ). Le gouvernement hollandais doit travailler luimême , s’écria-t-il , à l’émancipation intellectuelle et politique des Javanais.
« C'est à l’indépendance individuelle,
» et non pas à un servage abrutissant.
» que doit tendre le système de notre » gouvernement... La transition doit » avoir lieu par la libre disposition » pour l’indigène de ses forces et de » son travail. Plus on avancera dans » cette voie, plus on obtiendra d’a- » vantages de la possession de Java.
» Les vices inhérents au monopole » commercial se font aussi de plus » en plus sentir. Le commerce colos- » sal des produits d'une île cent fois » plus grande que la Hollande, se fait » d une manière dispendieuse; les pro- » fils sont achetés si cher, que la li- » berté sans désordre augmenterait » immensément les profits pour la n nation. »
La loyaulé d'Ackersdyek était à la hauteur de sa généreuse audace. Le ministre Van Hall, en pleine séance de la seconde Chambre des Etats-Généraux, l'avait traité de pamphlétaire ; ayant eu l’occasion d’apprécier publiquement les actes de cet homme d'Etat, Ackersdyck en Ht l’éloge sans aucune arrière pensée. Quand il croyait avoir la main pleine de vérités, il s’empressait de l’ouvrir, quelles que (lussent être pour lui les conséquences de sa franchise ; en revanche, il se défiait des engouements éphémères, ne s’inféodait à personne et n’en voulait systématiquement à personne. L’élévation de son carac-
tère, non moins que son savoir et son jugement sûr, donnait à ses avis de la consistance et du poids ; on savait qu’il ne se prononçait qu'à bon escient, et qu’il ne transigeait jamais avec sa conscience. Il avait horreur des tartuffes de mœurs , qu'il croyait assez nombreux en Hollande ; il délestait la dévotion intéressée, et s’élevait volontiers contre le formalisme de certaines sectes protestantes. On en a voulu conclure que ses convictions libérales ne reposaient sur aucune base religieuse. C’est une erreur et une injustice ; il ne croyait au progrès que sous la garde d’une Providence. Quelques semaines avant sa mort, il écrivait dans son journal intime : « Me voici libre de tout devoir » officiel ; mais je sens que ma fin » approche : j’ai soixante-dix ans.
» Ayant toujours pris mes devoirs au » sérieux, j’ai préparé ce départ. Je » regarde en arrière avec mélancolie, » mais en paix avec moi-même : la vie » m'a servi à faire quelque bien. Le » crépuscule ne m’inquiète pas : il ne » ne saurait être long. Et j’en ai la con- » viclion ; un jour plus lumineux se » lèvera aussitôt après la nuit... »
Ackersdyck ne se reposait d’une acti vité que par une autre. 11 ne quittait sa chaire ou son cabinet que pour aller prendre la parole dans les Congrès scientifiques, siéger dans des Commissions administratives ou travailler à son jardin. En juin i SGI , à peine remis des fatigues d’une longue discussion au Congrès agricole de Dordrecht, il projeta un nouveau voyage : on eut beaucoup de peine à l’en dissuader ; la veille de sa mort il travaillait encore. Il remplit toutes sortes de mandats, et partout il sut se rendre utile. Il siégea au Conseil communal d'Utrecht et aux Etats provinciaux ; il présida en 1859 la Commission royale de statistique ; il fut membre de l’Académie royale des sciences, et l’un des directeurs de la
{*) Il avait osé écrire à ce propos, dans lo Journal des Economistes (t. XXXVIII) : « Retirer du pays le plus gros produit pos- » siblc, sans trop s'embarrasser du sort » des populations conquises ; pousser le » principe de l'exploitation de l'homme jus-
» qu'à ses limites extrêmes, et ne s'arrêter
* que devant la crainte de compromettre » les intérêts matériels, après lesquels on » court : telle est la pensée profondément
* empreinte dans les actes du gouverne- » ment do Java. »
Société provinciale des arts et des sciences d'Utrecht; il présida la 3® section du Congrès agricole, etc , etc.
À Liège, il fonda, avec le concours de Destriveaux, d'Ernst, de Warnkœnig (v. ces noms), etc., la Bibliothèque du jurisconsulte cl du publiciste ; à L'trecht, avec ses amis MM. P. Brocrs, AV. J.
Van lloylema, le d* A. S. Rueb , llora Giccama et G. AV. Vreede (son collègue), une revue intitulée : Rijdragen tôt de hennis van Nedcrlandsche en vreemde koloniên , bijzonder betrekkelijk de vrijlating der Slavcn. Il écrivit dans les périodiques étrangers corn me dans ceux de son pays, non pour le plaisir d’écrire, mais toujours pour hâter l’avénement des réformes qu’il avait en vue. Il a puissamment aidé au progrès des idées économiques en Hollande ; le concert de louanges qui a retenti sur sa tombe n’est qu’un légitime hommage rendu â son activité féconde cl à son patriotisme éclairé.
Bibliographie (d’après MM. O Van Rees, t:. Capitaine, etc.)
f. Ouvrages publias séparément
1° Bedenkingen tegen de Korenwetten.
Utrecht, Van der Monde. 1 835.
2” tels over hel ontwerp eener zoogennamde Giro • of llandelsbank , bij gelcgenbeid der reccntiën van bel werk van den heer AV C Mees : Procve eener geschiedenis van het bankwesen inNederland. Rotterdam, Messchert, 1839.
3° Verhaal eener reize in Rusland, gedaan in het jaar 1835. Groningen, AV. Van Roekeren. 1810, 2 vol.
•i° Nederlands Financiên . Nationale Schuld. Amsterdam. J Aluller, 43.
5° Sederlands Financiên Nationale schuld. Vervolg. Utrecht , Van der Monde, 1813.
G° N’ederlands muntwezen. Invisseling der onde munten voor papier.
Utrecht, C. Van der Post, 1815
7® Over belastingen en bezuiniging.
Utrecht, J. G Rroese. 1819.
8° Over het collegie van Reden en Generaalmeesters van de Muni. Ibid.,
9° Mouvement des idées économiques; progrès des réformes, état de la question coloniale en Hollande. Utrecht, T. de Bruyn, 1861.
Publié d'abord à Paris, dans le Jounint des Economistes , t. XXXVIII , p. ”,01-
U Collaboration a des publications périodiques
a. Annales Academiœ Leodiensis (vol .9, 1825-1826)
10° Oratio de ulilitatc quam studia imprimis historica et politica ;) peregrinationibus capiunt.
n. Bibliothèque du jurisconsulte et du publiciste.
11° Notice sur l’enseignement du droit dans les Universités d Italie (article signé AV A.. écrit en collaboration avec le professeur ANarnkœnig.)
c. Vriend des vaderlands.
12° Stukkcn uit eene reize door het koningrijk (1828, 1829, 1830; trois articles).
13° Bijdrage tôt de kennis der Mac- Adamsche wegen (1828).
M® Aankondiging van Jaarboekje uilgeqevcn op lasl van '/.. M. de Koning (1828).
n. Konst-en Letterbode.
15® Ijzeren spoorwegen in Frankrijk (1831).
16° Johan Martin llonigberger, onverschrokkcn reiziger (1836).
17® Ijzeren spoorwegen in Rusland (Ibid.).
18° Over het werken van kinderen in de fabrijken (1839).
19® Adam van Duren, Nederlnndsch bouwermeesler (1810).
e. Tydschrifl voor geschiedenis , oudlteden en stalistiek van l'trecht.
20° Spaarbank (1835).
F. De Guis. Bockbcoordtilingcn.
21 De 1837 îi 1815, onze articles critiques sur des traités d’économie politique, des récits de voyages, des institutions diverses (l’école agricole de Hobenbeim, etc., etc).
ANS
c. Bÿdragen tôt de Staathuishoudkuiule en de statisliek.
22° Over liet stelsel van opiage onder openbaar tocvoorzigt (1837).
h. De Tijdgenoot.
25° De 1812 à 1813, seize articles, savoir : De Staatscourani. — Koninglijk Besluit omirent bel ontslaan van een lid der Tweede Kamer van de Staten Generaal. — Bestuur der financien. Bijzondere fondsen. — Port-Natal. — Banken van leening (1842). — De koloniën van weldadigheid. — Gemengde huwelijken. — Hendelsvrijlieid. — Geheimhouding, tialve publicitcit. — Korte aanmerking. — Lee- 'dng à pari tegen lage rente (1845). — Financiëel voorstel van den heer van den Boscb. — Waarborg van gouden werken. — Muntwezen in de Nederlandscbe Oostindisclie bezittingen ( 1 844). — Muntwezen, etc. (suite). — Overbevolking (1845).
C est peut-être par ces articles qu'on peut le mieux se faire une idée des opinions d'Ackersdyck.
t. Bÿdragen lot de hennis der Neder-
landsclie en vreemde koloniën.
24° Berigten aangaande de Ncderlandschc koloniën (1844).
25° Articles de critique (1844 et 1845).
j. Algemcen letlcrlicvend maandschrift .
20° Ilongarije (18 if)).
27» Silezië en de Sudeten (1850).
28° Appréciation de l’ouvrage de M.
van Ileel sur les banques de prêt en Hollande (1851).
29° II. de l’ouvrage du baron Sloct :
Myn verblyf te Kissingen (1857).
k. Si eu w e Bÿdragen bevordering van
hct onderwijs en de opvoeding.
30° Critique des traités d'économie politique de Droz, de Mroe Marcel et de J.-B. Say.
l. Tijdschrifl roor staalhuishoudkunde
en statisliek.
51° Hcdevoering over Adam Smith (I. Il, 1843).
52° Een paar stalen van pseudostaathuishoudkunde (t. X, 1854).
53<> lels over de aanwending der slerfle tafels voor de kennis Van den levensduur (Ib.).
54» Berigten uit de Hollandsche kolonie Pella in Noord-America (t. XI, 1855).
55° Banken van leening (t. XIII .
M.Staatkundig en staathuishoudkundig Jaarbockje.
3(5» De statisliek (1854).
37° Trois comptes rendus : 1° de l’ouvrage de Hartiug sur File d'Urk; 2° de l’almanach officiel de la province de Gueldre (1854); 3° de l’Almanach pour les possessions hollandaises des Indes occidentales et de la côte de Guinée (1859).
Il existe sur Ackersdyck un assez grand nombre de notices biographiques. Les principales sont : celle de M. J. Garnier, dans le Journal des Economistes de Paris, août 1851. — L'article détaillé de M. O. van Bees (fils de l’honorable professeur émérite B. van Bees (v. ce nom), sur les services rendus par Ackersdyck k la science (Almanach des Etudiants d'Utrecht, 18U2). — Une étude biographique par M. W.-C. Mees (Haudelingen van de Maatschapÿ der Neder landsche letterkunde te Leiden , 1802).
— Une notice nécrologique dans l’ Annuaire de l' Académie royale des sciences (La Haye, 1862;. — L’article de M.
Slecher et celui de M. ül. Capitaine, cités plus haut. — V. encore la Revue hollandaise d'économie politique (citée ci-dessus, litt. Lt,t. XXI, et V Almanach populaire d'Utrecht , année 1862.
Annioux ( Nicolas - Gabriel - Antoine-Joseph) , né ù Ciney le 0 juin 1780, mourut à Liège le 26 décembre
Il fit ses premières études dans celte dernière ville, à l’école de la collégiale de Saint-Pierre, et montra de bonne heure les plus heureuses dispo-
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siiions('). Envoyé ensuite au collège municipal (*), il y eut pour condisciples Comhaire et Déstriveaux, et là se forma ce triumvirat d’amitié qui dura quarante ans et que la mort a seule pu détruire t*). Survinrent des temps d’épreuves : Ansiaux, père, médecin du prince de Liège, crut devoir émigrer avec son souverain en 1791, à l'approche des armées françaises (*) ; le jeune humaniste dut le suivre en Allemagne, avant d’avoir achevé ses classes. Nos exilés vécurent tour à tour ü Dusseldorf, à Paderborn et à Munster ; Nicolas-Gabriel eut ainsi l’occasion de se familiariser avec h langue allemande. De retour à Liège en 1795, il aborda immédiatement l'élude de l'anatomie, sous la direction d’un médecin français , qui enseignait cette science à l'hôpital établi dans les locaux de l'ancienne abbaye du Val-des- Ecoliers.il suivit en mênie temps la pratique médicale de son père, et la pratique
(•) Il est permis de rappeler en passant qu’on remarqua dûs lors chez lui une grande aptitude pour la musique; il cultiva toute sa vie cet art aimable, et y lit preuve d’un talent réel. Doué d une très-belle voix, il ne négligea point ce don inné. Mus tard, à Paris, il reçut drs leçons de violoncelle d’Adrien, premier violoncelle de lOpéra. A partir de 1809, il s’occupa longtemps, avec une intelligence musicale peu ordinaire, de l’organisation des concerts de la Socidld d’Emulalion. Les jeunes artistes de mdrite étaient tiers de trouver en lui un zdlé protecteur ; c’est ainsi qu'il fut un des premiers à encourager Massarl, et que le violoniste brume, dont la réputation devint européenne, fut pour ainsi dire lancé par lui dans la carrière.
(* ) Fondé par le prince-évêque Vclbruck pour remplacer rétablissement des Jésuites, après la suppression de ce corps. Le grand college occupait les bâtiments oii l'Université fut installée en 1817.
(s) Notice sur N. G. A. J. Ansiaux, par le docteur Hahcts. Liège, 1812, in-8u, p. 5. Nous avons mis largement à profil cette intéressante biographie.
*) N’icolas-Antoinc-Joscph Ansiaux avait vu le jour à Giney en 1765; il mourut à Liège en avril 1823. Apres avoir fait d'excellentes éludes à l’Université de Louvain, il y fut appelé aux fondions de répétiteur ; mais il y renonça bientôt pour aller pratiquer son
chirurgicale et obstétricale de Ramottx t* ; enfin , sur le conseil de ses maîtres, il prit le titre de chirurgien : l'exercice de la profession était libre alors. Il avait <8 ans, le gotlt du travail et la conscience de l'insuffisance de ses premières études (*). Avant tout, il voulut se rendre maître des langucsancienncs:
le digne Charmant (’) fut son maitreet bientôt son ami pour la vie. Quand il se crut bien préparé, il partit pour Paris, d'où il ne revint qu’en 1801.
Non seulement il y suivit les cours de l’Ecole de médecine , où Fourcroy avait pris soin de réunir tant d'hommes célèbres; mais il s’y lit remarquer par divers travaux scienlitiques. La loi du 11) ventôse an XI (1805) ayant rétabli les grades académiques, il résolut de se mettre en règle, se rendit de nouveau à Paris, y subit de la manière la plus distinguée les épreuves du doctorat en chirurgie, et eut la satisfaction de voir sa thèse remarquée
nrt dans sa ville natale. Sa réputation lui valut le litre de médecin du prince < 1 784) ; il s’établit alors à Liège, où il ne tarda pas à passer pour une des illustrations médicales du pays. Ou lui doit un mémoire Sur l'influence îles doctrines médicales dans la pratique [ Esprit des journaux, t. X et XI), et une traduction en vers français des Aphorismes d'Ilipimcrate (Ibid , 1791). 11 fut longtemps médecin en chef des hospices civils de Liège et président du premier Comité de vaccine qui y fut institué; il présida la Société libre des sciences physiques et médicales de Liège et fit partie de plusieurs autres compagnies savantes (Hnbels, p. \ ; Dcwalqiie, lliograp’ie nationale, tom. I, col. 339).
(*) L’un des fondateurs de la Société maternelle de Liège, prédécesseur de Simon (v. ce nom) à l'hospice de la Maternité.
(*) il avait été frappé, à l'hôpital de Iîavière, de l'ignorance et de l'inexpérience des chirurgiens de Liège Pendant quatre jours consécutifs, tous les chirurgiens do la ville, réunis autour d'un blessé, avaient reconnu que l'amputation de la cuisse était indispensable, et cependant ils ne s’étaient décidés à la pratiquer que le quatrième jour. Ils ne purent l'achever ; ils laissèrent le malade périr d'hémorrhagie. En présence de ce fait, la résolution d'Ansiuux fut bientôt prise.
( ’ ) Plus tard principal du collège de Liège.
des savants et obtenir bientôt les honneurs d’une seconde édition. En revanche, sa supériorité lui attira des tracasseries lorsqu'il fut définitivement rentré dans sa ville natale. A cette époque , dans beaucoup de pays de l’Europe, les chirurgiens étaient encore assimilés aux barbiers. En Belgique, où la science anatomique avait jeté un si vif éclat au XVIe siècle , l'art chirurgical était néanmoins resté ou retombé dans l’enfance, par l’effet des troubles politiques : quelques praticiens tlamands, Thomas Fyens, Henri de Heers , Jean Palfyn avaient légué leurs noms à l’histoire ; mais aucun astre nouveau ne se montrait à l’horizon. A l’Université de Louvain, la plupart des professeurs étaient ecclésiastiques et, à ce litre, obligés de se soumettre aux prescriptions du Concile de Trente; â Liège, point d’enseignement régulier de la chirurgie; enfin, il était interdit aux médecins de manier le scalpel. Dans les derniers temps, il est vrai, on avait vu quelques Liégeois se rendre à Montpellier et en revenir relativement instruits et habiles; mais la plupart des opérateurs s 'étaient contentés de suivre pendant six ans la pratique d’un maître, et de subir ensuite des examens devant le collège des médecins, chirurgiens et apothicaires de Liège, examens qui se bornaient à l'anatomie et à la clinique des humeurs, plaies, fractures et luxations.
Aussi se bornaient-ils à panser des vésicatoires, des brûlures et d’autres lésions légères : les plus graves étaient abandonnées à elles-mêmes. Ils pratiquaient la saignée, le cautère, le séton ; ils ouvraient des abcès, mais rien de plus. Les examens avaient fini par devenir illusoires; la loi même s’était faite complice d’un népotisme scandaleux. Le désordre et l’anarchie qui signalèrent les premières années de notre réunion à la France; l'absence absolue de contrôle, k la suite du décret de l’Assemblée législative il 8 août 1792) qui avait supprimé les Universités, les Facultés et les corporations savantes;
(•) Habets, p. 10. — Ef. Hroeckx, Essai iur l' histoire de la médecine belge.
les émigrations même, tout concourut à rendre plus profonde la décadence de l’art { * î. Ansiaux eut à soutenir des luttes sérieuses contre ses confrères, qui le trouvaient bien osé d’assumer la responsabilité d’opérations importantes et tout-à-fait étrangères à leur pratique habituelle. Loin de se laisser intimider, il compta sur son talent pour les réduire eux-mêmes au silence.
Il reçut chez lui un enfant pauvre, de Verviers, âgé de trois ans et atteint d'un calcul vésical ; il l'opéra, réussit entièrement, et dès lors les objections tombèrent. Ce n'était pas assez; il s'agissait de travailler d’une manière efficace et durable îi la réhabilitation de l’art. Ansiaux s’entendit donc avec son ancien condisciple Comhairefv. ce nom) pour fonder à Liège une école de chirurgie. Ce projet, conçu dès 1 804 , reçut son exécution deux ans après; les magistrats municipaux finirent par se rendre aux raisons d'Ansiaux, lui accordèrent, pour lui cl pour Comhnire, la jouissance d’un local (*), et autorisèrent les deux professeurs à enseigner publiquement et gratuitement l’anatomie et la physiologie. Presque en même temps.Ansiaux reçut de la Commission des hospices le titre de chirurgien en chef de l’hôpital de Bavière. C’était pour lui une double bonne fortune. Il s'occupa sans retard d’améliorer le service intérieur. « Avant son arrivée, les blessés et les malades internes étaient réunis dans les deux salles qui depuis n’ont plus servi qu’à la médecine. Les deux salles de chirurgie étaient occupées par les incurables, ramassis de paresseux et de vauriens, qui venaient se faire loger et héberger â l'hôpital. Ansiaux, ayant exposé ces abus au préfet Micoud, homme d'une grande intelligence et excellent administrateur, vit bientôt ses plans adoptés. Les deux services furent séparés, et les médecins firent des visites journalières au lieu d’alterner avec les chirurgiens. Il y eut à l'hôpital un chef interne, afin que les malades ne fussent jamais sans se-
(*) La ci-devanl chapelle do Saint-Cldn ent, place SLPierre.
ANS
cours ei que les blessés reçussent en tout temps les soins les plus urgents, en attendant la visite des chefs de service. Le régime des malades fut aussi plus rigoureusement prescrit, et le oahier de visite, pour la prescription des médicaments et des aliments, est une amélioration trop grande pour être passée sous silence » t 1 ). Ansiaux ouvrit en outre à l'hôpital un cours de clinique chirurgicale, complément indispensable de l’enseignement théorique donné à l’Ecole de Saint-Clément.Là, ses efforts et ceux deComhaire furent bientôt généralement appréciés.
L’Ecole prospéra au-delà de toute attente. La municipalité, pour la protéger ostensiblement, accorda des prix aux élèves les plus distingués. La valeur de ces récompenses éta t rehaussée par l'appareil brillant qui en accompagnait la distribution : celle solennité coïncidait avec l’Assemblée générale (alors annuelle) de la Société d'Emulaiion; les vainqueurs étaient complimentés en présence de toutes les autorités départementales et de l’élite de la population liégeoise. L'Ecole de chirurgie de Liège fournil au pays un grand nombre de praticiens capables, et des chirurgiens militaires à l’armée française et à l’armée prussienne. Notons que deux années d'études à Liège équivalaient à une année d’études dans les Facultés de l’Empire
On doit considérer l’Ecole de Saint- Clément comme le véritable berceau de la Faculté de médecine de l’Université de Liège, dont D. Sauveur, Ansiaux et Comhairc furent les premiers, et en 1817 les seuls professeurs. Ansiaux eut mission d’y enseigner la pathologie chirurgicale, la clinique externe, et.
plus lard, la médecine légale (v. ciaprès). Tous ses anciens élèves, écrivait en 1813 le docteur Ilabels, se souviennent de lui avec gloire et reconnaissance. « Professeur aussi distingué
P) Habets, p. 12.
(*j Le souvenir du dévouement des deux Goflln est resté vivant à Litige. On sait que Mille voye composa un poème à cette occasion.
(*) De son mariage avec M11® Lafontaine P 801), Ansiaux eut deux fils : Nieolas-
qu’habile opérateur, il possédait l’art heureux de captiver complètement son auditoire. Clair, précis sans sécheresse, il disait tout ce qu'il fallait, en y adaptant toujours l’expression la plus heureuse. Ami de ses élèves, il les dirigeait par ses conseils et les soutenait par son influence. Avec eux, comme dans le commerce habituel de la vie, il agissait et parlait avec celte bonhomie insinuante, cette simplicité affectueuse, partage trop rare des esprits supérieurs. » Lors du terrible accident qui arriva en février 1812 à la houillère de Beaujonc (*), Ansiaux fut appelé pour porter secours aux malheureux ouvriers qu’on relirait du gouffre. Il se trouvait au quartier S1- Léonard, d’où il dut faire une course précipitée jusqu’à l’endroit où l’attendait une voilure. 11 arriva sur le lieu du sinistre encore en pleine transpiration, resta pendant toute la journée exposé à l’air, donnant ses soins aux malheureux blessés étendus dans une prairie, et renl ra chez luiaecablé d’un rhumatisme qui le fil souffrir pendant longues années, sansabattre son énergie ni ralentir son activité. Huit ans avant sa mort, il fut en outre atteint d’une affection de loie, qu’il jugea d’abord sans gravité. Il s’en ouvrit cependant à son fils aîné (’), lorsque celui-ci eut subi scs examens de docteur ; mais dès lors le mal était devenu incurable. La mort d'Ansiaux fut un deuil pour la ville entière : on portait en lui non seulement un savant et un professeur d’élite, mais un homme de cœur, un bienfaiteur de l’humanité, un ami éclairé des arts et des artistes; à tous égards, enfin, une gloire de la cité. Ses confrères et ses amis firent frapper une médaille en bronze à son effigie (').
Sur la proposition de Deslriveaux, le 25 janvier 1855, la Société d'Emulaiion décida, a l'unanimité, que le nom d’Ansiaux serait inscrit dans sa grande salle, à côté de ceux des hommes
Joseph- Victor, professeur de médecine à l’Université de Liège (v. sa notice), et Emile- Louis, avocat, écbevin et bourgmestre de l.iégc, aujourd'hui retiré de la vie publique.
Elle est duc au burin de M. L. Jehotte père, excellent graveur, le même qui publia aussi les portraits des Gofiin.
illustres du pays. Ansiaux u'avail consenti à interrompre ses cours qu’au mois d’octobre 1 83 i ; son fils aine et Yottcm furent ses suppléants. En 1 8âi- 182:2. il avait revêtu l'hermine rectorale. Fondateur (et secrétaire) de la Société libre des sciences physiques et médicales de Liège (*), il était en outre aflilié à un grand nombre de Sociétés savantes et possédait divers titres honorifiques. Un mémoire sur le traitement de la gonorrhée syphilitique par le copahu lui valut le titre d'associé correspondant de l’Athénéede mcdecipe de Paris, le 18 janvier 1815; depuis le 15 messidor an XI, il était déjà membre correspondant de la Société de médecine, chirurgie et pharmacie de Toulouse, et depuis le 28 mai 1808, de la Société des sciences physiques et naturelles de Paris ; le 51 décembre 1815, il reçut du ministre de l'intérieur une médaille en argent, pour le zèle qu’il avait mis à propager la vaccine en 181 1 ; le IG décembre 181 G, il fut nommé membre de la Société de minéralogie d’Iéna ; le G octobre 1818, membre honoraire des sciences physiques et chimiques de Groningue ; le î décembre 1819, l’Université de Würzbourg lui donna une marque particulière de déférence en lui décernant un diplôme d’honneur de docteur en médecine ; le 20 juin 1821, il reçut le titre de membre correspondant de la Société de médecine de Louvain ; le 17 décembre suivant, il entra en la même qualité dans la Société Linnéenne de Paris ; le 8 janvier 1828, dans la Société des sciences naturelles et médicales de Bruxelles, et le 29 octobre 1829, dans la Société de médecine de la même ville ; il fit également partie de la Société de médecine d’Amsterdam, de la Société d’Emulation de Liège. etc.— Il exerça, en celte dernière ville, les fonctions d’inspecteur de la salubrité publique ; il siégea dans la Commission médicale provinciale, etc. ; enfin, il contribua, par son influence, à l’établissement d’un Conser vatoire de musique à Liège, et, comme membre de la Commission de surveillance, à la prospérité de cet établissement.
(*) Celte Société tint sa première séance
BIULIOUHAI’IIIE.
1° Réflexions sur la rupture du plantaire grêle (Journal de médecine de Corvisart. t II, an IX).
L’auteur démontre que cette rupture n’existe pas et qu'elle n’est autre chose que le déchirement de quelques libres des jumeaux ou du soléaire, opinion généralement adoptée aujourd'hui. En 1827. Ansiaux réclama la priorité de celle découverte, que deux chirurgiens de Paris s'étaient attribuée.
2° Dissertation sur l'opération césarienne et la section de la symphyse des pubis (Thèses de Paris, an XII, n° 119).
Celle t/i-r.vc, ainsi que nous l'avons dit plus haut, a eu deux éditions. L'auteur y précise les indications des deux opérations et les cas ou la première seule est applicable. Le travail d'Ansiuux est cité dans la plupart des traités d’accouchements. Il le considérait lui-même « comme les premières pages de son journal de clinique. >
5° Mémoire sur l'inflammation du canal nasal, présenté, en 1801, à la Société de médecine, etc., de Toulouse.
En 1816, Ansiaux reprit ce sujet et proposa, pour la fistule lacrymale, un procédé opératoire qu’il avait déjà employé en 1800. • Celte méthode, dit le docteur Hahcls, dill’ère peu, quant au mode opératoire, de celle que Dupuylnn adopta plus tard ; la seule différence consistait en ce que ce chirurgien célébré, après avoir opéré, ne s'occupait plus du malade, tandis qu'Ansiaux, appréciant tous les avantages d'un traitement suivi, soignait les parties lésées, pour obtenir une cure radicale. La priorité de l'inven lion appartient donc à notre compatriote, aussi bien que les améliorations citées, bien que M. Blandin les ait données comme siennes dans un mémoire publié en 1828. Ce plagiat a été l’objet d’une réclamation de la part d'Ansiaux. dans la 2* édition de sa clinique. »
-i* Deux mémoires présentés à l’Athénée do médecine tic Paris sur l'emploi de la potion balsamiguc à fortes doses dans les premiers temps de la blennorhagie (Bibliothèque médicale , t. XXXIX, 1812).
Ou lit dans le rapport du docteur Fiseau : « Le médicament dont il s'agit n’est pas nouveau, et tous les praticiens en connaissent depuis longtemps les propriétés ; mais on n'avait pas osé jusqu'ici l'employer dans les
le 6 juillet 1807. (V. ci après, Bibl. , n« 12.
ANS
blcnnorhagics aigues, et dès le commencement, il a fallu qu'un heureux hasard ait fourni à M. Ansiaux l'occasion de s'assurer qu'on pourrait le faire sans inconvénient, et qu'il est aussi efficace au début qu'à la fin des gonorrhées. Celte nouvelle méthode de traitement nous parait préférable à celles qu'on emploie communément, etc. » Le rapporteur déclare ensuite avoir employé le copahu d'apres les indications d'Ansiaux et avec le même bonheur que lui. Le docteur Cullerier (oncle) en fit aussi l’éloge. V. le Traité de thérapeutique do Trousseau et Pidoux.
5° Nouvelle méthode pour traiter la syphilis au moyen du deutoxide de mercure en frictions (1818).
Ce traitement fut adopté pur les praticiens à partir de 1816, à la suite de comptes rendus des succès obtenus par Ansiaux.
0° Nouvelle méthode de traitement pour la tumeur de la fistule lacrymale (v. le il0 5)
Lorsque le fils aîné d'Ansiaux, Nicolas- Joseph-Victor (v. sa notice) eut obtenu, à Liège , le diplôme de docteur en médecine, etc., apres avoir soutenu une thèse Sur la fistule lacrymale, il se rendit à Paris pour y acquérir des connaissances plus vastes. Désirant obtenir une carte d'entrée pour l'Hûtet-Dieu, il présenta son diplôme k Pupuytren. Le célèbre professeur de Paris lui demanda à trois reprises son nom, son lieu de naissance indiqués dans le diplôme, et exigea sa dissertation, dont le titre était aussi transcrit dans ce document. Dupuytren était probablement curieux de savoir de quelle manière M. Ansiaux fils avait traité un sujet dont Ansiaux père s'était aussi occupé spécialement (Becdelièvre , Itiogr.
liégeoise, l. II, p. 884).
7° Clinique chirurgicale. Liège, 1810, in-8°. — Deuxième édition, 1829,in-8°, — il existe de cet ouvrage une traduction allemande.
Ouvrage remarquable, écrit avec une concision et une élégance rares ; l’auteur exprirao sa pensée avec la simplicité cl la précision qu'il mettait dans scs leçons. Partout il raconte avec une bonne foi parfaite ; partout on reconnaît le praticien consommé à ce coup d'œil sûr, à ce tact si rare qui constituent seuls le vrai chirurgien. — La pensée d'Ansiaux se trouve toute entière dans la phrase suivante : « Je me suis abstenu d'y joindre » aucune réflexion qui ne dérivât pas néces- » sairement du sujet , convaincu que le » temps renverse les hypothèses lus plus
» brillantes et qu'un seul fait suffit pour » détruire les combinaisons les plus subtiles » de l'imagination. Lcssyslèmcs s'écroulent;
» la nature reste constamment la même » fHabels, p. 17). — La clinique chirurgicale d’Ansiaux renferme , outre les mémoires cités plus haut, plusieurs rapports judiciaires très-bien faits. L'auteur fut aussi chargé, en diverses circonstances, de réviser les rapports adressés aux tribunaux par d'autres médecins.
8° De chirurgiœ studio ejusque dignitate et gravitalc{ Ann Acad. Leod. vol. I. in 4°).
Discours inaugural prononcé à l'Université de Liège, le 4 novembre 1817.
9° Systema chirurgiœ hodiernœ lïenrici Calliscn , editio gu in ta innumeris correctu mendis notisque aucta. Licge, 18:21, in-8°, l. L
Les occupations d'Ansiaux ne lui ont pas permis de publier le second volume de cet excellent ouvrage.
10° Question de médecine légale. Précis des mémoires du docteur Pfeffer, écrits pour la défense de deux individus accusés d’avoir commis un homicide volontaire par étranglement cl suspension ; suivi d'un plan de cours de médecine légale, par P. J. Dest riveaux et A'. Ansiaux.
Liège, Haleng, 1821, in-8°.
Au siècle dernier, dans le système pénal en vigueur à Liège, le suicide était puni par la loi. « La peine s'exercait sur le cadavre, » et frappait la mémoire. Si le suicide avait » eu lieu dans une habitation, le cadavre » était entraîné pur un trou fait sous la > porte; on le suspendait ensuite à une » fourche ; il restait privé de la sépulture » religieuse. L'aliénation mentale pouvait » servir d'excuse ; mais elle n'était jamais » présumée. » Vers le mois de mars 1766, il arriva que la femme do l’ouvrier Debor, rentrant au logis vers 11 heures du mutin, trouva son mari, quelle avait laissé au lit souffrant d'un rhumatisme, suspendu sans vie à une porte de la pièce oü il couchait. Ses clameurs attirèrent quelques voisins; l'idée d'un suicide frappa les esprits ; mais on résolut de jeter un voile sur la nature de cette mort, à laquelle, comme nous l'avons dit, était attachée l’infamie de l'opinion et de la loi. Le hasard amena le docteur Pfeffer sur le lieu où se passait cette scène de désolation : il examina le cadavre et acquit la conviction que Debor s’élail donné la mort. La femme était en présence d'une
ANS
terrible alternative : ou laisser entacher de déshonneur le nom du chef de la famille, cl par suite la famille (car les vieux préjugés régnaient dans toute leur force!, ou s'exposer elle-même, en cherchant à éloigner les indices de la vraie catastrophe, l’n instant elle eut la pensée d'invoquer l'état mental de son mari, qui avait eu, disaitelle, de mauvaises folies ; mais le docteur lui ayant fait observer qu'il ne pouvait témoigner en ce sens, elle se décida pour le dernier parti. Ses tergiversations, ses réticences la compromirent aux yeux des magistrats ; elle fut arrêtée avec son gendro, le 12 avril , et deux fois on lui fit subir les horreurs de la torture ! Le docteur Pfeffer fit d’inutiles efforts pour être entendu comme expert ou comme témoin : de guerre lasse, il résolut de s'adresser au chef de l'Etal, pour le prier d'ordonner aux juges de suspendre leur décision jusqu'à ce qu'il eut eu le temps de rédiger un mémoire justificatif ; il est à craindre, dit-il dans cette première lettre, qu'on ne voie retivre parmi nous l'histoire de Calas. Le mémoire fut bientôt achevé : il sollicita vainement l'autorisation de le communiquer au public : en ce tempslà, tout était secret dans la procédure. Le tribunal, d'autre part , ne parut pas convaincu : Pfeffer supplia le Prince de permettre que son mémoire fut soumis à l'examen des docteurs de quelques Universités. Bientôt il en rédigea un second : que les juges me fassent comparaître, y disait-il : je m'engage à lever tous leurs doutes ! Il en était à sa troisième supplique lorsque le gendre fut élargi, le 26 juin 1767. L'affaire entrait dans une phrase nouvelle : Pfeffer se sentit animé d’un nouveau courage. Il était sans fortune, il sacrifiait sou avenir; que lui importait? Sa conviction était inébranlable ; son témoignage, appuyé sur des raisons scientifiques péremptoires, devait infailliblement, s'il était écoulé, empêcher l'effusion du sang innocent. Il mit de la véhémence dans scs réclamations; mais pouvait-il rester calme? Il eut le tort de faire intervenir trop directement le Prince dans un débat qu'il appartenait aux juges seuls de
(') Il mourut chez Jacquelart quatre ans après, le 27 septembre 1772, à la suite d'une méprise qui lui fil administrer de l'arsenic au lieu d'un purgatif. Simon-Xavier Pfeffer, né à lluy le 8 février 1729, était licencié de l'Université de Louvain ; il se fixa à Liège, où il so dévoua particulièrement à la classe indigente, et ce fut ce qui le conduisit à prendre la défense de la femme Debor. Par une différence singulière de des tinées, celle-ci mourut octogénaire ; elle a
résoudre : mais qu’on veuille remarquer, encore une fois, que la procédure était secrète. 11 triompha enfin , après une lutte opiniâtre de vingt mois : la femme Mathieu Debor fut acquittée le 16 janvier 1768. Cependant l’éclat de cette cause et les intérêts qui s’y trouvèrent compromis rendirent le séjour de Liège pénible au généreux défenseur; il trouva un ^silc à Louvain chez le professeur Jacquelart, dont il n'avait pas en vain consulté les lumières i* ). — En publiant les détails de cette lamentable histoire, en saisissant surtout l'occasion d'y rattacher des observations du plus haut intérêt, nu point de vue de la procédure criminelle en général, et spécialement de l'utilité de la médecine légale, Ansiaux et Bcslriveaux s'acquirent de nouveaux titres à la reconnaissance publique. « C'est par une » foule de faits de même nature, écrivaicnt- » ils, que la jurisprudence et la médecine
• ont été conduites à réunir leurs lumières » pour éclairer la justice. » Leur publication contribua puissamment à fixer l'attention sur les erreurs dont les médecins peuvent préserver les juges ; ajoutons qu'ils crurent devoir y ajouter, comme appendice, le plan du cours de médecine légale dont ils étaient chargés à l'Université, en conformité dus art. 15 et 37 du réglement de 1816. Ce programme n’a plus qu'une valeur historique ; mais on doit savoir gré à ses auteurs de leur zcle à recommander un enseignement dont l’existence est à elle seule un bienfait, et de la modestie avec laquelle ils provoquèrent, en soumottant leurs idées au public, les critiques et les conseils des hommes compétents ( * ).
1 1° Oratio de medicinœ forettsis hisloritt ejusque dujnUate (Ann. Acad.
Léod. 182I-1S22 vol. V).
Discours prononcé à l'occasion de la remise du rectoral. — A la demande de plusieurs docteurs et de beaucoup d'élèves, Ansiaux relut cet essai historique, en français, à l'ouverture de son cours de médecine légale, en 1824. Il y fit, à cette occasion, des changements et des additions assez considérables
vécu à Liège «jusqu’en 1811, cslropido » des épaules cl des doigts par l'effet des » tortures, incapable d'aucun travail , et
• devant une grande partie de son existence » à la considération publique. >
i*j Elève de Mahon, Ansiaux avait pris goût, comme on voit, aux leçons de son maître. Il rassembla plus tard les éléments d'un traité complet do médecine légale; mais sa mauvaise santé ne lui permit pas de réaliser son projet.
(Discours sur la médecine légale. Litige, Haleng, 1824, in-8 .
12° Rapports et articles divers dans les A liliales de la Société des sciences physiques et médicales de Liège, et dans les Procès-verbaux do la Société d’Emulation dont la première de ces associations devint on comité.
lïuron ( Auguste- Alexis-Floréal) naquit à Paris le I mai 171U, fut naturalisé belge le 25 mai 1838 et mourut à Ans cl-Glain, lez-Liége, le 21 mars 1802 ('). Son père, receveur des contributions de l’un des arrondissements de la grandi* ville, lui lit donner une éducation solide. Les heureuses dispositions du jeune Auguste ne tardèrent pas à se révéler et furent habilement cultivées par ses mailres du Lycée Napoléon ; il se sentit dès lors irrésistiblement poussé vers ces grandes éludés de l'antiquité qui furent la passion de toute sa vie (*> Il quitta le Lycée pour l’Ecole normale à l'Age de seize ans ; en 1814, il eut l'honneur d’être nommé répétiteur de grec « dans ce séminaire laïque qui a produit tant d’illustrations. » Il Otait âpre au travail, attaché à ses devoirs, et la vivacité de son esprit ne l'empêchait ni d'être en tout méthodique, ni de s’attacher avec une rare ténacité aux recherches de pure érudition. De cette époque datent ses premiers essais en philologie ,
{ ' ; Pour éviter toute confusion, (lit M. l\ Capitaine, qui nous a fourni pour cette notice de nombreux renseignements, nous croyons utile de rappeler ici qu'il existe plusieurs écrivains portant les mêmes nom et prénom, notamment : Auguste Baron , libraire à Lyon, auteur d'une Histoire de l.gon pendant les journées île septembre 1881 ; — A u'j Baron auteur île V Album du Jardin des plantes de Paris, édité en 1887 ; — l'abbé Aug. Baron , aumônier de l'hôpital militaire du Gros-Caillou, auteur de livres moraux à l'usage des soldats ; — entiii Aug. Baron , écrivain dramatique , auteur d'un vaudeville intitulé : l.e chevalier Coquet (1858). — Xécrologe liégeois pour 1802.
p. 18, noie.
{ * ) Nous puisons ces détails et d’autres qui vont suivre dans le discours prononcé
entrepris pour la collection Lemaire.
Pendant le séjour de Napoléon à l’ile d’Elbe, il déposa un instant la plume pour servir dans les volontaires royaux. Pas plus qu’llorace, il n'était ué soldat; il en convenait lui-même ; la croix du Lys ne lui en fut (tas moins décernée le 20 mai 1816, à titre de récompense de son dévouement à la bonne cause. L’Ecole normale le perdit en 1818 ; il s’engagea vers cette époque dans une entreprise de librairie qui ne réussit pas, puis alla se fixer à Londres, où il acquit une connaissance approfondie de la langue et de la littérature anglaises. L’est de lâ qu'il fut appelé â Bruxelles, en 1812, comme directeur principal de la Gazelle officielle (*). Ce début dans le journalisme, dit M. Stecher, ne lui fit rien perdre de sa ferveur pour des travaux plus spécialement littéraires. Le culte de la forme avait été trop longtemps négligé en Belgique; les qualités sérieuses des Belges manquaient derelicl et d’expression ; on s’en apercevait surtout depuis le rétablissement de l’Académie royale de Bruxelles et la création des Universités de Gand, de Liège et de Louvain. La jeunesse des croies était avide d'instruction, mais elle sentait aussi que son intérêt ie plus pressant était d’apprendre à s’exprimer dans un langage correct, élégant et facile A Bruxelles, on avait sous les yeux l’exemple de nombreux Français d’un talent distingué, rejetés
aux funérailles de llaron par son collègue et successeur M. J. Stecher 'Annales des Universités de Belgique, 2* série, t. Il, annexe). M. Kug. Van lîommcl a reproduit cette page dans ta Bevue trimestrielle (t. XXXVIII , avril 1868 , en y ajoutant diverses particularités peu connues, que nous avons également mises à profit.
*) C.c journal, créé par arrêté royal du 2 juin 1815, a cessé de paraître le 17 septembre 1880, après avoir successivement porté les litres do : Gazette générale des Pays-Bas (1815-1818), Journal général des Pays- Ba s (1818-1 820 ; , Journal de Bruxelles (1820-1827) et Gazette des Par x- Bas 1827- 1880). U parait que Raron n'y a jamais publié que des articles de critique littéraire (note de >1. 1‘. Capitaine).
BAR
de leur patrie à la suite des révolutions. Baron entretenait avec eux des relations suivies ; bientôt il comprit qu’arrivant en Belgique avec l'intention de s’y lixer, il avait, plus que tout autre étranger, à prendre position comme homme de lettres, et qu’il se trouvait dans les meilleures conditions pour rendre un service efficace à son pays adoptif, en acquérant de l’ascendant sur une génération qui ne demandait qu’ti être stimulée. L’occasion ne tarda pas il s’offrir. La ville de Bruxelles avait été dépossédée, en 1817, de ses établissements d instruction supérieure, consistant dans une Faculté des lettres, une Faculté des sciences et une Faculté de droit. Elle fut dédommagée de • cette perte au mois de janvier It27.
par l’institution de cours gratuits de sciences et de belles-lettres au Musée ( 1 ). L’enseignement de la littérature échut ii Baron, qui fut chargé, le 5 mars, de prononcer le discours d’ouverture. « La science est un sûr instrument d’amélioration sociale » ; telle fut la thèse choisie par l’orateur. Il sut la développer dans un style agréable et limpide, dont la vigueur un peu contenue produisit un grand effet et contribua beaucoup à populariser la nouvelle institution. De 1827 à 1852, Baron parcourut, devant un public légitimement enthousiaste, le vaste domaine de la littérature comparée. « On peut dire, sans crainte d’exagération (ainsi s’exprime M. Stecher), que. cet enseignement, tout nouveau dans notre pays, a eu une grande influence. Il était salutaire de montrer, par les plus beaux
( 1 , Ces cours, fondés en application de l’art. 3 du réglement universitaire du 25 septembre 1816, comprenaient l'histoire nationale (Devrez) , l'histoire générale (Lesbroussarp, la littérature ancicnncct moderne (Baron), l'histoire de la philosophie (M. Van de Weycr), la botanique (Kickx), l'histoire naturelle (Vanderlinden), la physique et l'astronomie (M. Quctelct), la chimie Drapiez', l’histoire de l'architecture Koget) et la littérature hollandaise (hauts). V. le Rapport de M. Nothomb sur l'enseignement supérieure n Belgique, Bruxelles, l8ll,in-8°, t. I, p. lxxviii. — Le gouvernement s’était proposé, selon les termes mômes île l'arrôlé
exemples empruntés aux littératures les plus diverses, l’intime solidarité du bon sens, du bon goût et du bon droit. Baron avait enfin trouvé sa sphère, et et on le voyait à la verve qu’il déployait dans cet enseignement civilisateur. Il aimait, comme M'"* de Staël, à rappeler la mission libératrice des lettres, et avec sa riche mémoire et sa grande lecture, il ne lui était pas difficile de trouver des preuves qui achevaient la conviction de l’auditoire. — On assure pourtant que, malgré l’importance du fond, c’était surtout la forme qui captivait les esprits. Avec un scrupule tout à fait classique, avec un soin jaloux de la justesse des nuances, l’éloquent professeur rédigeait et corrigeait patiemment les moindres détails de sa leçon.
C’était donc par des lectures plutôt que par des improvisations qu’il arrivait si souvent et si profondément jusqu'à lame de ses auditeurs. Il y mettait, au reste, tant d’art et tout ensemble tant de naturel, qu'il faisait aisément illusion. »
On peut dire que ces années furent les plus belles et les mieux remplies de la vie de Baron; il y reportait volontiers sa pensée, et ses amis d’alors gardèrent toujours la première place dans son coeur (*). Les ouvrages qui ont consacré sa réputation ne virent le jour que plus tard ; mais c’est au Musée qu'il apprit et qu’on apprit à connaître la mesure de ses forces ; c’est là que son talent s’épanouit : il n’eut plus, ensuite, qu’à rester digne de lui-méme.
il avait abandonné la direction de la Gazelle officielle au commencement de
d’institution, de favoriser « ces habitudes » sérieuses qui conviennent aux citoyens » qui ont le bonheur de vivre sous un pou- » vernement représentatif, et de répandre » avec l’instruction les germes et les moyens » de développement de cet esprit public qui, » dans les pays libres, imprime fortement » dans toutes les classes éclairées l'amour du » prince et de la patrie. » |V. le discours de M. Spring sur Baron, ap. Van Item met,
(*) Nous citerons surtout M. Sylvain Van de Wcyer et M. De Bonne, ancien membre de la t'.hambre des représentants. C'est à ce dernier qu'il dédia sa Rhétorique,
BAR
1829; mécontenl de la conduite du roi Guillaume, il s'était ostensiblement enrôlé dans les rangs de l'opposition. Il gardait encore sa qualité d'étranger ; mais l’ardeur avec laquelle il s’associa, en 1830, aux promoteurs de la révolution le lit dès lors considérer comme Belge, et il l’était de fait depuis longtemps, avant de le devenir en vertu d'une loi. Dans cette situation, néanmoins, il ne pouvait ambitionner aucune position politique ; en revanche, dès le 50 septembre 1830, M. Van de Weyer le lit nommer par le Gouvernement provisoire membre de la Commission de l'instruction publique et, le 23 octobre suivant, professeur de rhétorique et préfet des études à l’Athénée de Bruxelles. Il ne se contenta pas de poursuivre, sur ce théâtre relativement modeste, la tâche qu’il s’était imposée de contribuer à réveiller, dans notre pays, le goût des éludes littéraires; un moment vint où l'idée de créer à Bruxelles une Université corn pli te se lit jour, et Baron fut un des premiers à s'en faire l'apôtre. La situation était grave en 1831 ; le gouvernement ne semblait pas empressé de présenter aux Chambres un projet définitif de réorganisation de renseignement supérieur, et le clergé venait de fonder à Matines un grand établissement libre qui fut transporté l’année suivante à Louvain cl prit le nom à' Université catholique. Baron, ses amis des loges maçonniques et en général les libéraux avancés de Bruxelles jugèrent qu’il n’y avait pas de temps à perdre, et qu’il était indispensable de profiter des ressources de la capitale pour opposer un contrepoids à l’influence des évêques. Le 21 juin 1851, une proposition formelle fut soumise par Verhaegen, président de la loge des Amis-Philanthropes de Bruxelles, ù un grand nombre de francs-maçons accourus de toutes les provinces pour célébrer la fêle du
(’) Poplimonl, la Belgique depuis 1830, p. 899 et suiv. — Ttionisscn, la Belgique sous Léopold I, 2e éd., t. Il, p. 222 et suiv.
(*) M. U. Capitaine nousapprend qu’après avoir pris connaissance du discours d'inslal-
solsticed’été.Les prétentions cléricales, selon l’orateur, étaient inconciliables avec l’esprit des temps modernes ; il fallait s’associer pour y répondre par un acte éclatant. Des listes de souscription furent envoyées à toutes les loges de province et se couvrirent rapidement de signatures ; on dut bientôt songer ù nommer une administration provisoire; au mois de septembre, une administration définitive était constituée ('). Le 20 novembre, quinze jours après l’installation de l'Université de Matines, l’inauguration solennelle de l’Université libre de Bruxelles eut lieu dans la grande salle gothique de l’hôtel-de-ville. Le discours du bourgmestre Bouppe ne fut qu’un témoignage de reconnaissance adressé aux fondateurs d'un établissement avantageux à la capitale ; celui de Baron, nommé seen taire de l'Université, eut une toute autre portée et défraya longtemps la polémique de la presse, surtout après l’incident Gibon (v. ce nom), arrivé à l’Université de Liège (*). On comprend que ces événements aient eu pour premier résultat de hâter l’organisation légale de l’enseignement supérieur donné aux frais de l'État ; le gouvernement ouvrit les yeux : il était impossible de livrer la jeunesse à la merci des partis extrêmes ; mais tout en instituant un enseignement supérieur, étranger aux idées de propagande, l’Etat devait respecter la liberté d’enseigner et se mettre en garde contre l'accusation de monopole. De là surgirent des difficultés nouvelles et imprévues, surtout lorsqu'il s’agit de résoudre la question des jurys d'examen. Cependant la lutte fut généralement courtoise entre les Universités rivales, et ici encore se révélèrent le sens pratique et l'esprit de saine tolérance qui < araclérisent les Belges.
Dans le cours des années suivantes.
Baron se multiplia : tout ensemble
talion de l’Université libre, les Amis-Philanthropes, sur la proposition de M. Verhaegen, décidèrent, le 28 novembre 4 83 4, que, par une fureur extraordinaire, tous tes grades maç.*., y compris le dernier du rit français, seraient conférés à l'orateur.
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professeur de rhétorique et préfet des études de l'Athénée de Bruxelles, et professeur de littérature française et étrangère à ('Université, il trouva le temps d’écrire son traité de Rhétorique et de publier une foule d’autres ouvrages où se retrouve, sous des formes diverses, sa pensée dominante, la réhabilitation des fortes études classiques. Cette pensée est aussi formulée de la manière la plus explicite dans les discours qu'il prononça aux distributions des prix del'Alhënéc.et.en 1818, à la distribution des prix du concours général. Il s'intéressait vivement, dans le même but, aux questions de réorganisation de l'enseignement ; c’est ainsi qu’au mois de septembre de cette même année 1848, il accepta la présidence du Congrès professoral fondé par M. Alph. Le Boy (v. ce nom) pour solliciter du gouvernement la promulgation prochaine d'une loi organique de l’instruction moyenne. Mais le Congrès ayant demandé, dans une adresse dont Baron fut le premier signataire, la transformation des établissements communaux en institutions de l'Etat, le bourgmestre de Bruxelles, qui tenait a conserver la haute main sur son Athenée, cessa de se montrer favorable aux démarches des professeurs ; Baron et plusieurs de ses collègues crurent alors devoir s’abstenir ( * ), et le professeur Moke, de Gand, fut élu président en remplacement de son confrère de la capitale. Sur ces entrefaites, la chaire de littérature française, délaissée par I»h. Lesbroussarl (v. ce nom), devint vacante à l’Université de l.iëge. Il fut d'abord question d’y appeler M. Désiré Nisard, puis M. Sainte-Beuve v. ce nom) qui l’avait acceptée en 1831.
mais qui était revenu sur sa décision, M. Sainte-Beuve monta en chaire au mois d'octobre 1848 et lit le cours
( * ) V. la brochure intitulée : Congrès professoral de Belgique. Bruxelles, Deltombe, 1848 (Exlr. du Moniteur), in 8° de 47 p. avec les annexes, contenant la correspondance échangée entre le gouvernement et M. Alph. Le Roy, à l’occasion de la démission de Baron.
maximo applausu, pendant une année académique ; résolu alors de rentrer à Paris, il appela lui-même l’attention du gouvernement sur Baron, qui fut nommé professeur ordinaire le 22 octobre 1849. « On espérait généralement que l’éminent professeur, dit M. Stecher, susciterait quelque chose d’analogue à ce mouvement littéraire et studieux provoqué par les t ours du Musée. Cette attente ne fut pas entièrement trompée.
Baron, par la notoriété de son talent, parcelle bonhomie spirituelle qui était comme le fond de son humeur, enfin par ce don de communication sympathique qui fut l’honneur de sa chaire, parvint à étendre son auditoire au delà du cercle obligé des étudiants. D’ailleurs, il n'agissait pas seulement par l’enseignement ex cathedra ; il faisait aussi de la propagande littéraire dans les causeries intimes et dans ces consultations auxquelles il ne se dérobait jamais. Même en lisant à ses amis ses propres vers , par exemple sa belle traduction de l’.4r/ poétique d'Horace, il trouvait occasion de recommencer de nouveau son apogée des lettres anciennes. »
Baron fut donc bien accueilli à Liège, où il retrouva d’ailleurs beaucoup d'anciens amis; plusieurs étaient ses collègues à l’Académie, où M. Quetelet avait contribué à le faire entrer le 8 janvier 1847 (*)• Sa verve se ranima; il tailla de nouveau sa plume; il se sentait rajeunir. En 1854, il aurait volontiers accepté la direction de l'Ecole normale des humanités, où il faisait un cours de littérature, tout en continuant son enseignement à l’Université (s) : les démarches faites en sa faveur n’aboutirent point; on choisit un directeur étranger à la Faculté des lettres (*). Il se consola, se remit de plus belle à écrire et à donner desconfé-
( * ) Dans la section des beaux-arts, non dans celle des lettres.
(*) El à l’Eeole dos mines, où il était chargé d’un cours de style et de rédaction.
(*) Nous renvoyons le lecteur à une lettre familière de Baron, très-piquante, insérée par M. Van Bemtnel dans sa notice, p. 37 et suiv.