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rences, soit à Liège, soit à Bruxelles.
En 1855, appelé à Londres pour y juger un concours littéraire, il y revit son ami M Van de Weyer, qui le mit en rapport avec quelques hommes éminents; il revint de ce voyage heureux et gai, sémillant pour ainsi dire. Tout d’un coup des questions d'intérêt privé reportèrent ses pensées vers Bruxelles.
Elles finirent par créer en lui une inquiétude, une sorte d'indécision et de défaillance morale qui l 'éloignèrent, à partir de 1851), de sa chaire universitaire. Un an plus tard, il n'était plus que l’ombre de lui-même : les ténèbres s’étaient faites dans sa belle intelligence...
Baron procède de Voltaire, dont scs vers et sa prose rappellent la tournure d'esprit. Il n'admirait pas seulement l'écrivain, mais le pehseur et Tardent polémiste. Prudent et réservé en chaire, il se dédommageait à l’occasion, dans les épanchements de l’amitié. « En dépit de son rire sardonique, disait-il, Arouct était un grand et habile homme, meilleur et qui a fait plus de bien que tous les farceurs qui le dénigrent. »
Cette apologie familière aurait fait place à une étude sérieuse et explicite, si Baron eût assez vécu pour achever son Histoire de la littérature française, qui malheureusement s’arrête au XVI* siècle. Ceux qui n'ont pas été ses élèves peuvent cependant se faire, à cet égard, une idée assez exacte de ses tendances et, comme s'exprime M. Van Bemmel, de sa physionomie intellectuelle, en lisant dans la Revue trimestrielle (t. XIV) ou dans le t. V des OEuvres complètes), un morceau sur Voltaire , rédigé primitivement pour une conférence. Il affectionnait également Horace ; de là ses relations, pendant son séjour à Liège, avec M. Jules Janin, admirateur passionné du poète de Venouse et hôte assidu de Spa.
Il soumit au grand critique sa belle traduction de VEpilre aux Pisons , et
{•) Ccsl aiusi que plus d'une de ses leçons universitaires témoigne qu'il s'était pénétré de La Harpe, pour lequel cependant il ne professa pas toujours en public une haute estime (U. Capitaine, p. 14).
Dieu sait comme ils en épluchèrent chaque vers ! Philologue et artiste, esprit net et vif, avec une pointe de fine et douce ironie. Baron était ce qu’on pourrait appeler un gourmet littéraire.
Il avait plus de finesse que de passion , mais infiniment d'esprit, et une répugnance profonde pour les vulgarités et les banalités de tout genre. Sa vigueur était calculée plutôt que native ; mais il avait tant d'habileté et de patience à ciseler sa phrase , qu’il arrivait de sang-froid à produire, quand il le voulait bien, les effets de l'inspiration. Sa conversation était étincelante ; mais il travaillait difficilement et lentement ; il remaniait sans cesse ses écrits : le manuscrit de la Rhétorique fut recopié dix-huit fois. Il avait une immense lecture et l'habitude de prendre des notes ; avec cela, un rare talent d’assimilation (') et un sentiment exquis des nuances. L érudition, sous sa plume, acquérait le don de plaire ; en somme, il ne brillait pas par l'invention, mais par une certaine façon séduisante d’appliquer le vieil adage : Non nova, sed novè. Ses écrits, sous ce rapport, sont des modèles précieux à étudier.
Nous avons dit que Baron était chevalier de Tordre du Lys. Le 20 avril 1858, il reçut la croix de la légion d'honneur (le diplôme lui donne le titre de fondateur de l’Université de Bruxelles) ; dix ans plus tard, celle de l'ordre de la branche Ernesline de Saxe. Chevalier de l’ordre de Léopold le 28 décembre 1843, il fut promu en 4 838 au grade d'officier. Il était membre de l’Académie royale de Belgique (v.
ci-dessus), de la Société des sciences, des lettres et des arts du Ilainaut et de l'Institut archéologique liégeois. A partir de 1838, il lit partie du bureau administratif de l’Athénée royal de Liège. Il a publié (*) :
1° Dans la Collection Lemaire (Didot;, le Cornélius Ncpos (1820) et le Quinte- Curcc (1822-1824, 5 vol.).
( *) Nous résumons la bibliographie trèsexacte et très-complèto de Baron, recueillie et publiée pour la première fois par M. L1. Capitaine.