‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 48 sur 351 · EV *AA · texte numérisé non relu

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tinés à signaler toute interruption dans les appareils de ventilation, et surtout d’un manomètre multiplicateur, permettant d'apprécier les moindres dilférenees de pression. — Après le fonctionnaire et le savant, il faudrait peindre l’homme : qu'il suffise de dire avec M. Bidaut que sa famille et ses amis perdirent en lui une âme d'élite, un < amr dévoué. Il idolâtrait sa mère veuve, qu’il suivit de près dans la tombe ; comme époux et comme père, il a "verse sur les siens des trésors de tendresse ; ù ses amis, il a prodigué l’aide de sa science et de son expérience. Sa vie était pure, on peut dire austère; il était d’un commerce agréable, il savait plaire à tous par son esprit â la fois simple et brillant. Il cachait avec soin ses bienfaits ; mais après sa mort, il est permis de révéler que l’infortune trouva toujours en lui un appui et un protecteur généreux, judicieux et persévérant. Que pourrions-nous ajouter ?

Voici la liste (nous n'oserions affirmer qu’elle soit complète) des publications d’Adolphe de Vaux :

A. Ouvrages publiés par l'Academie royale de Belgique.

I" Mémoire sur l'épuisement des eaux dans les mines Ment couronnés , t. XII,

2" Rapport à l'Académie sur les moyens d'empêcher le déraillement sur le chemin de fer, proposés par M. Iieinsman ( Bulletins , t. XIV, 1817).

Ad. Dc'.iux cuira le 1(> décembre 1818 à l'Académie, comme membre ell'oeUf.

5” Rapport sur le mémoire de M.

René Michel, concernant la direction des aérostats (Ibid).

t" Rapport sur les systèmes de locomotion aérienne de MM. Van Hecke et Van Essehen (Ibid).

5° Rapport sur un mémoire de M. De Roer, concernant les points brillants des courbes et des surfaces (10., l. XVI, 1819).'

0° Rapport sur une machine à élever l’eau, par M. de Caligny (Ib.,l. XVIII, 1851).

T Rapport sur un mémoire en réponse

ù la question d’agriculture des polders (Ibid).

8“ Rapport sur l'utilité d’ouvrir un concours spécial pour perfectionner les moyens de sauvetage employés dans les mines (t. XIX, 1852).

9" Notice concernant l’emploi de l’air échauffé, au lieu de vapeur d’eau, comme moteur dans les machines (Ibid).

10" Observations sur le régime des eaux souterraines de Bruxelles et des environs (Ibid).

Il” Rapport sur une machine de M.

Lallemand (t. XXI, 1851).

12“ Rapport sur la boussole électromagnétique de M. (Jloesener (t XXII, 1855).

13° Gisement et formation de l'oligiste, de la limonite et de la pyrite (t. XXIII, 1856).

11“ Rapports sur des concours et sur des communications faites à l’Académie, t. VU, XIII, XV, XVIII à XXIII des Bulletins.

15" Rapport sur quatre mémoires envoyés à l’Académie en réponse à la question des mines proposée par le GouyonumeniŒjploilationdelahouille à 1000 mètres de profondeur (t. XXIII).

16” Moyen de préserver les édifices des ravages de la foudre (t. IX", 2r série).

17" Sur la conservation du boisau moyen de l’huile lourde du goudron de houille (t. XV, 2" série).

18" Discours prononcé en séance publique de l’Académie, sur les richesses minérales de la Belgique et les moyens de les extraire (16 décembre 1865).

Ail. De Vaux ayant clé nommé, en 180.1, directeur de. la classe des sciences, prononça le discours d'usage. C’est un expose Irèsrcmnrqunble des richesses minérales de ta Belgique cl des moyens de les extraire.

B. Ourrages non publiés par l'Académie .

19“ Notice sur un nouveau moyen d’appliquer la vapeur â l’épuisement des eaux et à l’aérage des travaux dans les mines. 1856, in-8".

20" Instruction pratique concernant

UÜM

l’aérage et l’éclairage des mines à grisou; 15 juin 1859, in-8°.

21° Carte minière de la Belgique (tout ce qui est relatif à la province de Liège). 1857 à 1841.

±2° Compte rendu de celte publication. Décembre 1812, in-8".

23“ Instruction pratique sur la lampe de l'ingénieur Mucscler. Id.

24° Rapport sur l’appareil deM. Jacquemet, tendant à prévenir les explosions des chaudières à vapeur ( commissaires : MM. I)e Vaux et Maus). 18 U, in-8».

25° Indicateur pour l’aérage des mines. Février 1840, in-8".

20° Analyse de la publication , faite en 184G, des documents statistiques concernant les mines, les usines minéralurgiques et les machines à vapeur.

1810, in-8°.

27° Publications faites par le département des travaux publics sur la statistique des mines, minières, usines et machines à vapeur. 1810 et 1852, in- P.

28" Notice sur un coup de feu qui a éclaté dans la houillère d Ashwel, près de Durham. Angleterre, 1818, iu-8".

29» Relation des expériences faites par M. Régnault, pour déterminer les principales lois physiques et les données numériques qui entrent dans le calcul des machines à vapeur. 1818, in-8°.

50® Note sur un ventilateur, breveté en faveur du sieur Slruve. 1849, in-8°.

51“ Documents relatifs à l'établissement des lignes télégraphiques en Belgique (Commission composée de MM.

Quetelel, président, Caby et de Vaux, secrétaire-rapporteur Mars 1858, in-8®.

32® Rapport sur les tubes indicateurs du niveau de l'eau dans les chaudières à vapeur. Mars 1850, in-8®.

53* Rapport sur un appareil de sûreté pour les chaudières à vapeur, inventé par le sieur Dunn. 1850, in-8°.

31° Rapport sur le système de génération de vapeur dit pneumatosph&roidul, de M. Tcstud de Beauregard. Août 1851. in-8°.

35® Rapport sur les ciments de Tournai, de M. Leschevin-Lepez (Commissaires : MM. de Vaux, ltoget et Didier). 1852, in-8°.

30" Notice sur le régime et les causes d’altération des eaux potables de la ville de Bruxelles et de la banlieue. 15 septembre 1852, in-8°.

37" Statistique des mines, minières, usines minéralurgiques et machines à vapeur : compte rendu des deux dernières publications du Département des travaux publics (Ann. des trnv. publics , février 1855).

N. B. C’est dans ce receuil qu’ont été publiées la plupart des notices mentionnées ci-dessus.

58" Moyens propres à soustraire les ouvriers mineurs au danger d’asphyxie à la suite des coups de feu (lb., t. XIV, juin 1855).

39° Note sur la théorie des lampes de sûreté. Avril, 1800, in-8°.

40° Appareils de translation des mineurs dans les puits. (Ann. des Ir. publics, t. XIX, avril 1800).

41° Notice sur la saxifragine. 1803.

42“ Notice sur la division de l’aérage dans les mines (Hevue uni vendit, 1803).

45“ Des égouts considérés au point de vue de la salubrité publique (Communication au Congrès de bienfaisance réuni à Bruxelles en 1850). Mai 1805.

44° Rapport sur l’Exposition universelle de Londres en 1802. Bruxelles,

45° Jaugeage et frottement des courants dans les mines (Ann des tr. publics t. XXII, oct. 1804).

40° Des dégagements instantanés de gaz dans les travaux des houillères (Ib. t. XXIII, juin 1805).

Dumont ( AnDUK-Hi BKHT) , lié 3

Liège le 15 février 1809, mourut en cette ville le 28 février 1857. Sa vie se résume dans la poursuite et l’accomplissement d’une seule idée; il y sarriûa jusqu'à sa santé, mais il moiirut dans les honneurs du triomphe. Son père Jean-Baptiste eL sou oncle Barthélémy

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s’occupaient ensemble de chimie industrielle (M ; ils possédaient en outre une belle collection de spécimens des substances minérales du pays. C’est en jouant dans leur laboratoire et en regardant curieusement autour de lui que le jeune André reçut, sans y prendre garde, sa première éducation. Il fréquenta l’école primaire jusqu’à l’âge de douze ans, puis ce fut tout : le digne Jean-Baptiste ne voyait pas que l’enfant eût besoin d’en savoir plus que luimême; d'ailleurs il le destinait au commerce. André ne songeait pas à l’avenir : il cultivait des fleurs, composait des herbiers, dessinait des coquillages fossiles, accompagnait dans les districts charbonniers son père, attaché au corps des mines, et rentrait chargé de minéraux et de fragments de roches, puis se mettait au piano pour réjouir le cœur de sa mère idolâtrée.

Quand il eut quinze ans, on l’envoya chez des parents, à Paris, s’initier aux opérations du négoce ; il en revint plus passionné que jamais pour l’étude de la nature. Déjà s’étaient révélées ses qualités d’observateur; en allant visiter les mines avec son père, il avait fait des remarques sur la superposition des roches, il avait levé des plans : ce qui sans doute, dit M. d'Omalius (*), développa chez lui le coup d’œil stratigraphique qui l’a toujours distingué.

Le 27 janvier 1828, Agé de 18 ans, il fut nommé arpenteur et géomètre des mines. La pratique ne lui lit pas oublier la théorie ; insensiblement même le besoin de ramener à des données générales les faits qu’il avait observés s’empara de son esprit ; il en sut bientôt autant qu’un autre en géologie, grâce aux mémoires de M. d’Omalius d’Halloy et de Brongniart, et, grâce au traité de llaüy, en minéralogie cristallographique; mais il avait encore plus étudié la nature que les livres, et ce fut là sa

(•) Ils firent les premiers, à Liège, des essais sur la fabrication du sucre de betterave, pendant le blocus continental, ils s’appliquèrent ensuite avec succès à la préparation de l'alun et finirent par fonder , avec M. le chevalier T. de Laminne, l'établissement d'Ampsin, près de Huy. — V. Fayn, André Dumont, *a rie et ses travaux. Paris et

gloire (*). En 1828, l’Académie de Bruxelles proposa au contours, pour 1850, ia question suivante : « Faire la » description géologique delà province » de Liège, indiquer les espèces miné- » raies et les fossiles qu’on y rencontre, » avec l’indication des localités cl la « synonymie des noms sous lesquels ces » substances déjà connues ont été dé- » crites. » Dumont ne laissa pas échapper l’occasion : il parcourut la province pendant six mois , sans faire part de son projet à personne, puis soumit à l’Académie un mémoire portant ponr épigraphe : « On ne peut » établir avec certitude l’âge relatif des » roches primordiales d’après leur in- » clinuison. •> MM. d'Omalius, Sauveur et Cauchy furent nommés rapporteurs; le 5 mai 1850, la médaille d’or fut décernée à l’auteur. Cependant l’importance et surtout la nouveauté des considérations émises par Dumont frappèrent tout particulièrement M. d’Omalius, qui, voulant s’assurer par luimême si le concurrent s’appuyait sur des découvertes réelles, ou s’il ne s’agissait que des inventions d’une imagination ardente, se rendit tout exprès à Liège. L’éminent académicien fut très-surpris lorsqu’on lui présenta, dans un magasin de la rue Vinâve-d’lle, un tout jeune homme « qui paraissait avoir quinze ans, mais qui me prouva bientôt, dit-il, qu’il était l’auteur du mémoire! — Je lui demandai s’il pouvait me conduire dans quelques localités , où il me ferait voir la preuve de ses assertions, et sur sa réponse affirmative, nous nous rendîmes dans la vallée de la Meuse , au Sud de Liège (*)• On sait que cette vallée est bornée par des pentes rapides et élevées sur lesquelles il y a des chemins creux. Dumont me montra d’abord, dans un de ces chemins, la succession de toutes les couches qui composent

Liège, 18(>4, in-8°, p. 6.

; * ) Notice sur A Dumont, dans V Annuaire de F Acad. roy. de Belgique, année t8;i8, p. 9t.

( 1 ) Nous suivons ici pas à pas l'excellent travail de M. Fayn.

(*; Plus exactement, au S. -O.; il s'agit des environs de Chokier.

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son terrain anthraxifère ; mais il s'agissait, pour prouver le plissement, de montrer ces couches disposées en sens contraire, et c'est ce qu'il annonçait être visible dans un chemin voisin ; toutelois, comme ces chemins ou plutôt ces ravins se ressemblent, il se trompa et nous descendîmes par un ravin où les éhoulis cachaient la stratification. Le pauvre jeune homme se trouva dans une position désespérée :*il était certain de son affaire, mais iicraignail que je ne voulusse pas consentir à gravir de nouveau la côte, et alors son travail allait être signalé à l'Académie comme une rêverie; aussi, quel ne fui pas son bonheur lorsque je lui proposai de faire nue nouvelle ascension ? Je dois dire qu’il m’a toujours conservé une vive reconnaissance de celte démarche bien naturelle sans doute , mais qui, disait-il, avait décidé de son avenir» ('). Toutes les observations consignées dans le Mémoire étaient d’une exactitude minutieuse. Dés ce moment Dumont put compter sur nn ami, sur un protecteur éclairé, digne appréciateur de son mérite.

A l'étranger, il trouva quelques contradicteurs et en revanche de chauds partisans. Ses divisions fuient discutées ; en lin de compte , confirmées pailles études ultérieures, elles ont acquis droit de cité dans la science. Kn 1855, la Société géologique de France s 'étant r éunie à Méziéres, quelque temps avant le Congrès scientifique de Bonn , il fut convenu que plusieurs membres de la compagnie , tant anglais que français , descendraient la vallée de la Meuse pour se rendre dans cette dernière ville, et s'arrêteraient à Huy et à Chokier. Dumont, qui allait de son côté entreprendre nn voyage, résista aux instances de M.

d’Omalius , qui aurait voulu qu’il fût présent lorsque les savants étrangers traverseraient le pays. M.d'Omalius se chargea lui-même de le représenter, et l'épreuve fut décisive. Cinq ans plus tard , le 5 février 1840, la Société géologique de Londres, sur la proposition de MM. Scdgvvick et Fillon, décerna

(*) DOmalius, p. 94- 95, noie.

f ’) llumont fut promu à l'ordinariat le k20

au savant belge la médaille de Wollaston.qui ne s'accorde qu'aux œuvres d’une valeur exceptionnelle.

Dumont, sur ces entrefaites, ne s'était pas laissé éblouir par son triomphe académique. Tout en abordant de nouvelles recherches et en préludant à ses grands voyages par une excursion en Suisse et dans les volcans éteints de l'Eifel, il songeait sérieusement à combler les lacunes de son éducation première, du moins au point de vue des sciences exactes. Sur le conseil de M.

Gloescner et de Lemaire iv. ces noms), il se lit inscrire à l'Université : le 14 janvier 1805, le diplôme de docteur en sciences physiques et mathématiques lui fut décerné. Il était depuis plusieurs mois membre correspondant de l’Académie ; ce titre ne l'avait pas empêché de s’asseoir sur les bancs. Mais déjà, dans le modeste élève, l'opinion des juges compétents avait proclamé un inaitre.

Le choix deM. de Theux, qui le nomma le 5 décembre 1835 à l’Université de Liège, en qualité de professeur extraordinaire, chargé des cours de minéralogie et de géologie, fut universellement approuvé (*). Ici commence pour Dumont une période d’activité fébrile, presque surhumaine : les travaux dont il va bientôt assumer la responsabilité suffiraient à eux seuls à remplir la vie d'un comité de savants ; il ne mesure point la tâche, il maiche en avant et ne s'arrête jamais ; sa ténacité n'a d’égale que son génie observateur; un secret instinct lui dit qu’il est appelé à doter sa patrie d’un monument impérissable; il sacrifie tout à ce but unique et succombe bien jeune encore, mais comme le soldat de Marathon, en annonçant la victoire !

L’excellence de son enseignement ne contribua pas moins que ses premiers travaux scientifiques à consolider et à étendre sa réputation. « Le jeune maître fut obligé de créer pour ainsi dire un cours de géologie, où ses sagaces observations sur notre pays servirent de terme de comparaison à tout ce qui avait été fait jusque là. Avec quel ta-

septemhrc 1841.

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lent, dès le début de son enseignement, il sait définir et exposer tous les points saillants de la science! Sa jeunesse, sa modestie, la grâce de son visage, son talent consacré par un grand succès, captivaient l'attention de ses auditeurs et éveillaient dans leur âme la plus vive sympathie : aussi des marques de bienveillance accueillirent-elles chacune de ses leçons( 1 ).» Au moment de prendre la parole, son extrême timidité influait sur son débit ; mais l'attention avec laquelle on l’écoutait l’enhardissait bientôt. A mesure qu'il s'échauffait, son langage devenait plus clair; les faits saisissants, les exemples se présentaient à propos â son esprit ; d'ailleurs il restait toujours simple ef précis, ne se noyait jamais dans les détails et possédait l’art d’intéresser toujours, soit qu’il exposât les formules arides de la cristallographie, soit qu'il abordât les théories séduisantes de la géogénie. Il inoculait pour ainsi dire à ses élèves, avec les éléments de la science, l'ardent amour du progrès et des découvertes qui le possédait tout entier ; il assurait le . succès de leurs études en se faisant leur ami , en les emmenant fréquemment en excursion.

« .Nous étions tous de la partie, dit M. Fayn(*). Dumonfavec sa bienveillance accoutumée , répondait â toutes nos questions, nous initiait à la manière d'observer, de rechercher les mystères que récèlent parfois les divers terrains dans leur superposition. Toujours gai et souriant, il savait nous communiquer une sérénité qui caln il nos lassitudes. On marchait quelquefois dix heures par jour, gravissant les montagnes, côtoyant les ruisseaux, se perdant à travers champs sous la réverbération d'hn soleil d'airain! N'importe ; le contentement était général, et â l’approche de la nuit, on regagnait la ville prochaine où le prévoyant maître avait fait préparer gîte et nourriture. Pendant qu’un sommeil réparateur nous rendait de nouvelles forces, lui veillait, rassemblant ses notes, mettant de l’ordre dans ses observations. C’est

O Fayn, p. 16.

ainsi qn'on remontait la vallée de la Meuse , de Liège à Givet , Mézières et Charleville, qu’on parcourait les calcaires de Visé, la craie de Maestricht, les sables d’Aix-la-Chapelle, les plateaux des Ardennes et les vallées de l’Eifel, du Taumis et du llundsriick. »

Les courses de Dumont â travers le pays n’eurenl pas seulement pour but l'instruction de ses élèves. Le gouvernement ayant résolu de faire dresser la carie géologique du territoire belge, l'auteur du Mémoire sur la province de Liège, couronné en 180(1, se trouva tout naturellement l’homme indispensable. Ses délimitations des quatre systèmes du terrain anthraxifère avaient été proclamés par les commissaires de l’Académie « ce qui avait été fait de mieux en ce genre dans notre pays ; une Coujte des terrains primordiaux de la Belgique, entre Fumag cl Gembloux, publiée en 1855 dans les Bulletins de la Société géologique de France , à laquelle Dumont était dès lors affilié, avait conlirmé les premières inductions du jeune savant, et donné de nouveau la mesure de son talent d’observation.

Dumont fut au comble de la joie quand un arrêté royal du 51 mai 1856 le chargea , sous les auspices de l’Académie , de dresser la carte géologique des provinces de Liège, du llainaul et du Luxembourg. On lui accordait seulement trois ans pour accomplir sa mission. Non-seulement il assuma cette lourde responsabilité ; mais, sur sa demande, le 25 septembre de l’année suivante , il reçut autorisation d'entreprendre seul la carte du pays tout entier. Le terme lixé d’abord fut prorogé d’un an (*).

Membre titulaire de l’Académie depuis le 15 décembre 1856, Dumont trouva le temps , tout en poursuivant ses études sur le terrain dans les coins les plus reculés du pays , d’enrichir les Mémoires el les Bulletins de la Compagnie des résultats de ses nombreuses découvertes. Quant au délai stipulé pour l'achèvement de son œuvre principale, on comprend qu’il fut dépassé •

(*) Fayn, p. 17.

hum

la carte de la Belgique n'absorba pas moins de seize années de recherches assidues , et l’on a même peine à comprendre comment il a été possible à un seul homme, d'une constitution frêle et délicate, de mener à bonne lin ce travail d’ilercule. Il ne s’agissait pas ici d'une étude de cabinet: il fallait courir les montagnes , sonder les profondeurs du sol, faire quelquefois mille kilomètres à pied dans une seule campagne, en tous sens, pour arriver à une pleine certitude. Ce qui soutint Dumont, ce fut d’abord la force de sa >olonlé. Ce fut ensuite le culte ardent, exclusif, désintéressé, qu'il avait voué à la science ; enfin, son esprit d’ordre et d'exactitude, et par-dessus tout, le caractère vraiment scientifique de la méthode à laquelle, dès son début dans la carrière, il s’était fait une loi de rester tidèle. Il se dépouillait de tout esprit de système, s’attachait à l'observation de cîiaque fait en particulier, vérifiait incessamment , par «les observations nouvelles, les résultatsacquiset nes’arrêtait pas, avant que les faits généraux ne se révélassent pour ainsi dire d’euxmêmes, lorsqu’il en venait à embrasser l’ensemble de ses remarques. Il était par instinct disciple de Bacon ; nous disons par instinct, parce que Dumont avait peu étudié la philosophie , peu médité même sur les hautes questions de la logique scientifique. Mais dans son domaine, il se trouvait pleinement il l’aise : une rare prudence naturelle, un coup-d’oeil slratigraphique éminemment perspicace, une indépendance absolue à l’égard des opinions qu’il n’avait point contrôlées, donnaient à ses prémisses toute la précision et la sincérité désirables, ii ses conclusions une autorité que relevait encore sa modestie. Lorsqu’il croyait avoir raison, d’ailleurs, il était homme à épuiser un débat plutôt que de céder, témoin sa discussion avec M. de Koninck sur

(') Depuis que la terre est habitable, écrivait-il, la chaleur solaire a toujours eu assez d'influence pour que la même faune n’ait jamais pu s'étendre sur toute sa surface ; en d'autres termes, il y a toujours eu, comme à présent, des faunes différentes à

la valeur du caractère paléontologique en géologie. Dumont pensait que « les formes organiques sont bien moins en rapport avec le temps qu’avec les conditions d’existence, variables à chaque époque d’un point du globe ù l’autre ('). M de Koninck partageait au contraire l’opinion de MM. Agassizel d’Orbigny, c'est-à-dire soutenait qu’à chaque époque géologique correspond une faune spéciale. Une note Sur In valeur du caractère paléontologique en géologie, ext raite pour le Bulletin de l'Académie d’un discours prononcé par Dumont le 5 mars 1847, ù l’ouverture du cours de géologie, mit le feu aux poudres. Les escarmouches prirent plusieurs séances ; à la fin M. de Koninck , bien que non convaincu, déclara qu'il lui paraissait inutile de prolonger le débat. Dumont retrouva plus d'une fois les paléontologistes sur son chemin, notamment au sujet de l’argile de Boom et du London-(’.lay, qu’ils rapportaient à la même période de formation, à raison de la ressemblance de leurs fossiles. Pour le même motif, ils regardaient comme équivalents le calcaire grossier et le London-Clay, et concluaient au parallélisme de l'argile de Boom, du calcaire grossier et enfin du système bruxeilien. Dumonl.au contraire, avait été conduit par ses observations. dès 1 859.

à reconnaître que l’argile de Boom est supérieure aux sables de Bruxelles. Dix ans plus tard, il donna une nouvelle classification des terrains tertiaires et sépara les sables de Bruxelles des argiles de Boom par le puissant dépôt des sables de Lethen (qui forment la base du système tongrien), par les argiles vertes de Henis et par les sables jaunes de la partie inférieure du système rupélien.

(*). M. d’Arcbiac, dans son Histoire des progrès de la géologie (l. Il, 2e partie, p. 498), se rangea ouvertement du côté des adversaires de Dumont et prétendit que les conclusions de ce der-

une même époque. C'est donc à tort que les paléontologistes considèrent comme synchroniques les dépôts qui présentent les mêmes faunes sous des latitudes différentes.

(’) Fayn, p. 182. — V. ci-après.

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ni«r étaient forcées, même sous le rapl>orl straligraphique. Le géologue liégeois recommença ses observa! ions, passa la Manche ali n d'étudier par lui même les terrains terliaires de l’Angleterre, et n’eut de repos que quand il put s'appuyer sur des faits précis. 11 tinit par justifier pleinement sa classification, même sous le rapport paléontologique ('). Sa note Sur la position géologique de l'argile rupélienne, en réponse à M. d’Archiac, est un travail analytique des plus remarquables; elle fait vivement regretter que Dumont n'ait pas eu le temps de traiter en détail de in constitution des terrains tertiaires de la Belgique, comme il se l'était proposé dès 1830, alors qu’il avait formé le projet d’écrire une histoire géologique de notre pays (*).

Le travail capital de Dumont , celui auquel joutes ses études se rattachcnt par des liens plus ou moins étroits, doit être apprécié à trois points do vue différents. D’abord ce serait se tromper étrangement que de le réduire aux proportions d’une œuvre «U* patience ; la carte géologique «le Belgique s’adresse aux savants comme aux industriels. Les rapports adressés par Dumont à l’Académie sur les résultats de ses courses attestent qu'il s’attachait non seulement à constater des faits, mais à tirer parti de ses observations pour atteindre une intuition ou une démonstration de plus en plus claire des grandes lois de la nature.

(•) Ibid., p. 180.

{*) Ibid. — La synthèse des vues de Dumont il rot égard est exposée par M. Fayn, dans tes pages suivautus, avec beaucoup de clarté, d’après les leçons du maître et de précieuses notes manuscrites trouvées dans ses papiers.

(*) En l'honneur du chimiste Delvaux (v. ce nom), qui détermina le premier ce minéral, signalé à Berneau, lez- Visé, dès 1793, par Dumont père.

(4) D'Omalius, p. 96.

(“) On a désapprouvé sa nomenclature, empruntée aux noms des localités belges : terrain t.amlénicn, terrain flru.reliit'ii, Ttm- •jrien, bimticn, etc. Les Français et les Anglais l'ont repoussée ; elle a été mieux accueillie en Allemagne, sans doute parce que

Tantôt il s’arrête eu passant sur un point spécial; tantôt il généralise et résume sa théorie. Il annonce à l’Académie, le 7 avril 1838, la découverte d’une nouvelle espèce de phosphate ferrique, la Delvauxine (*) ; il publie un an plus tard , dans les Mémoires de la Compagnie, ses Tableaux analytiques des minéraux et des roches , oit la méthode naturelle se combine heureusement avec l’analyse, au grand profil des élèves, pour qui cette classification a été surtout dressée. La lin de chaque campagne est toujours signalée par quelque découverte ou par la défense de quelque thèse nouvelle. Dans son rapport de 1*57, il démontre que les petites vallées qui traversent la plaine de Hesbaye correspondent à des failles, c’est-à-dire qu’elles doivent leur origine à des dislocations de l'écorce terrestre et non à de simples érosions des eaux, ainsi qu’on l’avait supposé jusqu’alors (*;. En 1838, il fait connaître la nature et les limites du dépôt moderne dit argile d'Ostende, qui s’étend le long des côtes de Flandre, depuis Anvers jusqu'à Dunkerque. Nous avons mentionné ses travaux de 183D sut les terrains tertiaires (4); son Mémoire de 1811, sur les terrains Iriasiqucs et jurassiques du Luxembourg, bien que les conclusions en soient encore contestées, mérite également d’être cité, comme ne devant pas rester sans influence sur la solution définitive de la question. L’une de ses œuvres les plus

les terrains tertiaires «le Belgique ont plus d'analogie avec ceux de ce pays qu’avec ceux de France et d'Angleterre, dont ils sont cependant plus voisins. Il faut dire que Dumont s’ était trouve embarrassé de faire concorder ses divisions avec celtes qui étaient déjà adoptées dans d'autres contrées. On lui n reproché l'abus des subdivisions : dans les descriptions locales, dit très-bien M. d'Omalius, un n’en saurait trop admettre. Aux hommes qui s'occupent de travaux plus généraux, de réduire le nombre des groupes ; l'essentiel est (pic les membres d’une même division se rangent bien et dûment dans le même groupe; or, sous ce rapport, personne ne s'est encore plaint de la classification de Dumont

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