‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 49 sur 351 · I >UM · texte numérisé non relu

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importantes est le Mémoire sur les terrains ordonnais et rhénans , honoré du prix quinquennal des sciences en 1851, avec les travaux «le MM. de koninrk et Van ncnedeu.Nous laissons la parole à M. d’Omalius: « La partie la plus ancienne du sol belge appartient à un grand massif, qui s’étend depuis l’Kseaut jusqu’à la Diemel, et qui a été longtemps désigné sons les noms, trop vagues , pour la géologie actuelle , de formation du Thomcliiefer ou de terrain ardoisier , sans que l'on (lit parvenu à établir de bonnes divisions.

Dumont lui-même, avec son coup d’œil perçant, s’y était déjà essayé sans obtenir un résultat satisfaisant. Mais il présenta à l’Académie , en 181-7 et 18i8, deux grands Mémoires qui devaient former les deux premiers chapitres de l’explication de la Carte géologique, et dans lesquels il divisait les dépôts dont il s’agit en deux groupes, sous les noms de terrain ordonnais et de terrain rhénan. Ces groupes comprenaient eux-mêmes six systèmes que, fidèle à ses principes de nomenclature ('), Dumont désignait par les épithètes de Derillien, Itérinien , Salmien, Cedinnien, Coblemien et Mtrien. Cet immense travail est demeuré jusqu’à présent le dernier mot de la science, et n’a pas encore été contredit dans aucun de ses détails. » — A mesure que notre géologue étendait le champ de ses recherches, il sc préoccupait davantage, ainsi qu’on l’a indiqué, des grandes théories scientifiques. Nous citerons notamment l’application qu’il lit, en 1852, de la théorie des soulèvements lents à la description des terrains supérieurs de la Belgique, déposés presque toujours horizontalement, et dans lesquels la ressemblance des caractères paléontologiques et minéralogiques rendait indiscernable la succession des époques. La géométrie, selon Dumont, peut conduire à des résultats presque aussi certains que l’observation de la continuité des couches.

Tous les phénomènes de la nature ont leur continuité; les violentes révolutions

{') V. la note précédente.

du globe sont annoncées par des mouvements insensibles dont elles peuvent bien notre qu’un maximum, et qui se prolongent encore après la crise. Ces mouvements lents ne se sont pas étendus sur des espaces aussi considérables que les soulèvements brusques; néanmoins, en mainte circonstance, il est possible de reconnaître, sur plusieurs centaines de lieues, des traces non équivoques de leur passage. « Or, lorsqu’en des localités différentes, on constate que divers mouvements lents se sont succédé dans le même ordre, en présentant les mêmes circonstances, on peut souvent en conclure qu'ils ont été produits simultanément ; que l’élévation ou l'abaissement constaté en un point correspond à l’élévation ou à l'abaissement observé dans l’autre; que les mouvements qui ont eu lieu d'un côté d'un axe d’oscillation sont corrélatifs aux mouvements en sens inverse qui se sont manifestés de l'autre , et que par conséquent les couches qui se seront déposées de part et d'autre pendant les mouvements simultanés sont contemporains, quelles que soient d'ailleurs les différences minéralogiques ou paléontologiques qu’elles peuvent présenter » <v * ). Cette méthode conduisit notre géologue à établir que le sol de la Belgique, pendant la formation des couches landéniennes (éoeène inférieur) , s’était successivement abaissé par rapport à l’Océan, et que, pendant l’époque yprésienne (éoeène moyen), le sol avait éprouvé un double mouvement ascensionnel et de bascule jusqu’à la tin de l’époque tongrienne (éoeène supérieur) ; que, d'autre part, ces mouvements s’étaient répétés avec une grande similitude en Angleterre et en France. A l'époque de la formation landénienne, abaissement du sol et couches en débordement ; à l'époque de la déposition des argiles de Londres et d'Yprcs, mouvement ascensionnel , compliqué d’un mouvement simultané de bascule.

Dumont put reconnaitre, sur le terrain même, les résultats de ces deux derniers mouvements, dont le premier

( *) Dumont [lluttetin de r.Aend., I. XIX), ap. Knyn, p. 190.

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restreignit les limites des bassins, tandis que le second en déplaça le centre, c’est-à-dire le point le plus bas ; de là les différences importantes qu'on remarque dans les formations tertiaires de la Belgique, du Nord de la France et de l'Angleterre, à l’époque tongrienne.

» Pendant que le mouvement reculait vers le Nord les limites des mers de la Belgique et mettait à sec le bassin de Londres, il déplaçait, vers le sud, le centre géologique des bassins de Paris et du Hampshirc et transformait enfin ces bassins marins en lacs. Un abaissement général ramena, comme on l’a vu, les eaux marines dans le bassin de Paris, phénomène pendant lequel se déposèrent d’un côté les marnes marines et les sables de Fontainebleau, et de l’autre, les argiles à Cyrena scmislriultt de l’étage supérieur du système tougricn et les sables inférieurs du système rupélien » ( 1 ). C’est ainsi que ies problèmes ardus de la géognosie étaient ramenés par Dumont à des problèmes de dynamique et de géométrie: il parlait iout simplement de la loi de gravité, en vertu de laquelle tous les dépôts sédimentaires doivent se disposer en séries horizontales successives, d’après l’ordre des pliéno-

(') Dumont, ibid. , p. ftJ; iip. Fayn , p. 19 J.

(*) Discours do M. Lâchât, I8o0(v. ciaprès).

i *} M. Trasenstor. — M. Dewalquc (v. ce nom), en modifiant à certaius égards la elüssdlcnlion de Dumont, dit de son côté que ces changements ne font que consacrer tes idées générales de t'illustre auteur, en leur donnant tout leur développement et en montrant avec quelle facilite elles se plient a suivre les inévitables progrès de In science Huit. Acad., 2e série, t. XI, n° t). M. Dewalquc s'est fait un devoir, dans la notice que nous citons (su r le système eifélien du Contins), du répondre péremptoirement à un ingénieur qui reprochait à Dumont d’avoir oublié, dans sa petite carte , uno petite bande de calcaire au sud de Lirobourg. Dumont n'était pas infaillible ; mais scs observations sont toujours scrupuleusement sincères et d'une merveilleuse exactitude. Y. Fayn, p 98 et suiv.

(*) llist. des progrès de la géologie, l. VIII, p. 70. — C’est ici qu’il convient de

mènes. Il demandait l’âge d’un massif à la place qu’il occupe, ù la disposition de ses parties, à la direction des mouvements de sa formation, laquelle subsiste malgré les dislocations des couches et se vérifie par le caractère même de ces dislocations. En procédant ainsi, Dumont ne faisait que tirer de nouvelles conséquences des prémisses qui l’avaient conduit, dès l’dge de vingt ans, à une découverte stratigraphique de premier ordre, et qui plus tard lui firent « débrouiller toutes les difficultés de l’Ardenne » (*).

Si la confection de la Carte géologique de la Belgique a fourni à Dumont l’occasion de rendre d'éminents services à la science, l’œuvre elle-même, heureusement accomplie , constitue pour l’industrie nationale un trésor non moins précieux. Un juge compétent (*) n'hésite pas à déclarer que telle est l’exactitude des observations de Dumont, que ses cartes restei aient, même si l'on en changeait la nomenclature et le groupement des éléments qui y sont établis. M d'Archiac a reproché au géologue belge de n’avoir presque point donné de coupes de terrains dans ses Mémoires descriptifs ('); le fait est que celte allégation esl peu fondée et

dire quelques mois de la Carte minière de la Belgique, précieux complément des recherches de Dumont (v. l’art. DbVaux). lin ingénieur au courant de ce grand travail a bien voulu nous communiquer la noie suivante, que nous nous empressons de mettre sous les yeux du lecteur :

« N'oublions pas que Dumont avait été géomètre des mines avant de sc révéler comme le lumineux interprète de l’un des problèmes les plus ardus et les plus complexes que la nature ail offert à la spéculation humaine.

» C’est sans doute à cette circonstance, et grâce au concours dévoué de plusieurs directeurs de charbonnages, que nous devons le premier essai sur l’allure el lu synonymie des couches du bassin de Liège.

» Quelque incomplet que devait être un travail accompli dans un temps relativement très court, Dumont y a laissé un témoignngo de plus de sa haute intelligence , de son esprit de méthode el de cette espèce de devination propre au génie ; car, il convient de le remarquer, son aptitude naturelle était ici

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que les descriptions de Dumont ont toute la clarté désirable, î» ce point que le lecteur peut généralement reconstruire la figure. D'ailleurs, nombre de

tenue en échec par l'impossibilité d’observer directement l’ordre de succession de toutes les couches de houille.

» Son Mémoire sur la constitution géologique de la province de Liège a été souvent consulté.

» Malheureusement, l’échelle réduite de la carte qui l'accompagne et le manque de renseignements sur la position des couches en profondeur, n’ont pas permis aux ingénieurs et aux exploitants des mines d’en retirer tout le fruit qu’ils pouvaient espérer.

» Toutefois, les jalons qu'il a posés n’ont pas été perdus et, comme le dit M. Fayn dans son excellent ouvrage sur la vie et les ira vaux de Dumont, « ils ont servi de point de » départ à toutes les études nouvelles enlrc- » prises de nos jours sur le raccordement » des diverses couches de houille dans la » province de Liège. »

» Sur l'initiative et à la suite des vives instances de feu M. de Vaux , inspecteurgénéral des mines, le Gouvernement a décrété la confection d’une carie générale des mines du pays ( 1 ).

« Un spécimen de celte carte, comprenant l’important groupe houiller de Seraing, a figuré à l’Exposition universelle de Paris en 18(57. Les hommes compétents ont eu ainsi l'occasion «l’apprécier la valeur et les hases de ce travail.

» La carte est dressée à une échelle suITlsantc (I à .y>000) pour renseigner toutes les circonstances de gisement qui peuvent intéresser le mineur. Elle fait connaître le mouvement de toutes les couches de houille exploitables, non par un simple trait comme il a été pratiqué jusqu’à ce jour, mais au moyen d'une tranche horizontale d’une certaine épaisseur. Par une heureuse application des projections cotées, ce système permet de suivre les mouvements les plus compliqués, les (ailles et les dérangements «lonl les couches sont affectées, et laisse en quelque sorte deviner leur allure en profondeur ( *).

* La tranche choisie pour le bassin de Liège a une hauteur verticale de cinquante mètres, comprise entre 140 et 190 mètres

(• ) M.J. VnnSeherpcnHH'lTliim, acrêgAn l’Cnivorsile «le l.ii^o et ingénieur primipnl des ruine., a été «luirgé île io serviro, auquel e-t adjoint M. l'ingé- }) ic ni ordinaire dry» mine* R. Malherbe.

coupes ont été publiées, et enfin, avant de porter un jugement définitif, il faut alUMidrc que M. Dewalquc ait mis au jour les notes laissées par son maître.

sous le niveau de la mer à Ostendc. C'est celle qui correspond en moyenne à l’exploitation actuelle et qui présente par conséquent le plus grand intérêt pour le moment.

» La hase réelle du travail consiste dans une série de coupes verticales, très- rapprochées les unes des autres, sur loute l'étendue du bassin et suivant dos plans généralement parallèles.

» Ces coupes donnent la configuration du lorrain houiller à toute profondeur et, si on le désire, le tracé immédiat d’une carie générale à un niveau quelconque. Elles permettent aussi de counailre la position probable des couches de houille dans une tranche déterminée de terrain destinée à l’exploitation. Sous ce rapport, la carte qui s’exécute rendra les plus grands services aux exploitants, car ils seront fixés d’avance sur la direction à donner aux travaux préparatoires, sur les obstacles à vaincre et sur la durée de l’exploitation proposée.

>■ On conçoit facilement les difficultés et les lenteurs de ce travail, qui réclame le dépouillement de tous les plans cl documents relatifs aux travaux de mines, la recherche des anciens travaux signalés par la tradition ; de plus, des opérations géodésiques très-délicates, des visites souterraines fréquentes et laborieuses; enfin, des éludes et des essais sur le mouvement probable des couches dans les territoires inexplorés, soins capables, .à eux seuls, de lasser la patience d’un Bénédictin.

«> On peut affirmer que, de son vivant, Dumont eût applaudi à l’exécution d'une Carte générale des mines de Belgique, puisqu’on lit dans son Mémoire précité, page 200 : « L’élude des mouvements que font les » couches de houille est de la plus haute im- » portance pour la géologie de la province » de Liège, en ce qu’elle jette un grand jour » sur la disposition de toutes nos roches y primordiales et sert à déterminer leur âge » relatif. ► Or. celte vérité est surtout applicable au bassin houiller du llainaut, recouvert sur une grande étendue par des dépôts puissants de terrains plus récents, qui le dérobent aux investigations du géologue. »

(*) M. le professeur J. P. Selimil, dan» son Cours • la géométrie dosoripüve en voie de pulilirnlinn , a fait ressortir les ressource* que présenté istue nié • tlioile pour la représentation des surfines géologique».

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La précision des études de Dumont peut être appréciée par l’exemple suivant: « Le ministère des travaux publics ayant alloué des fonds pour faire dans la station de Hasselt un essai de puits artésien jusqu'à iOümèt.de profondeur, notre géologue fut consulté sur le succès plus ou moins prochain de cette entreprise. On était arrivé à la limite fixée par le Gouvernement. Dumont, sur l’inspection des échantillons qui lui furent envoyés, engagea le ministre à continuer l'essai au moins jusqu'à la première couche aquifère. Les fonds furent accordés et , à la limite des marnes heersiennes, on trouva la couche glauconieuse et aquifère cherchée :

en une nuit, les eaux jaillirent à plus de trois mètres au-dessus du sol. La connaissance géologique de notre pays, que Dumont possédait jusque dans ses plus minutieux détails, lui avait fourni la solution d’une des plus belles questions d'hydrographie souterraine qui puisse intéresser la science de l'ingénieur » ( ' ). L’utilité pratique des cartes de Dumont est aujourd’hui de plus en plus appréciée. Elles évitent d’abord des mécomptes à l’industrie charbonnière, en indiquant les limites exactes de nos bassins houillers, aussi bien dans les parties où ces limites sont cachées sur des dépôts superficiels que là où elles sont découvertes : hors de là, les explorations pour trouver de la houille seraient inutiles. D'autre part, ajoute M. Fayn, la recherche des filons de zinc, de plomb, de fer, ne pourra se poursuivre que dans une certaine direction , rendue facile par la délimitation exacte des diverses bandes quartzo-schisteuses et calcaires du terrain anthraxifère. En consultant la carte géologique, l’ingénieur et l’entrepreneur de travaux publics connaîtront la

( 1 ) Dumont s'occupa aussi, pour la villo de Liège, de la recherche d'eaux souterraines (!8.>1) et proposa une solution remarquable. Le plan adopté et exécuté depuis est dû à son neveu, M. l'ingénieur Gustave Dumont. L'auteur de la carte géologique nous apprend, dans son rapporta la ville de Liège, qu’il s'occupait d'un vaste travail intitulé : Del’ existence cl de la forme des divers bassins

nature, la cohésion et la dureté des terrains à entamer pour la construction d'un ouvrage d’ai l quelconque ; l'entrepreneur de puits artésiens saura quels sont les points où il peut obtenir de l’eau jaillissante; l’architecte pourra trouver des matériaux de construction , des pierres à chaux , etc.

Enfin le pays y trouvera l’amélioration de son sol cultivable, par l'emploi bien entendu des amendements, et, comme corollaire, l’augmentation de ses richesses territoriales (*).

Dumont s’est beaucoup occupé des rapports de la géologie avec l’agriculture; c’est là le troisième point de vue sous lequel il convient de considérer la Carte géologique. Notre observateur reconnaissait en Belgique sept zones géologico-agricoles : l 'Ardcnne aride, quartzeuse et schisteuse, qui a besoin d’être amendée par la chaux; au sud.

une petite contrée se rattachant géologiquement à la Lorraine, par les terrains jurassique et triasique : les céréales sur le calcaire, les pâturages sur l’argile, les sables infertiles; puis le Condroz, dont les bandes alternativement quartzoschisteuses et calcareuses appartiennent au terrain anthraxifère et présentent une végétation brillante ici, là maigre et chétive comme en Famïnc , si le quarlzoschisle n’est désagrégé et amendé; la Hesbayc argileuse, embrassant toute la zone du limon hesbayen depuis la Meuse jusqu’à Ypres, Audenarde, Alost , Yilvorde , terre fertile entre toutes ; la Campine plate , sableuse et stérile ; entre Fûmes et Anvers, une zône d’argile moderne, parfaitement horizontale, pays de riches prairies ; enfin, le long des côtes, les sables mouvants des dunes, non encore appropriés à la culture. Dans un de ses rapports à l’Académie, Dumont posait des règles et

hydrographiques souterrains de la Belgique. Cet ouvrage est resté manuscrit. V. Fayn, p. 22 et 23.

(* ) Fayn, p. 18. On fait ici allusion, entr'aulrcs, aux sondages exécutés en Campine, sous la direction de Dumont, pour déterminer la profondeur des couches argileuses qui peuvent être employées à l'amélioration du sol de cette contrée.

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