‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 52 sur 351 · OUM · texte numérisé non relu

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ralliant au projet de M. Eugène .Simonis, décida <|u'une statue en bronze, représentant le savant géologue debout, vélu de sa robe de recteur, serait élevée sur une des places publiques adjacentes à l'Université. On jugea finalement convenable d’élever ce monument en face même de la Salle académique, à la place occupée jusque IJ» par la statue de Grétry , qui fut transportée devant le Théâtre royal.

L’inauguration solennelle eut lieu le 17 juillet 1 8(>G, en présence de LL. MM.

le roi Léopold II et la reine des Belges, au milieu d’une foule d’élite où l’on remarquait plusieurs géologues éminents venus de l’étranger, et d’un concours immense de peuple. Non seulement la veuve et les enfants de Dumont assistaient à la cérémonie, mais il fut donné à une mère de voir rendre à son fils un hommage que la postérité lointaine s’arroge ordinairement seule le droit de décerner aux hommes illustres. Ce fut une journée d’enthousiasme et d’émotions, car Dumont avait payé de sa vie l’apothéose qu’on lui décernait. Ses amis, scs anciens élèves, en énumérant avec orgueil ses litres à l'immortalité, ne pouvaient s’empêcher de remarquer que ce bronze monumental qui leur rappelait ses traits perpétuait aussi le souvenir de son holocauste. Un autre hommage fut encore rendu par la ville de Liège à la mémoire du défunt : l’ancienne rue du Collège reçut le nom de rue André Dumont.

Trois semaines après la mort de notre éminent concitoyen, M. Sedgvick, ancien président de la Société géologique de Londres, justifiait d’avance, dans une lettre à M. de Koninck, les distinctions exceptionnelles dont

Dclahaye, ingénieur en chef «tes ponts et chaussées ; Dewandre, prés, «le la Suc. «l'Emulation ; le général Fridcrix , directeur «le la funderie royale de canons; de Koninck, prés. de la Soc. roy. «les sciences; Mucseler , ingénieur des mines de tro classe; Muller, membre de la Députation permanente; , pro-rccteur do l'Université ;

de Sélys-ljinycliainps, sénateur, membre de l’Académie; üeTornaco, sénateur, prés, de la Conim. d'agrie. de la prov. «le Liège;

nous venons de parler. « Sur le terrain, comme observateur pratique, écrivaitil, Dumont n’a pas d'égal parmi les géologues du continent. » On peut ajouter, avec M. Nypels. que son nom sera respecté cl lionoié aussi longtemps qu’on s’occupera de la constitution physique de notre globe. Ses qualités personnelles furent à la hauteur de son savoir : c'est tout dire. On n’a pas eu seulement à regretter en lui le savant, l’investigateur de premier ordre , le professeur modèle, mais l’homme intègre qui refusa son concours aux plus brillantes offres de l'agiotage et sut conserver à la fois sa propre estime et celle de ses concitoyens ( 1 ) ; le sage austère dans sa vie, inflexible poursuivant de la vérité, ne transigeant jamais avec ses convictions, mais en même temps timide comme un enfant dans les relations privées, le plus doux, le plus simple, le plus bienveillant des hommes. Sa candeur et sa bonté lui attiraient tous les cœurs; il y avait dans sa voix claire et sympathique, dans ses manières naturellement élégantes et pleines de convenance, dans son sourire joyeux et franc, dans la sérénité de son beau front, dans la limpidité de son regard, un charme auquel personne ne résistait. D'autre part il inspirait toute confiance, non seulement à raison de la clarté de ses idées, de son esprit d’ordre et de précision , mais parce qu’ûn lui connaissait une extrême délicatesse . qui l’empêchait de hasarder une opinion sur ce qui n’était pas démontré à ses yeux. C’est sans doute à celte loyauté rigide, autant qu’à son ardente et inépuisable curiosité, qu'il a dû d'atteindre un rang si élevé parmi les observateurs de la

Donckier, délégué pur les souscripteurs au portrait «le Dumont ; Ch. Horion, K. Landais et C. Malaise , étudiants, respectivement délégués par les éleves d<* l'Université, «les Ecoles spéciales et de la Faculté des sciences ; Trasenster, président de l’Association des ingénieurs sortis de l'Ecole de Liège, secrétaire, et van lloanck, ingénieur civil, trésorier

« * ) Lettre de M. Border (Paris, 18 mars 1857).

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nature. Peu de savants ont rassemblé autant de faits et avec une pareille précision; il n’en est que plus douloureux de penser que sa carrière a été brisée au moment où il commençait à tirer parti de tous ces trésors, pour remonter par la synthèse aux formations des premiers âges.

La science ne s’arrête jamais ; nul ne peut prétendre ù la gloire de l’avoir reculée jusqu'à ses dernières limites.

Mais si l’œuvre de Dumont a déjà été perfectionnée et rectifiée dans quelques détails, la partie essentielle en est restée debout. M. Fayn résume comme suit « les quatre découvertes principales dont tout l’honneur lui appartient et qui resteront lumineuses dans les traditions de la géologie: t° la découverte de la constitution du terrain anlhraxifère disposés en bassins et en selles, et l’âge relatif des divers systèmes calcareuxct quartzo-schisteux qui le composent, la plus grande découverte stratigraphique du siècle; 2" la découverte de la discordance de stratification qui existe entre le terrain ardennais et le terrain rhénan, laquelle a eu pour résultat de doter la science du terrain rhénan; 3° dans les terrains secondaires, la position et les rapports straligraphiques du grès de Luxembourg et par conséquent l'âge relatif des diveres assises de lias ; 4° enfin, dans les terrains tertiaires, la supériorité des argiles de Boom sur les sables bruxelliens, démontrée ù l’évidence par la description de nombreuses coupes de terrain ». En géogénie, les idées de Dumont ne sont connues que par son enseignement ; c’est à deux de ses anciens élèves, MM. Fayn et Horion C f, qu’il faut s’adresser pour en acquérir une notion un peu claire. A l’ancienne division des terrains en plutoniens et neptuniens, Dumont ajoutait une troisième série, les terrains geysériens , également distincts des uns et des autres (*). Comme les terrains plutoniens, ils ont clé engendrés intérieure-

( 1 ) Fayn, p. 289 cl suiv. — Ch. Horion, André Dumont et la philos, de In nature .Dresse Scientifique des Deux-Mondes, l. I ; 'ir édit. Liéfe, Carmannc, 1866, in-8").

(*) Bull, de l’Académie, l. XIX.

ment en filons et en amas et ne présentent point de fossiles ; mais, tandis que les premiers ont été produits par section ignée, ceux-ci proviennent d’émanations gazeuses et aqueuses; on ne saurait d’autre part les confondre avec les terrains neptuniens, à raison des substances métallifères et lithoïdes qu’ils renferment, de leur texture cristalline non uniforme, concrctionnée , celluleuse, compacte, à raison enfin de leur origine, de leur forme non stratifiée et de l’absence de débris organisés. Us ne sont pas aussi étendus que les autres, mais importants comme objet d’exploitation. La division chronologique des terrains plutoniens et geysériens n’est pas aisée, parce qu’ils ne se sont pas produits d’une manière continue. Deux séries identiques de terrains plutoniens ne sont pas nécessairement contemporaines; au contraire: s’il y a eu éjection sur un point, celte éjection a dû retarder les éjaculations sur d’autres points du globe. Si l’on doit prendre un terme de comparaison pour celle chronologie, c’est aux terrains neptuniens qu’on s’adressera : c’est ainsi qu’on pourra juger de l’âge d’un terrain plutonien par les fragments neptuniens qu'il contiendra, etc. Dumont formule ici un ensemble de règles très-remarquables. L’explication de la formation des filons métalliques (geysériens) n’est pas moins intéressante (*); Dumont combatiit l’opinion de Werner, qui en faisait le résultat d'alluvions superficielles ; les faits démontrent qu’ils ont été formés par des émanations analogues «à celles des Geysers et des sources minérales.

D’autre part, la nature des roches encaissantes influe sur la composition du filon , et les affleurements subissent l’action des agents atmosphériques.

Dans la théorie des formations neptuniennes , Dumont considère les formations générales, locales et indépendantes; il montre avec quelle lenteur elles se produisent, à quels bouleversements

i3) Celle élude se rattache de près aux expériences tentées de nos jours pour imilor artificiellement les filons métalliques (V. l’ouvrage de M. Gurll, Irad. par M. Duwalquu).

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elles sont exposées, tire des inductions aussi bien des soulèvements brusques que des soulèvements lents, puis discute tour à tour la valeur du caractère minéralogique et du caractère paléontologique. C’est sur ce dernier point, nous le savons, que son système a été principalement mis en cause ; mais c’est aussi sur ce point que ses argumentations sont particulièrement pressantes.

Il était singulièrement frappé de l’hypothèse de M.de Boucheporn, que l’axe de la terre aurait changé de position à chaque révolution géologique; de Ut des changements brusques de climat, des races détruites, le développement des êtres organisés recommençant dans des conditions nouvelles ; et l’on comprendrait parfaitement, par exemple, que des êtres équatoriaux se trouvassent dans des formations postérieures ù d’autres formations renfermant des êtres polaires. Nous ne pouvons insister : il sullit ici d’indiquer la place que Dumont occupe dans l’histoire de la science.

Voici, par ordre de dates, la liste de ses travaux scientifiques ( 1 ) :

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