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parcourut la Prusse, la Saxe, la Bohême, l’Autriche, la Turquie, la Grèce, l’Halie et la Sicile, le Midi de la France et l'Espagne. Ce voyage est un travail d’Hercule î s’écrie son biographe. N'oublions pas que Dumont est malade ; lui seul a l’air de ne pas s’en apercevoir. Il distance scs compagnons ; finalement on renonce à le suivre. 11 porte avec, lui son marteau de géologue et son carnet de notes; il observe partout le terrain, trace des coupes à la hâte, confère avec les ingénieurs, assiste aux débats des Académies, qui accueillent sa présence par des applaudissements, se multiplie enfin pour tirer tout le parti possible du peu de temps et de force dont il dispose encore. Il débute à Berlin par des entretiens avec Humboldl; il noue des relations scient iliques à Dresde, à Vienne, à Constantinople ; en Grèce, il s'aventure dans des vallées sauvages et infestées où nul n’ose le suivre ; â Borne, il discute avec le Pape sur la richesse du territoire pontifical ; il sonde les mystères du Vésuve et de l’Etna ; il contourne l'Espagne, pousse jusqu'à Gibraltar et se décide à entreprendre , â cheval , tout le voyage de l’intérieur de la Péninsule. Le 2 novembre, il arrive à Bordeaux; le 5, il assiste à une séance de l’Académie de Bruxelles et vérifie au ministère 75 exemplaires de sa carte géologique, aussi tranquillement que s’il n’était pas sorti de chez lui (*). Le surlendemain, sa famille , ses amis et trois cents élèves vont le recevoir â la station du chemin de fer. A peine prend-il le temps de s’abandonner aux douces effusions de l’intimité : il est obsédé par un nouveau projet conçu en route ; trompant la surveillance de ceux qui l’entourent, il se renferme dans son cabinet pour coordonner les éléments d'une carte géologique de l’Europe entière. L’Exposition universelle de 1855 est annoncée ; à tout prix, cette œuvre grandiose doit y figurer. Tout d’un coup cependant , il hésite : il vient d'apprendre que l’illustre géologue anglais
(«) Ibid., p. 50.
(*) MM. Elic de Beau mont, Dufrénoy, Leplay, Gallon, de Vaux, de Chancourlois, Ha-
Sir R. 1. Murchison est sur le point de publier un travail semblable. Quelques amis, plus zélés pour sa gloire que pour sa santé, triomphent de son incertitude : il reprend ses matériaux avec une ardeur fébrile ; la carte, entièrement achevée , est mise sous les yeux de l’Académie le 7 juillet 1855. Elle figura manuscrite à l’Exposition de Paris , à côté de celles que nous connaissons déjà, de la Carte du sous-sol de la Belgique , décrétée par arrêté royal en 1855, et de la Carte géologique de Spa, Thcux et Pepinster, achevée en 1851.
Les journaux apprirent bientôt à Dumont que le jury de la première classe, composé des hommes les plus compétents (*)« lui avait décerné une grande médaille d'honneur. « D'abord il ne voulut pas y croire, regardant comme impossible, dit M. E. Bède, nnechosc qu’il ertt trouvée toute simple s’il se fût agi d’un autre que lui (*). » Le rapport du jury sur les travaux de notre compatriote était ainsi conçu : « Les travaux de M. Dumont se distinguent /w un rare talent d'observation , qui l’a conduit à subdiviser les formations beaucoup plus qu’on ne l’a fait jusqu'ici. C'est ainsi que le système devonien du Ceological Surrey est composé , suivant M. Dumont, de huit parties très-distinctes , dont cinq se rapportent à son terrain anthraxifère et trois â son terrain rhénan. — Bien que futilité pratique de ces subdivisions ne soit pas encore généralement admise et qu'elle ait eu pour conséquence d’imprimer à M. Dumont une tendance à s’écarter de la nomenclature la plus employée , on ne peut méconnaître la haute importance des travaux de cet éminent géologue; car, il faut le dire et le répéter, toute la géologie de la Belgique est le fruit exclusif de ses propres observations. Un semblable travail , exécuté, d’une manière aussi consciencieuse , suffit à remplir la vie d'un homme et doit appeler sur son auteur les distinctions les plus hautes. En conséquence , le jury , appréciant la valeur scientifique
mitlon, W. Srayth, Overwog et Rittinger.
(*) A finales tle t'cnicignemeiu public , t. !. p. 236. — Fayn, p. 84.
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des n*uvres de M. Dumont en général et spécialement leur utilité pratique , tant pour l'agriculture que pour l’industrie minérale, estime qu’il y a lieu de lui accorder une grande médaille d’honneur. » L’opinion individuelle d'un grand nombre de savants ratifia ce jugement : la C.(irh‘ géologique de la Belgique fut mise par M. Elle de Heaumont sous les yeux de ses auditeurs du Collège de France ; M. Constant Prévost, de la Sorbonne, la qualifia publiquement de monument national et scientifique ; M. Gravez laissa déborder son enthousiasme. Le 27 septembre, Dumont fut appelé à l’honneur de présider la Société géologique de France. Son triomphe fit événement à Liège : l’Administration communale organisa une fête pour recevoir les lauréats de l’Exposition ; Dumont en fut le principal héros. Le bourgmestre alla le recevoir au chemin de fer et le conduisit à l’Hôtel-de- Ville ; les étudiants se pressaient sur les pas de leur vénéré maître ; le cortège pouvait à peine avancer. Le 2 décembre. la Société d’Emulation, réunie en assemblée générale, décerna par acclamation , au savant liégeois , le titre de membre honoraire , dérogeant ainsi à ses statuts , qui ne permettent pas d’accorder cette distinction à un concitoyen domicilié dans la commune.
Le 8, M. de Decker, ministre de l'intérieur, se rendit exprès îi Liège pour assister, avec un grand nombre de notabilités, au banquet offert par le Corps professoral à Dumont et à M.
Gloesener (v. ce nom) , pour célébrer leurs succès scientifiques. Le roi de Suède, d'autre part , envoya à Dumont la Croix de l’Etoile polaire ; le 17 décembre, le roi des llelges le proclama Commandeur de son Ordre. Enfin, les étudiants voulurent offrir à leur Lecteur (Dumont avait été élevé à ce poste le 25 septembre) un témoignage durable de leur estime et de leur affection. Ils s’adressèrent à l’éminent artiste liégeois, M. Eugène Simonis, qui répondit
( 1 ) Remise solennelle (lu buste en marbre offert à 31. Dumont par les étudiants de l'Université. Liège, Desoer, 1 85ti, in-8°.
(* ) Notamment la théorie de N. de Bou-
ù leur appel en patriote désintéressé.
Une manifestation grandiose et touchante eut lieu dans la Salle académique , lorsque plus de sept cents élèves , en présence de l’élite de toute la province, vinrent rendre hommage au talent modeste de Dumont et lui offrir.au nom de l’Université, son buste en marbre. MM. Daslot , Lâchât et Boekstael , respectivement organes de la Faculté des sciences, de l’Ecole des mines et de toute la jeunesse universitaire , rappelèrent les principaux titres de Dumont à la reconnaissance publique, développèrent l’excellence de sa méthode, énumérèrent avec orgueil ses découvertes, célébrèrent sa bonté paternelle et son dévouement à scs disciples. On peut se représenter l’émotion du digne maître au moment où M. Boekstael lui remit le procès-verbal de la séance où les étudiants avaient pris leur décision. « Ce témoignage, dit-il, je le reçois de tout cœur parce que de mon coté je vous aime... Ge buste m'installe à jamais au milieu de de vous et ces parchemins seront parmi les étudiants mes titres de noblesse... (*). «
Ici se place un incident qui a donné lieu, en son temps, à toutes sortes de commentaires. En sa qualité de recteur de l’Université, Dumont dut présider pour 1856-1857 la séance solennelle de rentrée, et y prononcer le discours d’usage. Il choisit pour sujet l'origine du monde physique et la théorie de sa formai ion. Le Journal de Liège du 17 octobre 1856 analyse comme suit ce morceau : « Après avoir exposé les notions d'espace, de temps, de matière, de force, d’infini , les rapports de l’esprit et de la matière, etc., M. Dumont s’est livré à des considérations de l'ordre le plus élevé sur l’existence d’un fluide universel (l’éther) distinct de la matière pondérable qui forme les globes répandus dans les espaces. Il a esquissé à grands traits les théories actuelles (*) sur le rôle de l’éther dans les phéno-
cheporn ( Etudes sur l'histoire de la terre et sur les causes des révolutions de sa surface. Paris, 1841, in 8° ; Du principe général de la philosophie naturelle. Paris, 1853, in 8°.
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mènes de la lumière , de la chaleur, de l’électricité, ainsi que sur la constitution moléculaire des corps, sur l’action des forces attractives, sur l’origine de la gravitation, sur la formation de notre système solaire, etc. Il a aussi abordé tous les plus grands problèmes de l’ordre physique, et malgré les difficultés du sujet traité, il a su constamment captiver l’attention et l’intérêt de l'auditoire.» Or c’est en vain que l’on chercherait le texte de ce discours, soit dans les journaux île Liège, soit en tête du programme de l’Université pour 1850-1857. Pourquoi celte supression?
On a dit que des collègues de Dumont avaient cru trouver dans son discours quelques traces de panthéisme et pour ce, l'avaient engagé à le garder par devers lui. Nous ne savons jusqu'à quel point celle supposition est fondée; dans tous les cas Dumont n 'inclinait en aucune façon vers le panthéisme ; cette conviction résulte en nous des entretiens que nous eûmes avec lui, lorsqu'il nous lit l’honneur de nous communiquer son discours, quelques jours avant de le prononcer. Nous nous permîmes seulement de lui faire quelques observations sur l'exactitude de certains termes; le fait est qu'il n'avait pas l'habitude du langage philosophique et qu'il n’avait guère lu dans ce domaine que les écrits de Deslutt Tracy ; il était resté presque étranger à ce qui ne se rattachait pas immédiatement à ses études favorites.
Depuis quelques années, il s’élail sérieusement préoccupé des problèmes de la géogénie; mais les questions spéculatives proprement dites ne s’emparaient guère de son esprit, bien qu’il fût loin d’être indifférent en matière religieuse. Son discours était le fruit d'un travail trop hâtif; bien loin de le supprimer, il s’occupait de le revoir lorsque la mort vint le surprendre (').
Dumont vécut, nous l'avonsdil, pour une idée unique; il ne connut d’autres
t* 1 Ibnl.y ]>. 43.
(*;• lloumurx funèbres rendu* à J/. André-lluberl Dumont, recteur de l'IJuiverxilé de l.iéye, etc. Liège, Desocr. 1857, in-8”.
( * ! Elle se composait de MM. de llossius-
joies que celles de la science, et son ardeur fébrile le consuma avant le temps. Il vint un moment où la nature triompha de la force de sa volonté. Il vint un moment où ses élèves le distancèrent dans les excursions géologiques; alors il se vit perdu. Il continuait ses travaux : il avait encore tant de choses à faire ! Les résultats de tant d'observations û publier, des lois générales à formuler, une théorie d’ensemble à élaborer! Il sentait la terre manquer sous ses pas, la plume échapper à sa main défaillante, et pourtant, malgré ses médecins , malgré sa mère adorée, il marchait toujours, il travaillait toujours. Son enseignement achevait de le tuer, et il enseignait toujours, il venait d’ouvrir un nouveau cours qui devait durer deux ans, et où il voulait embrasser dans une vaste synthèse toutes ses idées sur les origines du globe; l’heure fatale sonna tout d’un coup. Il s’éteignit en deux jours à la suite d'un anthrax; pendant qu’il agonisait il parlait encore de scs élèves (’). La nouvelle de sa mort eut un douloureux retentissement. On lui fit de magnifiques funérailles. L’évêque de Liège prononça son éloge funèbre dans l'église de St-Denis; i» la Salle académique, le gouverneur de la province se joignit aux autorités universitaires pour rappeler les hautes qualités du défunt ; à la Chambre des représentants, M. le Ministre de l’intérieur déplora publiquement la perte irréparable que venait de faire l’Université de Liège. Les élèves de l'Ecole des mines prirent le deuil pour un mois(,L Une souscription publique fut immédiatement ouverte pour élever un monument ît celui qui avait si bien mérité du pays ; une Commission de vingt membres se chargea de recueillir les dons et de déterminer le caractère du projet (*). Bientôt une somme de 25.000 1rs. fut réalisée : la Commission, se
Orluiii, président du Conseil provincial; /*. llehr, id. du Comité des charbonnages; Capitaine, père, id. de la Chambre de commerce de Liège; Closset , bourgmestre de Liège ; de Cuyper , inspecteur de l'Ecole des mines et directeur de la liera e universelle ;