‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 77 sur 351 · ME Y · texte numérisé non relu

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Meyer désigna M. Fiess, Luxembourgeois eommelui; M. Fiess ne quitta plus la bibliothèque, et l'on sait ce qu’elle est devenue entre ses mains.

Meyer, étudiant et enseignant à la fois, songea à se faire recevoir docteur et à se rendre ensuite à Paris, pour y entendre les mathématiciens les plus célèbres. Il rédigea sa thèse ('), mais ne se présenta pas à l’examen , quoiqu’en aient dit sesbiographes(*). Il partit pour la grande ville, ayant tout juste assez d’argent dans sa bourse pour y arriver : là, il fallut vivre, et il vécut, mais à quel prix? il ne recula pas devant le travail manuel le plus vulgaire : ce fut le corps, celte fois, qui nourrit l'intelligence. Il suivit néanmoins avec assiduité les leçons des maîtres, et comme le héros de certain roman anglais, il prit l'habitude de lire, aux étalages des libraires en plein vent, les livres qu’il n’avait pas le moyen d'acheter. Enfin il rentra dans sa patrie en 1820, pourvu d’une chaire au Collège d’Echternach.

Quelle chaire! U fallait enseigner le latin, le grec, le hollandais, l’allemand, les mathématiques : il est vrai que tout le personnel de l'établissement se composait de deux professeurs. Heureusement, en 1828, il fut nommé professeur de mathématiques à l’École militaire de Breda. Il n’y resta pas plus d’un an : on le retrouve en 1851 professeur au Collège de Louvain, et en 1852 à l’institut Gaggia, consacrant scs moments de liberté à préparer des élèves pour l’École militaire, alors dirigée par le colonel Timmerhans. En 1851, cette institution ayant reçu son organisation définitive, Meyer y fut nommé professeur. Mais il n’était pas au bout de ses tribulations. « Son caractère indépen- » daul n’allait pas à certaines positions, » et nous voyons ici éclater au grand » jour la cause véritable des malheurs » de toute sa vie. On avait imposé à » son enseignement une condition con-

{ ' ) Elle a été imprimée (De maximis et minimi» ; Luxemb., Lamorl, 1830, in-4°).

(*) Meyer ne fut reçu docteur que le 16 juin 1832.

(*) .if. Antoine Meyer , Notice par E. Bèdc ( Annale t de ïen*ei<jnement public, t. I, p. 360).

» traire à la liberté du professeur, en » exigeant qu’il suivit dans ses leçons » un certain ouvrage. Le savant, père n de famille, avait cédé; mais un jour » sa lière intelligence se révolta en prén sence de l’incapacité de ce guide » qu’on lui avait imposé, et rejetant au » loin le livre obligatoire, il s'écria » qu’il ne pouvait enseigner de telles » absurdités. L’acte était d’autant plus » grave que l’auteur de ce livre existait » et occupait une haute position dans » un pays voisin. On exigea de Meyer » des excuses : il répondit par sa dé- » mission, et lorsqu'on lui demandait u où il comptait aller après avoir ainsi » renoncé à son seul moyen d’exis- » lencc : sous le ciel bleu , disait-il ; ce » ne serti pas la première fois » (*). Il resta effectivement sans emploi jusqu'en 1858, date de sa nomination à l’Université de Bruxelles, où on lui contia l’enseignement des hautes mathématiques. Il occupa en même temps l'emploi de calculateur au Ministère de la guerre. En 1 859, il profila de la loi du 1 avril pour se rattacher à la famille belge. Dix ans plus tard, il remplaça Lemaire «à l’Universitéde Liège, comme professeur ordinaire, chargé des cours de calcul différentiel et intégral, d’analyse supérieure et de calcul des probabilités!4). « Placé enfin dans une posi- » lion digne de lui, dit M. Bède, il montra » sur le champ tout ce qu'il valait. Sa » vie jusqu'alors agitée et parfois dé- » sordonnée comme celle de tantd’hom- » mes cherchant l’oubli, devint immé- » diatement calme et rangée; son acti- » vite intellectuelle redoubla; toute son » existence fut concentrée dans le cer- » de de son enseignement et de ses » études. Il ne sortait de chez lui que » pour se rendre à l’Université et par- » fois à la Société des sciences, dont » ses travaux enrichissaient les Mémoi- » res. Il ne voyait ainsi que ses col- » lègues et ses élèves, dont il était

(*) S» nomination, vivement combattue, fut un acte <le courage de M. Rogicr, alors au département de l'intérieur. Ou était allé jusqu'à dire à l'honorable ministre : M. Meyer est un valétudinaire ; dans un an, vous devrez lui donner sa pension. — Soit, répondit M. Rogier ; il l'aura bien gagnée.

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» profondément aimé. Ses cours d'ana- » lyse transcendante étaient d’ailleurs « admirables de tous points; il m’a été » donné d'entendre d’illustres profes- » seurs de mathématiques, et je puis » affirmer sans crainte que je n’en ai » jamais vu d’aussi complets. Sa parole » était simple et précise, élégante sans » affectation ; ses calculs rapides, sûrs, » ordonnés avec une rare perfection ; » son exposition d’une lucidité telle, » que ceux qui suivaient ses cours dé- » claraient n’avoir jamais rencontré de » difficultés sérieuses dans les ques- » lions les plus ardues de la théorie » des nombres ou du calcul des pro- » habilités. » Cependant, comme on l’a dit plus haut, sa santé était gravement compromise. L'intelligence était en pleine vigueur; mais le corps restait souvent, pendant des mois entiers, cloné sur un lit de martyre. A peine se sentait-il mieux , qu’il rappelait ses élèves et se hâtait , par des leçons plus fréquentes, de regagner le temps perdu. Aux labeurs de l'enseignement il joignit, avec une rare persévérance, les travaux du cabinet, il se mettait A l'œuvre dès le point du jour, passait sa matinée à faire des mathématiques, et consacrait à des éludes diverses le reste de la journée et quelquefois des nuits d’insomnie, il avait prodigieusement lu et non moins retenu ; sa mémoire était d’une rare précision. Le dialogue entre la goutte et Franklin lui eût été applicable, si ce n'est qu’il avait Uni par être complètement maître de lui-même. C’est ainsi qu’il put en très-peu d'années, malgré ses souffrances, composer un grand nombre d’ouvrages sur les problèmes les plus élevés de la science.

» Kl cet homme, qui passait sa vie A la » recherche des abstractions mathé- » raatiques, avait conservé toute la senti sibilité d’une âme ardente et embouti siastc ; il savait comprendre le beau, » et il l’aimait au point qu’un jour la » vue d’une toile de Raphaël lui arra- » cha des larmes. Il ne se borna pas à

( 1 j .V écroloye liégeois ( par M. Ulysse Capitaine;, 1837, p. 68.

(* ) Nous avons mis à profit, pour les renseignements qui suivent, la Notice de M.

» aimer le beau, il le réalisa. On doit A » son pinceau de charmantes produc- » lions, et plus d’une fois son inspirait tion poétique tit l'admiration de ses « compatriotes » (*). Meyer était correspondant de l’Académie royale de Belgique depuis le 16 décembre 1816.

il a publié (*).

1° Dans les Bulletins de cette Compagnie savante : a) Recueil de quelques développements peu connus en analyse combinatoire (t. XIV, 2P p.); b) Sur la base géodésique que l'on mesure, actuellement dans les environs de Bonn (Ib.) ; c) Théorèmes sur les polyèdres{l. XV, 1re p.) ; d) Résolution d'un problème de calcul des probabilités (t. XV, 2e p.) ; e) Note sur quelques intégrales définies (t. XVI, t" p.) ; f) Note sur le théorème inverse de Bernouilli (t. XXIII, lre p.); g) Différents rapports.

2° Dans les Mémoires de T Académie :

h > Mémoire sur deux fonctions irrationnelles particulières (t. XXI); i) Mémoire sur l'application du calcul des probabilités aux opérations du nivellement topographique (Ib.) ; j) Mémoire sur le développement en séries de quatre fonctions (Ib.); k) Mémoire sur l’intégration de l’équation générale aux différences partielles du premier ordre, d'un nombre quelconque de variables (t. XXVII).

5° Diverses communications de Meyer à l'Académie ont été l’objet de rapports plus ou moins étendus. Avec M. Capitaine, nousmentionneronsles suivantes :

Mémoire sur une nouvelle exposition complète du théorème de Taylor ( 7 août 1817). — Mémoire, sur quelques formules nouvelles de la trigonométries phérique (7oct. 1818). — Note sur l'intégration des différentielles binômes (13 janv. 1819). — Note sur deux intégrales définies d’Euler (5 mars 1819).

— Note sur l'expression du rayon vecteur d'une planète en série suivant les cosinus des multiples de l'anomalie moyenne (2 mars 1850). — Notice sur l'intégration d'un système quelconque d'é-

Capitaine, plus exacte et plus complète que la mMioyruphie académique de 1851, et le discours prononcé par M. Trasenster sur la tombe de Meyer.

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