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mains amies le tirassent de l'oubli.
Meyer avait donné à l'élude des probabilités une extension qu’elle n'avait jamais reçue dans les Universités belges ; les succès qu’il obtint dans son cours sont un sûr garant du mérite de son livre.
Après le savant mathématicien, après le professeur passionné pour ses fonctions, voici l'aimable poète et le linguiste ingénieux. Les vers de Meyer, pleins d’originalité et d’humour, ne sont malheureusement destinés qu’à un public restreint, le dialecte luxembourgeois offrant des difficultés aux Allemands eux-mêmes. Indifférent a sa propre renommée autant qu’insouciant de l'avenir, Meyer rima uniquement pour se délasser, et ne s’adressa qu’à ses compatriotes : cependant les curieux qui désireraient apprécier le talent souple et l’esprit pétillant du poète, et s'initier en même temps aux mystères du langage de nos voisins, trouveront, grâce à Mejcr luimême et à son ami M. Gloden, leur tâche considérablement facilitée. Les petits volumes dont nous allons donner la liste renferment, outre des poésies, une série très-intéressante d'observations grammaticales et autres, fort instructives, sur l’idiome luxembourgeois, ainsi que d’utiles vocabulaires.
tC° E'Sclirek nb de Lezeburger Parnassus (Louvain, Massart-Meyer, 1829, in- 12).
1 7° Jung t'iim Sehrek nb de Lezeburger Pnnumus (Ibid. 1852, in- 12).
18° Luxemburgische Gedichte und Fa brin, von A. Meyer ; nebst ciner grammalischen Einleitung undeinerWorterklarung der dern Dialekte mehr oder weniger eigenarligen Ausdrücke, von Gloden (Bruxelles, Delevingue, 1845, in 12). — Bouffonneries, légendes, scènes populaires, apologues, on trouve de tout dans ce charmant recueil, dont plusieurs pièces sont devenues populaires. Meyer accorde sa lyre sur tous les tons, il a tout chanté, jusqu'à la lettre r.
19" Oilzegt-kl«ng (Liège, Dessain, 1855, in- 12) — Oilzegt est le nom luxembourgeois de l’AIzelte : c’est assez
dire que ce recueil est essentiellement consacré à des traditions et à des coutumes locales. La variété des rhythmes est très-remarquable ; le ton est généralement plus élevé que dans le recueil précédent.
20° Hegelbüchelclten vum Lezeburger Orthôgraf, en Uress , als prôv, d'Fraèchen aus dem H à, a Versen rum A. Meyer (Liège, Dessain, 1854, in- 12). — Meyer essaie de ligurer , au moyen de signes particuliers, la prononciation luxembourgeoise, et propose un système complet et raisonné d’orthographe.
Un beau portrait de Meyer, peint par son fils, décore le cabinet du recteur de l’Université de Liège.
Morr«*n((’.HARLES-FnANÇ.-AKTOtNE),
né à Garni le 5 mars 1807, mourut à Liège le 17 décembre 1858. A ne considérer que ces dates, sa vie fut courte ; plus courte encore, si l’on songe qu’il faut en décompter trois années d’agonie ; par contre, on serait tenté d’admettre qu’elle dépassa de beaucoup les limites ordinaires, si l’on ne connaissait de Morren que ses travaux. Quelle riche et vigoureuse organisation, quelle variété de talents, quelle activité dévorante, quelle fécondité continue! Mais ce n’est jamais impunément qu’on s’interdit le repos. Dans la légende grecque, Antée est vaincu du moment où Hercule l’a mis en demeure de continuer la lutte sans pouvoir réparer ses forces. Par une étrange illusion, Morren se condamna lui-même à rouler incessamment le rocher de Sisyphe :
il entrevoyait une existence paisiblement studieuse, et à force d’impatience, il fit tout ce qu’il est possible de faire pour tomber épuisé avant d’atteindre la terre promise. Quand il s’en aperçut, il était trop lard ; la nature allait réclamer ses droits. On ne pense pas sans frémir à l’affreuse douleur qui dut l’étreindre, lorsque dans la fleur de l’àge, dans toute la plénitude de sa vigueur physique, il pressentit qu’un voile allait s’étendre sur sa belle intelligence ( '). Il est mort sans avoir pu couronner
(') « Une uotc renfermée dans so.. porte-
feuille pour 1854, prophétisait avec une poi-
son édifier; cependant il n'a point brillé seulement d’un éclôt passager. Ses premiers travaux, ù eux seuls, lui assignent une place distinguée dans l'histoire des sciences naturelles ; son talent de vulgarisateur, son zèle et son esprit d’initiative ont exercé en Belgique et même à l’extérieur une influence qui se fera sentir longtemps encore.
Orphelin dès sa plus tendre enfance, Charles Morren fut elevé à Bruxelles chez un de ses oncles (')• Son premier inaitre fut Van Brabant, ecclésiastique instruit, ancien professeur de l’Universiléde Louvain. A l’école primaire, il se lia d’amitié avec M. J. Decaisne, qui devint plus tard un savant de premier ordre (’), I*. Decaisne, qui se distingua comme médecin, et Bancel, l’ex cellent peintre de fleurs. La chasse aux papillons décida de leur carrière à eux quatre : « Les enfants jouent et Dieu règle leur sort sur leurs jeux ! » écrivait Morren vers 1810. En dessinant et en peignant les formes gracieuses et le
coloris si éclatant des papillons et des fleurs, Morren développait à son insu ses facultés d'observation et se préparait à devenir naturaliste. A l’Athénée royal de Bruxelles, ses aptitudes scientifiques parurent si heureuses, que M. Quetelet (’) n’hésita pas â lui prédire un brillant avenir (*). Dekin, ù qui il dédia en 18.70, sous le nom de Dekinia , un genre d’animalcules microscopiques qu’il venait de découvrir, fut son premier professeur d’histoire naturelle ; Laisné lui enseigna la chimie (1821); Vanderlinden, la zoologie (1824); Kickx, à l’Ecole de médecine, le compta parmi ses auditeurs au cours de botanique. Le 15 août 1821, il remporta dans celle dernière classe le pris de botanique, consistant en une médaille d’argent offerte par le professeur. Ce prix, décerné â la suite d’un concours où Morren eut il lutter contre 25 émules la plupart plus âgés que lui, préluda aux nombreuses distinctions que lui réservait l'avenir. Lejeune lauréat quitta
gnantc vérité , le malheur qui arriva l’année suivante , et décrivait , avec la plus terrible exactitude , la cause cl les détails de la maladie dont il fui h appé. » — V. Ed. Morren, Notice sur Ch. ilorrcn, inédit., (iand, 1860, m-8°, p. .‘M. Nous avons largement puisé dans cet excellent travail, publié pour la première fois dans l'Annuaire de l'Acud. royale de helyi<iue , année 1860, et séparément, in- 12°, avec un beau portrait. — Voir aussi les discours réunis sous le titre de Documents pour servir à la biographie de Ch. Morren. Gand, Annoot, 1859, in-8°; le Uulletiu de la Sociale botanique de France, t. VII, p. 60 ; la Uotanische Zeitung , 1861, n° 4, etc. — Le Nécrologe liégeois pour 1858 ne consacre à Ch. Morren qu’une courte notice. — L'art. Morren, dans la Ribtioyraphie académique, est fort incomplet; pour la liste complète des ouvrages de l'éminent botaniste, c'est à la seconde édition du travail de M. Eil. Morren qu’il faut s’adresser.
(*) La famille Morren est originaire d’Irlande. La branche qui s’établit sur le continent émigra pendant les troubles du règne de Henri VII t. Elle compte plusieurs écrivains qui se sont fait un nom dans les sciences, enlr’nutrcs M. Aug. Morren , actuellement doyen de la Faculté de Marseille, et François Morren. auteur de plusieurs ouvrages du médecine et spécialement de thérapeutique.
(*) Professeur au Muséum de Paris.
( * i Alors attaché à cet établissement comme professeur de mathématiques, de physique et d’astronomie.
(* ) Van Itullhem s'intéressa également h lui. « J'avais à peine seize ans, écrit Morren dans la notice qu'il a publiée sur cul académicien , et j'étais amoureux de botanique : j'avais lu dans la vie de Linné qu'un de ses écrits favoris était les htstituiiones ici herborite de Tournefort, ouvrage que je n'avais jamais vu. Je le trouvai un jour en vente publique à Bruxelles; mais, prévoyant qu'il aurait été vendu au-delà du la ressource de mes petites épargnes, je copiai avant les enchères quelques caractères de genres. Van Hu!lhcm,qucje ne connaissais pas, remarqua ce manège : « Vous étudiez lu botanique , mon petit ami. me dit-il en souriant ; et connaissez-vous Tournefort ? » Je lui répondis que je connaissais, non Tournefort, mais l'estime qu'avait Linné pour cet ouvrage ; il fut si enchanté de ma réponse qu’il acheta l'ouvrage 85 francs et me força de l'accepter, bien que j'eusse formellement refusé de lui dire mon nom. Deux ans après, je lui fus présenté par M. Quetelet. « Il ajoute quelques ligues plus bas : « Pour ma part, je n'oublierai jamais comment Van Hullhem me recommanda à Guillaume l*r, à l'époque oii je faisais mes études à l'Université, où il était curateur. » (Ed. Morren, p. 1 1 et 12.)