‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 80 sur 351 · MO · texte numérisé non relu

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l'Athénée en 1823 avec un certificat obtenu summâ cum laude , et se rendit à l'Université de Gand pour y étudier la philosophie, les sciences et la médecine. En sciences , il eut pour maîtres Garnier, Hauff et Van Breda ; celui-ci le prit bientôt en affection, l'associa même à ses travaux, luiappritàse guider dans des voies encore inexplorées et surtout lui lit envisager l’étude de la nature d’un point de vue élevé et philosophique. Quand Morren subit, le Ier août 1826, l’examen de candidat en sciences mathématiques et en philosophie naturelle, il n'était plus un simple élève, il était à la veille de prendre rang dans la science. Son Hémoire sur l’histoire naturelle et l’anatomie du Lombric obtint, le 2 octobre suivant, la palme du concours ouvert par la Faculté des sciences ('). Ce travail remarquable, dont l'impression ne put être achevée qu’en 1829 (un vol. in-4u, accompagné de 52 planches gravées d’après les dessins de l'auteur), jeta les fondements de la réputation de Morren. Il mérita d'être cité par Cuvier, par Miquel, par Carus, par Burdach ; il est resté dans la science. M. Lacordaire, juge compétent, n'hésite pas à déclarer que, selon toutes les apparences, aucun ouvrage de Morren ne vivra plus longtemps que celui-ci. Le mémoire est divisé en quatre parties, successivement consacrées à l'histoire naturelle générale du Lombric, ù la description et à l'anatomie des parties externes, puis des organes internes, des muscles, des nerfs, des organes de la nutrition, de la respiration, de la circulation, de la génération, des sécrétions et des excrétions; enlin, l’ouvrage se termine par l'examen de quelques particularités remarquables que présente cet annélide(*), lequel est encore aujourd’hui , sur certains points, l’un des problèmes de l’anatomie comparée (*). C’est ainsi que Morren débutait dans la carrière, à 22 ans, par un trait qu'on pourrait presque qualifier d'audacieux. Ce premier succès l’enflamma : en 1827, l’Université de

( * ) Sept concurrents étaient entrés en lice.

(*) L'ouvrage est complètement épuisé :

les exemplaires d’occasion atteignent en li-

Gand le couronna de nouveau pour son anatomie de l 'Orchix loti folia, l’un des premiers ouvrages de phytotomie qui aient paru en Belgique ; en 1828, sa Description des jwlypiers fossiles du royaume des Pays-Uas obtint la médaille d’or décernée par l’Université de Groningue ; en 1829, sa thèse inaugurale Sur la génération spontanée et sexuelle lui valut le diplôme de docteur avec le premier grade. Il est à remarquer, dit opportunément le biographe que nous suivons, que Ch. Morren remporta ces quatre vicloiresscientiliqucs, chacune dans une branche différente, la zoologie, la botanique, la géologie et l’histoire naturelle générale, ce qui suppose nécessairement les études les plus vastes. « A cette époque, d’ailleurs, on n’avait pas encore méconnu que les sciences naturelles s’appuient les unes sur les autres ; on ne se socialisait pas encore en s'asseyant sur les bancs de l’école, et bien loin d’encourager, comme on ne l'a que trop fait depuis, la tendance du jeune homme à négliger, ou h peu près, tout ce qui ne lui semble pas d’une utilité personnelle et immédiate, on s'étudiait au contraire à réunir les éléments variés des diverses sciences naturelles en un seul et même faisceau. On devenait naturaliste alors, qualification que l’on n’entend plus guère prononcer aujourd’hui, cl à laquelle on ne sait plus exactement quel sens attacher. »

Les encouragements n’avaient pas manqué à. Morren pendant cette période.

A la suite de son examen de docteur, le gouvernement le mit en mesure de visiter Paris, Gudtingue et Berlin. Il partit sans retard ; à peine arrivé à Paris, il fut présenté à la Société géologique de France. Il alla écouter les grands maîtres. Cuvier, Brongniart, de Jussieu, Hichard, Viilemain et Cousin: il eut le bonheur d’être distingué et encouragé par le premier ; il entra aussi en relations avec Bedoulé, le célèbre peintre de fleurs ardennais. Cependant les événements de septembre le rappelèrent

brairic un prix Irès-élevé. Ed. Morren ,

(*j Discours de M. Lacordaire.

en Belgique, où il trouva les Universités désorganisées, par suite du renvoi des professeurs hollandais. Van Breda ayant offert sa démission. Ch. Morren fut chargé, par le Collège des curateurs de l'Université de Gand, d’occuper la chaire vacante (géologie, zoologie et anatomie comparée) ; mais l’arrêté du 16 décembre, en supprimant brusquement la Faculté des sciences, rendit cette délégation inutile: on lui donna en compensation, le 3 janvier 1831, le titre de professeur de physique à l’Ecole industrielle de Gand. Sur ces entrefaites, il s’était entendu avec ses amis F.

Mareska et E. Jaequemyns pour constituer, dès le lendemain du 16 décembre.une Faculté libre des sciences»

L'Ecole industrielle fut momentanément annexée à l’Université vers la fin de mai 1835; lorsqu’elle reçut, le 7 décembre, une nouvelleorganisation, Morren resta professeur de physique ù la Faculté (arrêté du 1 7 du même mois). La science qu’il enseignait, les heures que lui prenait l’accomplissement dediverses missions spéciales (*) n’absorbèrent pas toute son activité : dès cette époque, il prit l'habitude de ne se reposer d’un travail que par un autre. Entre 1850 et 1853, il fournit à différents recueils scientifiques des mémoires et des notes sur la paléontologie, la botanique descriptive, l'horticulture, etc., et publia plusieurs biographies, entres autres celles de G. Cuvier et de Kickx. En 1851, il aborda les études médicales; le 10 juillet 1855, le Sénat académique de Gand le dispensa des derniers examens et le proclama docteur honoris enusd. Il ne pnitiqua jamais la médecine : îi partir de 1851, on le voitdiriger plus spécialement ses études vers la botanique. Une dissertation sur le tissu cellulaire des plantes, qu'il avait mise au jour quelques années auparavant, dans un recueil hollandais, iut remarquée par Auguste-Pyrame de Candoile. qui la cita dans son cours et dans sa Phy-

(') Cette Faculté fut reconnue dès le 29 par le Collège des curateurs , qui mit à sa disposition les locaux et les collections de l'Université. V. la Dite, de la lui sur dnst. supérieure, p. 11 (V. fart. Lemaire).

siologic végétale (t. I, p. 481). Ce que Morren avait dit delà reproduction des cellules pour expliquer la nutrition des cryptogames fut appliqué par l’illustre botaniste à tout le règne végétal et transformé en une règle generale. La double citation de de Candoile attira sur le jeune savant l’attention de M.

Th. Papejans de Moneheven, homme très-compétent ; M. Papejans signala Morren ù M. le vicomte Vilain XIIII, que M de Theux, ministre de l'intérieur, venait de charger, à l’occasion de la réorganisation de l’enseignement supérieur, de chercher pour Liège un professeur de botanique. Morren ne tenait pas à rester à Gand, dont le climat ne convenait pas à sa santé. Le 5 décembre 1835, le Moniteur publia l’arrêté qui le nommait professeur extraordinaire à l'Université de Liège. Une leçon de de Candoile avait ainsi décidé de sa carrière. Deux ans plus tard, le 5 août 1857, il fut promu û l’ordinariat.

A ta demande du gouvernement, il remplit pendant quelques mois, jusqu’à l’arrivée de M. Lacordaire (v. ce nom), la chaire de zoologie en même temps que celle de botanique, il se consacra ensuite exclusivement à cette dernière science et aux études qui s’y rattachent ; horticulture, agronomie, économie rurale. Nous laissons au successeur de Ch. Morren le soin de l'apprécier comme professeur. « 11 suivait dans son enseignement une méthode qui, si elle ne lui est pas personnelle, est au moins rarement pratiquée, méthode élevée et philosophique, toute remplie de souvenirs et de discussions : peu ou point de définitions ; il ne s’arrêtait guère aux lenteurs de l’enseignement élémentaire et didactique. Il attachait plus d’importance aux principes qu’aux faits; à propos de chaque question , il remontait à son origine et déroulait les phases par lesquelles elle avait passé, en s’arrêtant avec une prédilection marquée à faire ressortir l’importance des découvertes

, * ) U fut chargé, on 1 831 , 32 cl 33 de la vérifiration des poids et mesures dans la Flandre Orientale ; en 1831 , il fut nommé inspecteur des machines à vapeur dans ta mCme province.

qu’il pouvait attribuer à des savants belges. 11 exposait les opinions les plus contradictoires qui partagent les naturalistes sur certains points , et souvent ne concluait pas , préférant laisser du doute, là où il y en avait réellement dans la science, plutôt que de voiler à ses auditeurs les hésitations de l'esprit humain. Quand on voit les choses d'en haut, on découvre entre elles des rapprochements, des points de contact, inaperçus et invisibles d’ailleurs. Il tâchait donc d’élever les esprits à ces hauteurs et d’exciter en eux ce besoin d'investigation qui pousse aux progrès scientifiques. Tout en enseignant la doctrine, il apprenait à connaître et à vénérer ceux auquels nous en sommes redevables, hommage dont on ne se soucie guère dans beaucoup de cours.

Ici l'élève était tenu au courant des discussions qui se débattaient dans le domaine de la science. En un mot , ou reconnaissait le disciple de Cuvier et de Rrongniart , qui s’était abreuvé aux sources vives de ta science , au génie des Linné, des de Jussieu, des de Candolle et des Goethe, et qui connaissait les œuvres des pères de la botanique.

— Son récit était semé d’anecdotes piquantes appropriées au sujet, et qui, se gravant beaucoup plus facilement dans l’esprit de ses jeunes auditeurs, que les problèmes des hautes sphères scientifiques, servaient à faire retenir ceux-ci. Joignez à cela une élocution facile .

élégante, des manières empreintes de chaleur, cl la plus grande cordialité, et vous comprendrez le respect cl l'affection qui entouraient le professeur de botanique de l’Université de Liège. »

Ces éloges sont mérités : nous avons entendu plus d’une fois d’anciens élèves de Ch. Morren nous tenir le même lan-

( 1 j Voici la liste des Sociétés auxquelles Morren fut affilié : Société des scieuces d’Utrecht (1829) ; Soc. géologique de France (1830: ; Soc. des sc. raédic. et naturelles de Bruxelles (1830) ; Soc. d’hist. nat. de Strasbourg (1831) ; Soc. des sc. phys. cl chimiques de Paris (1833 ; Soc. de médecine de Gand (1835); Ac. Ces. Uop.-Car. uni une curio t. sub cuijnomine l'Héritier |1 830; ;Soc. des sc. nat. de Liège { 183G) ; Soc. linnéenne de Normandie (1830; ; Mecklembunjische

gage que son fils, dont on pourrait croire d'abord le jugement prévenu.

Non seulement à l'Université, mais pendant les herborisations, Morren était l’ami de ses disciples : il s’intéressait à chacun d’eux en particulier , il discernait leurs aptitudes , il les initiait à l'art d’observer les faits et de travailler par eux-mêmes. Il comprenait la poésie de la nature, et, littéralement, il semait de fleurs les sentiers de la science ; il rendait aimable celte sévère iuaitresse.

Ses publications se succédaient, d’autre part, avec une rapidité qui étonnait tout le monde : physiologie végétale, anatomie, morphologie, botanique descriptive, littérature scientifique, botanique appliquée, il abordait les sujets les plus divers comme en se jouant, et il était toujours à la hauteur de sa tâche. Ses Mémoires sur l'anatomie végétale, ses recherches sur les mouvements des plantes, sur l’organisation et le développement des algues, méritent une mention particulière. L'Académie royale de Belgique reçut communication de ses travaux à partir de 1855; sa nomination de correspondant date du 17 janvier de celte année ; le 7 mai 1858, il devint membre titulaire.

Dès qu’il fut de l’Académie, ce corps savant ne tint pour ainsi dire pas une séance sans que Morren y fil quelque lecture. Son dévouement égalait sa fécondité : il rédigeait des rapports, s’occupait activement des concours et, ù l’occasion, se faisait avec une ardeur jalouse le champion des prérogatives de l’institution. Sa réputation s'étendit promptement au dehors; s’il faut juger du mérite d’un savant par le nombre de ses diplômes, Morren fut sans rival ('). Au bout de peu d’années, sa poitrine se trouva en outre constellée de

Mlurforschende Geselhchafi (1837) ; Acad, royale de sc. nat.de Madrid (1837) ; Soc. industrielle d'Angers (1838 ; Soc. I el II. des Gcartjofili de Florence (1838) ; Acad, des sc. , arts el belles-lettres de Dijon (1838 ; Acad, des IJncei de Home 1838 ; Soc. botanique d'Edimbourg (I838> ; Soc. royale du botanique de Dublin ;1839); Soc. des naturalistes , à Halle (1839' ; ld.. à Leipzig (1839); Soc. des sciences cl de médecine de Heidelberg (1840,1 ; Soc. royale de botanique

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