‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 8 sur 351 · F.T LEURS AUXILIAIRES · texte numérisé non relu

F.T LEURS AUXILIAIRES

INTRODUCTION

Il est d’usage dans les Universités, de temps immémorial, de jeter à certains moments un regard en arrière, de mesurer le chemin parcouru, de se livrer en quelque sorte ù un examen de conscience. On choisit pour cela le retour d’une date mémorable, l’anniversaire de la fondation de l’établissement, par exemple ; on célèbre une fête de famille, on rattache le présent au passé, puis on publie les fastes universitaires, ce que les Hollandais appellent un Geilenkboek et les Allemands un Denkschrift. C’est ainsi que Valère André a recueilli, au XVIIe siècle, les souvenirs des deux premières centuries de l’ancienne Université de Louvain; c’est ainsi que tout récemment, en 1864, M. le recteur Jonckbloeta mis au jour un travail très-complet sur celle de Groningue. Il nous serait facile de mentionner vingt autres ouvrages du même genre, si l’utilité de l’entreprise que nous tentons sous les auspices du Conseil académique de Liège avait besoin de justification. Nous n’avons à cet égard qu’une inquiétude: celle de n’avoir répondu qu’imparfaitement ù l’attente de nos honorables collègues.

Nous n’avons pas eu la prétention d’écrire une histoire proprement dite de l’Université de Liège ; nous nous sommes contenté de rassembler des notices et des renseignements sortant du cadre obligé des publications officielles. Il nous sera permis cependant, avant d’entrer en matière, d’esquisser les traits généraux du tableau d’en-

INTRODUCTION

semble que nous aurions voulu peindre, si la discrétion n’avait pas imposé des bornes h notre zèle, et si nous ne nous étions cru strictement lié par les termes précis de notre mandat.

L’histoire des Universités belges depuis 1817, ou seulement celle de l’une d'entre elles, offrirait un vif intérêt, d’une part à cause du rôle qu’elles ont joué avant la révolution de 1830, de l’autre à cause de la situation particulière qui a été faite depuis lors, en Belgique, à l’enseignement supérieur. On y verrait à quels mécomptes s’est exposé un prince animé d’intentions loyales, mais « trop libéral pour être roi, et trop roi pour être libéral >»(*); on y apprécierait la prudence du Congrès national de 1831, qui donna satisfaction aux pétitionnaires de 1828, en proclamant la liberté illimitée de l’enseignement, mais qui en même temps, pour assurer la liberté des études en même temps que celle des propagandes, décréta qu’il y aurait un enseignement donné aux frais de l’Étal ; on y serait en présence des ditlicultés nouvelles qu’a fait surgir la terrible question de la collation des diplômes ; on s’y convaincrait enfin de l’urgente nécessité de laisser chaque Université vivre de sa vie propre, devenir exclusivement responsable de ses actes, résultat qui ne sera obtenu que par la séparation complète du jury et de l’enseignement. Mais, encore une fois, ce n’est pas une semblable étude que nous abordons : c’est le développement intérieur de l’Université de Liège qui nous touche exclusivement ; c’est son caractère distinctif, son attitude si l’on veut, que nous essayerons de dégager, en nous attachant aux hommes qui l’ont personnifiée et qui la personnifient encore, plutôt qu’aux vicissitudes de la législation.

Il n’a pas été possible d’établir dans noire pays, comme on l’avait généreusement rêvé, une Université unique. La préoccupation de l’équilibre a dominé toute autre considération : il y avait deux Universités libres ; deux Universités de l’État ont paru indispensables. l>’un autre côté, le système de la centralisation est antipathique à notre esprit national : on a voulu avoir égard aux différences de race et de langue. C’est ainsi que chacune de nos quatre Universités a sa raison d’être et sa physionomie bien tranchée: celles de Bruxelles et de Louvain représentent les deux grandes opinions qui se disputent la majo-

C) Paroles du baron Vinconl, gnuverneur-gdndral des Pays-Bas pour les puissanees allides.

INTRODUCTION

rité au Parlement ; celles de Gand et de Liège, les deux groupes de la population belge, non assimilés l’un à l'autre, mais intimement unis par le pacte constitutionnel.

L’uniformité des lois qui régissent les deux Universités de l’État n’a point fait et ne saurait faire disparaître les caractères saillants de leur individualité respective. Elles répondent aux mômes besoins généraux; mais, installées aux deux pôles de la Belgique, s’adressant à des populations dont les instincts, les traditions, les tendances, les éléments de richesse ne sont point les mêmes, elles se ressemblent tout juste assez pour qu’on les reconnaisse comme des sœurs :

. . . . Faciès non omnibus una,

Nec divers» tamcn, qualera dccct esse sororum.

Veut-on les bien connaître ? C’est sur leur propre terrain qu’il faut les étudier. Leur prospérité, leur vitalité, la direction même qu’elles impriment aux études tiennent sans doute à leur constitution légale, mais tout autant, pour le moins, aux égards qu’elles ont pour l’esprit public. Introduisons donc tout d’abord le lecteur dans le milieu où respire l’Université de Liège.

Une excursion dans le passé, même le plus lointain, ije sera pas un hors d’œuvre. Les provinces de l’Est de la Belgique ont constitué, jusqu’à la fin du siècle dernier, une principauté indépendante, doublement isolée des États limitrophes par sa Constitution toute particulière et par le caractère ecclésiastique de ses Souverains. On se méprendrait sur le sens des aspirations des Liégeois, sur la ténacité de leurs répugnances, sur l’idéal qu’ils se font delà liberté, sur les mobiles mêmes de leur zèle pour la diffusion des lumières, si l’on négligeait de tenir compte de l’héritage de dure expérience que leur ont légué leurs ancêtres.

La société influe sur l’école et l’école réagit sur la société : c’est une vérité banale ; mais c’est à la lumière des vérités banales qu’on pénètre au fond des questions. Quel était en 4817 l’état intellectuel de la population liégeoise ? Comment et en quel sens l’Université a-t-elle contribué à l’émanciper, à modifier les idées reçues, à élargir l’horizon des esprits ? A coup sûr ces problèmes ne manquent ni d’intérêt ni même de nouveauté. Efforçons-nous donc d’en rassembler les données.

INTRODUCTION

En considérüul le droit d’enseigner comme un droit régalien ('), les empereurs romains convertis au christianisme ne firent que consacrer une maxime antique. Mais les idées se transformèrent à mesure que les écoles païennes tombèrent en décadence et que les études théologiques absorbèrent toutes les préoccupations des hommes éclairés. L’enseignement devint, en fait, une des hautes prérogatives de l’Eglise. A l’ardeur du premier zèle succéda pourtant une mortelle langueur. Les écoles fondées par les évéques s’étaient enrichies de l’héritage des écoles laïques; elles avaient fleuri tant qu’il y était resté quelque chose des traditions classiques : tout d’un coup les lettres profanes parurent suspectes, et un moment vint où l’ignorance des clercs n’eut d’égale que leur grossièreté. Le VH* * siècle marque dans l’histoire comme une époque de chaos, de violences et de licence; les guerres continuités, la misère générale perpétuèrent cet état de choses jusqu’à l’avénement de Charlemagne, dont la forte main ressaisit le pouvoir que les derniers empereurs romains avaient abandonné.

Charlemagtlfe dirigea l’enseignement par le clergé; ses successeurs Louis le Débonnaire et Charles le Chauve firent comme lui. Lorsque l’empire se démembra pour faire place au système féodal, l’enseignement redevint, pour des siècles, l’apanage et le domaine exclusif du pape et des évéques. «Les nouveaux souverains érigés par la féodalité se gardèrent de tourner leurs vues de ce côté. Contents des droits de justice, de guerre, de monnaie et autres, qui ajoutaient à leurs richesses et leur faisaient goûter le pouvoir sous sa forme matérielle et lucrative, ils ne comprenaient rien aux influences morales au nombre desquelles l’enseignement tient le premier rang. Ils laissèrent donc la propriété de ce grand droit au clergé, qui en sentait seul la puissance

pour régir les peuples. Dans un temps d’ailleurs où l’Etat ne se sen-

(*) Magistros sludiorum, doctoresque exccllere oportel moribus primùra, deindè facundià. Scd quia singulis ci vitatibus ipse adesse non possum, jubeo quisquis docere vult, non repenlè nec temerè prosiliat ad hoc munus, sed judicio ordinis probal us, decrelum corialium merealur, optiroorum conspirante consensu. Hoc enira decrelum ad mo tractandum referetur, ut alliore quodam honore, noslro judicio, civitatibus accédai. C. Theod. I. 5 De medicis et professoribus, ap. Troplong.

INTRODUCTION

tait plus comme le faisceau un et indivisible de toutes les forces sociales; où la puissance publique, lacérée en mille fragments, comptait autant de représentants que de propriétaires de ses lambeaux ; où les privilèges réguliers, inféodés à titre héréditaire, étaient disséminés çà et là suivant les bigarrures les plus diverses et les caprices les plus bizarres, il était tout au moins logique que l’Eglise conservât, comme son patrimoine exclusif, les écoles dans lesquelles venaient se former tous ceux qui aspiraient au titre de clerc et composaient son immense milice » (*).

Or, à Liège, il arriva que le pouvoir temporel échut aux chefs du diocèse. L’Etat s’y trouva donc maître de l’enseignement, par cela même que l’enseignement relevait du clergé. Aux Xe et XIe siècles, aucune circonstance n’aurait pu favoriser plus efficacement le progrès des études; plus tard, ce même régime devait l’enrayer et même y être hostile. A ce point de vue, l’histoire de l’instruction publique à Liège est exceptionnellement instructive : elle fait apprécier ce qu’il en coûte à une nation de rester trop longtemps en tutelle.

Berceau des Carlovingiens, notre pays fut toujours, de la part de leur plus illustre représentant , l’objet d’une affection vraiment filiale (“). Une lettre adressée à l’évêque Gerbalde ( Garibaldus ) témoigne de l’intérêt que portait Charlemagne à la bonne éducation du clergé liégeois. Il est certain que, dès son temps, des écoles furent érigées 5 côté de la cathédrale de St-Lambert ; mais somme toute, si elles répondirent jamais à l’attente du régénérateur des études, leur éclat fut singulièrement éphémère. L’évêque Francon de Tongres essaya de les relever : forcé de prendre l’épée pour combattre les pillards normands, il n’eut pas le temps d’achever son œuvre. Le règne d’Eracle fut au contraire le point de départ d’une ère brillante. Eracle trouva les clercs plongés dans une ignorance profonde et n’ayant nul moyen d’en sortir ; il prit pour type de ses réformes la célèbre école de St-Martin de Tours, qui avait possédé Alcuin, fit venir de l’étranger, à grands frais, les professeurs les plus distingués, et s’appliqua tout à la fois à fortifier les études ecclésiastiques

( ' i Troplong, Du pouvoir de l'Êtat sur l'enseignement. Taris, 1844. in-8°, p. î»8.

(*) Sur l'histoire des anciennes écoles de Liège, on peut consulter Cramer, Gcsch. der Erxiehung und des Unterrichls in den Xiederlanden. Slralsund, 1843, in-8°; Stnilaerl et Vander Haeghen, De Cinstr. publique au moyen-dge. Brux., 1854, in-8°, et Lebon, Uist. de renseignement populaire en Belgique. Brux., 1869, in-8°.

INTRODUCTION'

et à y rattacher renseignement des lettres et des sciences (*). Ce que Tours était pour la France, ce que Fulde était pour l’Allemagne, Liège le devint bientôt pour les contrées intermédiaires. L’école de St-Lambert s’éleva meme au premier rang (*) sous Notger (997-1008), qui y importa les traditions savantes de son couvent de St-Gall et eu fit une pépinière de professeurs : la France, la Germanie et jusqu’aux pays slaves en ressentirent l’influence. Pour la première fois, des cours spéciaux furent institués à l'usage des laïcs et l’instruction se donna en langue vulgaire (s). Notger enseigna lui-même; son activité politique et militaire ne lui laissa jamais oublier ses chers élèves : dans ses excursions, si longues qu’elles fussent, il en emmenait toujours quelques-uns avec lui ; leurs éludes achevées, il restait leur ami et leur protecteur dévoué; il était leur hôte affectueux, comme celui des lettrés étrangers qui affluaient à sa cour. Par contre, il tenait à recueillir le fruit de ses cflorts. « Hubold, chanoine de notre cathédrale, après avoir enseigné à Paris et avoir formé, en peu de temps, une foule de disciples, fut, sous peine excommunication, obligé de venir professer dans sa patrie : Notger ne voulait pas laisser perdre pour elle des talents qui devaient l’enorgueillir » (* \

Wazon, monté sur le trône épiscopal en 1042, resta fidèle aux traditions de ses prédécesseurs. On lui doit, eutr’autres, la fondation de l’école de St-Barlhélemy, où se distingua plus tard Algerus, l’adversaire de Bérenger de Tours. Le zèle de Wazon était sans bornes : non seulement il voulut que l’enseignement fût gratuit îi St-Lambert, mais il fournit des éléments de subsistance aux étudiants pauvres. Il visitait assidûment les classes, interrogeait sur les Ecritures saintes les élèves avancés, les plus jeunes sur Donat et Priscien, engageait volontiers des discussions avec les uns et les autres et professsait la maxime : que mieux vaut être vaincu rationnellement que vaincre arbitrairement. Adelman, célèbre avant Algerus par ses écrits sur

{ ' ) Toul le pays se couvrit d'écoles : les maîtres faisant défaut , Eraclc imagina un système qui ressemble beaucoup à notre enseignement mutuel. — Eracle était un des hommes les plus instruits de son temps ; il connaissait les auteurs anciens et les citait volontiers ; on vante en outre ses connaissances en mathématiques et en astronomie.

(*) Lcodium, Lolharingiæ civitas, sludiis etiam litterariis prcc cceteris famosa , dit l’abbé d'Ursperg.

(5) Vulgari plcbem, clerum sermono lalino

Erudit et satiat, magnà dulcedinc verbt.

Lac teneris præbens, solidamque valenlibus escam.

(*) De Villeofagnc, Rue II. sur l'hist. de Liège. Liège, 1817, in-8°, l. II, p. 207.

INTRODUCTION

l’Eucharistie, remplaça Wazon dans l’écolàtrie de St-Lambert. On cite encore Francon de Cologne, qui a droit à une page dans l’histoire de la musique; Egbert, l’auteur des Ænigmata rusticana ; Gozechin, qui, retiré à Mayence après avoir enseigné à Liège les humanités et la philosophie, ne cessa toute sa vie de regretter la Fleur des trois Gaules, la moderne Athènes, etc., etc. Les écoles des monastères méritent aussi une mention : en un mot, dans tout le cours de cette période, Liège rayonna comme un phare au milieu des ténèbres.

Mais quand éclata la querelle des investitures, ce qui avait donné vigueur aux écoles de Notger et de Wazon, c’est-à-dire la réunion des deux pouvoirs sur une même tête, fut précisément pour ces institutions une cause de ruine. Relevant à la fois du pape et de l’empereur, les princes-évêques se virent mis en demeure d’opter, et cette alternative périlleuse détourna forcément leur attention de l’œuvre commencée avec tant de ferveur. La splendeur naissante de l’Université de Paris, cette « chevalerie intellectuelle, » attira d’autre part l’élite de la jeunesse vers la montagne Ste-Geneviève ; les écoles des cathédrales et des abbayes, de moins en moins fréquentées, finirent par ne plus recevoir que les aspirants à la prêtrise; enfin l’émancipation des communes rendit nécessaire la création de nouveaux établissements, où le magistrat eut sa part d’intervention. A part quelques controverses inévitables dans une période transitoire, il faut dire qu’une entente cordiale continua de régner entre clercs et laïcs ; mais les deux faits essentiels à noter, c’est que les hautes études se déplacèrent et que les classes laborieuses furent appelées à profiter des bienfaits de l’instruction. L’école de St-Lambert dépérit peu à peu; on n’en trouve plus de trace après le XIIIe siècle. Son rôle était fini. Des bouleversements passagers qui coïncident avec la fièvre des croisades sortit une société régénérée. Tandis qu’une partie de la noblesse allait ensanglanter les champs de l’Orient, l’Eglise attirait dans son sein, par l’appût de riches bénéfices, les fils de grande famille restés en Europe, et ainsi les seigneurs commençaient à ne plus dédaigner de savoir lire et écrire. Elevés d’abord à l’ombre des cathédrales, ils fréquentèrent ensuite les Universités et quelquefois y brillèrent ( 1 ). Cependant, à côté des anciennes écoles qui perdaient

( * ) Ce ne fut pas cette foraneitas qui los détourna plus tard des sciences : ce furent les séductions du luxe et de la mollesse.

IM RODLCTION.

insensiblement leur renommée, de modestes institutions communales ou chapitrales se formaient et grandissaient chaque jour : ouvertes aux. entants des bourgeois , elles coopérèrent puissamment, de leur côté, à la transformation sociale. Le Tiers-Etal réclamait hautement l’instruction; la langue nationale secouait le joug du latin; les gens des communes, admis à prendre part à l’administration, entendaient ne plus dépendre que d’eux-mêmes; le développement de l’industrie et du commerce, l’extension croissante des relations provoquaient dans la classe moyenne un immense besoin d’indépendance et importaient dans le pays des idées nouvelles; enlln, les arts et la littérature devenaient laïques et populaires, et le clergé se voyait en présence d’une opposition satirique de plus en plus hardie. Les écoles élémentaires répondaient aux exigences de la situation : elles ne formaient pas des savants, mais des hommes émancipés et prêts à suivre l’exemple des plébéiens de Rome. C’est ainsi que la commune revendiquait pour elle-même, au profit d’un élément social jusque là compté pour rien, le droit que l’Eglise, confondue ou non avec l’Etat, paraissait avoir usucapé à jamais.

On possède peu de renseignements sur l’état de l’instruction publique à Liège dans la première partie du XIVe siècle. Pétrarque décerne une mention honorable à notre clergé ( 1 ) ; mais lui-même déclare, dans un autre endroit de ses œuvres (*), que s’étant rendu à l’abbaye de St-Jacquespoury copier un manuscrit de Cicéron, il ne put se procurer à Liège que de l’encre tellement vieille, qu’elle avait pris une couleur de safran (5). Quoi qu’il en soit, l’opulence et le faste des dignitaires de l’Église faisaient tort à leur zèle pour l’élude; en outre, le pays était déchiré par des querelles de famille, et la capitale voyait se renouveler, sur un théâtre restreint, les agitations des anciennes républiques. On vivait au dehors , dans le tourbillon des fêtes, des combats et des émeutes : tout contribuait à rendre solitaire les parvis du temple de la science. Cette époque vit fleurir Jean-d’Outremeuse, le naïf chroniqueur; Jean Le Bel, le maître de Froissart; Jacques de Hemricourt, un miroir de chevalerie. Mais ce sont là de rares exceptions, et la peinture même qu’ils nous ont laissée de leurs contempo-

( * ) Vidi Lcodium intignem clero locum ( lettre à Jean Colonna).

(*) Rennn Scnil. XV, é[>. 1.

(5) l'eut-èire ne faul-il voir là qu'une de ces boutades auxquelles certains écrivains français nous avaient habitués, il y a quelque trente ans.

INTRODUCTION

rains, prouve queles temps étaient bien changés depuis le bon Wazon. Il faut arriver à l’établissement des frères de St-Jérôme à Liège pour retrouver quelque apparence de discipline classique tant soit peu régulière : encore la nouvelle institution dut-elle être supprimée en 1428, à cause des abus qui s’y étaient glissés ( ' ) ; il parait qu’on y faisait trop bonne chère. Rétablie en 1495, sous les auspices de la maison de Doisle-Duc, elle mérita au contraire l’estime générale. On y compta plusieurs bons maîtres, entr’autres Macropedius, venu d’Utrecht, et Arnold d’Eynatten, dont Jean Sturm, le célèbre fondateur des hautes écoles de Strasbourg, s’honore dans ses écrits d’avoir été le disciple (*). Les Hiéronymites ou Frères de la vie commune poursuivaient un triple but : ils avaient de petites écoles gratuites pour les enfants du peuple; ils poussaient aux études savantes ceux qu’ils trouvaient capables de les entreprendre ; enfin, ils s’occupaient avec zèle delà transcription des manuscrits ( 5 ). Leur action fut généralement salutaire, surtout h mesure qu’ils renoncèrent aux tendances purement ascétiques de leurs premiers fondateurs. Leur enseignement ne perdit jamais son caractère religieux; mais il se transforma entièrement sous l’influence de quelques-uns de leurs élèves, tant Allemands que Hollandais, qui visitèrent l’Italie au commencement du XVI* siècle (4). Ils rompirent directement en visière avec le système d’éducation des scolastiques : dans la dernière période de leur existence, cette réaction eut pour effet de répandre en Allemagne et chez nous le goût des chefs-d’œuvre de l’antiquité; ù ce titre, on peut les ranger au nombre des précurseurs de la renaissance des lettres.

Il suffira de mentionner en passant la fondation de l’Université de Louvain (1426), où les Liégeois, de môme que les autres Belges, allèrent désormais compléter leurs études, au lieu de se rendre à Paris, ù Cologue ou 5 Padoue. On se plaît ordinairement à vanter ce

(') Delprat, Die BrïuUrtchaft de t tjcmeinmmen Lebnn, trad. du holl. par Mohnikc. Leipzig, 1840, p. «9.

(*) Parmi les élèves des Hiéronymites de Liège, on cite encore Placcntius, historien et poète (son curieux poème Pugna porcorum , dont tous les mots commencent par la lettre P, a été récemment réédité par M. 11. Capitaine) ; Jean de Panhauson, vicaire-général des Prémontrés pour l'Allemagne et la Pologne, écrivain érudit et vigoureux défenseur des droits de l'Eglise ; Jean de Glen, professeur à Paris et historien du christianisme d'Orient, etc.

(*) De là leur surnom do Fruires ad pemiam. Ils fondèrent aussi des imprimeries : on leur doit l'introduction de la typographie à Bruxelles.

(*) V. Rainer, Gesch. der Pœdagogik, t. I.

INTRODUCTION

résultat; on répète bien haut que notre pays commença dès lors à ne plus compter sur l’étranger. Matériellement, on peut voir là un avantage; mais au point de vue des idées, il ne serait pas impossible de soutenir que l’enseignement de Y Alma mater fut en somme très-peu national. En tous cas, il ne lut jamais civilisateur : il habitua les esprits à prendre les mots pour les choses et les subtilités de la dialectique pour la véritable science. L’Université de Louvain jeta sans doute un grand éclat; elle put être fière à bon droit de Busleiden, de Louis Vivès,de Juste-Lipse, de Puteanus, du jurisconsulte liégeois Wamèse et de bien d’autres; mais, en général, que l’atmosphère y était lourde et assoupissante! Quelle timidité scientilique et quelles prétentions pompeuses! Son influence vint surtout en aide à la politique du gouvernement espagnol ; en dernière analyse, elle ne servit qu’à retarder la franche expansion du génie des Belges.

Dans des conditions plus ou moins différentes , on peut observer à Liège les mêmes tendances et des résultats analogues. Nous avons dit plus haut que les Hiéronymites s’occupaient tout particulièrement de l'éducation des enfants pauvres. Or l’une des maximes du créateur de l’ordre, Gérard de Groot , était que, si le prêtre doit être la lumière du monde, l'intermédiaire entre Dieu et l’homme, il importe néanmoins que les ouailles soient préparées à protiter de ses enseignements : dans ce but, Gérard recommandait à ses collaborateurs de rendre aussi facile que possible, à tous, l’intelligence des saintes Écritures. 11 n’en fallait pas plus pour rendre les Frères de lu vie commune { 1 ) suspects à nos princes-évêques , terrifiés comme Charles-Quint et Philippe II des progrès de la réforme en Allemagne et dans les Pays-Bas. Ils résolurent de couper le mal dans sa racine, en s’appuyant sur la milice puissante qui venait de se donner la mission de protéger la tradition purement orthodoxe. L’iconoclaste Herman Struycker étant venu prêcher dans le pays, l’évêque Charles d’Autriche se hâta d’appeler à Liège Pierre Canisius, « l’une des plus fermes colonnes » de la Compagnie de Jésus (* . Orateur pathétique

en même temps que théologien profond, Canisius obtint un succès

prodigieux ; les sermons de Salmeron et de Ribadeneira, qui le rem-

(•) Les Hiéronymites sont souvent désignés sous ce nom.

(*) Delpral (p. 68) rapporte que Canisius avait fuit scs études chez les Hiéronymites de Nimèguc.

INTRODUCTION

placèrent, n’eurent pas moins de retentissement que les siens, et ce fut probablement leur influence qui détermina Robert de Berghes, successeur de Charles, à établir dans sa capitale un Collège de Jésuites. Ses négociations n’aboutirent pas : Gérard de Groesbeck les renoua, parvint à obtenir quelques missionnaires, mais recula tout d’un coup devant l’établissement du nouveau Collège, parce qu’il ne voyait pas de raison suffisante, dit-on, de renvoyer les Hiéronymites. Le silence des historiens sur les détails de cette affaire laisse le champ libre aux conjectures. Gérard de Groesbeck n’était pas un prince tolérant : on sait qu’il essaya, sans y réussir toutefois, d’établir l'inquisition à Tongres. Quoi qu’il en soit, il temporisa ; mais au commencement du règne d’Ernest de Bavière, les Hiéronymites furent purement et simplement privés de leur local, et les Jésuites s’y installèrent immédiatement (‘). Le nouvel établissement fut inauguré le 30 avril 1582.

Ernest de Bavière fonda en outre un collège à Louvain, pour les Liégeois qui désiraient se perfectionner dans les sciences. Il établit à St-Trond un séminaire pour les humanités, et un autre à Liège, pour la philosophie et la théologie (*). C’était un prince instruit (*), sceptique à ce qu’on dit , et néanmoins persécuteur implacable des dissidents : par parenthèse, ses édits de bannissement eurent pour conséquence de transporter dans le pays de Stolberg l’industrie métallurgique qui commençait à se développer vers les sources de la Vesdre. L’enseignement fut soumis, sous son règne, h la censure la plus sévère : défense à quiconque « d’entreprendre d’estre ou estre maistre d’écolle ou d’enseigner aucuns enfans ou autres, communément ou particulièrement, lire, escrire langues d’aucune sorte, compter, ciphrer, musiquer ou semblable art, science ou praticque quelconque, beaucoup moins d’enseigner la philosophie ou « prescher, » sans l’autorisation du grand vicaire (*). La vigueur de ces mesures rétablit la paix religieuse ; mais elle eut aussi pour effet d’amortir pour un temps

( 1 J V ci-après col. 1067.

(*) Becdeliôvrc, Biographie liégeoise.

t*} Il entretenait dans son palais deux observateurs des phénomènes célestes. Gérard Slempel de Gouda cl Adrien Zclst, qui rédigèrent U son intention et sous son patronage un Traité de Tastrobohc. Il s'occupait aussi très-activement de chimie : on lui doit une analyse dos eaux de la Fontaine de Pline près de Tongres (Alph. Le Roy, Ia i philosophie au pays de l.iége, Liège 1860, in-8° p. 46).

{*) Pawilhar cité par M. F. Rénaux, llist. du pays de Liège, 2* éd.,l. If, p. 139.

INTRODUCTION

l’énergie de la population et de préparer les Liégeois, par l’abaissement de leur niveau intellectuel, à supporter le plus pénible de tous les jougs, celui du despotisme théocratique.

Sans être injuste envers les successeurs des Hiéronymites, il est permis de dire que leur enseignement, à Liège, ne fut rien moins que favorable au progrès des lumières. Comme partout, ils reléguèrent au second plan les langues et les littératures profanes, pour s’attacher exclusivement au latin; ils exercèrent leurs élèves à écrire proprement des pièces de rhétorique; ils composèrent et leur firent composer force héro'ides et tragédies pieuses; ils eurent soin de les tenir éloignés du mouvement du siècle, ou tout au moins de ne le leur laisser entrevoir qu’à travers un prisme : zèle maladroit pour être trop habile, et dont le XVIII* siècle se chargea de leur démontrer l’imprévoyance. En attendant, ils cherchèrent à s’assurer la première place dans le inonde théologique, et l’effroi inspiré, sur la fin du XVII* siècle, par les noms de Baïus et de Jansénius favorisa un instant leurs tentatives. Pendant un certain temps, ils trônèrent dans les chaires du Séminaire épiscopal. Ces querelles passionnèrent les Liégeois, qui n’avaient plus à s’occuper d’autre chose : nous traversons une période tout à la fois d’agitation stérile et de somnolence...

Tel fut l’enseignement public, en notre ville, jusqu’à la suppression do la Compagnie de Jésus. Il serait injuste de passer sous silence le College des Jésuites anglais, fondé en 1616; on y commenta les livres d’Aristote, on y attaqua Descartes et sa séquelle ; on y cultiva les mathématiques et la physique avec quelque succès, paraît-il; en tout cas, l’inllucncede cet établissement sur les études des nationaux fut très-indirecte.

De la fin du XVI1' siècle au commencement du XVIII*, Liège compta cependant un assez grand nombre d’hommes distingués dans les sciences et dans les lettres : le savant critique Langius, l’éminent mathématicien R. de Sluse, le P. Foullon , historien impartial et souvent profond, apparaissent comme des étoiles de première grandeur au milieu d’une pléiade d’érudits et d’écrivains de second ordre. Nous laissons de côté les artistes, parmi lesquels il y aurait à citer surtout des graveurs très-remarquables et quelques peintres, comme Lairesse et Berlholct. Mais l’histoire des lettres et des arts n’est pas précisément celle de l’instruction publique. Ces individualités saillantes se détachent sur un fond d’une teinte assez monotone. La

INTRODUCTION

population liégeoise, naturellement si vive, si avide de savoir, si virile en d’autres temps , s’endormait volontiers sur le doux oreiller de la paresse et ne se montrait fière que de ses chanoines. Elle vivait dans un demi-jour, et s’en trouvait bien. Elle était séparée de l’Europe comme par une muraille de la Chine. A l’intérieur, toute vie politique avait disparu : il se rencontrait des panégyristes du coup d’État de Maximilien-Henri, qui avait supprimé d’un trait de plume, en 1684, toutes nos libertés constitutionnelles. Cette atonie était-elle incurable? Cette quiétude profonde qui persista pendant un demi-siècle, où notre histoire n’a pas un événement ù enregistrer, devait-elle durer toujours?—Sous le règne de l’excellent prince Georges-Louis de Berghes (1724-1743), alors que plus que jamais on a lieu d’être satifait du présent, alors qu’eftéctivement on en est satisfait, nous voyons un vif sentiment de curiosité s’emparer soudain de tout le monde. Ce n'est pas qu’on songe à réclamer les droits contisqués; mais on tient singulièrement à les bien connaître, à savoir au juste ce qu’ils ont coûté à nos aïeux. On relit Foullon, on le continue; Bouille écrit son Histoire de Liège ; les jurisconsultes Méan et Louvrex publient leurs précieux recueils; poussé par un instinct secret, l’esprit public se réveille. D’autres vagues symptômes se manifestent : on voit apparaître quelques ouvrages de littérature légère. Encore un moment : les idées de Jean-Jacques et des encyclopédistes vont franchir la frontière ; l’antique édifice tout entier chancellera sur sa base.

C’est le comte de Horion, premier ministre de Jean-Théodore de Bavière, qui se charge lui-même d’introduire l’ennemi dans la place. Pierre Rousseau, directeur du Journal encyclopédique , vient s’installer ;ï Liège. Cette ville est peu philosophe , il le déclare; elle n’est connue dans la république des lettres que par son Almanaclr, mais elle est bien située : de là, le Journal se répandra plus aisément dans toute l’Europe. De 1736 ù 1759, Rousseau poursuit sa propagande tout à l’aise. Tout d’un coup l'évêque, mieux informé , lui retire son privilège. Rousseau s’adresse à Marie-Thérèse; mais l’Université de Louvain a l’œil au guet. Renvoyé de Bruxelles, il se réfugie enlin à Bouillon, où il organise une Société typographique dont l’influence, comme celle du Journal encyclopédique et de l 'Esprit des journaux, sera considérable jusqu’en 1793. Le gant est jeté: mais quoi! loin de le relever, le prince-évêque Velbruck va lui-même se faire le protecteur, presque le complice des audacieux publicistes. La physionomie de ce règne

INTRODUCTION

est très-intéressante ; retracée par un pinceau habile, elle expliquerait le mouvement des idées à Liège mieux que la révolution ellemême.

Les Jésuites disparurent de la principauté en 1773. Un ancien prédicateur de leur collège, l’abbé de Feller, polémiste fougueux et infatigable, resta seul sur la brèche pour défendre le système qu’ils avaient personnifié. Le philosophisme français fit de rapides progrès dans le pays, grâce à l’activité des presses liégeoises, d’où sortit même une nouvelle édition de Y Encyclopédie. On peut reprocher au gouvernement d’avoir poussé trop loin l’insouciance, lorsque des libraires spéculèrent en grand sur des publications obscènes de bas étage, qui propageaient l’esprit d’opposition voltairienne dans ce qu’elle avait de malsain et oblitéraient le sens moral du peuple. Il est vrai que Vclbruck édicta un règlement sévère contre les mauvais livres; mais ce règlement, comme bien d’autres, ne fut jamais sérieusement appliqué t 1 )-

En abusant de la tolérance, Velbruck ne fut pas moins imprévoyant que ses prédécesseurs. Ceux-ci avaient entretenu les Liégeois dans un état d’indifférence béate'; le nouveau prince ne prit pas assez garde à l’effet que devait produire, sur les masses ignorantes, la rupture subite de toutes les digues. Le prestige du pouvoir ecclésiastique une fois évanoui, la religion elle-même et jusqu’à la morale jetées par dessus bord, qu’allait-il advenir ?

C’est là le revers de la médaille : il n'en est pas moins vrai que Velbruck, prince éclairé, grand zélateur des sciences, des lettres et des arts, peut être appelé à juste titre l’émancipateur des Liégeois. Il ne se contenta pas de régénérer les écoles et de créer des cours gratuits spéciaux (mathématiques et dessin appliqué aux arts mécaniques) ; il fonda la Société libre d' Émulation, institution académique dont il fut le premier président, et qui eut pour mission, d’abord d’étudier à fond les ressources du pays, ensuite d’ouvrir des concours sur des questions de science et d’utilité publiques. Tous les hommes de quelque valeur que renfermait Liège s’y firent inscrire (*) ; on y prit

{*) Sur le Cilre des livres corrupteurs, on lisait le nom de Genève ou de quelque ville de Hollande : c’était un passe-port dont on ne prenait pas la peine do contrôler l’authenticité.

(*) Parmi les membres fondateurs de la Société, on remarquait bon nombre d’élèves des Oratoriens de Visé. Les Oratorions , comme on sait, ne repoussaient pas l’esprit d’examen , mais s’en servaient dans l’intérêt du catholicisme. — V. A. Morel. Annuaire de Wnivertiti de Lifqe (IR60). p. 21 et suiV.

INTRODUCTION

l'habitude, dans les réunions du soir, de choisir pour texte des conversations les doctrines et les problèmes sociaux qui passionnaient de plus en plus le public. Là se faisaient entendre des orateurs ardents ; là se préparaient aux luttes de la tribune, à leur insu, les Bassenge, les de Chestret, les Fabry ; là se rencontraient les tréfonciers de Paix et de Harlez ; là s’essayaient les poètes ; là Grétry recevait des ovations et léguait d’avance son cœur au pays natal. Par ses concours , par ses expositions , par les travaux de ses Comités , par ceux qu’elle sut encourager, la Société (l'Émulation resta pendant longues années fidèle à son mandat. Elle subit comme toutes les institutions le contre-coup de la crise révolutionnaire ; mais elle se releva au commencement de l’Empire, pour prendre une part plus directe et plus active que jamais au développement de l’instruction publique. Elle patrona l’Ecole de médecine fondée par Ansiaux et Comhaire (' ) ; elle organisa des fêtes intellectuelles et décerna des récompenses qui furent noblement disputées : nous n’exagérons rien en disant que le mouvement d’idées qu’elle prit sous sa direction contribua puissamment à fixer le choix du gouvernement hollandais, lorsqu’il fut question, en 1816, de déterminer le siège des Universités de l’État.

Mais encore une fois, Velbruck ne songeait pas au lendemain. On a vu des prêtres mondains sur le trône; mais un prince ecclésiastique ouvertement philosophe, dans le sens qu’on donnait à ce mot au siècle dernier, voilà certes une singularité dont cette période de l'histoire peut seule nous offrir le spectacle. Deux adversaires en une même personne : le prince compromettant l’évêque et l’évêque rendant le prince impossible. Ceux qui dès lors repoussaient la confusion des deux pouvoirs n’étaient que logiques; ils tiraient les conséquences naturelles des prémisses que leur fournissait le souverain lui-même. Les esprits modérés, mais clairvoyants, pressentaient qu’il faudrait bientôt opter.

Velbruck avait été évêque aussi peu que possible; son successeur Hoensbroeck, sincèrement mais étroitement pieux, s’engagea dès son avènement dans une voie tout opposée. Il tint en grande suspicion les penseurs et les beaux esprits; il essaya de paralyser l’essor vigoureux qui avait caractérisé le dernier règne. A un lettré qui lui demandait la place de conservateur de sa bibliothèque, il répondit

(') V. ci-après, col. 42 et 111.

Page 1