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On trouvera dans un livre excellent de M. Gil de Zarate * l'intéressant historique de l'Université d'Alcala de Hénarès, d'où est sortie celle de Madrid. Il suffira d'indiquer ici les dates et les faits les plus importants.
Créé sous le nom ô'Estudio gênerai par lettres patentes du roi Sancho el Bravo (20 mai 1293), cet établissement n'exista longs temps que sur le papier. L'Église réussit où l'État avait échoué. Le pape Pie II, par un bref daté de Mantoue, le 16 juillet 1459, autorisa l'archevêque de Tolède, don Alfonso Carrillo, à fonder trois chaires de grammaire et d'humanités dans des bâtiments voisins du couvent de San Francisco, à Alcala. Ce n'était là qu'un commencement; un des successeurs de Carrillo, l'illustre cardinal Ximénès de Cîsneros, devait faire plus et mieux. A peine investi de son archevôtîhé, il posa la première pierre du Colegio mayor de San Ildefonso, sorte d'École normale qui ne tarda pas à devenir l'âme de toute l'institution (14 mars 1498). Le pape Alexandre Borgia sanctionna par deux bulles la fondation de Ximénès, laquelle put, dès lors, prendre le nom d'Université. Toutefois l'inauguration solennelle n'eut lieu que le 26 juillet 1508; un jeune étudiant de Salamanque fut le premier recteur ; on créa des chaires de théologie, de droit canon, de rhétorique, de logique, de physique, d'hébreu, et
' l. Delà înstruccionpublica en Espafia, Bladrid, 1855, 3 toI. M. de Iifazade en A donné une analyse très exacte dans la Revue des DeuoO'Mondes dix !•' mars 1858.
2 UNIVERSITES ESPAGNOLES.
le saint-siège en assura Tentretien par une riche dotation, consistant dans le revenu de plusieurs bénéfices.
Ximénès entoura son œuvre de la sollicitude d'un père. Alcala lui dut deux colegios menores (San Isidro et San Eugenio) pour les études de grammaire, de nombreuses maisons de logement pour les étudiants, une précieuse bibliothèque, riche en manuscrits arabes. Le prieuré de San Tuy fut attaché à la charge de recteur, les revenus de TUniversité s'élevèrent bientôt à 14,000 ducats. Le cardinal voulut être enterré dans l'église principale de la ville, où il avait déposé les trophées de la conquête d'Oràn ; et l'inscription placée sur le piédestal de sa statue rappelle avant tous ses autres titres de gloire la fondation du grand collège :
Condideram Mosis Franciscus grande Lycœum; Condor in exiguo nunc ego sarcophago K
Au début du seizième siècle, l'Université d'Alcala comptait éâ chaires ' et 3 000 personnes immatriculées sur lesquelles iliy avait bien 2 500 étudiants. Il existait des bourses ou des dotations particulières pour plus de 500 élèves indigents. La ville imprimait en grec, en hébreu, en chaldéen : Ximénès y avait fait préparer l'édition de sa fameuse bible polyglotte. Fière de son érudition elle avait repris son nom antique de Complutum, qu'Érasme traduisait par sotvicXoûTov, le trésor universel ; François I*' visitait ses écoles, le cardinal Wolsey les prenait pour modèles.
Un siècle de splendeur fut suivi d'une longue décadence, dont les causes furent communes à toutes les Universités espagnoles. La plus importante fut la persistance de l'esprit théocratique qui . avait présidé à leur naissance ; on le retrouve partout dans l'enseignement, alors même que les empiétements progressifs du conseil de Gastille eurent à peu près éliminé l'autorité du saint-siège de l'administration des écoles.
La nécessité d'une réforme avait été reconnue dès la fin du dixseptième siècle, mais les innovations de don Martin de Hedrano (i665)nefirentqu'aggraverle mal qu'il prétendait guérir. Les plaintes réitérées du claustro des professeurs restèrent ensuite sans écho jusqu'au règne de Charles III. A cette époque l'expulsion des Jésuites