TOTAL
Licenciés. .
Doetenni. .
Le jugement qui ressort de Tétude précédente est si clair qu'il est presque inutile de le formuler. L'Espagne ne s'est jamais piquée d'une grande originalité en matière d'enseignement : elle s'est contentée d'emprunter aux nations voisines leurs institutions uni- Tersitaires et de les adapter à ses mœurs et à ses besoins. Même au temps de sa plus grande prospérité, on voit Salamanque chercher ses modèles à Bologne et en France, et Ximénès organiser les écoles d'Âlcala more Parisienst. Au diz-neuyième siècle, c'eàt encore le système fortement centralisé de l'Université française qui a inspiré les réformateurs de l'instruction supérieure en Espagne.
Il résulte de là que nous n'avons pas grand'chose à apprendre des Espagnols en ce qui touche le régime administratif des établissements d'enseignement et la forme extérieure sous laquelle on distribue le savoir. Un étudiant en droit ou en médecine parisien se trouverait certainement moins dépaysé à Madrid qu'à Londres où à Berlin ; et les légères variantes que j'ai constatées chemin faisant tiennent, pour la plupart, d'une manière trop intime au caractère national pour se prêter à une exportation.
Quant au fond même de l'enseignement, ce qui m'a le plus frappé pendant mon court séjour, c'est la confusion que font encore les Espagnols entre les caractères de l'enseignement secondaire et ceux de l'enseignement supérieur. Séparés par la lettre des règlements depuis une trentaine d'années seulement, il semble que ces deux ordres d'enseignement n'aient pas encore pris une individualité bien distincte et que, par cela même, ils n'aient pas porté tous les fruits qu'on est en droit d'en attendre. Une analyse détaillée montrerait en efifètque, sur beaucoup de points, les tnstitutos ressemblent trop aux» Universités et les Universités aux institutos : l'esprit de l'élève reste trop libre dans les premiers et trop enchaîné dans les secondes. L'étudiant demeure un écolier et le fait se traduit dans le langage lui-même : car il appelle ses cours des classes.
Une conséquence fatale de cette organisation vicieuse, c'est la pauvreté de la production scientifique en Espagne. L'éducation donnée aux jeunes gens peut former de passables avocats et des médecins plus habiles que le docteur Sangrado ; et comme les Espagnols ont naturellement l'esprit vif et la parole fleurie ils ne manquent ni de littérateurs brillants, ni de poètes ingénieux, ni
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d'éloquents orateurs politiques; mais on cherche parmi eux les philologues, les naturalistes, les philosophes, les savants, en un mot, qui puissent entrer en ligne de comparaison avec les grands noms des autres pays.
Faisons des vœux pour que cet état de choses ne peisiste pas indéfiniment. Si les Espagnols s'imposent de sérieux sacrifices pour relever le niveau de l'enseignement dan« les Universités, s'ils écoutent les conseils de quelques publicistes éminents que j'ai eu souvent l'occasion de citer, s'ils ne se contentent pas de traduire des livres allemands ou français, mais s'efforcent de s'assimiler les méthodes vivifiantes qui prédominent depuis longtemps dans les Universités allemandes et qui commencent à s'acclimater dans les nôtres^ il n'y a pas de raison pour que les établissements d'instruction supérieure d'Espagne, qui furent pendant un siècle les premiers du monde, ne reprennent un rang au moins honorable dans la grande communauté scolaire : l'Europe savante s'en réjouira et l'Espagne nouvelle y trouvera un avantage inappréciable.