‹ L'université de MadridChapitre 5 sur 11 · FACULTÉS · texte numérisé non relu

FACULTÉS

Droit

Sciences

Médecine

Pharmacie

Philosophie et lettres.

Totaux.

NOMBRE des élèves.

NOMBRE des inscriptions i.

DUREE des études.

5 ans.

3 ans.

6 ans.

4 ans.

3 ou 4 ans.

1. La disproportion entre le nombre des élèves et celui des inscriptions pour les Facultés des lettres et des sciences provient de ce que les statistiques font figurer dans Facultés les inscriptions de Yannèe jfféparatdre des étudiants en droit et en médecine.

ces

On voit par ce tableau que la science pure ne compte pas beaucoup d*adeptes dans la jeunesse madrilène. M. Zarate en faisait déjà Taveu mélancolique : Nadi'e esludia, por punto gênerai^ si'no h que ha de servirle para subststir. Encore si ces esprits, qui ne goûtent de la science que ses résultats pratiques, tournaient leur activité vers le champ de l'industrie ou TEspagne à tant de progrès â faire ! malbeureusement il n'en est rien, et ce sont les « carrières libérales», déjà si encombrées, qui continuent à les attirer. En 1878 les différentes Facultés d'Espagne ont inscrit 16 889 élèves, soit 1375 de plus qu'en 1877 : sur ce chiffre les Facultés de droit comptent 6 409 élèves et celles de médecine 6 823^ Les journaux

1. Pour le droit, les chifnres étaient de 6 000 en 1842, 4500 en 1844, 3500 en 1852. Il y avait alors un certain mouvement vers les carrières industrielles qui ne s'est pas maintenu.

,espagnols seplaigneat cpi*iln*y ait pas assez de plaideurs -pour tant d'avocats, ni de malades pour tant de médecins.

On a remarqué dans le tableau précédent Tabsence de la Faculté de théologie. Cette Faculté n'existe plus, en effet, depuis 1868. Ce n'est pas le seul changement de cette nature qui ait été opéré dans dans ces derniers temps, et un rapide résumé des vicissitudes qu'ont traversées depuis trente ans le nombre et la nomenclature des Facultés peut donner une idée de la mobilité de la législation espagnole en matière d'enseignement. En 1845, époque de la sécularisation définitive des Universités, on supprime la vieille Faculté de canons et l'on constitue cinq Facultés : philosophie, jurisprudence, théologie, médecine, pharmacie ; celle de philosophie comprenait l'enseignement secondaire ; il en fut détaché en 1847 et cette Faculté fut divisée en 4 sections (littérature, sciences philosophiques, physico-mathématiques, naturelles). En 1850, on revient sur ces deux changements et les 4 sections prennent des noms nouveaux (littérature, administration, sciences exactes, sciences naturelles). La loi Moyano (1857) modifie le nombre et la dénomination des Facultés. Il y en eut désormais 6 : Philosophie et lettres, sciences (3 sections : sciences physico-mathématiques, chimiques, naturelles), pharmacie, médecine, droit (3 sections : lois, canons, administration) et théologie. En 1866, de nouvelles et profondes réformes dans l'organisation universitaire laissèrent toutefois subsister cette classification. Mais après la révolution de septembre la Faculté de théologie disparaît; puis le roi Amédée décrète la fusion des Facultés de médecine et de pharmacie (1871) ; la République entreprend une transformation plus radicale et substitue aux 5 Facultés existantes les 5 Facultés nouvelles de philosophie, lettres, mathématiques, physique-chimie et histoire naturelle. Cette réforme irréfléchie se heurta à de tels obstacles qu'il fallut y renoncer et revenir au système de 1868, actuellement en vigueur; seulement la Faculté de droit ne contient plus que deux sections : droit civil et canon, droit administratif. Quant à l'enseignement théologiqùe, il est désormais confiné dans les Séminaires [Seminaynos conciliares) placés sous la direction des évoques. Ces établissements sont en grand nombre : il y en a souvent plusieurs dans le ressort d'un môme évèché. Les études dans les Séminaires comprennent à la fois l'instruction secondaire et l'instruction supérieure : elles portent sur les humanités, le latin, la philosophie, la théologie et les canons. Il y avait autrefois des règles particulières pour l'incorporation dans les instùutos et Facultés des grades obtenus dans les Séminaires : depuis la proclamation de la liberté d'enseignement et

la législation générale sur la validité des études privées, ces règles sont sans objet.

Les Espagnols ne comprennent pas Teadstmce d'une chaire dont l'enseignement n'est pas sanctionné par un examen, c'est-à-dire n'a pas un résultat positif, un but pratique immédiat. Toutes les matières professées à l'Université font partie des programmes d'examens : indiquer ces programmes c'est donc donner une idée des études que Ton peut faire à l'Université centrale, la seule qui mène l'élève jusqu'au doctorat dans toutes les branches.

Voici ces programmes pour chaque Faculté.

!• Faculté de philosophie et lettres.

a. LiceDce.

Langues grecque, hébraïque ou arabe. — Notions de littérature générale, littératures espagnole, latine, grecque, étude critique des auteurs grecs. — Géographie, histoire universelle, histoire d'Espagne. — Métaphysique.

&• Doctorat

Histoire critique de la littérature espagnole, esthétique, histoire de la philosophie.

2* Faculté des sciences, a. Licence.

1. Matières communes aux 3 sections. — Compléments d'algèbre, géométrie, trigonométrie rectiligne et sphérique, géométrie analytique à deux et trois dimensions, — Etude détaillée {ampliacion) de la physique, chimie générale. — Zoologie, botanique, minéralogie, notions de géologie. — Cosmographie, dessin linéaire.

2. Matières spéciales à chaque section, — Sciences Mathématiques : Calculs différentiel et intégral, géométrie descriptive, mécanique, géodésie. Sciences physiques : fluides impondérables, chimie inorga-r nique et organique. Sciences Naturelles : organographie, physiologie, géographie végétales ; zoologie, étude détaillée de la minéralogie.

d. Doctorat.

Sciences Mathématiques. Astronomie, physique mathématique. Sciences Physiques : Analyse chimique. Sciences naturelles : Anatomie comparée, paléontologie, géologie détaillée.

MADRID. f)

3* Faculté de droit K

a. Licence.

i. Matthes communes aux deux sections: Economie politique*, statistique, éléments de droit civil, commercial, pénal, politique, administratif.

â. Matières pédales à chaque section, — Section de droit civil et canon : Droit naturel, droit romain. Ampliacion du droit civil, codes espagnols. Droit canon, discifdiine ecclésiastique. Procédure, pratique du barreau. Section de droit administratif : Droit politique et commercial des principaux États, législation douanière, institutions financières,

b. Doctorat

Matières communes : Éléments de droit international, philosophie du droit. Section de droit civil et canon : législation comparée, histoire de rÉglise. Section de droit administratif : Histoire des traités.

4* Faculté de médecine*.

a, lioence.

Anatomie descriptive, générale, pathologique, chirurgicale; exercices d'ostéologie et de dissection. — Physiologie, hygiène

1. On doit regarder comme une dépendance de cette Faculté Y École de notariat^ qui compte deux chaires, un professeur auxiliaire et 209 élèves inscrits. On y enseigne des notions de droit et la rédaction des instruments pubUc8.

2. Cet enaeignement, qui n^exlste en France que depuis deux ans, a été introduit en Espagne dès 1807.

3. Dans Tancienne organisation, on distinguait les Facultés de médecine, dont renseignement était très discrédité à cause de son caractère purement fkéorique, et les collèges de médecine^ indépendants des Facultés et rattachés d*ordinaire à des hôpitaux. 6n 1843 les Facultés anciennes Airent supprimées,et les coUèges en prirent le nom et la place. La faculté actuelle de Madrid est issue du collège de San Carlos, fondé en 1797 sous la direction du célèbre don Antonio Guimbemat; Pannée précédente, un cours de médecine pratique avait été créé & Thôpital général. Le collège produisit des hommes éminants : Lacaba, Rodriguez del Pino, Oinesta, Mosacula, Roca ; renseignement médical y fut réformé par don Pedro Gastillo, ami de Ferdinand VII. Quant à la pharmacie elle resta confondue avec la médecine Jusqu'à la suppression du proiomédicat par Charles IV (1799). Â cette époque le collège des apothicaires de Séyille fonda à Madrid la chaire de botanique pharmaceu*

.88 UNIVERSITES ESPAGNOLES.

piÎTée et publique. — Pathologie générale, chirurgicale, médicale, féminine. — Obstétrique; thérapeutique, matière médicale; clinique médicale, chirurgicale, obstétricale. — Médecine légale, toxicologie.

b. Doctorat

Analyse chimique appliquée à la médecine, histoire de la médecine.

5*" Faculté de pharmacie»

a, licence.

Matière pharmaceutique animale^ minérale, végétale. -- Pharmacie chimico-inorganique, chimico-organique. — Exercices pratiques; détermination et classification des objets de pharmacie; pratique des opérations pharmaceutiques.

b. Doctorat.

Analyse chimique appliquée, histoire de la pharmacie.

Quelques mots maintenant sur certaines parties, spécialement importantes, de ces programmes.

Les étudiants arrivent à TUniversîté sans savoir deux mots de grec; c'est une étude à commencer ab ovo, à un âge où la mémoire n'est déjà plus très fraîche. Ils mettent deux ans à apprendre la grammaire, un an à apprendre la littérature. Le cours de langue grecque est un cours de grammaire tel qu'on le ferait dans un lycée; le cours de littérature correspond à certains de nos livres classiques, comme les ouvrages de M. Pierron, qui ont été traduits en espagnol; enfin, sous le nom d'étude critique des auteurs grecs, on entend la préparation d'un certain nombre d'auteurs dont la liste, dressée par le professeur, ne varie pas souvent. Elle comprenait, lors de mon voyage, un chant de l'Iliade, un discours de Démosthène, un court traité de Denys, les fragments de Sappho et de Tyrtée, etc.

Le cours d'histoire universelle s'arrête avant la fin de l'antîquité. J'ai eu entre les mains le programme qui paraissait bien

tique qui devint le germe de la Faculté actuelle. Réunies en 1843, les Facultés furent déûnitivement séparées en 1845.

fait : on y attribuait plus de place à l'étude des mœurs, des institutions et de la civilisation qu'au récit détaillé des faits. Reste à savoir si les étudiants apportent à l'Université une connaissance préalable des faits assez étendue pour que l'étude des institutions puisse les intéresser. A Texamen on demandait la constitution de Carthage, celle de Rome sous les rois, les religions de l'Inde*.

Un cours très utile et fort bien fait par le professeur (Don Manuel de la Revilla) est celui de littérature générale. Il comprend 126 leçons. Les premières sont consacrées à des notions de philosophie du langage, d'esthétique littéraire, etc. Puis vient un aperçu détaillé de chaque genre littéraire, des qualités qui lui sont propres, des époques où il a fleuri, des pays et des auteurs qui l'ont cultivé. Les soixante dernières leçons sont une histoire de la littérature espagnole jusqu'à la fin du XVIII* siècle. Ce programme est sagement conçu, les faits précis abondent, les appréciations sont justes et largement présentées. Dans la partie historique Fauteur paraît au courant des derniers travaux de la critique ; il ne sacrifie nullement les origines, et tout en s'appesantissant surtout sur les grands noms (Calderon et Cervantes ont chacun deux leçons) il sait faire une place aux talents inférieurs, poser chacun dans son milieu naturel et le comparera ses rivaux. Ce qu'il y a de meilleur dans ce cours, dont l'analogue n'existe pas chez nous, c'est qu'il familiarise les jeunes gens avec les littératures étrangères, la nôtre en particulier, qu'ils ne peuvent pas toujours lire dans les textes originaux.

La statistique qu'on a lue plus haut montre que les étudiants en lettres et en sciences sont en très petit nombre ; encore en estil beaucoup qui ne vont pas jusqu'au bout de leurs études ; c'est ainsi qu'il arrive qu'on ne reçoit par an à Madrid que 13 licenciés es lettres (soit trois quarts de licencié par professeur) et 10 licenciés es sciences (soit un tiers de licencié par professeur). Ce résultat doit être attribué en partie à l'existence des écoles spéciales qui, à Madrid comme à Paris, font à l'Université une concurrence redoutable*. Comme à Paris, on a cherché aussi à

1. Je refçreiie de n'avoir pas pa me procurer un programme de phUosophie, ou^ comme on dit, de métaphysique. Le krausianisme expulsé de TUniversité avec M. Salmeron a cédé la place à un éclectisme orthodoxe. J'ai entendu dans un examen le professeur interroger sur la distinction de l'âme et du corps et citer comme argument le < Dulce et décorum pro patria mori, »

2. Ce sont principalement TÉcole diplomatique (école des chartes), l*École des ingénieurs des routes, canaux et ports, VÉcole des mines, TÉcole des in-

remédier à Vabandon des aulas littéraires et scientifiques par Tin* stitution d'une année préparatoire obligatoire pour les étudiants en droit et en médecine : les premiers doivent s'inscrire aux cours de littérature espagnole, de littérature latine et d'histoire universelle ; les seconds aux cours de physique, de chimie et d'histoire naturelle. Cette disposition paraît d'autant plus sage que les jeunes gens arrivent à l'Université avec une éducation classique très insuffisante; mais je me suis assuré qu'au moins en ce qui touche les étudiants en droit l'année préparatoire, quoique sanctionnée par des examens, n'est pas prise au sérieux. Un assez grand nombre d'étudiants en sont même dispensés par des raisons spéciales ^

Les programmes de droit sont, on le voit, très semblables à ceux de nos écoles. Les deux particularités les plus remarquables sont la section d'administration et l'importance attribuée au droit canon. La section d'administration est l'analogue de notre école d'administration de 1848, qui a été remplacée, comme pépinière de fonctionnaires, par l'école libre des sciences politiques et les souspréfectures. Je dois dire que la section de droit administratif est peu en faveur ; les études y sont courtes et peu approfondies ; aussi, à égalité de mérite, préfère-t-on, même pour les emplois publics, les élèves de l'autre section. Quant à l'étude du droit canon et de la discipline ecclésiastique, elle s'explique par le rôle prépondérant que l'Église n'a jamais cessé de jouer dans la vie pubÛque et civile de l'Espagne ; à chaque pas de la législation on retrouve son intervention ou son influence historique; ainsi, depuis la loi qui autorise le mariage civil, il ne s'en est pas produit plus d'un exemple.

Gomme chez nous, les parties accessoires des programmes, droit pénal, droit politique, droit naturel (ce cours placé, à tort, dans la

^énieaiB des montagnes et PÉcole des ingénieurs militaires. EUes ont été organisées à peu près sur le modèle des écoles analo^es en France.

1. M. Manuel de la RevUla, dans deux articles fort intéressants sur les cours préparatoires, (la Instrticcion publica^ 15 octobre et 1" novembre 1875) s*est déclaré opposé à cette institution : les règlements en vigueur ont le tort de permetti-e aux étudiants de suivre ces cours à un moment quelconque de leur carrière universitaire ; de plus, la réunion des étudiants de la Faculté des lettres (ou des sciences) et de ceux de la Faculté astreinte au cours préparatoire est trop souyent le motif de rixes et de scandales. Enfin, il est clair que même les matières communes aux Facultés pratiques (médecine et droit) et aux Facultés théoriques (lettres et sciences) ne doivent pas être enseignées absolument de la même façon aux deux classes d*étudiants.

Pour ces raisons, Fauteur voudrait reporter les cours préparatoires dans les classes supérieures des Institutos,

première année m*a paru un peu vague et métaphysique) sont sacrifiées au droit civil et au droit romain. L'étude du droit civil espagnol est longue et compliquée. Cette partie de la législation n'a pas encore été codifiée et ne le sera pas de sitôt à cause des grandes différences législatives qui existent d'une province à l'autre, notamment en matière de succession. Élèves et maîtres doivent donc se livrer à unexamen comparatif de plusieurs compilations (recùpilaciones) de coutumes et de lois, et chercher les principes de la jurisprudence dans les Siete Partidas d'Alphonse le Sage ou dans lés vieilles lots de Toro que les étudiants appellent « lois des Taureaux. » C'est là un travail si long et si pénible que l'étudiant n'arrive jamais à la fin du droit civil : il ne l'apprend qu'une fois devenu avocat ^

J'ajoute un mot sur un sujet commun à toutes les Facultés: celui des obras de texto. U est de principe que dans chaque chaire l'enseignement se donne en conformité avec certains ouvrages recommandés dont la liste officielle est publiée tous les trois ans : ce sont les obras de texto. On ne peut en prescrire plus de trois pour chaque matière {asignatura). Le programme du professeur doit mentionner l'ouvrage quïl a suivi, mais les moyens coGrcitifs employés jadis pour forcer les élèves à se le procurer ont été abolis en 1856. Néanmoins l'admission d'un livre parmi les obtxis de texto est \m honneur profitable vivement recherché par les auteurs et les libraires. La liste est dressée par le conseil de l'Instruction publique auquel on remet deux exemplaires du livre. Le système des obras detexto^ qui a certainement quelques avantages, est aussi en vigueur dans les écoles spéciales. Les ouvrages prescrits sont d'ordinaire ceux des professeurs mêmes ; pour les sciences, les publications espagnoles étant insuffisantes, les étudiants doivent recouril^ à des ouvrages français. C'estainsi qu'on leur recommande le Cours de mathématiques de H. de Comberousse, la Physique de M. Jamin, la Chimie de M. Naquet, la Physiologie de H. Béclard. Les étudiants en lettres lisent aussi les grammaires de Bumouf et la Cité antique de M. Fustel de Coulanges.

1. Il y a peu de chose à dire sur Tétude du droit romain. Les Institutes forment comme ici la base de renseignement. La première année est consacrée à des notions historiques de droit romain qui, sur les programmes, m'ont paru assez complètes, et au premier livre des Institutes, sans les tutelles. Le reste est Touvrage de la seconde année.

vn

Les examens sont à Madrid la principale préoccapation des étudiants sérieux et la plus lourde corvée des professeurs; ils tiennent dans la nouvelle organisation universitaire la place prédominante qu'occupaient jadis les soutenances de thèses et les interminables dissertations scolastiques supprimées en 1845. Il y en a de deux sortes : les examens pour Tobtention des grades et les examens de fin d'année {de prueba de curso). Les premiers, réduits à deux depuis que le baccalauréat a été relégué dans les tnslitutoSj sont aussi anciens que l'Université même ; les seconds, au contraire, ne datent que de 1824: ils ont été institués comme un moyen de contrôle et de sanction de la régularité dans les études. Cette institution, encore plus nécessaire en Espagne qu'en France, y a été étendue à toutes les Facultés.

Chaque année pendant les quinze derniers jours de mai, l'étudiant dépose au secrétariat une demande portant indication des matières (astgnaturas) sur lesquelles il désire être examiné ^ En règle générale, nul ne peut être interrogé que sur les cours auxquels il s'est fait inscrire pendant l'année, cours qui, on l'a vu^ ne sont pas fixés aussi rigoureusement que chez nous; mais nul n'est forcé de se faire interroger immédiatement sur tous les cours auxquels il est inscrit : ainsi tel étudiant en droit passera six examens dès la première année, et son camarade n'en passera qu'un seul. On voit par là qu'il est impossible d'indiquer d'une façon précise la durée des études dans chaque Faculté jusqu'à la licence ; ^es chiffres que j'ai donnés plus haut ne repnésentent qu'une moyenne ; mais on peut dire en général que cette durée est plus longue qu'en France: les élèves entrent à l'Université plus jeunes et en sortent au même âge que chez nous, vers 21 ans.

Le registre d'inscription est clos le 31 mai ; le lendemain commence la session, tous cours cessant. Elle dure pendant tout le mois de juin. Les candidats sont interrogés dan^ l'ordre de leur inscription ; toutefois ceux qui ont obtenu les meilleures notes à leurs examens de l'année précédente ont un droit de priorité, égaler ment profitable aux forts et aux faibles. Chaque matière spéciale

1. 7adis tout candidat devait présenter, en s^inscrivant, son acte de baptême. Cette disposition, qui excluait les hérétiques et les juifs, a été supprimée en 1868. Aujourd'hui on trouve dans les écoles espagnoles jusqu*à des musulmans venus du Maroc.

forme le sujet d'une interrogation particulière, et Ton ne peut en subir qu'une seule par jour, sauf exception ; de la sorte un bon étudiant peut 6tre tenu en suspens pendant plusieurs semaines; de même il peut être admis pour telle ou telle asignatura et ajourné pour telle autre. Ce système a quelques avantages sur le nôtre : les réponses bonnes ou mauvaises du candidat sur une partie dé son examen n'exerçant aucune influence sur les autres parties, il ne risque pas de perdre une année entière d'études pour un moment d'oubli ou d'erreur. D'autre part, cette multiplicité d'épreuves permet, encore plus qu'en France, la préparation artificielle dont on connaît le nom caractéristique. A la rigueur, il n'est pas impossible pour un sujet intelligent de préparer, rien qu'en entendant les réponses de ses camarades, un examen qui portera sur un programme très restreint.

Pour chaque matière, le jury d'examen se compose du professeur titulaire de la chaire où elle est enseignée et de deux titulaires de chaires analogues, désignés par lé doyen de la Faculté. Chaque examen, dont la durée n'excède pas dix minutes, consiste en questions sur trois leçons du programme de la chaire, tirées au sort. On a vu ce que sont ces programmes que chaque professeur dicte au commencement de l'année et auxquels il conforme son enseignement. L'élève arrive à l'examen avec ce programme écrit ou imprimé à la main ; il le garde sous les yeux pendant qu'on l'interroge : on devine à quel genre de fraudes cette pratique peut donner lieu. Le système du tirage au sort présente, lui aussi, de graves inconvénients qui l'ont fait à juste titre bannir de la plupart de nos examens ; en Espagne il règne souverainement du haut en bas de l'échelle scolaire.

L'examen est public^ comme les cours, et se fait dans les aulas ordinaires. Les juges sont en robe, le candidat est en simple redingote, même aux examens de droit: il n'y a pas lieu de s'en plaindre. Chaque élève est interrogé séparément. Il y en a peu qui répondent avec quelque originalité ; la plupart s'attachent à reproduire les termes mômes du cours ou d'un manuel. « Nous sommes des perroquets, » me dit un étudiant. Je dois ajouter que les candidats ânonnent moins que dans nos Facultés ; même les plus ignorants parlent ou récitent souvent avec une grande volubilité. Les candidats ne sont informés de leur sort qu'à la fin de la séance. L'ajournement s'appelle suspension; en cas d'admission la valeur de l'examen est marquée par l'une des quatre notes : sobresaltente (excellent), notable (très-bon), buenoj aprobado. Dans les premiers temps de l'institution, les juges étaient d'une indulgence extrèmiB

qui provoqua de justes critiques et des circulaires impuissantes ; depuis rétablissement des examens extraordinaire$^ ils sont devenus un peu plus regardants sans être encore bien sévères ^

Pour compléter cette esquisse il faudrait dire quelques mots du côté moral des examens de fin d'année, mais il est facile de's'en faire une idée d'après les phénomènes analogues qu*on observe dans nos Facultés. Agitation fiévreuse de la petite nation universitaire, interruption virtuelle des coiu*s quinze jours à Favance, travail surchauffé de la dernière heure, tout cela se retrouve chez nous et n'exige aucun développement particulier.

liCS candidats qui ont été malheureux au mois de juin, ou qui ont eu un motif valable de ne pas répondre à l'appel de leur nom, peuvent se représenter à la session extraordinaire de septembre ; mais s'ils échouent encore une fois, ce qui arrive rarement, ils perdent le bénéfice d'une année de cours.

Je passe maintenant aux examens de licence et de doctorat. Lie premier est indispensable pour l'entrée dans la plupart des carrières libérales ; le second n'est qu'un titre honorifique et ne sert que pour le professorat. A la différence des examens de prueba de curso, les épreuves pour ces deux grades peuvent se subir à n'importe quelle époque de l'année, même durant les vacances, s'il y a nécessité.

Le candidat à la licence présente sa demande au recteur, en l'accompagnant des pièces requises pourprouver qu'il asuivi tous les cours exigés par les programmes et passé tous les examens partiels. Le dossier est vérifié par le secrétariat, puis le doyen constitue un jury de trois examinateurs et convoque le candidat pour un jour et une heure fixes. La marche de l'examen n'est pas le même dans les différentes Facultés.

Pour la licence es lettres le candidat tire au sort trois boules parmi cent, dont les numéros correspondent aux questions d'une liste dressée au commencement de l'année académique par l'assemblée des professeurs. De ces trois sujets, il choisit celui qui lui convient le mieux et écrit uno tenore une dissertation en trois heures. Il ne peut communiquer avec personne, mais on met à sa disposition les livres nécessaires. Aussitôt après, il vient donner lecture de son travail au jury, qui lui en fait la critique pendant une

1. La proportion des admissions sur le nombre total des candidats est à Madrid de 89 p* 100 pour les lettres, 91 p. 100 pour le droit, 70 p. 100 pour le» sciences, 80 p. 100 pour la médecine, 76 p. 100 pour la pharmacie. En France (1873) la proportion était de 82 p. 100 pour le droit et de 86 p. 100 pour la médecine.

MÂDRIB. 35

demi-heure. Enfin chaque juge lui pose des questions pendant vingt minutes.

Les trois licences es sciences mathématiques, es sciences physiques et es sciences naturelles comprennent chacune deux séries d'épreuves. La première consiste en un examen oral d'une demiheure. La seconde est :

1* Pour les mathématiques, la résolution pratique, dans l'espace de huit heures, d'un problème de mécanique ou de géométrie descriptive ;

2* Pour la physique, la préparation d'un produit désigné par le jury;

3*" Pour les sciences naturelles, la classification de trois objets de zoologie, de botanique et de minéralogie.

La licence en droit est réglée exactement comme celle des lettres ; la licence en médecine (on sait que ce grade n'existe pas en France] se rapproche au contraire de la licence es sciences. Comme celle-ci, elle comporte deux séries d'épreuves : 1« un examen oral dont le sujet est tiré au sort, T l'étude d'un malade, également désigné par le sort. Le candidat a une heure pour préparer son rapport sur le diagnostic de la maladie,son caractère et les moyens de la guérir. Ces deux épreuves sont suivies d'une opération sur un cadavre. Tel est aussi à peu près le programme de la licence en pharmacie ; seulement la seconde épreuve est remplacée par la préparation de deux produits, l'un chimique, l'autre pharmaceutique.

La plupart des étudiants s'arrêtent au degré de licencié ; néanmoins le titre de docteur est encore assez recherché. Autrefois l'obtention de ce grade était entourée de formes traditionnelles qui en faisaient l'acte le plus pompeux et le plus solennel de la Tie universitaire. Il se composait de deux parties : les Vùperas et le Doctoramiento proprement dit, sans compter la partie scientifique de l'examen, Pour les vùperas, le clamtro des professeurs se réunissait au grand complet à la chapelle, au théâtre, diU paranmfo ou dans quelqu'une des grandes salles de l'Université. On y prononçait divers discours, les uns sur des points de doctrine, les autres sur les mérites du candidat. Ces dernières harangues tournaient souvent à la satire : les sarcasmes les plus bouffons et les plus mordants étaient autorisés par un usage immémorial^ qui persista, en dépit des règlements contraires, jusqu'en plein dix-neuvième siècle. Le

1. Ximénès dit formeUément dans les statuts de TUnivenité d*Acaki : « Tandem aliquis de Univereitate prœfata faciet vexamen ioeoêum, »

36 UNIVERSIKS ESPAGNOLES.

doctoranuerUo ou investitiire proprement dite n'avaitliea qae deux ou trois jours plus tard. La cérémonie débutait par une messe solennelle suivie d*un nouveau tournoi oratoire dans la salle des actes. Pois le candidat prononçait un serment analogue à celui qui s^est maintenu dans les Universités allemandes, et le chancelier, le recteur ou le doyen le revêtait en grande pompe des insignes de son grade : bonnet à houppe, anneau, gants blancs, épée et éperons dorés. Le nouveau docteur échangeait ensuite le baiser de paix avec tous ses confrères présents et allait prendre place parmi eux après avoir fait un discours de remerciement. Enfin toute la Faculté sortait, musique en tète, et promenait le néophyte en triomphe à travers la ville qui se mettait en fête pour Toccasion et dont les balcons étaient garnis de l'élite de la société féminine. La journée s'achevait par des concerts, des feux d'artifice et — naturellement — des courses de taureaux. Toutes ces cérémonies étaient à la chaîne du pauvre docteur, qui invoquait en vain les ordonnances royales pour se soustraire à des honneurs aussi coûteux.

Plusieurs de ces formalités tombèrent, il est vrai, en désuétude ; cependant jusqu'en 1868 l'investiture du doctorat, dont l'Université de Madrid avait le privilège, se faisait encore avec beaucoup d'apparat dans le parantnfo, sous la présidence du ministre, du directeur de Tinstruction publique ou de quelque autre grand personnage. Tout ce cérémonial suranné a disparu le jour où un décret du gouvernement provisoire autorisa toutes les Universités du royaume à conférer le grade de docteur. Depuis, cette faculté a été restreinte à un petit nombre d'Universités, et, dans la pratique, celle de Madrid est seule à l'exercer; mais le doctorat nouveau n'a conservé de l'ancien que de faibles vestiges, tels que l'élévation des frais de diplôme. Il se passe aujourd'hui dans les mêmes formes que les autres examens, bien que les règlements exigent encore la présence du recteur ou du doyen, chargé de remettre au nouveau docteur le diplôme et les insignes du grade.

Non seulement le doctorat n'est plus une épreuve solennelle : ce n'est plus même un examen très sérieux. Les programmes sont, à la vérité, un peu plus étendus que ceux de la licence; mais, ici comme là, la thèse, qui constitue la partie capitale de l'examen, ne dépasse guère les proportions d'une amplification scolaire. Le sujet de la thèse est choisi par le candidat, parmi une liste de quarante, dressée par la Faculté au commencement de Tannée. Elle ne doit pas durer plus d'une demi- heure à la lecture. Le candidat, au jour fixé, la lit à un jury de cinq examinateurs, dont trois, désignés par le président, l'interrogent chacun pendant un quart d'heure. Le

MABBID. 37

juiy ne peut exprimer son opinion que par une ées deux notes aprobado ou sobresaliente, à moins qu'il ne prononce ràjoumement, ce qui est bien rare. La marche et la forme des épreuves ne diffèrent en rien d'une Faculté à F autres

Dans tout ce qui précède j'ai supposé que l'étudiant était immatriculé à rUniversité et en avait suivi régulièrement les cours. Les formes des examens sont un peu modifiées s'il s'agit d'un candidat qui a fait ses études chez lui {estudios hechos privatamenté) ou dans quelque établissement libre. Il faut faire exception ponr le doctorat qui ne peut être subi que dans les formes énoncées précédemment.

Une règle commune aux candidats externes et aux étudiants réguliers, c'est qu'il est défendu d'aspirer au grade de licencié avant d'avoir traversé toute la filière des examens de fin d'année sur les matières comprises dans le programme de ce grade. Les examens pour ces candidats externes ont lieu en avril et en novembre. Chaque jury se compose de cinq membres nommés par le gouvernement ; le président est un conseiller de l'instruction publique qui ne doit pas être un professeur en activité de service. Deux examinateurs sont choisis parmi les professeurs titulaires des matières de l'examen, les deux autres sont des académiciens ou des membres de l'enseignement libre. C'est donc une sorte de jury mixte comme celui qui fonctionnait naguère en Belgique et que la loi de 1875 a introduit en France.

Le candidat dépose sa demande, avec un certificat d'identité, au secrétariat de l'Université, avant l'ouverture de la session. Sa convocation lui est adressée 48 heures à Tavaiice ; on lui communique en même temps le. programme officiel de chacune des matières de l'examen. Ces matières ont été réparties pour chaque Faculté en un certain nombre de groupes correspondant à la durée ordinaire des études : il y en a 4 pour le droit civil et canon, 2 pour le droit administratif, 5 pour la médecine, 4 pour la pharmacie, 4 pour chacune des section des sciences, 4 pour la philosophie et les lettres. Le candidat doit être examiné dans le courant de la session au moins sur toutes les matières d'un groupe ; mais il peut se faire interroger sur deux ou plusieurs groupes à la fois^ il peut même se débarrasser d'un seul coup de tous les examens partiels et y joindre l'examen spécial du grade académique.

1. La Faculté de médecine, outre les grades de licencié et de docteur, confère encore les diplômes subalternes de pratiquant, de sage-femme (mairona) et de deatiste^ dans le détail deiquels il m^ para inutile d*entrer.

Chaque examen^ puremmit oral sauf celui du grade, dure au moins 20 minutes et eomporte 4 questions sur chaque matière. Le candidat refusé peut se représenter à la prochaine session; échouet-il encore unefois, tous ses examensprécédents sont annulés.Le reste delà procédure est identique à celle des examens officiels. Remarquons seulement que lès certificats partiels obtenus devant le jury mixte ne sont plus valables si Télève entre ensuite à TUniversité ; la réciproque est vraie. Ainsi les deux systèmes existent concurremment : on peut choisir, mais on ne peut pas les combiner.

Un mot encore sur les grades obtenusàrétranger.Avantl868 ces grades étaient valables en Espagne, moyennant une autorisation spécialeduministre.Depuislaproclamationdelalibertéd'enseignement, il n'en est plus ainsi ; les études faites à Tétranger sont assimilées aux études privées et régies comme elles par les décrets du 4 juin et du 26 octobre 1875 que je viens de résumer. Il n'y a d'exception que pour le Portugal et Cuba : les années d'études faites dans ces deux pays comptent comme si elles avaient été passées en Espagne, et il en est de môme des diplômes obtenus.

Je termine cette matière par un tableau statistique des licenciés et docteurs diplômés à l'Université centrale dans l'année scolaire 4877-78*.

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