CHAPITRE XV
Il y avait de graves discussions dans l'Université \ au quatorzième siècle, par l'attention qu'elle donnait à l'astrologie, aux sortilèges, aux envoûtements, par ses obscures et intarissables disputes sur des questions abstruses, par exemple : sur celle de savoir si les personnes de la Trinité sont distinctes, d'une distinction formelle ou de raison ratiocinante ou de raison ratiocinée.
Les docteurs de l'Université se montraient dignes de vivre dans un siècle de superstition et de scolastique; mais ils lui étaient supérieurs par leurs hardiesses. Sans le savoir, ils ébranlaient la théologie
1. Voir l'intéressant travail intitulé Marcel, prévôt des marchands, par M. Perrens, inspecteur de l'Université. — Histoire généraie de Paris. Imprimerie nationale, 1875.
d'Albert le Grand, la cosmologie de Ptolémée, lej plus anciennes théories sur la nature et sur le sur^ naturel, avec Dante, Boccace, Pétrarque, et bien d'aui très encore, venus d'Italie, pour s'asseoir sur la paill^ de la rue du Fouarre, pour faire le négoce ou pour porter les compliments des princes; ils cherchaient dans les systèmes poli tiques, dans le jeu des institutions,! les causes qui faisaient de Florence la première cité d^ la Péninsule. Des clercs, des lettrés, saint Thomas d'Aquin, l'ange de l'école , Egidius Colonna, précepteur de Philippe le Bel, écrivaient sur le gouvernement des princes des livres lus, admirés, commentés. Puis la discussion descendait de la montagne Sainte-Geneviève, passait la Seine, se répandait dans la cité S autour du Palais, et pénétrait jusqu'au foyer de ces familles marchandes, à l'esprit inculte, mais ouvert, qui modifiaient les théories trop absolues du pays latin par les pratiques inspirations de leur bon sens.
Au milieu des agitations qui [émeuvent Paris au quatorzième siècle, les prélats se rangent, suivant les circonstances et leurs intérêts, du côté de la royauté ou de la noblesse, tandis que dans les rangs inférieurs : clercs, religieux, régents et écoliers de l'Uni-
t. Voir : Ikaune et d'Abraumont, Les Universités de Franche- Comté. Gray-Dole, Besançon, 1870, in-8o. — Berriat-Saint-Prix, Histoire de Cujas^ à la suite de VHistoire du Droit romain.
versité, penchent vers la bourgeoisie, d'oti ils sortent, où ils retrouvent leurs pères, leurs frères, leurs amis : ils ne forment en quelque sorte qu'une partie importante du tiers état naissant.
Siège d'une Université qui passait pour la première du monde, où l'on accourait de tous les coins de l'Europe, du Parlement qui rendait la justice, de la haute administration, du gouvernement et de la cour, Paris était tout ensemble un centre d'action et un foyer de lumières. On y débattait les questions littéraires ou théologiques, on y décidait les questions contentieuses, on y discutait les grands intérêts de la politique, on y prenait les grandes résolutions dont dépendaient la paix ou la guerre, le malheur ou la prospérité des peuples.
Alors, comme aujourd'hui, Paris^ était, comme Rome, la ville éternelle, urbs; il est des cités qui ont une âme immortelle; on dirait qu'elle se diffuse dans l'univers entier, et qu'elle vibre dans le cœur de tous les hommes. En Grèce, le voyageur est frappé du nombre prodigieux de tombeaux vider», qui trouent les rochers et bordent les routes; où donc sont-ils les morts de tant de tombes? Ils sont dans le genre humain; ils chantent
1. Maxime Ducamp, Varis, ses organes. Hachette, éditeur, 1875. Pour connaître notre capitale, il faut bien méditer les pages de notre savant et laborieux ami.
avec les poètes, parlent avec les orateurs, méditent avec les philosophes, ils sont dans l'atelier des sculpteurs et des peintres, ils encouragent les architectes et définissent les règles du beau; l'âme d'Athènes est dans le goût, dans les mœurs, dans la science, dans le langage universels, comme l'âme de la Rome césarienne est dans le droit et dans la jurisprudence , comme l'âme de la Rome catholique est dans la morale. C'est le destin de certaines agglomérations humaines d'où se dégagent des courants pénétrants d'intelligence et de vérité; elles sont impérissables; leur expansion semble indéfinie et se prolonge à travers les temps, malgré leur mort apparente.
L'éloquence politique était encore dans l'enfance; il n'en pouvait être autrement puisque, depuis si peu d'années, le tiers état se voyait appelé à défendre sa cause par la parole, « par le plait », comme disaient les fabliaux. La prédication chrétienne, qui depuis si longtemps s'adressait aux peuples, restait elle-même dans une sorte de barbarie, dont les élus, illustres orateurs, ne savaient s'affranchir; Gerson, un des pères de notre Église nationale, se perdait en des divisions infinies, embarrassait ses plus vives images du fatras le plus bizarre et ne reculait pas devant les allégories les plus forcées, devant les plus déraisonnables inventions : il faisait d'Adam le fondateur de l'Université de Paris, où il le fixait, en le faisant passer par l'Egypte, par Athènes et par Rome.
Une Députation de r Université, en février 1358, se rendant auprès du Dauphin, mérite de fixer l'attention, parce qu'elle fait voir de quel côté se rangeaient tous les esprits éclairés. L'Université n'avait point pris parti dans la querelle, elle en était même si éloignée qu'elle avait refusé, comme on l'a vu, de porter le chaperon rouge et personnel. Mais, quand il lui parut bien évident que toute la résistance venait du Dauphin et de ses conseillers, elle résolut d'unir ses efforts à ceux d'Etienne Marcel. Une députation considérable, dont faisaient partie quelques personnes du corps municipal et du clergé diocésain, maison l'Université l'emportait par le nombre, se rendit au palais de la Cité. Quand on l'eut introduite auprès du prince, le frère Simon de Langres, général des Jacobins (frères mineurs des Cordeliers), prit la parole au nom des autres députés et mit dans son discours cette âpreté de langage, dont les ordres religieux avaient l'habitude.
Celte démarche eut lieu du 27 janvier au 11 février 1358 (page 182 par Perrens Marcel).
Un Rèfilement pour V Université fut rendu, en mai 1358. Malgré ses ressentiments et sa retraite, le Dau-
phin ne pensait pas avoir perdu son autorité sur Paris, et il ne renonçait point à y commander. Il y réglait de loin jusqu'aux moindres choses. Ayant appris que des ennemis de TUniversité de Paris apportaient pendant la nuit des immondices, dont ils infectaient la rue, la chaire du maître et les bancs des écoliers, pour les empêcher de recueillir « la fleur et la perle de la science », il envoyait l'autorisation de fermer, pendant la nuit, les deux issues de la rue du Fouarre où se faisaient les cours. (Ordonnance de may 1358; tome III, page 237 des Ordonnances.)
La Médiation de V Université intervint en mai 1358. Une réconciliation n'était pas impossible entre le prince et la bourgeoisie, il était du moins honorable de l'essayer. Etienne Marcel ne pouvait mieux faire que de prier les chefs de l'Université de tenter la démarche, en son nom. Le duc de Normandie paraissait prendre un vif intérêt aux moindres affaires de ce docte corps. L'Université était toujours restée neutre de fait, sinon d'intention, dans les querelles de la commune de Paris et du pouvoir royal. En cette conjoncture difficile, elle ne refusa point ses bons offices. La députation qu'elle envoya au régent se composait de deux maîtres et du bedeau de chaque nation, que conduisait le recteur lui-même. Au nom de la municipalité de Paris, le recteur pria le duc de Normandie de pardonner à la ville et promit que les Parisiens feraient amende honorable,
s'il garantissait la vie sauve à ceux qui avaient pu l'offenser. (Tome IV, page 344 de Y Histoire de V Université de Paris, par Du Boulay.)
Bref du Pape envoyé à V Université [15 juillet 1358). Ce pontife adressa le 15 juillet une bulle* au recteur et à l'Université de Paris pour les inviter à se joindre à l'archevêque de Lyon , à l'évèque de Paris et au prieur de Saint-Martin-des-Ghamps, qu'il chargeait de pousser à une réconciliation. {Anno Dom, 1358, 15 die mensis julii.) •
Dès 1560, les États d'Orléans avaient réclamé la création d'écoles, en toutes villes ^ et villages, ainsi que l'obligation, pour les parents, sous peine d'amende, d'y envoyer leur enfants.
Dans l'ancien diocèse de Langres, M. Fayet, cité par M, Levasseur (derinstilut), constata que sur 1,000
1 . Cette bulle du pape Innocent est relatée en entier au t. IV de Du Boulay, Histoire de V Université, page 345.
2. Le dit des rues de Paris (1300), par Guillot de Paris, édile par Edgar Mareuse. Paris, Librairie générale, 18 75.
époux et 1,000 épouses, avaient signé leur acte de mariage : — 457 époux et 200 épouses (de 1701 à 1725); — 630 époux et 278 épouses (de 1731 à 1775) ; — 800 époux et 492 épouses (de 4801 à 1825); — 899 épouxfet 717 épouses de 1826 à 1830.
Dans le projet de Saint-Just, présenté avec bien d'autres (1789-1793), on lit : « Les enfants mâles sont élevés de cinq à seize ans par la patrie ; — ils sont vêtus de toile dans toutes les saisons et ne vivent que de racines ; — ils se couchent sur des nattes, et ne dorment que huit heures ^ »
La Convention a fondé l'École normale et l'Institut; Napoléon l"' ne fit figurer à son budget de l'École primaire que 5,000 francs, mais il créa l'Université en 1809, et rétablit les Collèges sous le nom de Lycées.
1700. — Remontrances à M. le Procureur général de Caen sur les difficultés survenues pour l'exécution, tant de la déclaration du Roi que du Règlement donné par Nos Seigneurs les Présidents et Conseillers du Parlement de Normandie, à l'occasion des inscriptions des étudiants en droit de l'Université de Caen.
Lettre de Finspecteur des bâtiments de la Commune do Paris, « ordonnant le transport des cercueils « de plomb provenant des églises et couvents sup-
1. Catalogue des livres rares et curieux sur la Révolution. Vâris, 1875. Voisin, libraire, 37, rue Mazarine.
« primés dans le cimetière de la Charité (butte Mont- (( Parnasse), pour la vidange et la fonte desdits cer- (( cueils, afm que le plomb qui recevait les restes or- (( gueilleux d'un culte abhorré, converti en balles, « renverse les automates, que le despotisme fait mar- « cher contre nous. — 11 est intéressant pour les ob- (( servations de l'histoire naturelle de conserver les « inscriptions desdits cercueils. »
Établissement des signaux télégraphiques au Mont- Valérien, sur la butte du Roule et sur le pavillon de l'Égalité des Tuileries, signé : Carnot, Gambacérès, Merlin de Douai, Boissy d'Anglas.
n mai 1715. — Ordre signé Bignon, intendant de la généralité de Paris, de donner les instructions nécessaires^ pour aider le sieur de Liste, de l'Académie des Sciences, dans l'établissement d'une carte des villes, villages, hameaux de la généralité de Paris ^
1743. — Défense de vendre aux portes des collèges, notamment aux écoliers, des fruits en échange de leurs livres.
iO juillet 1792. — Lettre signée du ministre de l'intérieur, relative à la vente de la bibliothèque des Minimes de Passy.
1. Catalogue des livres rares et curieux sur ta Révolution. Voisin, 'ibraire, 37, rue Mazarine, Paris. (Janvier 1875.)
État des dépenses courantes de l'année 1810 pour le Musée des monuments français, signé par Alexandre Lenoir, Denon et Montalivet.
Décret de la Convention nationale du 18 vendémiaire an III, portant établissement, à] Paris, d'un Conservatoire des arts et métiers; signé pour ampliation : Berthollet.
Devis estimatif des dépenses à faire pour livrer au citoyen Sage l'emplacement nécessaire à l'établissement du musée des Mines, dans l'hôtel des Monnaies, conformément à la décision du Directoire (an VI).
Adresse des citoyens de Versailles au ministre Roland, relative à la conservation des bibliothèques, tableaux, bronzes, se trouvant au château de Versailles; lettres de la commission des arts établie à Versailles, au sujet de l'examen du triage et du transport des effets précieux (sciences et arts) qui pourraient se trouver dans les ci-devant maisons religieuses et chez les émigrés, et déposés d'abord au ci-devant couvent des Augustines de Versailles.
Il nous aparu intéressant de reproduire ici l'exposé des motifs du projet de loi présenté en 1870 sur la liberté de l'enseignement supérieur et la réorganisation des facultés :
EXTRAIT DE L'eXPOSÉ DES MOTIFS DU PROJET DE LOI RELATIF A LA LIBERTÉ DE L' ENSEIGNEMENT SUPÉ- RIEUR.
(( ... En France, avec la constitution actuelle de notre société, il existe deux grandes forces collectives : l'Etat et l'Église; l'un a besoin d'écoles pour assurer, dans l'intérêt général, le progrès de la science; l'autre pour répandre ses croyances et son influence. Si, en face du clergé et des immenses ressources que lui valent sa puissante organisation, le zèle apostolique de ses membres et l'active propagande de ses congrégations, il n'y avait que des citoyens isolés, la lutte, pour ceux-ci, deviendrait bien vite impossible, et la liberté périrait.
« Pour qu'en matière scolaire la liberté véritable existe dans un pays tel que le nôtre, il faut que la force centralisée de l'État fasse équilibre à la puissance disciplinée de l'Église.
« De celte considération résulte l'absolue nécessité de maintenir la grande corporation laïque due au génie de Napoléon 1% l'Université, à qui il conviendra de donner une autonomie plus grande; de garder ses écoles supérieures, qui ont besoin d'être fortifiées, plutôt que multipliées; son bugdet, enfin, qu'il sera nécessaire d'accroître pour le mettre en état de soutenir, dans l'intêtrêt de la science pure, une concurrence où plus d'une fois l'on trouvera, soit des passions politiques ou religieuses, soit des préoccupations industrielles, dont l'Etat doit avoir souci pour les combattre par l'exemple d'un enseignement étranger aux intérêts des partis comme à ceux des individus.
« L'Université ne renoncera ni à ses examens, ni à ses concours à ciel ouvert, c'est-à-dire à l'émulation
qui fait sa vie, ni à sesgrades, dont leprincipe est depuis i 789 celui de notre société même : « Au plus digne ! »
« Mais à côté d'elle, tout individu, toute association pourra ouvrir des cours et fonder des écoles.
« Si la question était réduite à ces term^es, elle serait bien vite tranchée; mais il reste un point délicat et essentiel, la collation des grades, qui consacrent aux yeux des familles les études faites et ouvrent à l'élève certaines carrières.
« On comprend que, dans Tordre des intérêts matériels, servis par l'industrie ordinaire, l'autorité ne vienne plus se placer à côté du consommateur, seul juge compétent, et qu'on ait, en conséquence, supprimé toute « garantie du gouvernement ».
(( Doit-il en être de même pour les intérêts d'ordre moral, qui, ne pouvant être appréciés que par des personnes autorisées, échappent au jugement de la foule? La France et l'Allemagne, avec des formes différentes, ont jusqu'à présent dit: Non. L'Amérique répond résolument: Oui. Et l'Angleterre pense et agit, sauf en un point, comme l'Amérique. »
Après avoir examiné ces quatre systèmes, M. Duruy continuait en ces termes :
« En France, l'État, ayant dans l'Université un corps de professeurs d'une science éprouvée, et d'examinateurs dont Tesprit de justice n'a jamais pu être mis en doute, doit conserver le droit de dire :
« Dans toutes les carrières libérales où je délègue « une partie de la puissance publique, dans mes écoles, « dans mes tribunaux, dans certaines fonctions, dont « j'investis des savants et oii la science est la condition « nécessaire de la fonction, je n'appellerai que des
« hommes, dont un grade me garantira d'abord la « capacité.
« Pour tout ce qui est administration pure, où le « principal et difficile mérite, qui ne peut s'apprendre {( dans les écoles, c'est l'habileté à manier les hommes (( et les choses ; pour les carrières oia, tout en ayant « besoin de beaucoup savoir, on n'applique ce savoir « qu'à des intérêts privés, liberté de s'instruire où et (( comment l'on voudra. Je n'ai pas à intervenir entre le « praticien quel qu'il soit et son client, mcmepourfaire « connaître à celui-ci l'homme le plus en état de pro- (( téger sa santé ou sa fortune. Il me suffît qu'on sache « que, dans mes écoles, les études sont fortes et les « garanties sérieuses. Tout le monde peut venir y « chercher son avocat ou son médecin.»
0 Ce régime ne sera pas la liberté comme en Amérique; mais vous penserez, je n'en doute pas, messieurs, que si la liberté est une question de droit individuel qu'il ne faut pas sacrifier, l'élévation constante et progressive du niveau des études est une question de civilisation, oii la France a gagné trop d'honneur pour qu'elle soit disposée à y renoncer.
« Avec le maintien de cette grande institution de l'Université, le progrès des études et la direction nationale de l'enseignement sont assurés; en même temps les légitimes exigences de l'esprit moderne sont satisfaites par l'établissement de la liberté scolaire.
« En renonçant à un privilège qui la gêne plus qu'il ne lui est utile, l'Université se rendra plus forte, et je ne serais pas étonné que ce fût h elle que les écoles libres vinssent souvent demander ce qu'elle sera, de longtemps peut-être, la seule à pouvoir donner : la sanction des études sérieuses et la garantie la plus certaine de la capacité.
(( Le projet de loi pour la liberté de renseignement supérieur est tout entier, messieurs, dans cette pensée de maintenir à TUniversité la délivrance des grades pour les fonctions que l'autorité publique confère :
« Dans les écoles, au corps enseignant;
« Dans les tribunaux, à la magistrature;
« Dans les services sanitaires et hospitaliers, aux membres du corps médical, qui demandent un titre à l'autorité publique;
«En un mot :
« A l'industrie (c'est-à-dire à l'activité privée) sous toutes ses formes, les plus relevées comme les plus humbles, à celle qui dirige de puissantes usines, à celle qui sauve-garde par ses conseils de grands intérêts, à celle qui conquiert par ses services la confiance des familles, liberté entière de prendre oii elle voudra les connaissances dont elle a besoin et d'y mettre la sanction qu'elle jugera devoir lui être le plus utile.
(( A l'État, qui ne peut agir comme un individu, à ses risques personnels, et qui doit user des ressources que la communauté lui contie au plus grand avantage de la communauté tout entière, des garanties pour les choix k faire par lui de personnes qu'il investira d'une partie de la puissance publique. Gomme l'État ;i'a pas qualité pour examiner Tinstruction générale et l'aptitude aux travaux intellectuels de ceux qu'il veut appeler à certaines fonctions, il confie à un corps institué dans ce but, et préparé par toute la vie de ses membres à bien remplir ce devoir, le soin de délivrer officiellement les garanties dont il a besoin,
« Voilà, ce nous semble, un principe simple et fécond qui respecte tout à la fois les droits des particuliers et ceux de la société; conforme par un côté à nos vieilles traditions, dont on ne saurait conseiller le brusque
abandon, il est cependant, par l'autre, en harmonie avec les idées nouvelles, auxquelles il faut faire place dans notre législation. »
« Ce principe est toute la loi; mais un article
mérite une mention particulière. Il importe qu'aucune erreur ne puisse être commise, et que le public ne soit pas trompé sur la valeur de l'enseignement et de l'origine des diplômes, afin que chacun reste loyalement soumis b. la responsabilité qui lui appartient; la liberté est surtout excellente à cette condition-là. Le titre de faculté ou d'école publique et les mots qui désignent les épreuves du baccalauréat, de la licence et du doctorat, sont aussi bien la propriété de l'État que les signes ou marques sont, pour des maisons industrielles, une propriété que la loi protège. En conséquence, l'établissement qui prendrait le titre de Faculté serait fermé par autorité de justice, et une amende de 1,000 à 3,000 fr. sera prononcée contre le directeur qui délivrerait un diplôme portant le titre des diplômes de l'État et contre celui qui en ferait usage. C'est, je le répète, une question de loyauté. »
EXPOSÉ DES MOTIFS DU PROJET DE LOI SUR LA REOR- GANISATION DES FACULTÉS, PRÉSENTÉ LE 14 JUIL- LET 1870.
« Messieurs les sénateurs, le projet de loi présenté dans la séance du 28 juin 1870 établit le principe de la liberté de renseignement supérieur :
« Liberté pour les personnes, pour les matières et les méthodes d'enseignement;
« Liberté pour les examens, pour les diplômes et j)ar conséquent pour les professions particulières au nom desquelles la loi exige encore des garanties, comme avant 1789 elle exigeait le chef-d'œuvre de tout membre d'une corporation ouvrière.
« Mais cette liberté, l'État doit en jouir aussi bien que les particuliers ou les associations.
(( Après avoir proclamé le principe que chacun a le droit de constituer comme il l'entend des écoles d'enseignement supérieur, l'État, qui ne peut renoncer aux siennes, est tenu, non pas de les multiplier pour faire échec à la liberté, mais de les fortifier pour servir la liberté même, en montrant j usqu'oii le niveau des hautes études peut et doit s'élever. Or, la meilleure manière de donner aux écoles de l'État leur plus grande valeur scientifique, c'est d'augmenter leurs moyens d'action et d'exciter encore l'activité féconde de leurs membres par l'indépendance qui ajoute au sentiment de la dignité et du devoir, comme par funion volontaire qui accroît la force.
« Le projet ne parle pas des facultés de théologie, qui, nécessairement placées en dehors de la conception moderne d'un système général d'instruction publique, feront retour au ministère des cultes. Désertées par le clergé lui-même, elles n'ont pas de véritable existence, une seule exceptée, la grande école de Paris, illustre par ses souvenirs, par ses traditions, par le savoir et le courage de ses membres, et dont l'Université ne se séparera qu'avec un respectueux et fraternel regret'.
1 . Les cinq Facultés de théologie catholique ne sont pas reconnues par le Sainl-Siége, et leurs grades, malgré l'ordonnance du
« Il crée ces facultés des sciences économiques et administratives que l'Allemagne possède depuis longtemps, que nos intérêts réclament, que les hommes les plus autorisés conseillent, et dont Guvier traçait le plan, il y a plus d'un demi-siècle.
« Il réorganise nos facultés et nos écoles de médecine, autre réforme demandée dès 18 M, et déjà tentée trois fois par les assemblées délibérantes.
«Il donne des garanties nouvelles aux professeurs, par la composition des jurys de concours, parle mode de nomination, par de telles difficultés mises au déplacement et à la révocation qu'elles équivalent à une déclaration d'inamovibilité.
« La liberté que le projet précédent a placée en face de l'Université, le projet nouveau la met au sein des facultés, pour y mettre aussi une plus vive émulation.
« Après avoir constitué l'autonomie des facultés, il en fait des personnes civiles et leur crée des ressources qui, indépendantes du budget de l'État, et se renouvelant d'elles-mêmes, permettront aux Facultés de
25 décembre 1830, restent inutiles pour les fonctions ecclésiasliqwes. Aussi n'ont-elles délivré, de 1808 à 186G, en cinquante-sept année.^, celle de Paris mise à part (:231), que 185 diplômes, ou environ 3 par an. Plus du tiers des professeurs n'ont pas le grade nécessaire pour remplir la fonction principale des professeurs des Facultés : la collation des grades. La Faculté de Rouen n'a même qu'un seul professeur titulaire, et on ne peut, par conséquent, y procéder à aucun examen.
Les deux Facultés protestantes sont en même temps des séminaires à internat, qui relèvent déjà du ministère des cultes, et depuis 1811 la Faculté de Montauban n'a fait que 2 licenciés.
Aussi la Constituante de 1848 avait voté en principe la suppression des Facultés théologiques, dont le budget (165,000 fr.) aprèsque doublé dupuis trente ans.
suivre tous les progrès de la science et de répondre h tous les besoins de l'enseignement.
« Il réunit par un conseil librement élu ces facultés indépendantes en un corps académique qui représentera nos anciennes universités provinciales et deviendra aussi personne civile.
« Il fixe pour les laborieuses fonctions du professorat une limite d'âge; mais il conserve, même au delà de cette limite, leur titre et leur traitement aux professeurs de deux établissements, dont l'un remonte à François I", l'autre à Richelieu, et d'oii sont sortis tant de travaux qui ont jeté le plus vif éclat sur la science française.
(( Afin de donner aux écoles dites préparatoires la vie qui leur manque et quelques-uns des élèves qui encombrent les grandes facultés d'un trop plein inutile ou dangereux, il reconstitue les écoles publiques d'enseignement supérieur, fondées par les communes ou les départements, et, en leur assurant des droits, il leur fournit le moyen de prouver qu'elles sont dignes d'en recevoir.
(( Pour arrêter la décroissance continue du nombre de nos médecins, il confère de sérieux avantages à l'étudiant sans fortune qui prendra l'engagement de s'établir pour dix années dans une des trente mille communes rurales où ne se trouve pas de praticien à demeure, ou dans une des circonscriptions de l'Assistance médicale qui n'aurait pas de médecine
1. Le nombre des praticiens, soit docteurs, soit officiers de santé, était :
En 1847, de 18,099 pour une population de 35,400,486 âmes, soit un praticien pour 1,956 iiabilants ;
En 1853, de 18,110 pour une population de 36,226,000 âujesj
« Enfin, selon la tradition du moyen âge et l'exemple des nations étrangères, le projet continue, au sein des études supérieuses, le secours que l'État donne, pour les études secondaires, aux fils de ceux qui ont bien servi. Au lycée, les enfants reçoivent ce bienfait sans l'avoir mérilé par eux-mêmes, et avant qu'il soit possible de prévoir si leurs dispositions ne le rendront pas inutile ou funeste. Dans les facultés, la bourse pourra être conférée à coup sûr, puisqu'il sera facile de s'assurer que le bénéficiaire en est digne par sa conduite et par son aptitude particulière pour les hautes spéculations de l'esprit^
« La centralisation a fait beaucoup pour l'éclat de nos études supérienres; mais la vie, surabondante en de certains points, languit sur d'autres. Voyons si en y portant la liberté comme ont fait nos voisins, dont la rivalité scientifique devient menaçante, nous ne réussirons pas à y ranimer des forces vives que l'administration enveloppe pour les protéger, mais que parfois elle contient, à son insu même, jusqu'à en arrêter l'essor. »
Le '10 décembre 1874, le ministre de Tinstruction et le ministre des finances ont été entendus par la com-
En 1857, de 17,555 pour une population de 3G, 154, 398 âmes;
En 1866, de 17,080 pour une population de 38,067,094 âmes; soit un praticien pour 2,228 liabilants.
1. L'article 32 de la loi du 11 floréal an X (1" mai 1802) créait 6,400 bourses entretenues par fÉtat : pour les 4/5 dans les lycées, pour l/5 dans les écoles d'enseignement supérieur.
mission du budget sur la question de reconstruction de l'École pratique de la Faculté de médecine et de la construction de nouveaux bâtiments pour la Faculté des sciences à Paris. Le ministre de l'instruction publique a déclaré qu'il était tout prêt à présenter un projet. L'état des bâtiments est déplorable, l'installation est insuffisante ; les retards apportés à la solution aggravent cette situation, et le ministre est disposé à profiter des offres faites à ce sujet par la Yille de Paris.
M. le ministre des finances, qui a pris ensuite la parole, s'est maintenu dans les généralités sur la nécessité de ne pas augmenter les dépenses sans créer des ressources correspondantes. MM. Bardoux et Léon Say ont insisté vivement sur ce qu'il fallait sortir des questions générales pour étudier la question spéciale et pratique qui se pose en ce moment. Après des explications fournies par M. Dumesnil et l'engagement pris par le ministre de l'instruction publique de préparer un projet, la commission a clos la discussion et h décidé qu'elle attendrait, pour la reprendre, le dépôt annoncé du projet de loi.
Nous croyons devoir reproduire ici textuellement les séances de la Chambre des députés dans lesquelles se sont manifestés avec le plus d'éloquence, d'autorité et de force les arguments échangés entre les parti-
sans de la liberté de l'enseignement et ses adversaires, entre Mgr Dupanloup et M. Challemel-Lacour, entre MM. Jules Simon, de BelcasteletChesnelong^