Muratorl, Dissert
INTRODUCTION. KV
furent échangés en langue latine. — Dans le silence des cellules, dans l'ombre peuplée des cloîtres, les moines vivaient, avec les Pères de l'Église, saint Augustin , saint Jérôme; étudiant, comme Gerbert, dans les monastères d'Aurillac et de Bobio , la métaphysique , l'histoire, les lettres, la géométrie, la mécanique même , d'après des traités grecs et latins. — Il est vrai qu'après ces fortes études, Gerbert, accusé de magie, fut nommé pape.
Les sermons de saint Bernard*, prononcés en latin, avaient une action populaire au douzième siècle. Le secrétaire du grand prédicateur a écrit ces lignes : « Moi qui avais quitté la plume, ayant comme pressenti le désir que vous aviez de posséder les paroles de ce saint homme , dont l'éloquence , la sagesse , la vie et la gloire sont répandues dans toute la latinité, j'ai pris mes tablettes et j'ai transcrit ce que j'avais entendu et recueilli, » Ainsi faisait Abélard^, dans les poésies qui illustrèrent son nom et sa vive passion : « Si qua invenire liceret carmina , essent amatoria , non philosophise sécréta. Quorum etiam carminum pleraque adhuc in multis
1. Th. de Ralisbonne, Histoire de saint Bernard. Victor Palmé, éditeur, Paris, 1875.
?, Lettres d'Hélotse etd'Abélard^ traduites par Guizot,
XYl INTRODUCTION,
frequentantur et decantantur regionibus, ab his quos similis vita delectat. » Héloïâe disait à son amant, enthousiaste comme tous les amoureux : « Pleraque amatoria métro, vel rythme composita reliquisti carmina ; quse pro nimia suavitate tam dictaminis quam canticis, tuum nomen in ore omnium tenebant. Me platese omnes , me domus siflgulae resonabant *.>.>,
Autour de la chaire d'Abélard , à Paris , à Laon, se pressaient de nombreux disciples, ayi^ ^es d'étudier l'antiquité, ressuscitée et rajeunie, curieux d'étudier aussi, d^ns notre France che-r valeresque , cet Oriei>t meryeilleux , que lesi croisades ayaient découvert et poétisé.
Paris , la Sorbonne, son Université, étaient, pour le monde sayant, un rendez-vous éblouisr sant et reconnu de tous. Anglais , Allemands, Italiens s'y précipitaient altérés comme à une fontaine de science, de vie et de justice ^. Albert le Grand , né à Cologne , admiré des Germains, vint enseigner à l'Université de Paris. Sous ce grand maître, était venu étudier, à Paris, saint Thomas , l'aigle de l'école , né dans la ville
1. « Ton nom partout, ton npm Ipujours, » comme dit une rp- In?^uce popula,ire.
2. Recueil des historiens des Gaules et de la France. V, Palniè, éditeur à Paris, 187 5.
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d'Aquino, en Italie; là aussi avait longuement et solitairement médité l'Anglais Roger Bacon, le philosophe au génie inventeur.
Paris , la ville par excellence , urbs , comme auraient dit les Romains, la cité tant vantée par les poëtes , l'Université tant dotée par les rois , tant sanctifiée par les bulles des papes, attiraient de toutes parts les étrangers, les Barba^. res, s'exerçant à y apprendre ^, sous laprotec-s tion des lois , la scholastique , la théologie et le français, ce beau et savant langage. L'Italien Brunetto Latini^, qui fut le maître de Dante, se trouvait à Paris en 1266; il suivait les cours cé^ lèbres de cette époque et y écrivit son livre intitulé le Trésor , compilation rédigée en français par l'auteur, qui donne* en ces termes la raison et comme l'excuse de ce choix :
« S'e aulcun demandoit pourquoi chis livre est escript en Roumans, pour chou que nous sommes Ytalien, je diroie que ch'est pour chou que nous sommes en France, et pour chou que sa parleure en est plus délitable et plus comjnune à toutes gens. »
1. Billiart, Somme de saint Thomas. Victor Palmé, édilour, 25, rue de Grenelle-Sainl-Germain, à Paris. 1875.
?. Histoire littéraire de la France^ continuée par l'Ingtltut. Victor Palmé, éditeur. 1875.