‹ L'université de Paris, 1200-1875Chapitre 88 sur 143 · Archives nationales^ H · texte numérisé non relu

Archives nationales^ H

nah^e du roi^ comme il est qualifié dans une quittance' notariée du 2 juin 1563.

En 1572, Ramus, chargé par Charles IX d'une mission scientifique, comme nous dirions aujourd'hui, visita les universités d'Allemagne, la Suisse, en triomphateur, acclamé partout, à Heidelberg, à Francfort, à Nuremberg, à Augsbourg, à Berne, à Lausanne, à Genève, ces délices du monde chrétien^ comme il les appelait. — Dès J570, pressentant une fin tragique [tragicos exitus), il s'adressait tristement à son vieil ami, le cardinal de Lorraine^, dont les cabales de ses ennemis lui avaient, pour un temps, aliéné les bonnes grâces. — Vaines prières! la mort venait. — Ramus^ aurait pu l'éviter, s'il avait consenti à partir (août 1572) avec Jean de Montluc, évêque de Valence, ambassadeur de Pologne. — Le prélat lui promettait une forte somme d'argent et lui disait : « Il me faut un ora- « teur, non-seulement habile à parler, mais surtout « un honnête homme, dont la langue ne peut être

1. Alexis Monteil, Traité des matériaux manuscrits. — Ramus. Cherbuliez, éditeur, à Paris, 1864.

2. Epistola ad Carolum Lotharingensem (1570). Bancel , p. 64.

3. Litterx P. Rami, quitus rectori et Academix Parisiensi valedicit, quum impetravisset à rege veniam peregrinafionis annuae; tanquam liberse legationis ad nobiles christiani orbis academias invisendas prxstaniesque ingenio et doctrina hommes salutandos. {Quem animum prœsens...)

« vénale. » Ramus refusa ; comme philosophe platonicien, comme huguenot, il devait trouver la mort dans les massacres de la Saint-Barthélémy (24 et 26 août 1572). -^ Le 26 août, des sicaires, dirigés par Charpentier^, l'ennemi acharné du maître illustre, assiègent le collège de Presles, en enfoncent les portes et découvrent leur victime dans une cave. — Après lui avoir extorqué une grosse somme d'argent, un des meurtriers fait à Ramus une blessure au bras^. — Ce fut le signal du meurtre ; les assassins lui portent alors de nombreux coups de poignard. — En rendant l'âme, le philosophe invoquait encore son Dieu, qu'il avait seul offensé, et le priait de pardonner à ses aveugles bourreaux : « Tibi soU peccavi , ô Jehovah , et « malum coram te feci; judicia tua, veritas et jus- « titia ; — miserere mei et interfectoribus ignosce

1, Yarillas, Histoire de Charles IX. — De Thou, Histoire de mon temps.

2. Le pâle Charles IX, ce royal poëte, le disciple de Ronsard, tirait avec sa carabine sur ses sujets hérétiques, et Muret, le cicéronien , commettait un élégant et abominable discours en l'honneur de la Saint-Barlhélemy : Oratio XXII pro Carolo IX, Galliarurn rege christianissimo. — Enfm, Charles IX, tout couvert encore du sang de ses sujets, osait écrire, dans son ordonnance de 1572, promulguée immédiatement après la Saint-Barthéiemy : « Notre intention a toujours été de gouverner plutôt par douceur et voie amiable que par force : en conséquence, prescrivons l'abolition du passé. » Comme si le sang pouvait jamais s'effacer!

Yarillas, Histoire de Charles IX, livre ix. — De Thou, Histoire de mon temps.

(( nescientibus quid faciunt. » Les meurtriers * n'avaient pas encore cependant assouvi leur rage, ils jetèrent le cadavre sanglant par une fenêtre ; on le traîna ignominieusement dans les rues de Paris; puis des écoliers, excités par leurs régents^, frappaient le corps inanimé avec des escourgées, au mépris de sa profession, nous dit un contemporain. — Enfin, un chirurgien coupa cette tête noble, calme, qui avait tant^ et si profondément pensé; le tronc fut jeté dans la Seine. Ramus avait alors cinquante-sept ans. — Un grand historien, qui lui aussi professa^ au Collège de France, a écrit : « Dans le terrible déchirement du seizième siècle, quand la liberté se hasarda de venir au monde, quand la nouvelle ve-

1. Michelet, à qui j'avais envoyé mon étude sur Ramus, me répondit par le billet suivant, daté d'Hyères (Var), 3 avril 1868, que je suis fier de transcrire ici : «M. Michelet adresse ses remerciements et ses salutations bien sympathiques à M. Charles Desmaze. Dans ce beau et excellent travail sur Ramus, il a trouvé beaucoup de faits nouveaux, curieux, et une tendance générale dont il est très-touché pour ce grand seizième siècle. »

2. Harangue de Pierre de la Ramée, touchant ce qu'ont fait les députés de l'Université de Paris envers le roz, mise de latin en Français. A Paris, chez André V^echel, 1557. Avec privilège du roi, donné à Reims, l'iinzièmejour de juing 1557. (Voir Wadington, Ramus, p. 114, et aussi Du Boulay, Histoire de l'Université.)

3. Voir dans la Biographie de Ramus (Cherbuliez, éditeur) la isle des ouvrages de Ramus, dont la Bibliothèque Mazarine, à Paris, possède quarante-sept volumes ; nous recommandons ce précieux dépôt, toujours si accessible, toujours si hospitalier, aux études ît aux recherches. ♦

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