‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 103 sur 178 · Annales des soi-disans Jésuites, t. IL p · texte numérisé non relu

Annales des soi-disans Jésuites, t. IL p

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confirmaient les défiances que le public nourrissait contre les Jésuites. La chaire retentissait tous les jours d'accusations haineuses contre leurs doctrines; et la tempête excitée par le meurtre de Henri IV semblait redoubler de violence. La Compagnie ne pouvait plus garder le silence ; les circonstances lui commandaient de répondre aux attaques furieuses dont elle était l'objet, d'opposer une digue au flot montant des passions ennemies.

Le P. Coton le comprit, et il publia une Lettre déclaratoire de la doctrine des pères Jésuites conforme aux décrets du concile de Constance, adressée à la reyne irtère du 7'oy, régente de France. Il citait les nombreux écrivains de sa Compagnie qui avaient désapprouvé le tyrannicide, et notamment le cardinal Tolet, « Espagnol de nation et Français d'afiection «, qui avait enseigné en termes formels « qu'il n'est loisible d'attenter sur la vie du prince, ores qu'il abuse de son pouvoir ». Quant à Mariana, il avait « parlé de sa tête, et lui-même s'apercevant qu'il excédait les limites de la doctrine commune, avait reconnu qu'il était sujet à erreur et soumis à la censure de qui que ce fût ». D'ailleurs la réputation de toute la Compagnie tenait-elle à l'opinion particulière d'un seul membre, à « la légèreté d'une plume essorée B? Enfin Coton se soumettait à la doctrine de la Sorbonne, qu'il déclarait « saine, sainte et salutaire ». — « Il n'est loisible, ajoutait-il, de dénier obéissance aux rois, et beaucoup moins de se révolter contre eux, encore qu'ils fussent vicieux, difficiles

à supporter Partant attenter sur leurs personnes est un

exécrable parricide, forfait prodigieux et détestable sacrilège. »

Mais le P. Coton avait-il une autorité suffisante, pour parler et prendre des engagements au nom de son ordre? Pour triompher des défiances publiques, l'intervention du chef de la Compagnie était indispensable. C'est alors que Ion fit paraître fort à propos et répandre à profusion un Décret du R. P. Claude Aquaviua, général de la Compagnie de Jésus, contre la pernicieuse doctrine d'attenter aux sacrées personnes des rois. La pensée qui avait dicté ce décret était contenue tout entière dans son titre. Il était défendu à tous les Jésuites, sous peine d'excommunication, « de soutenir qu'il fut loisible, à qui que ce fût, sous prétexte quelconque de tyrannie, de tuer les rois ou princes ou

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d'attenter à leurs personnes, de peur, ajoutait Aquaviva, que cette doctrine n'ouvre le chemin à la ruine des princes, et trouble la paix, ou révoque en doute la seureté de ceux lesquels, selon l'ordonnance de Dieu, nous devons honorer et respecter comme personnes sacrées et establies de notre Dieu, pour heureusement régir et gouverner son peuple *. »

Les Jésuites avaient pensé que leurs explications et déclaralions mettraient fin à toute dispute sur le tyrannicide. Ils furent bien vite détrompés. Les gallicans, les politiques, les protestants trouvèrent que le P. Coton s'était exprimé en termesembarrassés et sans franchise; et la Leltre (/(''clarato/re devint, contre toute attente, le point de départ d'une interminable et fastidieuse polémique.

Une nuée de pamphlets, de libelles et de factums s'abattit sur les Jésuites, qui eurent beaucoup de peine à se reconnaître et à se défendre, au milieu de ce déchaînement général, de ce débordement d'injures et de calomnies. On vit paraître successivement VAnli-Coton, le Fléau d'Arhtogiton, la Chemise sanglante de Henri le Grand ^ le Jésidle Sicarius, le Contre-Assassin, le Credo de catholiques^ le Remerciement des Beurrières, etc. ^

Tous ces écrits emphatiques et boursouflés, qui faisaient les délices du temps, nous laissent aujourd'hui bien froids. Seul VAnti-Coton nous semble mériter l'honneur d'une mention particulière. Dans sa dédicace à la reine régente, l'auteur anonyme de cette vigoureuse satire fait connaître la pensée qui Tinspire : « Je n'aurais rien à dire contre les Jésuites, écrit-il, si, à l'exemple des autres bons religieux, ils se contentaient d'enseigner le peuple et vaquera la conduite de l'Eglise. Ce que je dis n'est pas suggéré par les hérétiques, mais c'est la voix de vos parlements, de la plupart de votre clergé, même de la sacrée faculté de théologie; c'est la clameur universelle de tout votre peuple. » En guise de conclusion, il réclame le bannissement de Coton et, avec lui, de la Compagnie tout entière; car « que sert de brûler un livre par le bourreau pendant qu'on souffre les personnes, et en vouloir à du papier pendant qu'on n'ose pas seulement

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