De Rer/e, liv. I, chap. vi
MEURTRE DE IlEiNRI IV ET DOCTRINES RÉGICIDES 193
action était criminelle, le genre humain aurait en horreur le nom de ceux qui, au péril de leur vie, ont sauvé la liberté et délivré leur pays de leurs oppresseurs. Au contraire, les noms des Thrasybule, des Ilarmodius, des Aristogiton, des deux Brutus ont toujours été et seront toujours cités avec honneur. A ces noms,Mariana en ajoute un plus récent, mais digne, selon lui, de leur être assimilé, celui de JacquesGlément, l'assassin dellenrilll, « jeune homme d'un esprit simple et d'un faible corps, mais dont une ardeur courageuse soutenait les forces et le cu'ur! » *
Le Parlement était désireux de donner une sanction à la censure de la Sorbonne contre les livres qui mettaient en péril la vie des souverains; et il ne pouvait que condamner le théologien Jésuite, qui avait soutenu avec une telle hardiesse d'aussi étranges théories. Quelques membres cependant, et parmi eux le président Antoine Séguier, voulaient ménager la réputation des Pères; ils invoquaient les services rendus par la Société à la religion et aux lettres, prétendaient qu'on avait à redouter la colère du pape, et que l'on avait eu tort de ne pas en référer tout d'abord à l'évèque de Paris. Mais la plupart des magistrats ayant déclaré que la sûreté de l'Etat et du roi devait être pour eux une loi suprême et qu'ils ne pouvaient laisser propager une doctrine aussi pernicieuse, le Parlement tout entier fut entraîné et prononça aussitôt la condamnation du De rege (8 juin 1610). On usa seulement des mêmes ménagements dont avait usé la Sorbonne, en s'abstenant de qualifier Mariana de Jésuite, ou d'Espagnol.
L'arrêt du Parlement reçut son exécution le jour même. « Le livre condamné fut lacéré et brûlé par la main du bourreau dans le parvis de Notre-Dame; expresses inhibitions furent faites à tous libraires de vendre ce livre; et défenses, sous peine de crime de lèse-majesté, de rien faire, dire ou enseigner de contraire à la doctrine du décret de la Sorbonne ^ »
Ces luttes incessantes entretenaient l'agitation dans les esprits,
1. Paul Janet, Histoire de la science politique, t. II, p. 213. — Mariana s'exprime en ces termes, au sujet de Jacques Cléuient : » Ca?so rege,
ingens sibi nomeu fecit. Caede caedes expiata est Sic Clemens periit,
seternum Galliae decus, ut plerisque visum est... Simplici juvenis ingenio, neque robusto corpore; sed major vis vires et animum confirmabat. »