Dialogue des avocais, édit. Dupin, p. 104 et suiv
3. Pour tout ce qui concerne les audiences solennelles au Parlement de Paris, ou peut consulter La Roche-Flavin, liv. IV, p. 310 et suiv., où il cite D'Espeisses, Remontrance X""" faite en 1587. — Voy. Coiigny, Les audiences d'apparat au Parlement de l'ai is, \.%&^.
le barreau i)rivilégié. Pasquicr revendiqua vdUt place d'honneur pour l'Université. Aucun d'eux ne voulant céder, un arrêt rendu séance tenante ordonna que l'avocat des Jésuites désemparerait le barreau des pairs et le laisserait à l'avocat de l'Université '.
La parole fut donnée d'abord à Versons, en qualité de demandeur. Suivant une tactique des plus habiles, il se borna à lire la requête de ses clients, après avoir tracé un éloge rapide de leur profession. Il se tenait ainsi dans une prudente réserve et se ménageait le précieux avantage d'une réplique, laissant son adversaire aux prises avec toutes les difficultés de la discussion et des moyens d'attaque.
Cet arliliee inusité ne laissa pas que de surprendre Pasquier; mais il se contenta de le signaler en peu de mots, comme un symptôme de la dissimulation des Jésuites, et il prit aussitôt l'ofTensive avec la plus extrême vivacité. « J'estime, au rebours de vous, dit-il à Versoris, que le plus bel artifice dont je puisse user en ce lieu, est de ne point user d'artifice. » Et Pasquier engage franchement la lutte, avec une fermeté d'esprit et une élévation de pensée vraiment surprenantes. On est étonné de retrouver à trois siècles de distance, et dans leur expression la plus noble, la plus élevée, des idées et des principes qui sont encore aujourd'hui le thème de nos controverses politiques -.
La question du procès, aux yeux de Pasquier, est celle de l'enseignement laïque et de l'enseignement ecclésiastique. Le premier doit former le commun des citoyens, le second doit être restreint à ceux qui se consacrent aux professions religieuses. « Et a esté, dit-il, ceste maxime fort bien recognue par ceux qui, les premiers, mirent la main à la police et aux règlements de ceste Université. Car, cognoissant que tout le repos des sujets dépendoit de l'endoctrinement des enfans, et néanmoins qu'il y avoit deux fondemens, sur lesquels estoit establie toute république bien ordonnée, qui estoient la religion et la justice; ils establirent deux sortes de gens, pour enseigner la jeunesse : les uns qui estoient séculiers, et les autres niiement réguliers et religieux. Ceux-là, afin que les enfans qui seroient par eux façonnés
1. Recherches, liv. IX, chap. xxvi. — Voyez aussi Delaclienal, Histoire des avocats au Parlement de Paris, p. 86.
2. Introduction à l'Interprétation des Instîtiites de Justinien, par Pasquier, p. XXX, édition Cliarles Giraud,
pussent, quelque jour, cslre appelés au maniement des atTaires et de la justice; et ceux-ci aux presches et exhortations chresiiennes du peuple. Voire eurent, en ceci, une si religieuse police que, pour contenir toutes choses en leur devoir, ils ne voulurent point permettre aux religieux de vaguer et courir par la ville, pour ouyr la leçon des séculiers, ny semblablement qu'ils poussent faire leçon aux gens laycs; mais ordonnèrent, pour une bienséance publique, que les séculiers fussent destinés pour les séculiers et les réguliers pour ceux qui estoient de leur ordre?... »
<( Nous avons encore, ajoutait Pasquier, autres loix et statuts pour autant qu'en ceste division de régulier et de séculier, nous voulons que les séculiers reçoivent les degrés de bachelerie, licence et maistrise, auparavant qu'ils puissent faire profession publique de leur sçavoir, et, au contraire, par un passe-droit
spécial, les religieux ne sont nécessités de ce faire Telles ont
esté les premières institutions de notre Université, esquelles elle a esté de tout temps et ancienneté nourrie; de là sortirent en la faculté de théologie, les Gerson et les Clémengis; en la faculté de décret, les Bellepcrche, Quintin et Rebuffe: en la médecine, les Tragaux et les Fernel; et, en celle des arts, les Budé, Valable et Tusan, et une infinité de braves esprits dont la postérité saura rendre meilleur témoignage que moi; sans vouloir parler des vivants, dont les noms se rendent recommandables par toute l'Europe. Telles ont esté nos premières institutions, et tant que nous avons vescu de ceste façon, quand les supérieurs de l'Esglise ont voulu abuser de leur autorité, au préjudice de la majesté du roi, l'Université de Paris, autorisée de ceste cour de parlement, leur a toujours fait contreteste, sous le nom de l'Esglise gallicane, comme si c'eust esté un concile général qui eust esté perpétuellement cstabli, dedans ceste ville, pour soulagement des subjects; et avons toujours vescu en tranquillité, grâces à Dieu, jusques à huy. »
Incidemment Pasquier agrandit son sujet et ne craint pas de discourir fort librement sur l'institution des moines. Leur place, suivant lui, est loin des villes, dans la solitude; et on doit surtout se garder de leur confier l'éducation des enfants. « Le premier instituteur de ceux-cy, dit-il, que l'on remarque aux histoires de nostre Eglise, fut saint Anthoine, à l'exemple duquel
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plusieiuri s"hal)iluèrent es déserts, mcnaus uiil; vie iiioiiaslique. — Bien sijay-je (lue depuis luy, saint Basile par un nouveau zèle les voulut redresser dedans les villes. (Jui futcau.se que plusieurs commencèrent à se bigarrer en religions et monastères. Toutefois nos sages ancestres cognoissans que la multiplicilé des sectes u'apportoit que divisions entre les Chrestiens, no voulurent facilement leur ouvrir la porte, singulièrement dedans les bonnes cités. Sçaclians bien que la vraye profession des moines est de se retirer des villes et de mener vie solitaire. »
Pasquier expose ensuite avec une Une raillerie et une verve malicieuse l'origine, les progrès et l'établissement des Jésuites en France, il nous montre quatre ou cinq Jésuites « qui reluisent dessus tous les autres en quel([ue sçavoir et doctrine. Ces trois ou quatre nourris en la lecture de quelques livres particuliers, ont accoutumé d'estre distribuez par le Général de leur ordre, aux provinces esquelles l'on veut commencer de planter un collège de Jésuites. Là ils débitent le peu de sçavoir qu'ils ont
aecueilly de long temps Auparavant que leur marchandise
s'esvente, ils changent de lieu et demeure, traielans toujours un mesme sujet. » Et il compare plaisamment les professeurs jésuites, qui vont de collège en collège porter leur marchandise et leurs régalons à ces prédicateurs de passage, qui, <<■ ayans seulement trois ou quatre sermons dans leur manche, dont ils repaissent le pauvre peuple », sont réputés orateurs jusqu'à ce que leur ruse soit découverte.
On ne saurait admettre les Jésuites dans l'Université : Pasquier en donne de solides raisons appuyées sur une logique serrée et une argumentation pressante. « Introduisez donc cet ordre entre nous, vous y introduisez par mesme moyen un désordre, chaos et confusion. Nostre Université est composée de séculiers et religieux; il faut estre tout un ou tout autre; nous n'y admettons point de métiz. Davantage, quelle remarque extérieure ont ces nouveaux moines pour estre distincts de tous les autres, sinon une agraphe au bout de leurs robes? Enseigne très manifeste que tout ainsi que le pescheur prend, avec son hameçon garny d'un appas, le poisson, aussy ceux-cy nous appatellans de belles promesses, sont destinez pour agrapher tous nos biens, et se gorger de nos dépouilles. »
Peu à peu l'avocat de l'Université s'échauffe, se passionne et
s'emporte violemment contre ses adversaires. L'ironie fait place à la colère, parfois même à l'injure. « Si vous les voulez incorporer avecques nous, ce ne sera pas les unir, mais bien aggreger l'Université avec un arrogant Espagnol, avecques un chatemite Italien, celuy-là ennemy ancien capital, cettuy-ci mesdisant perpétuel de la France. Bref avecques une troupe de sophistes, qui sont entrez comme timides renards au milieu de nous, pour y régner doresnavant comme furieux lions. » Et Pasquier invoque, à ce propos, le décret, que le vieux Caton fit rendre contre les sophistes grecs : « Nonobstant ce décret, ces rhétorieiens maistres et enseigneurs d'un babil affecté, gagnèrent petit à petit crédit dedans Rome, aussi petit à petit perdirent-ils l'État, selon le jugement de tous les politics. Et vous, Messieurs, n'en devez pas moins attendre de ces Jésuites, si n'en extirpez dès le commencement, et la race et la racine. »
L'indignation aidant, Etienne Pasquier n'hésite pas à comparer Ignace de Loyola à Luther, et à le dénoncer comme un hérétique. « Je serai encore plus hardy, dit-il. Car, pour bien dire, je suis du nombre de ceux qui, sans user de circonlocution,
appellent pain ce qui est pain et vin ce qui est vin Bien vous
diray-je qu'Ignace de Loyola introduisit un erreur au milieu de nostre Église, aussi dangereux que celuy de Martin Luther. Tous deux bastirent leurs sectes, disans qu'ils rapportoieat leurs principes à nostre Église primitive, afin d'attirer plus aisément le simple peuple à leur cordelle... Je suis fils de l'Eglise romaine : je veux vivre et mourir en sa foy. Jà à Dieu ne plaise que j'en forligne d'un seul point. Ce néantmoins je soutiens qu'Ignace n'a pas moins esté partial et perturbateur de nostre religion que Luther. J'adjousteray que sa secte est plus à craindre que l'autre, d'autant que soudain que les consciences timorées entendent parler de Luther ou Calvin, elles se tiennent sur leurs gardes, et comme l'on dit en pratique, se gardent de mesprendre. A Topposite, elles se laissent fort aisément surprendre et enyvrer du poison des Ignaciens, pour les estimer premiers protecteurs de nostre religion encontre les hérétiques, ores qu'ils en soient les premiers dissipateurs. Je les compare proprement au lierre, qui attaché à une vieille parois fait monstre extérieure de la soustenir, et néantmoins la mine intérieurement. Ainsi est-il de nos Ignaciens, lesquels faisans contenance de soustenir
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TEglise de Dieu, la ruinent et ruineront de londs en comble au long aller. »
L'adversaire des Jésuites soulève ensuite le voile qui recouvrait, aux yeux de ses contemporains, les mystères de l'ordre nouveau. 11 attaque ces fameuses constitutions qui placent dans les mains du pape une milice redoutable; et il dénonce les dangers d'une pareille organisation. Ce n'est pas la partie la moins intéressante de son vigoureux plaidoyer. « Les autres religieux se lient seulement à trois vœux, de pauvreté, chasteté et obédience envers leurs supérieurs. Mais ceux-cy en font un autre supernuméraire, qui est de recognoistre le pape par-dessus toutes les autres dignité/.. Que leur esloit-il besoin de faire ce nouveau vœu? Il faut doncques qu'il y ait quelque anguille sous roche, que le commun peuple n'entend.... Ce sont des nouveaux vassaux qui advouent le pape avoir telle authoritc et puissance sur nous tous que tout ce qu'il veut il le peut : qu'il peut sans aucun controlle ravaller l'aulhorité non seulement de tous les autres prélats, mais des empereurs, roys et monarques. Qu'il lui est loysible de son authorité absolue transférer les royaumes d'une
famille à autres Quoy doncques? Si nous ne sommes de ce
vœu, nous ne sommes vrays enfans du pape et de TÉglise romaine? Y eut-il jamais proposition plus dangereuse quecette-cy? Le malheur a voulu que ces deux ou trois ans nous ayons veu une guerre civile au milieu de cette France sous deux malheureux noms de faction, de huguenot et papiste.... Qu'adviendrat-il désormais? Que sous une mesme Église nous verrons une guerre civile, entre le papisle qui sera Jésuite, et le vr.iy ca- Iholic françois.... Anciennement Charlemagne par loy expresse défendit à ses sujets de se faire moines sans sa permission, disant que c'estoit par ce moyen perdre autant de ses hommes, qui de là en avant ne porteroient les armes pour luy. Que diroit-il maintenant s'il revenoit en ce bas monde, quand il verroit au milieu de son royaume des hommes soudoyez aux despens de la France pour s'armer encontre luy et les siens? Je ne parle point seulement pour la France, je parle pour tous les autres royaumes et républiques. Introduisez-y ces messieurs, vous y establissez autant d'ennemis, si le malheur veut que le pape les veuille guerroyer. Je ne veux rien mal présagirdu Sainct Siège; mais en matière d'Estat, il faut en une asseurance de tout, craindre tout. »
DOUARCHE. 6
Le vœu de pauvreté tel que l'entendent et le pratiquent les Jésuites, la gratuité artificieuse de leur enseignement fournissent à Pasqiiier l'occasion de leur décocher maintes épigrammes des plus acérées. Il les poursuit de sa vive et implacable ironie. « Appelez-vous simplicité, dit-il, de faire comme religieux vœu de pauvreté, tant en général qu'en particulier et néantmoins, qu"il vous soit permis par le moyen d'un collège tenir terres et possessions? N'est-ce pas icy un sophisme par lequel non seulement vous surprenez ce pauvre peuple, ains faites gerbe de foin à Dieu? Gentils Cincinnats, qui ne voulez point avoir de bien comme religieux, mais qui voulez commander à ceux qui en auront. Je vous supplie dictes-moy quand c'est que l'on vous a veu mandier depuis cet ample legs qui fut fait à vostre ordre par vostre évêque de Glairmont.... De quoy est-ce que vostre Cogordan, et quatre ou cinq autres de vostre séquelle qui se disent estre de grand vœu, ont vescu sinon du bien du collège? Et que j'appelle simplicité vostre secte, n'y voyant qu'une renardise? Je ne le feray jamais.... »
« Vous promettez par vos bulles de lire gratuitement. Magnifica vero verba. Et certes cette promesse est si grande pour gagner le cœur d'une pauvre et idiote populace, que moy-mesme dès le premier abord de cette cause me trouvay aucunement
surpris Puis ayant ramené devant mes yeux que lorsqu'ils
vinrent en cette ville pour lire et former leur ordre, qui est depuis dix ou onze ans en çà, ils estoient pauvres comme la mesme pauvreté, et toutesfois maintenant qu'il n'y a collège, voire compagnie qui soit plus riche que cette-cy, je commençai .'ors d'haleiner leur fard et dire comme Martial :
Qui pôles insicUus dona tocare tuas?
Dois-je appeler libéralité de ne prendre un soûls tous les mois pour l'entrée de vostre collège et néantmoins vous estre rendus en dix ans riches de cent mille escus ? Où est le collège de toute nostre Université qui soit parvenu depuis deux cens ans à telle
richesse? Ainsi est le pescheur libéral qui donne à une mer
un veron pour en rapporter un gros poisson. Ainsi est vostre libéralité trop pire et plus dangereuse, que si à pleine bouche vous veniez crier par la ville que vous avez du sçavoir à vendre.
Celle libéralilé ne procède que d'un mesme fonds que voslre vœu de pauvreté. Parquoy je puis dire en c.e lieu comme a fait quelque poêle de noslre temps :
Vestra datis cum verba datis, nain fallcre veslrum est : El Clan verba datis, nil nisi vestra datis.
Pasqiiier dénonce enfin l'enseignement des Jésuites comme perfide et destiné à pervertir les âmes des enfants par de déplorables doctrines. « Au demeurant, ne considérez-vous point, Messieurs, combien il importe à la France que vos enfans ne soient nourris avecques eux? On leur lit quelques livres d'humanité et philosophie, cependant on leur enseigne parmy cela toutes propositions contraires à l'ordre hiérarchique, tant de noslre religion, qu'Estai, et à peu dire on en fait une pépinière pour estre ennemys du Roy quand les occasions s'y présenteront. Ceux qui sont versez en l'histoire d'Italie sçavent que les trois jeunes hommes qui tuèrent Ludovic, dernier duc de Milan, ne furent induits à ce faire que par les leçons de leur maislre, qui ne leur preschoit ordinairement autre chose, sinon combien il esloit louable et méritoire d'assassiner un tyran. Les premières opinions que l'on sème dans les cœurs des jeunes gens leur plaisent du commencement, comme n'ayans plus beaux objects que leurs précepteurs, et en après, prennent longues racines dans eux. »
La péroraison est d'un beau mouvement, à la fois grave, élevée et pathétique. « Que si toutes ces remonstrances ne vous esmeuvent, nous appelions pour conclusion de noslre plaidoyé Dieu à tesmoin, et prolestons devant le monde que nous n'avons failly à noslre devoir. Afin que si les choses prennent autre traict qu'à poincl, pour le moins la postérité cognoisse que ce siècle n'a esté despourveu d'hommes, lesquels ont de longue main, et comme d'une eschauguelle, préveu la tempesle future. Et espérons que par mesme moyen il sera trompette aux oreilles de nos survivans, que tout ainsi que celte grande Université de Paris est la première de toute la France, voire de tout l'univers, aussi ne fut-elle oncques lasse, comme encoi'e ne se lassera jamais de combattre contre toutes sortes de sectes et novalitcz, premièrcr ment pour l'honneur et soustènement de Dieu, et de son église.
puis pour la majesté de notre prince, et finalement pour le repos
et tranquillité de l'Estat. »
Ce plaidoyer eut un prodigieux retentissement *, et il valut à Pasquier une célébrité, dont l'éclat s'est répercuté jusqu'à nous. Linguet a fait, à ce propos, une curieuse remarque : depuis que les Jésuites existent, ils ont fait, du moins en France, la réputation de tous les gens de loi qui ont eu quelque affaire à plaider contre eux -.
On a voulu voir dans ce discours, « au milieu de quelques vivacités gallicanes, une grande modération de pensée et de langage ». — « Pasquier parle, a-l-on dit, comme un homme que
la postérité écoute Il sait qu'il est historien en même temps
qu'avocat. Il se tient éloigné du pamphlet et n'apporte dans la lutte que l'ardeur d'un loyal combattant ^. » Tel n'est pas notre sentiment. Nous estimons, au contraire, que Pasquier manque de la première qualité d'un historien, l'impartialité. Sa passion l'aveugle et le rend souvent injuste envers ses adversaires. Mais doit-on songer à lui en faire un reproche? Loin de là : il est en effet dans son rôle d'avocat; et si son discours nous offre aujourd'hui un si vif intérêt, c'est qu'il reste comme un souvenir vivant des luttes et des passions qui s'agitaient à cette époque.
Le plaidoyer de Pasquier nous apparaît comme l'un des plus parfaits modèles de l'éloquence judiciaire au xvi" siècle. Le langage n"a pas encore la régularité et la pureté qu'il atteindra bientôt; mais il se dégage visiblement de la servitude, que le mouvement des esprits et la renaissance des lettres imposaient aux contemporains. S'il se laisse parfois envahir par les tournures gauloises de nos anciens auteurs, ce défaut même lui donne une originalité, une allure de bonhomie et certaine saveur de terroir, qui ne sont pas sans charme. « Le discours de Pasquier, dit M. Lenient •*, est resté un des rares monuments de l'éloquence judiciaire au xvi*^ siècle : c'est à la fois un panégyrique à la gloire de lUniversité et un pamphlet violent, haineux, plein
1. Il a été inséré dans les Recherches de Pasquier, liv. Ill, chap. xuv, édition d'Amsterdam, t. I, p. 327.