Lettrnx, liv. XVI, t. II, p. i6G
DOUAUCHE. 7
L'Université de Paris fut dominée de bonne heure par l'influence séditieuse des Seize. Ceux-ci en profitèrent pour mettre au service de la Ligue l'autorité des sentences de la Faculté de théologie, et endormir les scrupules des bourgeois indécis, que retenaient dans l'obéissance leurs habitudes monarchiques de soumission et de respect. Le 7 janvier 1589, peu de jours après l'assassinat des Guise, la Sorbonne fut consultée sur la question de savoir si l'on pouvait refuser obéissance à Henri III et prendre les armes contre lui. Elle répondit, malgré la résistance de quelques anciens docteurs: « 1° que le peuple du royaume était délié du serment prêté au roi Henri; 2<* que le peuple pouvait, en sûreté de conscience, s'armer pour la défense de la religion contre les conseils néfastes et les entreprises dudit roi et de ses adhérents, puisque Henri III avait violé la foi publique au préjudice de la religion, de Tédit de la sainte Union et de la naturelle liberté des États ». Ainsi, ajoute Lestoile, « trente ou quarante pédants, maîtres es arts crottés, qui après grâces traitent des sceptres et des couronnes, comme porte-enseignes et trompettes de la sédition, déclarèrent tous les sujets de ce royaume absous du serment de fidélité et obéissance qu'ils avaient jurées à Henri de Valois, naguère leur roi, et rayèrent son nom des prières de l'Église ' ».
Une fois entrée dans cette voie, la Faculté de théologie alla jusqu'au bout : elle y était d'ailleurs encouragée par le cardinal Gaétan, légat du Saint-Siège, envoyé par Sixte-Quint pour soutenir la Ligue de sa présence et de ses conseils. Le 7 mai 1590, elle fulmina contre Henri IV un décret fameux, qui fut affiché dans toutes les rues de Paris et dans les diverses villes de France. « Les Français, disait en résumé la Sorbonne, sont tenus et obligés, en conscience, d'empêcher de tout leur pouvoir Henri de Bourbon de parvenir au gouvernement du royaume très chrétien, au cas même où il rentrerait dans le sein de lEglise, parce qu'alors il y aurait danger de feintise et perfidie ^ »
L'Université tout entière s'associait, à l'occasion, aux sentiments ligueurs de la Sorbonne : elle envoyait des députés aux
1. Journal du règne de Henri 111, t. 1, p. 47, de la collection Petilot.