Satyre Ménippée, harangue de Rose
qu'elle est maintenant. Car au lieu que nous soûlions voir tant de fripons, fripponniers, jupins, galoches, marmitons et autres gens malfaisants courir le pavé et quereller les rôtisseurs du Petit-Pont, vous ne voyez plus personne de telles gens par les collèges. Tous les suppôts des facultés et nations qui tumultaient pour les brigues des licences ne paraissent plus. On ne joue plus de ces jeux scandaleux et satyres mordantes aux eschallauts des collèges, et y voyez une belle réformation, étant tous ces jeunes régents retirés, qui voulaient montrer à l'envy qu'ils savaient plus de grec et de latin que les autres. Ces factions de maîtres es arts, où l'on se battait à coups de bonnet et de chaperon, sont cessées; tous ces écoliers de bonne maison, grands et petits, on fait gille. Les professeurs qui étaient tous royaux, ne vous viennent plus rompre la teste de leurs harangues : bref tout est coy et paisible. Et vous dirai bien plus : jadis, du temps des politiques et hérétiques Ramus et Turnebus, nul ne faisait profession des lettres qu'il n'eût de longue main et à grands frais étudié et acquis des arts et des sciences en nos collèges, et passé par tous les degrés de la discipline scholastique. Mais maintenant, par le moyen de vous, messieurs, et par la vertu de la sainte Union, les beurriers et beurrières de Yanvres, les ruffiens de Mont-Rouge et de Vaugirard, les vignerons de Saint-Cloud, les carreleurs de Yille-Juif et autres cantons catholiques, sont devenus maîtres es arts, bacheliers, principaux, présidents et boursiers des collèges, régents des classes. Aussi n'oyez-vous plus aux classes ce clabaudement latin des régents qui obtondaient les oreilles de tout le monde : au lieu de ce jargon, vous entendez à toute heure du jour l'harmonie argentine et le vray idiome des vaches et des veaux de lait, et le doux rossignolement des ânes et des truyes qui nous servent de cloches. »
Quant aux Jésuites, ils ne se faisaient pas faute, de leur côté, de souffler le feu de la sédition. Ils n'avaient pas été les derniers à embrasser la cause de la Ligue; et ils la soutinrent jusqu'à la dernière heure de tout leur pouvoir. Seul, le P. Emond Auger resta fidèle à Henri III, dont il était le confesseur et l'ami; mais on lui fît expier cruellement ses sentiments pour le roi, en l'envoyant mourir proscrit dans le nord de l'Italie ^
I. La Vie du P. Eiiiond Aurjer, par le P. Dorigny. Lyon, 1116.