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LES JÉSUITES ET L'UNIVERSITÉ PENDANT LA LIGUE

guerre civile, penchèrent vers la conciliation, certains Jésuites avisés suivirent ce courant au lieu de le contrarier. C'est ainsi que Bellarinin et Tvrius n'hésitèrent pas à déclarer, dans une consultation, que l'on pouvait, sans encourir l'excomniunication, « avoir entrevue avec le prince hérétique pour obtenir meilleures conditions aux catholiques * ». Le farouche Commolet savait luimême se distinguer par un langage modéré, lorsqu'il entrevoyait comme prochain le triomphe de Henri IV. Il était de cœur avec la Ligue espagnole et le parti de Philippe II; et cependant il affirmait, dans les derniers mois de 151)3, qu'il était bon Français, et que, né en Auvergne, il voulait un roi national, loin de désirer un roi espagnol. Mais il reprenait presque aussitôt, en accusant les ligueurs d'apathie, « de ne savoir faire la guerre qu'aux poules »; et il désignait le duc de Mayenne aux vengeances, en s'écriant : « Il faudrait un Aod au pourceau, à l'homme efféminé, qui a un gros ventre (vous m'entendez bien) -. »

On a mal jugé les Jésuites, lorsqu'on a voulu les considérer exclusivement comme les émissaires et les espions de Philippe II, comme les dociles instruments de ses projets de domination universelle. Si quelques-uns ont été dévoués à l'Espagne, beaucoup d'autres ont favorisé les desseins des Guise. D'une manière générale, et de préférence, ils ont servi les intérêts de la papauté, du catholicisme romain. Leurs tendances étaient cosmopolites et théocratiques; ils n'étaient pas plus Espagnols que Français; ils représentaient et incarnaient par-dessus tout les doctrines ultramontaines. Une attitude entre les deux, pleine de réticences et de contradictions, semblait convenir mieux que toute autre à la prudente Société de Jésus, qui avait ainsi un pied et se ménageait des intelligences dans tous les camps.

Ajoutons, pour être juste, qu'il ne faut pas faire peser sur les Jésuites plutôt que sur l'Université, sur les catholiques plutôt que sur les protestants ou sur une faction quelconque, la responsabilité des doctrines anarchiques et sanguinaires qui agitèrent le pays et troublèrent les consciences pendant la Ligue. Tous les partis donnèrent alors le spectacle de la confusion, des variations, des palinodies et des apostasies. Chacun professa et mit en pratique

1. Mémoires de la Société de Vhistoire de Paris, t. VII, p. 232.

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