‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 64 sur 178 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'Université reprend la lutte judiciaire contre les Jésuites et demande au Parlement leur expulsion. — Discours latin du recteur Jacques d'Amboise. — Antoine Arnauld est Tavocat de l'Université. — Analyse de son plaidoyer. — Louis DoUé plaide pour les curés de Paris. — Les Jésuites, mal défendus par Claude Duret, chargent le P. Barny d'écrire un mémoire en leur faveur. — Agitation des esprits et diatribes de Passerat. — Les Jésuites obtiennent que le procès soit appointé et joint à celui de 1363.

Tandis que Henri IV voyait son autorité s'affermir dans toute la France, les Jésuites refusaient de le reconnaître. Ils s'obstinaient à voir en lui un hérétique et un usurpateur, tant qu'il n etail pas relevé par le pape de l'excommunication lancée naguère contre lui par Sixte-Quint. Ils ne voulaient s'associer ni aux déclarations, ni aux serments de l'Université; ils ne consentaient pas à prier pour lui dans leurs chapelles; et ils ne craignaient pas de se placer à la tête de la minorité réfractaire du clergé, qui restait obstinément attachée aux doctrines subversives de la Ligue.

L'Université ne pouvait souhaiter de circonstances plus favorables pour recommencer la lutte contre ses redoutables rivaux. Aussi s'empressa-t-elle de mettre à profit l'occasion inespérée qui lui était offerte. Dès le 18 avril 1394, elle s'assembla en corps aux Mathurins, et résolut de poursuivre les Jésuites en justice, afin d'obtenir leur expulsion totale ^ Cette décision fut prise du consentement unanime des docteurs et maîtres de toutes les

i. Annales des soi-disans Jésuites, t. I, p. 496.

Facultés et des quatre procureurs des Nations, sans aucune opposition. Le recteur fut chargé de diriger le procès, de concert avec les députés de chaque Faculté.

Jacques d'Amhoise entama l'afTaire par une requête virulente, qu'il présenta au Parlement le 1:2 mai suivant ^ Il débutait en disant que depuis longtemps « ceux de l'Université s'étaient plaints à la Cour du grand désordre avenu par certaine nouvelle secte qui a pris son origine tant en Espagne qu'es environs, prenant la qualité ambitieuse de la Société du nom de Jésus, laquelle de tous temps, et nommément depuis ces derniers troubles, s'est totalement rendue partiale et fautrice de la faction espagnole, à la désolation de l'État, tant en cette ville de Paris que par tout le royaume de France et dehors ». Il rappelait ensuite le procès porté trente ans auparavant devant le Parlement, plaidé, appointé et resté toujours en suspens. Il concluait enfin eu ces termes : « Ce considéré, nosdils sieurs, il vous plaise ordonner que celle secte sera exterminée, non seulement de ladite Université, mais aussi de tout le royaume de France, requérant à cet effet l'adjonction de M. le procureur général du roi. »

L'Université chercha des alliés autour d'elle, pour l'aider à soutenir cette lutte judiciaire. Mais elle ne réussit à entraîner qu'un certain nombre de curés de Paris, qui se joignirent à elle pour demander l'expulsion des Jésuites en raison de leui's entreprises sur les paroisses.

La Compagnie savait que les circonstances lui étaient contraires; et elle ne songea qu'à gagner du temps. Elle s'agita, pour empêcher la réélection de Jacques d'Amboise, qui était acharné à la poursuite du procès; mais ses brigues furent vaines, et le recteur en exercice fut continué dans ses fonctions. Elle travailla alors à jeter la discorde dans les rangs de l'Université, où elle comptait des amis. Elle fit si bien qu'elle obtint de la Faculté de théologie un véritable désaveu du procès engagé. Les doyens de la Faculté de droit et de médecine et trois procureurs des Nations se joignirent même à la Faculté de théologie, pour déclarer « que les pères de la Société de Jésus devaient être réduits sous l'ordre et la discipline de l'Université, mais qu'on n'était nullement d'avis de les chasser du royaume ».

Page 1