Annales des soi-disans Jésuites, t. 1, p. oOo
Knhardis par ce premier succès, les Jésuites se laissèrent aller à l'espérance. Ils présentèrent une requête à l'Université, pour lui demander de se désister de l'action intentée contre eux, « ne souhaitant autre chose, disaient-ils, que dèlre associés et incorporés à l'Université, moyennant leur promesse de rendre toute la soumission et l'obéissance due à M. le recteur et aux autres magistrats du corps * ». Les Facultés de droit et de médecine et les quatre Nations ne témoignèrent pas la même condescendance que la Faculté de théologie : elles déjouèrent par leur fermeté les calculs des Jésuites, et le procès suivit son cours.
Ij'Universit»', comme le fait observer Crévier, ne voulait point de l'obéissance des Jésuites, sous quelque condition qu'ils pussent l'offrir, les regardant comme des ennemis dont elle souhaitait être délivrée, et délivrer l'Etat. Elle comptait, pour assurer le succès de son entreprise, sur l'appui du premier président Achille de Harlay, qui avait succédé en 1582 à son beau-père Christophe de Thou. On sait avec quelle héroïque fermeté cet illustre magistrat avait résisté au duc de Guise tout-puissant, au lendemain des barricades, et avec quelle hauteur d'indignation il avait répondu à ses avances : « C'est grand'pitié. Monsieur, quand le valet chasse le maitre; au reste, mon âme est à Dieu, mon cœur au roi, mon corps entre les mains des méchants. » Emprisonné à la Bastille, Achille de Harlay n'avait été relâché par les ligueurs qu'en consentant à payer une rançon de dix mille écus. Il croyait que les Jésuites avaient contribué, pour leur part, à exciter contre lui la fureur populaire. Il estimait d'ailleurs qu'il était de son devoir de faire chasser du royaume un ordre religieux, que rendaient suspect en France son dévouement sans limites au Saint-Siège et l'origine espagnole delà plupart de ses membres.
Les Jésuites, de leur côté, n'oublièrent pas de se ménager de puissantes protections. A leur instigation, le cardinal de Bourbon, le duc de Nevers, le cardinal de Gondy, évêque de Paris, et François de La Rochefoucauld, évèque de Clermont, se portèrent parties intervenantes dans la cause. Mais de pareilles interventions, ne reposant que sur les fondations de collèges faites par les prédécesseurs de ces prélats, ne pouvaient être reçues et