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et ne s'çffraienl point de tous ces Moïses en prière sur la montagne, d^où ils font descendre du ciel/etla force des soldats d'Israël, et la victoire dont ils partagent le mérite et le succès !
Parlant ainsi, nous découvrons un important Becret aux libres-penseurs ; mais ils ne le comprendront pas et n'en profiteront point. Et Dieu sait s'ils ne verront pas. dans notre sincérité une simple ruse de guerre pour opérer une diversion 5 et les engager à pointer leur artillerie contre les contemplatifs. Notre ruse, si ruse il y avait, serait bien en pure perte; car jamais la libre-pensée ne se voudra persuader que les enfants de saint Bruno, ie sainte Claire, de sainte Thérèse, de sainte Chantai , etc., sont aussi détestables que les Ordres militants par la parole. El vraiment il: ne peuvent même le supposer, car il leur faidrait admettre la toute-puissance de la prière, ce dont ils se garderont bien ; car s'ils
venaient à la soupçonner, ils seraient bien près du confessionnal.
•Ne pouvant donc effrayer l'armée des librespenseurs en leur montrant ces formidables arsenaux de la prière, où se trouvée cependant la plus grande force de l'armée catholique , nous leur ouvrirons une de ces casernes où , nous autres soldats de Tarmée active ,, nous faisons l'exercice , de quatre heures du matin à neuf heures du soif.
Toutefois, avant de laisser entrer nos ennemis , nous leur demanderons pourquoi ils nous honorent d'une haine spéciale , comme si les régiments qui conibattent sous les bannières de saint Benoit, dé saint François, de saint Dominique et de tant d'autres généraux de l'armée catholique, n'avaient pas tout ce qu'il faut |)Our être détestés des libres-peiseurs, et mériter autant que nous la hatneet les mialédictions dont ils nous honorent ? .
Cette haine spéciale leur serait^^lleinsprée
par notre oombre ? Mais ils savent que, sous <!e rapport , nous le cédons à la plupart des Ordres religieux. Viendrait-elle de nos travaux^ de nos succès parmi les infidèles ? Mais dans cette voie encore, nous avons été précèdes par tous les Ordres fondes si longtemps avant le notre. Serait-elle causée par les ministères exerces auprès des catholiques ou des hérétiques ? Mais là encore nous n'avons fait que marcher dans les routes ouvertes par les anciens. Ordres religieux^
Mais quelle est donc enfin la cause de cette haine spéciale et toujours ardente des librespenseurs contre la Compagnie de Jésus? Nous ne surprendrons personne en affirmant que l'enseignement de la jeunesse est, sinon le nftotif nvoué^ du moins la cause certaine et principale de la haine et des malédictions des libires^t)ensearB. Oui, l'enseignement , voilà le graRid crime ajouté par saint Ignace à ceux desiaujtres fondateurs d'Ordres religieux. Si
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nos Constitutions ont eu l'honneur d'être* dénoncées au monde entier, de'férées aux parlements, et par eux solennellemenl condamnées, c'est assurément la faute de saint Ignace qui osa vouer sa Compagnie k l'enseignement et à l'éducation de la jeunesse.
Oui, c'est assurément l'oblrgation de former la jeunesse par l'enseignement ; obligation si claire, si détaillée , si formelle, si absolue , qu'elle a été en réalité la principale cause des attaques dont notre Institut a été l'objet , surtout depuis plus d'un siècle. Ces attaques perpétuelles ont varié dans la forme, mais au fond , le but est le même : et pour nous enlever la liberté d'enseigner, tous les moyens semblent bons.
Cependant il convient de distinguer ici et de bien préciser ce qui nous vaut l'opposition des politiques et la haine des libres-penseurs. Nous envie-t-on beaucoup la consolation de faire goûter aux enfants le Jardin des racines
grecques ; de leur montrer les charmes de la Taôferfe/yfAag^oreetdesesmulliplesemploîsj de leur faire passer les belles années de la jeunesse sur des livres qui les ennuient , et cela, malgré tous les efforts d'un habile professeur, pour leur faire admirer durant cinq à six ans les beautés de Cicéron, de Virgile et d'Homère ? Si ce n'est cela qu^on nous envie, serait-ce la consolation de surveiller des centaines d'enfants, dans une étude^ pour les contraindre à savourer les charmes d'un silence forcé ? Non , ce n'est point tout cela qu'on nous envie; et sur ce terrain l'Université peut aligner de bien plus nombreux bataillons que lès nôtres , une armée de professeurs plus passionnés que nous ne le pouvons être pour les classiques payens et les mathématiques.
Non, ce n'est point le rude métier de surveiller l'enfahce et de lui apprendre les éléments des lettres et des sciences ; non, ce n'est
point là ce qui nous vaut tant d'opposition et tant de haine.
Ce qui nous rend impopulaires , surtout en ce siècle de la libre-pensée ,* ce n'est pas le rude métier que nous exerçons ; c'est ce fait capital : que , par l'enseignement , par l'éducation, nous ouvrons Tâme de nos élèves, et que nous y faisons pénétrer le préservatif ou le contre-poison de la libre-pensée. C'est en un mot — car il faut clairement préciser les choses — c'est que notre enseignement, notre éducation n'a qu'un but : enseigner les Conv^ mandements de Dieu et de V Église \ les faire connaître, les faire aimer et pratiquer : en un mot, ramener l'homme à Dieu, son principe et sa fin.
Les libres-penseurs le savent comme nous : ce n'est pas notre plus ou moins de mérite comnie professeurs, ni même nos succès dans l'enseignement qui les attristent. Ce qui les révolte, c'est que nous élevons des géné-
rations qui crqient en Jésus-Christ et sont soumises de cœur et d'esprit à toutes les lois, à tous les enseignements de son Église.
De là, et de là uniquement, la source de cette haine habile à prendre toutes les formes, à se dissimuler sous les couleurs honnêtes du bien public, du progrès et de l^ liberté. De là, cette guerre acharnée des soldats de la librepensée contre notre Compagnie ; guerre sans tin ni trêve, c^r il n'y a pas d'accord possible entre renseignement catholique et celui de la libre-pensée.
Mais un fait — on en convient dans le camp ennemi — un fait particulièrement agaçant pour nos adversaires, et le plus propre à les . exaspérer, c'est de voir chaque année l'armée catholique s'augmenter des recrues sortant de nos collèges : c'est de penser que les carrières libérales sont ouvertes à nos élèves ; que l'armée , la magistrature et le clergé les admettent dans leurs rangs, et n'en rougissent
point ! Un tel état de choses parait intolérable à la lil>re-pensëe qui croyait avoir nais pour toujours sa puissante main sur la génération contenaporaine et l'avoir définitivement arrachée au catholicisme. Aussi de toutes les libertés celle qu'elle déteste le plus et ccKitre laquelle elle combat le plus hypocritement^ c'est la liberté de renseignement ^ et^ dans sa passion de la voir supprimée, ou du moins opprimée, elle provoque ou tolère tous les despotismes des gouvernements.
Oui 5 pour régner sur le monde entier , comme elle y aspire avec tant d ardeur, la libre-pensée ne voit plus devant elle que le catholicisme et renseignement libre qui, le perpétuant, la tient toujours en échec.
C'est donc l'enseignement de la doctrine catholique qui nous vaut si spécialement la haine de la libre-pensée. Et comme elle est libérale de nom, miais absolument despote de sa nature, elle en est réduite à toutes les va-
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riatîoDS de l'hypoGrisie^ poar nous refuser pratiq[aenient une liberté qu'elle proclame à grand bruit^ mais dont en réalité elle ne veut que pour elle.
Si des écoles^ jouissant d'une demi-liberté, ont pu se fonder (et Dieu sait au milieu de quelles difficultés^au prix de quels sacrifices !), c'est uniquement aux efforts des catholiques que nous les devons. Le prétendu concours de nos adversaires s'est borné à laisser prendre ce qu'ils ne pouvaient plus retenir ; ce dont toutefois ils se sont fait gloire^ estimant qu'ils donnent tout ce qu'ils ne confisquent pas.
Dans ce monde , ennemi du catholicisme et de sa liberté ^ on se figure que nous tenons énormément au bonheur d'avoir des collèges et d'y enseigner la jeunesse. JNous avons dit ce qu'il y avait de vrai et de faux dans cette supposition ; mais nous devons expliquer plus amplement cette distinction.
Nous ne savons s'il y a dans l'Université
beaucoup de professeurs, voués uniquemeut par amour de l'art à faire journellement cinq heures de classe à des écoliers maussades/ Noua ne savons s'il y a dans l'Université beaucoup de maîtres d'étude faisant de la surveillance tout à fait par goût. S'il y en a, nous les félicitons et les tenons pour des excentriques dignes de la curiosité coùtemporaine. Pour nous, au risque de scandaliser ces précieux employés , nous leur avouerons que, n'était la vie future, pas un de nous ne consumerait celle-ci en de telles et si ingrates occupations. Et, pour y trouver la force d'un dévoûment soutenu, il faut souvent chanter le Sursum corda et s'appliquer ces paroles de l'Apôtre : « Proposito sihi gaudio, su^tinuit crucem, »
Oui, ce qui peut retenir tant de religieux, tant de prêtres, entre les quatre murs d'une classe ou d'une étude , c'est la pensée de travailler excellemment au service de Dieu, en
touTDant vers lui ces jeunes générations, l'espoir de l'Église catholique. Voilà le pourquoi, l'unique pourquoi saint Ignace et la Compagnie ont voulu tant de collèges, ont fonde tant de collèges, ont fait tant de sacrifices pour les soutenir et les perpétuer •, pourquoi Iqs Jésuites en. ont encore, et pourquoi ils en auront toujours, tant que la force brutale ou le despotisme hypocrite du libéralisme ne les en enapéchera pas.
De très-braves gens nous disent fort amicalement : Mais pourquoi tant tenir à cette œuvre des collèges qui vous attire tant d'opposition et vous fait tant d'ennemis, lorsque vous avez un«si grand nombre de confessionnaux, de chaires, de missions , oii votre zèle trouverait si facilement son emploi et sa récom^nse ?
A cela nous répondons : Des confessionnaux; mais nous nous y rendons Souvent et nous y restons longtemps ^ des chaires, mais on nous
en offre plus que nous n'en pauvods occuper, cela est vrai ; des misions, mais nous y aUons volontiers, si long que soit le chemin et la fatigue qui nous attend au bout. Ces œuvres, saint Ignace les a voulues pour nous,, et nous les acceptons sous toutes les formes ; comme par exemple à Gayenne , où le gouvernement a bien voulu nous offrir une sorte de grand collège.
Nous n'avions point Sollicité cette faveur et nous sommes reconnaissants du choix qu'on a fait de nous pour aller enseigner les Commandements de Dieu et de l'Égliâe à ces milliers d'élèves émancipés. Mais pourc[uoi nous a-l-on dioisis de préférence aux professeurs de la libre-pensée , aux docteurs de la Monde indépendante, dont l'enseignement eût été là-bas si bien compris et goàté; tandis que la Morale dite des Jésuites, malgré sa bonne réputation , y parait dure et même insupportable? De fait, on nous a préféi^ j et
nom n'avons point à répondre à des ponrquoi de pure cnriosité ^ mais bien à justitier la confiance du gouvernement qui nous a chargés de son grand collège inpartihus infidelium sans exciter l'envie ou les réclamations de nos adversaires.
L'œuvre de Cfeiyenne et tant d'autres sont digneë assurément de tout notre dévoûment, et saint Ignace les accepte volontiers; mais sa devise : ff j4 la pbis grcuide gloire de Dieu ! »* lui imposait un choix 5 et, s'il accepte pour les siens toutes les œuvres de miséricorde, — et certes la Compagnie ne s'y est point épargnée, — il a voulu tout spécialement l'apostolat catholique par les collèges; Et c'est là fidélité à suivre le plan tracé par son fondateur, qui a valu à sa Compagnie tant d'opposition et de persécutions. L'ennemi de tout bien sait parfaitement ce qu'il fait en entravant une telle œuvre ; et sa persévérance confirme ^ justifie la nôtre'. On nous passe
Cayenne, la Chine, les Indes, etc.... Là, nous ne déplaisons qu'à demi ; mais un collège dans une petite ville de France ! cela devient odieux , insupportable. Un tel fait remet en mouvement toute la bile des libres-penseurs, et soudain les voilà recomimençant le chœur si connu : que le progrès, la liberté de conscience , les grands principes de 89 sont en péril évident, et que nous marchons au rétablissement de l'Inquisition !....
Mais, nous dit-on encore : ces sacrifices énormes que vous imposent les collèges ; ce personnel considérable qu'ils absorbent, ne produiraient-ils pas précisément, appliqués ailleurs, ce plus grand bien, celle plus grande gloire de Dieu, devise de saint Ignace ? Non, saint Ignace ne l'a point cru j et nous, les continuateurs de son œuvr«, nous ne le croyons point ; et voilà pourquoi nous ne cesserons d'avoir dés collèges ouverts, tant que le despotisme ou la force brutale ne les fermera pas.
Mais enfin, nous dit-on, le résultat répondil à tant de sacrifices, de persévérance et d'efforts ? Le grain que nous semons vient-il à maturité dans toutes les terres oii nous le déposons? tt'est-il pas souvent arraché par les oiseaux de proie au mouientoù il commençait à pousser ? En d'autres termes, ceux que nous élevons avec tant de soin ne font-ils pas/baufrage, à peine entrés dans le monde, et parfois plus misérablement que d'autres, moins bien armés contre les fausses doctrines, les mauvais exemples et la violence dès passions?
Oui , cela nous arrive , et même , hélas ! .assez souvent, mais ne nous décourage point. Oui, nous avons eu des élèves comme Voltaire et Piron, qu'on nous a tant reprochés ! et cela ne nous a point guéri des collèges^ et ces fruits secs <>\x même gâtés ^ fussent-ils plus nombreux , ne nous décourageraient pas : aucun insuccès ne peut nous lasser. Et la raison bien simple, la voici : l'histoire du cœur
humaia et celle des nations nous affermissent dans notre entêtement. Une longue étude, confirmée par l'expérience, nous naonlre invariablement le même, fait : partout les collèges ont maintenu la foi dans les contrées où ils ont existé ; et quant aux défistillances des individus, si déplorables qu'elles soient, elles ne nous ôtent janaais l'espérance. Ce germe de foi que nous avons déposé, cultivé, fortifié pendant les jeunes années, périt difficilement, si jamais il périt; Puis , l'homme est un animal logique; et si la passion, comme une sorte d'ivresse , peut le faire extra vaguer , tomber dans tous les désordres et même nier extérieurement la voix de sa conscience , afin de justifier les actes les plus coupables par les principes qu'il ose alors avancer ; il y a cependant des heures où sa conscience, outragée, violentée, se redresse et dit à cet homme dévoyé : Tu mens et tu le sais ; ta vie est en perpétuel désaccord avec la foi de tes jeunes
amiëes *, celte^i, ta ne pieux venir à bout de rétouflfer, ni sous les sophisnies, ni sous le poids des pesi^ons , qui voudraient jouir sans trouble et sans remords.
Cette lutte inëvilable, entre le vrai et le mauvais , amène tôt ou tard un retour à la foi pratique; le cohtraire est -la très-rare exception. Aussi, n'eussions-nous retiré d'un travail assidu de dix années, auprès d'un jeune bomme, que la confiance d'avoir déposé en son âme une vérité qui le ramènera, fût-ce à son dernier moment., vers son Créateur et Sauveur, notre peine serait largement payée. Mais , Dieu merci, ce retour in extremis n'est point,commenousravonsdit,lecasordinaire; et la foi , si violentes que soient los passions, se réveille plus tôt et plus fortement, car il est difficile à l'hom*iie d'être perpétuellement en contradiction avec la vérité connue : c'est ce que saint Augustin exprime si bien en ce peu de mots : Difficile est ut malè vivat ^ qui bene crédit.
Loin d'éaumërer les meilleures consé* quences et résultats de Téducationr catholique, nous nous sommes borné au minimum , et dans ce minimum nous avons montré la récompense de tous nos efforts^ de tous nos Iravaux , de tous nos sacrifices , et , en maxie temps , le raiotif surnaturel de notre obstina^ tionk nous dévouer à cette œuvre, qui déplaît tant à nos libres-penseurs. Elle était non moins détestée par leurs ancêtres du siècle dernier, lesquels , trente années après avoir fait fermer nos collèges, plaçaient une prostituée, la déesse Raison^ sur l'autel de Notre- Dame et faisaient écraser la France sous le régime de la Terreur.
Nous avons exposé toute notre pensée sur Futilité, la nécessité et les incomparables avantages des collèges catholiques. Nous avons dit pourquoi nous préférons cette œuvre à tant d'autres plus éclatantes ou meilleures en apparence , et pourquoi nous sup-
portoûs volontiers toutes les difficultés , tous les ennuis , tous les sacrifices que nous demandent les collèges. Nous ne ferions point cet aveu public de nos désirs, de nos espé* rances et de notre volonté très-arrêtée de poursuivre Tœuvre des collèges, en dépit des libres-penseurs, que l'ennemi de tout bien leur dirait assez notre but et nos succès , même en les exagérant, afin de les mieux exciter à mal faire.
Nous avons cru devoir rappeler le but de saint Ignace et de sa Compagnie, dans la fondation des collèges^ à l'occasion de celui de Pont-à-Mousson , dont nous publions l'histoire.
Notre Université dé Pont-à-Mousson, fondée en 1 572 , par les princes de Tjorraine , périt en 1768, au moment oii, après deux siècles d'existence, elle passait sous le sceptre de Louis XV. Les libres-penseurs qui gouvernaient le nouveau maître de la Lorraine
n'auraient pu dormir en paix et se croire en sûrelë, s'ils eussent conserve après l'annexion cette Université dirigée par des. Jésuites* Vite on se mit en devoir de les expulser, et Louis XV , une fois de pins , ferma les yeui sur lés ravages que les libres-penseurs exerçaient dans son royaume.
L'histoire de notre Université de Pont-à- Mousson ne saurait être un livre propre à récréer les oisifs ou les amateurs de curiosités historiques et littéraires. La monotonie d'un collège ne saurait produire de l'amusant ou du curieux , comme il en faut pour le comniuo des lecteurs. Le volume que nous éditons ne s'adresse qu'à des hommes sérieux qui demandent à l'histoire des faits et des enseignements utiles» Toutefois, notre auteur ne craint ni les curieux, ni même les malveillants, puisque grâce, je ne dis pas à son talent, mais à son exactitude et parfaite sincérité , il peut supporter l'examen de tous. Ses con-
temporaîjis lui ont bien reproché un peu trop de naïveté et de menus détails^ mais ce qui pouvait déplaire à des contemporains nous semble utile et même intéressant aujourd'hui. On a dit aussi que le P. Abram ouvrait uù peu trop portes et fenêtres aux gens curieux de regarder chez nous. Cela pouvait tout au plus fatiguer les confrères du P. Abram, qui du reste n'avaient rien à cacher et ne pouvaient rien cacher à des milliers d'yeux constamment iixés sur eux.
Enfin c^ix qui liront ce livre, après avoir entendu dire que : « Les Jésuites se lèvent à quatre heures du matin pour réciter les Litanies^ huit' heures du soir >y, verront que dans l'intervalle ils font bien quelque chose. Et voila précisément pourquoi les libres-penseurs ne les aiment point et ne se lasseront jamais de nous le prouver.
Nous devons à nos lecteurs une note sur Tauteur de notre histoire inédite de Pont-à-Mousson.
Le P. Nicolas Abram^ né à Xaronval, et mort à Pont-à-Mousson, en sa soixante-septième année, n'a pas eu de biographe. Pour lui, comme pour la généralité des Jésuites, passant à meilleure vie, quelques lignes consignées dans un Diarium ou nécrologe, voilà toute Toraison funèbre. Celle du Père Abram est fort courte : nous la transcrivons. « Ajourd'hui, 7 décembre 1 655, on a demandé les suffrages accoutumés pour l'âme du P. Nicolas Abram, Vosgien, profès des quatre vœux et docteur de l'Université. Pendant plusieurs années, il a enseigné l'Écriture sainte et les Humanités avec un succès dont ses ouvrages imprimés rendent témoignage. Personne ne montra un plus heureux caractère; il avait la mansuétude d'un agneau. Homme d'une vaste érudition et jouissant d'une grande réputation littéraire, il a vécu sans autre désir que
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de passer ses jours dan$ robscurité et là simplicité de la vie religieuse : c'est le témoigtiîlge que tous tendent à sa piété. Il est lûort en sa soixante-septième année, d'une fièvre ^hoïde. Son corps repose dans la nef de notre église, sous la pierre qui porte*son nom et près de la chaire, en allant vers le ehoeur •
Nous n'&vons point à parler îri des ouvrages im-* primés du P. Abram, mais seulement de son His- Aoire de F Université de Pont-à- Mimsson ^ restée manuscrite, et, bien que très- volumineuse, ifiache* vée et incomplète. Ce que nous en avons, semble plutôt un recueil destiné à fournir les matériaux d'une histoire, qu'une histoire proprement dite. Puis, les confrères et les successeurs du P. Abram avaient à ménager beaucoup de gens fort disposés à se fâcher des plus légères critiques ou même des éloges trop modérés. Ainsi, la prudence d'une part et, de l'autre, les imperfections d'un ouvrage inachevé, empêchèrent les héritiers du P. Abram de publier ses manuscrits ; disons plus , ils les jugèrent avec une extrême sévérité, et publiquement, dans une circonstance importante.
A Tépoque où les Anthonistes intentèrentà l'Université le plus ridicule procès de revendication, pour rentrer en possession des immeubles légalement cédés cent cinquante ans auparavant — procès que
— xxxin <— le bon sens public^ d'accord avec la justice, leur fit perdre — les demandeurs s'autorisaient de quelques lignes extraites du P. Abraœ j et fort mal comprises assurémeoti, pour affirmer que leur pa* trou saint Antoine , indigné de voir son culte négligé dans sou ancienne église^ devenue celle des Jésuites, avait permis que la tour de ladite église fût incendiée surnaturellemenL : alléguant en preuve les corbeaux^ images du diable, qui voltigeaient, en poussant des cris inouïs , autour du foyer de riocendie.
Les Jésuites, indignés d'un tel procès^ et même un peu impatientés de voir saint Antoine, les c<m** beaux et deux lignes inédites du P. Abram^ cités comme des témoins à dx^rgfiy répondirent assez vivement aux Anthonistes, qui perdirent leur procès et quelque chose de plus.
En cette occasion^ les défendeurs ne se montré* rent pas très-aimables envers le P. Abram et son Opus imperjectum : tant il est vrai que dans le feu du combat on n a pas toujours le temps de choisir le bois dont on fait flèche; et le P. Abram, mal compris par les Anthonistes et malmepé par les Jésuites, reçut dans la mêlée une notable éclaboussure dont la loyauté nous fait un devoir de parler : et en cela, nous l'avouons , nous n*avons pas à nous faire grande violence.
Les défeodeur^, dans leur énorme factùm imprimé à Nancy en 1728, et réfutant Thistoire de V incendie surnature/^ disent à la page 70 : « Avant .d'aller plus loin y les Anthonistes veulent bien qu'on les avertisse qu'ils ne sauroient se prévaloir, contre les Jésuitesy de cette histoire du P. Nicolas Abram, parce que ce n'est qu'un ouvrage ébauché^ que Tautheur n'a pas eu le loisir de revoir ni de retoucher, qui est resté plein de lacunes qu'il n'a pas remplies, qui jamais n'a été ni examiné, ni approu vé, ni avoué par la Compagnie, et que des parti<^uliers peu fidèles ont eu trèfr^rand tort de communiquer au dehors dans l'état quiii est. Quand les Jésuites auront produit eux-mêmes cette histoire, pu qu'ils l'auront donnée au public, on pourra la leur citer et s'en servir contre eux (1 ) » .
On voit clairement la pensée de nos Jnciens sur YOpus imperfectum du P. Abram ; ils disaient, il y a cent cinquante ans : « Quand les Jésuites auront produit eux-mêmes cette histoire^ et qu'ils
(\) Voy. Réfutation des calomnies répandues dans un écrit imprimé à Metz, en forme de requête adressée à S. A. R. sous • le nom des Supérieurs et Chanoines réguliers ae tOrdre de Saint-Authoinede PoM'-à'-Jliozuson.^Au sujet de Rétablissement des Jésuites de la même ville dans Céglise et la maison qu'ils occupent. Nancy, chez François Midon, 1728, in-folio. Voy. aussi un imprime de 32 pages ajoute au même factum et adressé à Son Altesse Royale.
f auront donnée au public, on pourra la leur citer et s en servir contre eux. ■ Celte histoire, nous la donnoQS au public sans crainte de la voir tourner contre nous. Depuis ^Pascal, nous sommes accoutumés à voir la mauvaise foi user de tout^ abuser de tous les textes, les falsifier , puis mentir audacîeusement avec des airs ingénus et des visages tranquilles. L'abus qu-on peut faire de VOpus imperjectum du P. Âbram ne nous paraît pas grave. On pourra contester le mérite de cette histoire incomplète et imparfaite ; mais, telle quelle, c'est l'œuvre d'un honnête homme, et fût-^Ie un chefd'œuvre^ on la pourrait toujours tourner contre nous. Cette crainte devait-elle donc nous arrêter et nous condamner à laisser inédit un manuscrit qui contient^ du moins pour nous, tant de faits intéressants et dignes d'avoir leur place dans l'histoire littéraire de la Compagnie ? Nous ne l'avons point pensé, et nos lecteurs, nous l'espérons, n'auront pas plus peur que nous.
Dom Calmet se plaignait en son temps, el même avec un peu d'humeur, que les Jésuites ne lui eussent pas permis» d'imprimer le manuscrit du P. Abram, dans sa grande collection lorraine. L'infatigable éditeur n'était pas plus difficile pour les autres que pour lui*méme; il compilait, compilait, et, dans la courte épitaphe qu'il se fit, il confesse son extrême
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hçihté^dissini ingénument : « Multa legit, scripHt, -• utin^am\àçnè! » Les Jésuites mirent leur veto, et pour les raisons dont nous ayons parlé^ sur le volume fdu P. Abram, qui, au grand déplaisir de Dom Calpaet^ resta manuscritt.
On s'étonnera peut-être que le projet de Dom Calmet n'ait pas été repris après la suppression de la Compagnie, quand les manuscrits du P. Abram tombèrent dans le domaine public. A défaut de l'original, on possédait de bonnes copies ; mais alors on n'avait plus l'intrépide Dom Galmet, et le goût de publier du latin était déjà bien passé de mode.
Un brave homme fut alors séduit par la pensée de traduire en français l'histpire manuscrite de notre Université. Et, de fait, cette traduction du P. Abram existe en huit volumes qui ornent la bibhotbèque publique de Nancy. Comme l'original, la traduction «fit demeurée inédite, et poi^r cause : aucune traduction ne rappelle mieux le mot des Italiens : traduttore traditore. Le Père Abram est moins traduit que travesti par celui qui l'a translaté du latin en français, et qui de plus se complaît à le dénigrer.
Ce traducteur ou traditore s'appelait primitivement Ragot. P€u satisfait de ce nom vulgaire, et ne pouvant le changer, maitre Ra^t voulut au moins le traduire en beau latin ; il en vint à bout, et notre
historien s'appela, dans la langue de Tacite, non plus Ragot, mais MurigothuSj nom sous lequel il devait passer àîa postérité.
Malgré cette habîlè transformation 'de Hagot <*n Murigothus, Toeuvre de notre brave traducteur est restée inédite depuis plus d'un siècle, et semble avoir peu dé chance de trouver désormais un éditeur. Et défait, si la platitude du style ne décourageait pas un éditeur, il serait arrêté par la $imple comparaison des manuscrits latin et français. I^ traducteur s'est permis une telle quantité de contresens et parfois de contre-bon-sens, que toiit éditeur honnête reculera devant une publication qui le rendrait complice de toutes lés bévues de tnaître Ragot. Les corriger ne serait rien moins- que traduire à nouveau.
Comme le manuscrit de Ragot est bien plus lisible qiie la copie du P. Abram, et qu'il est plus facile k beaucoup de gens de lire du français que du latin, la plupart des auteurs qui citent le Père Abram se sont contentés du français dé Ragôt, et même sans s'être donné la peine de le confronter avec le texte, qu'ils avaient cependant sous la main. Pour repôiisser l'accusation de négligence ou de complicité dans là trahison de Ragot, il faudrait avouer ou qu'on Ta cru sur parote, ou qu'on ne sait pas tnieot que lui ta tangue latine.
Ed avril 1863, un membre distingué derUniver*' site arrivait de Nancy à Paris, pour lire, en Sor* bonne, une de ses Gomposilions, intitulée : Mémoire sur r érection de F Université 'de Pont'à^Mcfusson.
Ce mémoire, publié Tannée suivante-, à Tlmprîmerie impériale, se compose de vingt-deux pages écrites avec soin et une distinction légèrement mêlée de pédantisme. Comme de juste, les Jésuites y sont traités à la façon universitaire : point d'injures, — cela est passé de mode, — mais en style aigre-doux, affectant Timpartialité, comme il est d'usage en parlant des bons Pères.
Arrivé à la fin de sa dernière page, Fauteur, M. Maggiolo, inspecteur de l'Académie de Nancy, nous dit : « Un jour, si des devoirs moins impérieux réclament mes préférences , j'essaierai,, après une vie consacrée à l'Université de France , dé raconter sine ira et studio^ d'après les documents que j*ai recueillis depuis plus de quinze ans, ce que fui pendant deux siècles, en Lorraine, un collège de Jésuites » [Op. cit., p. m).
Depuis sept ans, nous attendons cette histoire écrite sine ira et studio : nous verrons avQC plaisir Tauteur tenir sa parole; mais nous avouons être en garde contre les historiens qui nous promettent l'impartialité. Contentez-vous d'être impartial, et
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ROU8 verrons bien : laissez à vos lecteurs le soin de dire ^ H a éeril sine ira et studio.
Puis réchanttllon donné par notre Êiturhistoneo ne noi»s rassare point assez : il est, comme nous avons dit, dans le style aigre-doux, et Taigre domine. La pente au dénigrement n*y est point assez habilement dissimulée. Dés la seconde page^ Toeuvre du P. Âbram est traitée de légendaire et de fantastique. Nos lecteurs verront si le Père Âbraiu est tombé dans le fantastique ^^ mais disons^leur, sans aller plus loin^ que nous soupçonnons fort M. Maggiolo de n'avoir point lu le P. Abram, sinon dans le bonhomme Ragot ; et ce qui confirmerait notre soupçon, c'est qu'il noussert^ en citant notre auteur, non sa propre traduction, mais bien celle de Ragot : ainsi, par exemple, il nous dit, à la page 9 de son opuscule : a En 1 577 on représenta une pièce sous le titre de Calvin: les bourgeois parurent extrêmement fâchés... delà représentation qu'on en fit »> Si les aspirants au diplôme de bachelier traduisaient le texte du P. Abram {datus in scenam Calvinus ^ civibus ejusmodi tragœdiarum insolentia mire percuisis...) comme vient de le faire M. Maggiolo, copiant Ragot, assurément M. l'Inspecteur de l'Académie de Nancy les renverrait k leurs bancs, méditer sur les tristes suites d'un cocitre-sens. A propos des pièces jouées à Pont-à-Mousson, et
à cette page neuvwwe, déjà eitéei, M. Mftggîolo ooug die avec émotion : i Ghofie>H«iguliàre 1 taudis que la Réforme [iuise dânsies deux Testaoïents comme g la source unique de toute sagesse et de toute science, et qu'elle néglige ou repousse les anciens, la Société de Jésus détourne la jeunesse de i étude ^ devenue périlleuse, des Livres sacrés, pour la conduire daQs les routes enchantées de la Ultérature islassique 4t mythologique de la Renaissance* »
Encore une fois, ai M. Maggiolo avait pris la peine de hre, je ne dis pas 1 auteur qu- il dite*, mais seules ment Ragot ^ il aurait vu que toutes nos pièces ne conduisaient pas les auditeurs « dans les routes en* chantées de la mythologie ». Calvin, qu'il cite ^ et beaucoup d'autres n'ont rien de my thologique. Ragot hii-méme aurait dit à M. Maggiolo que nos élèves les plus âgés donnaient quatre années â l'étude de la Sainte Écriture et de la théologie, que tous étaient solidement instruits dans la religion. Quant aux plus jeunes, fallait4l, pour leur apprendre le latin, leur remettre la Bible eotre les mains? £t M. l'Inspecteur lui-même ne voiHl pas avec plaisir ses futurs bacheliers conduits dans les roules en^ chantées de la littérature classique et myrthologi" que? Nous n'en doutons pas. Mais une phrase émue, lancée à ses auditeurs de Sorboane, sur les goûts païens des Jésuites, cela séduisit l'orateur, et no\is
séftôi» surpris qu'elle n'eût pSLS été applaudie.
A^ût à faire une kféture pubUqoe sur t^atre Univer^é de Pont-àr-Moûsson, M* Maggiolo, efirayé sans doutte des récits fantastiques du P. Abram, a puisé la matière de' sa lecture dians le» archives de la Mèurtbe, ai obhgeainnient mises à la disposition de tous par M; HétÉri Lepage, archiviste modèle* M. Maggiolo a trouvé là une- très-bonne mine; moins dépoussière qu'il ne le dit , et des manuscrits qui ne demandaient point tous tes efforts dont il nous comfie le détail Même sans h. loupe »^ il pou^ vail ne point estropier comme à plaisir les noms de nos anciens, ou du moins les rectifier à Taide des ouvrages imprimés de la riche bibliothèque de Nancy, autrefois la nôtre, qu'il avait sous la main. Ainsi par eiemplé^ il n*auriiit pas imprimé : Bartgîiit pour Bauguil, /Magias'pour Magîo; puis ap* pelé notre Général, Éverard Men»irien, le F* -de M<ircou. Nous voyons bien où et comment M. Maggiolo a mal lu tantdenom^; mais un savant devait douter et vérifier, surtdut quand il le pouvait sans sortir de Nam^ et sans être un chercheur /p^«b/i/î^ et inftUiguble^ comme il se £ait glo'u^ de Tétre* Mais, bâu)n&^no«s de le dire, cesiuutes sont vénieUes, et nous n'eu pQiienÎDns'^as s'il ne s'agissait d^un sa^ Tdtit in/htégaàie-i^ piassionné.
Nous passerions moins £aoilemeDt sur les insi-
noationset petites malices de M. l'Inspecteur : insinuations et malices sans doute à peine exprimées par l'orateur , mais conservant toutefois le parfiim des anciens pamphlets dont elles sont tirées. Ainsi, pour citer un exemple, l'orateur signale à ses auditeurs « V ambition de tous (les Jésuites) dans rhumilité de chacun i> . Parole à eflfet comme celle-ci : « La Compagnie j Messieurs^ ne dédaigne pas les richesses de la terre. »
Quelles étaient ces richesses ? L'orateur, à l'imitation des pamphlétaires, se garde bien de le dire. Et cependant il avait sous la main le fameux cahier de a quatre-vingt-neuf feuillets in-foUo » ' contenant la révélation , écrite de notre main , de toute notre fortune! Vous ne pouviez lire à vos auditeurs ces quatre-vingt-neuf feuillets in-folio, soit; mais qui donc vous empêchait de les régaler au moins du chiffre total ? Qui vous empêchait de le dire, sinon votre bon sens et celui de vos auditeurs ? car, en le donnant , vous auriez nûs les rieurs de nplre côté. En effet, ils auraient eu, séance tenante, ce singulier résultat , que la moyenne revenant à chaque membm de notre Université n'allait pas à moitié de la somme allouée au plus modeste de vos portiers de collège. M. Maggiolo peut-il ignorer que notre richissime collège de Louis-le*6rand ne put venir à bout de nourrir nos successeurs et
que le gouvernement de Louis XV dut faire des sacrifices considérables pour conserver ce collège^ passé entre les mains de l'Université, notre reconnaissante héritière !
Laissez donc toutes ces vagues déclamations sur Fainbition , la richesse et l'omnipotence des Jésuites, à ces pauvres diables qui, dans les journaux, ont charge de manger du Jésuite^ pour gagner leur pain quotidien. Enfin, en historien sérieux, parlez sérieusement. Si vous attaquez, que ce soit sur pièces, loyalement, et non point par des réticences et des allusions, accueillies, il est vrai, par les sourires de la foule^ mais dédaignées des honnêtes gens instruits
Si ces lignes tonobaient sous les yeux de M. Maggiolo, il les trouverait peut-être un peu dures, et son Mémoire plus épluché que de raison ; mais en cela encore il se tromperait. M, Maggiolo est, avec le P. Abram , le seul historien sérieux qui se soit occupé de l'Université de Pont*à-Mousson : son rang, sa position , son talent lui faisaient une obligation de mieux étudier l'histoire qu'il voulait aller raconter en Sorbonne, et ne pas viser avant tout à récréer la maligoilé de son auditoire. Nous passons à maître Ragot ses ignorances, ses inepties et son mauvais vouloir; mais nous supportons plus difficilement les erreurs , volontaires ou non , d'un
« docteur ès' lettres, inspecteur de F Université de Nancy y et pour qiii, lui-même nous le dit, Ykistorien n'est pas seulement un juge impartial, mais un chercheur passionné, infatigable. . » de la vérité.
Après avoir étudié Vbistoire.de notre Université dans la capitale de la Lorraine, nous avons voulu continuer notre travail à Pont^à-Mousson même. Maislày nous n'avons trouvé que Tfaistoire de oette ville j composée par « Napoléon Henry , médecin, bachelier ès-dettres et ès-sciences , ancien répéti* teur de chimie. »
Nous espérions trouver dans cette naïve production quelques détails ou faits inédits ; mais nos deux siècles d'enseignement, à Pont-à-Monsson, rem- . plissent à peine quatre pages de son histoire. Citonsen, le fait le plus saillant, sans demandera notre historien où il a été le chercher. Voici ce qu'il nous dit des « cendres d de S. François Xavier : « Les Révérends Pères tenaient à honneur de posséder les cendres du meilleur ami de saint Ignace... Les Jésuites demandèrent et obtinrent les cendres de S. François Xavier, qui furent transportées avec grande pompe à Pont-à-Mousson. » Mais plus tard, le feu ayant pris à notre église , « pour apaiser l'incendie on ne trouva rien de
mieux à faire que de jeter au vent et dans le foyer les reliques du Saint » .
Voilà le plus exact et le plus beau de noire histoire , si Ton y ajoute le récit de Tespièglerie des professeurs de droit, lesquels ^ forcés de prêter serment entre les mains de notre Recteur , le firent en terminant malignement par ces mots: • pcfur tout ce qu'il ieur commanderait dhon* néte o . £n citant cette banale formule ^ bien autre^ meot vieille que notre Université , notre brave Napoléon Henri, médecin, bachelier et répétiteur, croyait se permettre une petite méchanceté : c'était tout au plus une ignorance. (F. op, lauU,, p. 24-29.) Nous n'avons rien trouvé de plus sur notre ancienne Université.
Après avoir cité le compilateur Guillaume de BLogé ville, qui, dans son Dictionnaire historique des ordonnances et des tribunaux de la Lorraine. . , a publié au rx|ot Université (pages 4S9 à 633], nom* bre de pièces officielles et fort utiles à rhistoire de Pont-à-Mousson, il ne nous reste plus à parler que des manuscrits du P. Abram.
Ce fut seulemeot dans les dernières années de sa
vie, qi^e le laborieux commentateur de Virgile 'et
de Cîcé^on s'occupa de notre histoire de Pont-à-
Mousson ; il avait d^jà passé la soixantaine, quand
le P. Bduguil lui adressait de Rome les pièces qui
devaient servir de base à son travail, qn*îl laissa, nous le répétons, incomplet et inachevé. Cependant tel qu'il est, imparfait de fond et de forme, il nous semble précieux et digne, après avoir été si souvent cité, d'être enfin publié : nous espérons que nos lecteurs seront de notre avis, el, comme nous, reconnaissants au vieux collecteur qui a recueilli et compilé tant de matériaux utiles à notre histoire littéraire.
Souventjle vœu de les voir publiés a été manifesté par des historiens, des littérateurs et des bibliophiles; mais toujours on a reculé devant une pareille entreprise. Quelles ont été les cause§ de cette abstention ? Nous en pourrions indiquer plusieurs sans être certain de les exposer toutes. Nous avons déjà signalé la longueur de Tœuvre, ses lacunes, ses imperfections et surtout la difficulté de la publier telle quelle en latin ou de la donner en notre langue.
Ne craignons pas de le répéter , l'œuvre du P. Abramest loin d'être achevée, et le titre qui lui conviendrait peut-êlre le mieux serait celui de : Matériaux pour servir à C histoire de V Université de Pont'à'Mousson,
Réduits à cette modeste expression, les manuscrits du P. Abram ne perdent point leur valeur réelle : aussi, après les réserves déjà faites , et mal-
gré lefi critiques de certains auteurs, nous avons cru devoir passer outre et publier l'histoire de notre Université de Pont-à-Mousson. Nous la donnons sans retrancher les nombreuses biographies qui interrompent si souvent le récit général de Tauteur. Ces interruptions ont indisposé les critiques, qui n'ont point assez considéré que le P. Abram écrivait, avant tout, notre histoire, et qu'il la destinait spécialement à ses frères. On a dit qu'il eût mieux fait de réunir toutes ces biographies à la fin de son ouvrage ; mais nous n'osons affirmer que ce système eut été le meilleur, et nous ne croyons pas avoir le droit de le suivre en bouleversant ainsi Toeuvre dont nous ne sommes que l'éditeur.
Nous donnons donc tel quel le P. Âbram y mais en avertissant nos lecteurs que nous nous bornons àThistoirede la Compagnie, laissant de côté celle des événements contemporains: événements racontés sous toutes les formes, dans des publications postérieuires au P. Abram. Ce qu'il nous donne sur rhistoire de Lorraine ne paraîtrait aujourd'hui que d'inutiles redites. Lorrain de naissance et Lorrain de cœur, ce dont nous le louons^ le P. Abram parle volontiers et longuement de son pays ; mais, encore une fois, la place est prise et par des historiens habiles et mieux informés qu'on ne pouvait l'être au temps du P. Abram. Si cependant quel-
ques-uns de ses compatriotes^regrettant ce que nous avons omis comme véritable hor§-d'œuvre, voulaient tout publier ^ nous leur en laissons volontiers le mérite.
Tout en supprimant ce qui n'était pas notre hiS'toire^ nous avons sonvent donné l'analyse rapide des récits du P. Abram, lorsqu'elle était nécessaire à rintelligence de ces événements. Plusieurs fois aussi y nous avons du compléter les faits rapportés par notre auteur ; mais alors nous avons eu soin de marquer nos additions d'un signe facile à recoonaître. Ainsi nos lecteurs ne sont point exposés à prendre notre écriture pour celle de notre auteur.
Lorsque, en 1865, n'ayant point encore les manuscrits dont nous nous sommes servie nous avions voulu faire copier ceux de Nancy, le conservateur de la bibliothèque refusa d'en laisser prendre copie, alléguant^ entre autres raisons, que, étant uniques, ils perdraient beaucoup de leur prix s'il nous permettait de les copier. Laissant donc le P. Abram entre les mains de son conservateur ultra, nous avons puisé à des sources plus libérales qui , peu après, se sont offertes à nous.
Si nous avons tristement échoué à la bibliothèque de Nancv , nous avons trouvé aux archives de celte ville la plus libérale communication de ses richesses , et, grâce à son archiviste^ M. Henri Le-
— xux — page , que nous sommes heureux de remercier ptibKqaement^ nous avons pu collation ner nos propres manuscrits sur les anciennes archives de Pont-à-Mousson^ aujourd'hui réunies à celles de la Meurthe:
Là se trouve, parmi tant d'autres pièces qui mériteraient Vimpression , la lettre autographe du P. Bernardin Bauguil, datée de Rome, le 20 février 165f, adressée au P. Abram , en lui envoyant les pièces dont il avait réclamé copie pour travailler à son histoire de Pont-à-Moussori . Cette lettre du soussecrétaire du P. Général est fort intéressante, mais troplongiiepour trouver place ici ; nous en transcrirons seulement quelques passages. « . . . . Quoy que je sois icy , écrit le P. Bauguil^ pour le service de tonte r Assistance , je le suis d'affection particuliément pour le Pont-à-Mousson et Votre Révérence. Je (la) congratule d'avoir faict l'histoire de l'Université, ayant sans douhte perfectionné ce qui en fut imprimé au Ponf, en 4602, recognu et approuvé dans la visite du R. P. Magius, qui adjouta , de sa main, à l'exemplaire /ju'il envoya ici, le catalogue des festes qui se doivent observer en ladite Université.
• ... Voyant donc la sécheresse de ladite histoire (générale de la Compagnie) ^ qui n'estoit pas capable de donner grande satisfaction à V* R. , qui T. d
déaire sçavoir te menu de la naissance de son collége, fevts reetmrs aux archives de la Compagnie ^ d'où j'ay extrair œ qu'Elle void avec le lni,vail qu'Ëlle peut penser et la ditigence requise ea ces pièces qui ne sortent pas volontiers des archives pour ceux mesoies qui ont le secret.
« J'ay mis copie des originaux des lettres du cardinal de Lorraine , qui disent beaucoup , et j'ai adjousté ce qui touche ce grand prince , vrai pro* tecteur de la foy et père de la Compagnie , à proportion que j'en trouvais quelque chose en lisant les mémoires et les lettres , et je l'assure que j'étois consolé en moa traval [sic) comme je croy que V. R. le sera en le lisant.
« Comme V. R. demande éclaircissement de
la première venue de nos Pères, j'en ay marqué à proportion que j'en ai treuvé quelque chose. Et la chose a tellement creu que j'ai fait ce que j'eusse appréhendé de faire si j'eusse eu cinq feuillets à écrire tout à coup. Si ce travail ne sert à autre chose, elle sera une pièce d'archivé : aussy en est-elle sortie^ et il y a force petites choses que tout le monde ne doit pas scavoir. J'ai tasché pourtant de choisir ce qui se peut voir et qui peut donner une ft>rt particulière cognoissansce de la première face de son collège. J'ay vu de gros en gros Tan 1 576 et 1 577 et je n'ay treuvé dans les lettres de l'archive
grand chose qui se pust escrire et qui le méritât; seulement que les officiers du duc qui mesnageoient pour lors nos rentes, nous faisoient , eux* mesmes, susciter des procès soubs mains et desdifôcultés pour sVngraisser cependant aux dépens de nos rentes jusqu'à ce que iMgr ie Cardinal de Guyse nous fist mettre en réelle possession de tout ; et jusque alors le collège, qui dépendait des officiers du duc, pâtissoit, «
Le^P. Bauguil parle ensuite et longuement delà querelle du Rectorat et de TUniversîté, querelle dont nous verrons les détails dans le P. Abram ; puis il s'^offre de nouveau à copier les pièces relatives aux usurpations des Facultés de droit, ce qui toutefois lui sourit peu : a N'estant pas bon, ajoute- ' t-il^ que les séculiers sachent les desmelés particuliers. Néanmoins, si le R. P. Recteur... n'en a rien, et qu'il veuille que je fasse extrait des pièces qui donnent plene cognoissance de cette intrigue pour servir de pièce de cabinet, ne pouvant servir à autre cbose, je le fayrai pour Tamour que j'ay de son collège, etc. »
La lettre du P. Bauguil se termine par un assez longj?ost'Scriptumj dont voici les premières lignes : a: Le R. P. Recteur lira icy, s'il luy plaist, mes trèshumbles recommandations et offres de service que je fais de cœur. — V, R. corrigera s'il luy plaist ce
— Ln — que j'ai escript currente caiamOy et que je n'ai pas en le loysir de relire. . . »
L'œuvre inachevée du P. Abratn nous montre quels furent les fondateurs de notre Université, et quels ouvriers la rendirent célèbre durant deux siècles. Après tant d'années, les derniers Jésuites avaient-ils conservé la confiance et l'estitiie des Lorrains? Noos pourriofïA répondre affirmativement et citer les plus explicites témoignages ; mais un senl, et qui semble les résumer tous, nous suffit : il est extrait d'une lettre de Mgr d'Osniond , évéque de Nancy, au conseiller d'État Portalis, datée du 4 nivôse an xn de la République.
« ... Lorsque j'ai été envoyé pour administrer en chef ce vaste diocèse, j'ai dû porter mes regards avec intérêt particulier sur quelques vieillards , échappés comme par miracle à des persécutions inouïes ; dans ce nombre trop restreint se trouvaient vingt Jésuites. La vénération dont ils étaient entourés commandait la mienne; mais combien ils l'ont augmentée par les vertus dont ils m'ont rendu l'heureux témoin ! Jamais je n'ai vu un zèle semblable à celui qu'ils déploient partout. Soixantedix- sept et soixante-dix-huit ans ne sont pas un' obstacle à l'occupation d'une Église succursale dépouillée de tout, qui bientôt se répare par leurs soins industrieusement distribués entre le temple
— un —
et ceux qui le fréquentent. Tous ils ont une flexibi* lité, une douceur insinuante qui les rend aussi faciles à gouverner que f>ropres à -diriger ceux qu'ils servent comme les membres de Jésus-Christ. La voix des Supérieur^ est la seule qu'à tout 3^e ils écouteot, et chez eux ce n*est pas parce qu'ils manquent * de connaissances , c*est parce qu'ils en ont beaucoup. Je me plais à suivre particulièrement l'activité communicative du P. Munier (il mérite d être nommé), qui, sous les livrées de la misère, sans ressources personnelles, après avoir alimenté cent huit prêtres pendant sa propre captivité, trouve encore dans la charité publique, qu'il provoque habilement, les moyens nécessaires poui* fournir de& messes à celui-ci, des libéralités à celui-là, pour distribuer du pain aux pauvres honteux, soutenirdes hôpitaux de campagne, fonder de petites écoles, payer des pensions pour des enfants, ériger des monuments pieux, décorer des autels, faire fondre des cloches, etc., le tout sans cesser de se transporter lui-même, à pied, dans des villages éloignés, où il peut aider ou suppléer un prêtre infirme. Car rien n'est négligé par son prévoyant amour. du bien... Je me demande alors si cet esprit d'action était généralement répandu dans la Compagnie de Jésus, si c'est là ce qui, en 1 762, a été pris pour un caractère remuant et porté à Tin-
trigue ? Grand Dieu I je voudrais bien avoir à régir un diocèse peuplé de pareils intrigants ! Daigne la Providence, pour le bien de l'humaDité, prolonger les jours de ceux qui subsistent encore ! 3>
Ce témoignage rendu à nos anciens par ceux qui les ont vus à l'œuvre et mourir épuisés de travaux, nous console des calomnies de leurs persécuteurs. Les derniers survivants aux tempêtes de 1773 et i 793 vivaient encore sous le premier Empire ; et ceux qui ont vu s'éteindre, à Nancy, ces vépérables débris de l'ancienne Compagnie, appelaient ta pauvre ruelle où ils habitaient ensemble, Le saint coin. Après un demi-siècle, et plus, nous avons encore retrouvé vivante la mémoire de leurs vertus : et memoria eorum non peribit.