‹ L'Université de Pont-à-MoussonChapitre 3 sur 13 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Avant de raconter la fondation de TUniversité, rappelons brièvement quel était l*état religieux et littéraire de la Lorraine. Depuis l'époque où cette province avait reçu la foi catholique, elle s'était toujours conservée pure de toute hérésie ; mais^ vers la fin de Tannée 1 523, deux religieux apostats, après avoir jeté le froc^ se glissèrent secrètement dans la ville de Metz et y répandirent le venin du luthéra- . nisme. La nouveauté de ces doctrines fit impression sur la multitude ; mais heureusement quelques hommes de bien découvrirent la trahison et dénoncèrent les prévaricateurs aux magistrats; l'un des prédicants put s'enfuir 6 Strasbourg, l'autre fut jeté dans les prisons de l'évéché d'où une émeute le relira deux ans après.

Mais le mal ne fut pas extirpé ; il se propagea V. 4

sourdement comme une contagion , et prit chaque jour de nouveaux développements. On vit bientôt jusqu'aux vignerons , aux cordonniers , aux enfants et aux femmes se mêler de discuter les dogmes de notre foi, de critiquer l'ordre sacerdotal, les cérémonies et le culte de l'Église romaine, et d'en faire même tout haut le sujet de leurs brocards et de leurs plaisanteries.

Théodore de Saint-Chaumont, Général de l'ordre de Saint-Antoine^ commissaire apostolique contre les Luthériens, vint au secours de la foi en péril. II se rendit à Metz, où, se défiant de la science des ecclésiastiques, il leur défendit d'entrer en discussion avec les sectaires.

L'année suivante, 1524^ deux de ces hérétiques furent brûlés : un certain Jean Clerc, qui avait brisé les images de Notre-Dame et de saint Fiacre , et un moine Augustin^ JeanChastelain, qui refusa obstiné- .ment de rétracter ses erreurs. I^s secrets partisans de l'hérésie profitèrent du supplice de ce moine pour ameuter la populace contre le clergé, et surtout contre le commissaire apostolique^ Théodore de Saint-Chaumont.

Les magistrats n'eurent d'autre moyen de calmer l'effervescence populaire que d'enfermer le commissaire dans une prison : ils l'en retirèrent bientôt après, et lui donnèrent la facilité de se mettre en

lieu sûr; puis, s'entourant d'une force armée imposante, ils firent main-basse sur les principaux agitateurs, mirent les uns en prison, condamnèrent les autres à l'exil^ et jetèrent m^me trois des plus mutins à la rivière. Cette ferme répression produisit un tel effet sur la foule que, pendant plus de quinze ans, on ne vit pas à Metz le plus petit mouvement réformiste.

Sur ces entrefaites (1525), les peuples se soulevèrent contre leurs princes à la voix de Luther : la guerre des Rustauds éclata. La Souabe, l'Alsace, la Thuringe, la Franconie, les environs du lac de Constance devinrentle théâtre de leurs déprédations et de leurs massacres. Dans la seule Franconie, ils s^emparèrent, au rappprt d'Érasme, de plus de cent quatre-vingts châteaux.

La France venait alors de perdre la bataille de Pavie : les insurgés d'Allemagne crurent l'occasion favorable pour l'envahir. Mais ils trouvèrent sur leur chemin le duc de Lorraine qui^ aidé de quelques secours rassemblés à la hâte, les battit en plusieurs rencontres, en tua une multitude^ et força les autres à repasser en Allemagne, où les armées régulières achevèrent de les détruire ou du moins de les disperser. Ces heureuses victoires assurèrent la tranquillité de la Lorraine jusqu'en 154t. Malgré le voisinage de Strasbourg, livrée à la prétendue Ré*

forme, pas un seclaire n'osa remuer à Melzel dans tout le pays. En 1 541 , la malheureuse expédition de Charles-Quint contre Alger ayant échoué , les princes hérétiques de ^Allemagne reprirent courage à cette nouvelle. Le landgrave de Hesse, le duc de Wurtemberg, les villes de Strasbourg et de Francfort se liguèrent ensemble pour corrompre Metz et toute la Lorraine ; ils étaient favorisés dans leur dessein parle premier magistrat de la ville^ partisan secret de la Réforme. Le prédicant, Farel, put venir à Metz prêcher publiquement les nouvelles doctrines; mais les inquisiteurs de.la foi l'obligèrent à se taire^ et les magistrats , mieux inspirés que leur gouverneur^ qui n'osait pas se déclarer, le chassé* rent de la cité. Cependant,, la tranquillité ne fut tout à fait rétablie qu'en 1 543 , et se maintint jusqu'en 1558. Les hérétiques recommencèrent alors à s'agiter y mais ils eurent peu de succès ; ils revinrent de nouveau à la charge en 1561 , sous le règne de Charles IX, et obtinrent la faculté de se réunir, d'écrire et de prêcher; ce dont ils jouirent jusqu'en Tannée 1569, époque à laquelle le cardinal de Lorraine, soutenu par Henri de Guise ^ Monsieur de Vieille- Ville et le roi de France, mit un terme à leurs entreprises.

Du reste, ils n'avaient jamais eu à se féliciter beaucoup de l'accueil qu'ils avaient rencontré en

Lorraine. Ce pays était tro'p fermement attaché à ia foi de ses ancêtres et au pape pour se ranger doci* lemetat sous le nouv3au drapeau. Les protestants eux-mêmes en font Taveu.- Voici ce qu*on lit dans le Martyrologe huguenot : « Il faut convenir que de toutes les contrées de l'Europe, la Lorraine est celle que Dieu a le moins comblée de ses grâces spirituelles, soit à- cause de l'impiété du peuple, voué en proie à l'idolâtrie (papiste), soit à cause de l'injustice des magistrats, soit pour d'autres raisons que Dieu connaît , et qui l'ont porté à exercer envers cette nation la rigueur de ses jugements. Bien loin de recevoir avec piété la parole divine annoncée par les vrais envoyés de Dieu et par ses prophètes, ce peuple aveuglé s'est opposé aux ministres saints, les a persécutés, et en plusieurs lieux,' comme à Saint-Mihiel, à Mirecourt et ailleurs^ les a condamnés au feu et à d'autres supplices. » (Op. exu^idiu I6I8,

Nous avons vu pourtant que les hérétiques ne s'étaient pas épargnés : la ville de Pont-à-Mousson ne fut pas oubliée par eux. YiU 1552^ un moine nommé frère Etienne, secrètement gagné à l'hérésie, et préchant le carême dans cette ville, profita de l'occasion pour répandre subtilement le venin des nouvelles doctrines. Dans le même temps , un ministre dogmatisait à Bicqueley, village situé à quel-

que distance ; mais Tun et Tautre ayant été découverts furent chassés aussi bien que les prosélytes qu'ils avaient faits ; toutefois ceux-ci eurent bientôt permission de revenir^ à la condition d'abjurer leurs erreurs. La noblesse compta aussi quelques défections : on rencontre partout des hommes que l'attrait de la nouveauté et plus encore leurs passions font dévier du droit chemin. Ces déserteurs, de la vraie foi voulurent se faire autoriser par le duc de Lorraine a vivre librement dans leur apostasie ; et pour mieux réussir dans leur requête, ils la firent appuyer par une foule de personn9ges considérables. On vit donc accourir des envoyés de la reine de Navarre, du prince de Gondé, de l'électeur palatin^ du landgrave de Hesse, du duc de Wurtemberg. Mais le duc de Lorraine ne voulut pas même les entendre. « Je n*empéche point vos compatriotes, leur fit-il savoir, d'embrasser la religion de leurs seigneurs ; je prie donc ces mêmes seigneurs dé ne point trouver mauvais que je conserve à mes sujets une religion qui est la mienne. »

Cette courageuse fermeté et cet inébranlable attachement à la foi catholique préserva la Lorraine du malheur de l'hérésie ; et bientôt l'Université de Pont-à-Mousson allait affermir le bien commencé. Mais parlons maintenant de l'état littéraire du pays.

Si nous remontons aux temps anciens, nous trou-

verons une foule de noms célèbres et cités avec éloge dans un discours prononcé par le P. Jacques Pérard, à la réouverture des classes en 1599. L'orateur avait pris pour sujet : « De eruditis Loiha^ ringiœ viris » . Il passe successivement en revue les principales villes du pays, en citant les noms qui les avaient illustrées par leur talent, dans les sciences, les lettres et les arts*

A l'époque où nous sommes arrivés, la Lorraine possédait encore des hommes instruits ; mais ils étaient rares, et la plupart passèrent lâchement dans le camp de la Réforme. Nous avons déjà dit un mot de Tignorance du clergé ; elle était si profonde, que le commissaire apostolique lui défendit d'entrer en controverse avec les seclaires. L'Évêque de Toul était obligé, pour se faire comprendre , de traduire en français les instructions destinées à ses prêtres. Voici à ce sujet un fait que j'ai entendu raconter dans mon enfance à un abbé bien connu. Le Général d'un certain Ordre, faisant sa visite, arriva dans un de ses monastères le dimanche des Rameaux : il ne fut pas peu surpris de voir sur la table, au moment dudiner, différentes sortes de viandes. — « £b quoi ! dit-il, ne gardes^vous point les lois de l'Eglise? — Pardon, et très-exactement. — Comment cela? Quand commencez-vous donc l'abstinence? -r- Mais demain, répondirent les moines, qui supposaient

bonnement quele carême se bornait aux six derniers jours avant Pâques. On comprend quels tristes effets devait produire sur le peuple une telle ignorance dans les pasteurs. Aussi de toutes parts on voyait le dérèglement des mœurs et la superstition ; ta foi elle-même était chancelante dans beaucoup de cœurs; et c'est alors que Thérésie vint battre en .brèche cet édifice vermoulu et faire craindre une ruine prochaine et complète. Heureusement, l'énergie du duc (!^harles III fit avorter les tentatives plusieurs fois renouvelées des novateurs ; ils se retirèrent dans le Palatinat, chez le prince de Deux- Ponts, k Strasbourg et à Metz qui, en 1 552, était passée sous la domination française. Mais de là ils avaient sans cesse les yeux sur la Lorraine , attendant l'occasion favorable pour y pénétrer.

En 1569, le roi de France, Charles IX, vint à .Metz. Pendant qu'il était dans cette ville, il apprit l'heureuse issue de la bataille de Jarnac, gagnée par son frère le duc d'Anjou contre le prince de Condé. Aussitôt, pour en témoigner à Dieu sa reconnaissance et pour obéir aux sollicitations du cardinal de Lorraine, il fit abattre le temple construit par les calvinistes dans Tintérieur même des remparts, et leur d|éfendit toute manifestation extérieure de leur culte. Mais le faible Charles IX manqua de constance dans cette voie de répression : un mois s'était

à peine écoulé qu'il permettait aux Réformés du vil* lage de Portieux de célébrer suivant leur rit les mariages et les baptêmes ; et, l'année suivante , il étendit encore cette concession au village le plus voisin. I^ cardinal de Lorraine déplorait amèrement cette faiblesse, et comprenant bien que le mal ne serait jamais entièrement déraciné tant qu'on demanderait seulement à la politique et aux intérêts humains la destruction de l'hérésie, il résolut de chercher un autre remède.

Une des causes principales du désordre étant l'ignorance du clergé, il s'efforça d'y remédier. Dans ce dessein, il adjoignit au chapitre de Metz un certain nombre de docteurs en théologie, hommes vertueux et instruits : puis il forma le projet d'ouvrir un collège où la jeunesse de Lorraine, sous la direction de maîtres savants et dévoués à l'Église, viendrait se former aux lettres et à la piété.

Le Cardinal parla de ce projet au duc Charles III qui l'agréa, et bientôt il fit choix, pour l'exécuter, des religieux de notre Compagnie. Il entra donc en communication avec les PP. Edmond Hay, Provincial de la Compagnie en France, et Émond Auger, et leur fit part de ses intentions et du . bon vouloir du sérénissime duc de Lorraine. Ces ouvertures furent bien accueillies, et, comme pour préparer les voies à l'établissement projeté, le P. Émond Auger

partit pour Metz et y prêcha le carême ; Tannée sui-* vante, le célèbre P. Maldonat s'y rendit à son tour, et expliqua la doctrine chrétienne dans des catéchismes publics. Ce fut alors que les incertitudes relatives au siège de la future Université se fixèrent sur Pont-à-Mousson.

Cette ville est située à égale distance à peu près de trois villes : Nancy^ au sud-est^ Toul au sud, Metz au nord. A Test de la ville, se dresse un riche mamelon couvert de moissons^ de vignes, d*arbres fruitiers de toutes sortes, et d'où jaillissent des sources d'eaux minérales : le versant oriental se termine par un épais taillis. Au sommet, s'élève une forteresse qui domine un petit village bâti à ses pieds, et entouré lui-même autrefois de fortes mu* railles^ comme l'attestent encore aujourd'hui les énormes blocs de pierre épars sur le sol. Vers le couchant, se prolonge une plaine fertile, arrosée par la Moselle et bornée dans le lointain par des collines couronnées de vignes. La ville elle-même est bâtie au pied du mont Mousson, sur les bords de la rivière <iui la sépare en deux parties. Celle qui est resserrée entre la montagne et la rivière appartient au diocèse de Metz ; elle ne forme qu'une paroisse et n'a que trois couvents. L autre partie est du diocèse de Toul ; elle renferme trois paroisses : Sainte- Croix, Saint-Laurent et Saint-Jean, une collégiale

(le chanoines, cinq monastères d*hommes et autant de femmes», un château bâti par le duc René H, un hôpital et une grande place entourée de belles constructions.

Les communautés d'hommes : sont les Carmes mitigés, les Capucins, les Chanoines réguliers de Saint- Augustin, les Carmes réformés, les Minimes, les Prémontrés^ les Anthonistes et la Compagnie de Jésus. Les couvents de religieuses sont ceux des Annonciades, des Carmélites, des Yisitandines, et celui de Sainte-Claire bâti par sainte Colette, et où la veuve de René II vint prendre le voile.

La ville est protégée par une enceinte de murailles peu élevées et de larges fossés toujours remplis d'eau. Sa fondation remonte certainement au treizième siècle (et non point à deux échappés du siège .de Troie, comme le voudraient les auteurs qui aiment les origines poétiques). Thiébaut II, comte de Bar, jeta les fondements de la ville; et le pont réunissant les deux rives de la Moselle au bas du Mont Mousson lui donna son nom.

La nouvelle ville ne tarda pas à s'accroître^ et les successeurs de Thiébaut se plurent à l'enrichir de faveurs et de privilèges. En 1360, à la requête d'Yolande de Béthune, le comté de Bar fut érigé en duché, et celui de Mousson en marquisat. En 1372, un diplôme de l'empereur Charles IV éleva la ville

elle-même au rang de cité. Dés celle époque, les Anthonistes y possédaient un couvent. En 1466, le prieur Théodore le Sorlier termina Téglise du couvent qui^ au seizième siècle^ fut cédé à la Compagnie de Jésus.

Tout nous porte à croire que les neuf compagnons de N. B. Père, dans leur long et périlleux voyage de Paris à Venise (en 1537), s'arrêtèrent dans cette église pour y faire leurs dévotions. On sait en effet qu'ils passèrent par la Lorraine. Arrivés à Metz, ils voulurent faire un pèlerinage à S. Nicolas-du-Port. Deux routes conduisent de cette ville à S. Nicolas. La plus sûre et la plus facile, surtout en ces temps de guerre, était celle de Pont-à-Mousson; il est donc raisonnable de penser qu'ils l'ont choisie, et que, dans ce voyage, suivant leur coutume de participer aussi souvent que possible aux saints mystères, ils ont demandé aux reUgieux Anthonistes la permission de satisfaire leur dévotion dans l'église du couvent. C'est un pieux souvenir que nous aimons à conserver; il nous rend plus chère la terre que nous habitons.

Ce fut en l'année 1572 que le duc Charles III et le cardinal de Lorraine, voulant fonder l'Université de Pont-à- Mousson, s'adressèrent au Pape Grégoire XIII, et cette même année, au mois de décembre, ils obtinrent du Souverain Pontife toutes les

autorisations nécessaires. Mais il faut reprendre les choses de plus haut.

Le Bienheureux François de Borgîa, troisième Général de notre Compagnie, avait reçu Tordre du Souverain Pontife S. Pie V d'accompagner le cardinal Alexandrin dans ses diverses légations auprès des cours de France, d'Espagne et de Portugal. Le Général se rendit deux jours après le légat daqs la ville de Blois, où se trouvait alors le roi Charles IX, et se présenta aussitôt au palais pour obtenir audience . On était alors en pleins jours gras, et le roi, sans même quitter ses habits de carnaval, vint immédiatement, à la tête d'un grand nombre de courtisans, recevoir le Général. De son côté, le cardinal de liOrraine vint aussi à Blois, où il fit part au Général de ses intentions et de celles du duc, au sujet de l'Université qu'ils voulaient fonder en Lorraine et confier à la Compagnie. Le Général se montra trèssensible à cette bienveillante communication, mais il ne prit alors aucun engagement.

Bientôt les fâcheuses nouvelles que l'on reçut de la fin prochaine du Souverain Pontife obligèrent le cardinal Alexandrin et son compagnon à reprendre le chemin de Rome. Le cardinal de Lorraine et quelques autres cardinaux français partirent également afin d'assister au prochain conclave. Pie V

mouriU le \" mai. Treize jours après, Grégoire XIII lui succéda sur le siège de Saint-Pierre.

Peu après cette élection, le cardinal de Lorraine alla visiter le Collège Romain. Il y fut reçu avec l'empressement et la solemnitè qui convenaient à un tel personnage. Le P. Sacchini, dans son Histoire du 6. François de Borgia (flûi. Soe.,Ub. F///,fi«22), raconte que, pendant la fête offerte au Cardinal, Son Éminence fut complimentée en dix-sept langues différentes. Dans cette circonstance, ce fut le P. Natal qui remplaça^ en qualité de Vicaire Général, le P. François de fiorgia, retenu loin de Rome par le mauvais état de sa santé.

Bientôt le cardinal de Lorraine soumit au Pape ses projets de fondation et lui demanda d'y appliquer une partie des biens de Tabbaye de Gorze, dont la décadence légitimait la sécularisation. Mais, prévenu par les calomnies de nos ennemis, qui ne cessaient de déclamer contre les prétendues richesses de la Compagnie et affirmaient que tous les biens * ecclésiastiques, surtout en Allemagne, passaient entre nos mains, le Saint-Père n'accueillit pas favorablement la demande du Cardinal.

Cependant, peu de jours après cette entrevue, le Pape changea de sentiment et déclara lui-même au Cardinal que, après avoir mûrement considéré

toutes choses et s'être convaincu que la Compagnie de Jésus avait été suscitée de Dieu pour travaillera sa plus grande gloire en ces temps malheureux, il la fallait affermir et protéger en toute circonstance : c'est pourquoi iJ engageait le Cardinal à poursuivre son projet de fonder cette Université de Pontà-Mousson^ Tassurant qu'il la protégerait comme sa fille ainée. En même temps il priait le Cardinal de prendre la Compagnie sous sa protection. Sa Sainteté ignorait sans doute que le Cardinal n'avait pas besoin d'être pressé sur ce points car Son Éminence profitait de toutes les occasions pour nous donner des preuves de son affectueuse protection.

Non content de nous recommander ainsi, Grégoire XIII s'occupa dès lors et durant tout son pontificat à fonder de nouveaux collèges et à consolider les anciens. Tout favorisait donc le projet du Cardinal. Le Saint-Père, qui témoignait ouvertement son affection pour la Compagnie, était certain de satisfaire le Cardinal et le duc de Lorraine en nous couvrant de sa protection.

Grâce à Dieu, on trouva bientôt et comme sous la main ce qu'il fallait pour la fondation de l'Université : c'est-à-dire une maison et quelques revenus.

Les religieux Anthonistes avaient deux maisons et deux églises à Pont-à-Mousson, l'une et l'autre

desservies par un moine et quatre chapelains^ l'une et Taulre également pourvues d*araplçs jardins et de vignes. De plus, à proximité, se trouvait l'abbaye de Gorze, ruinée depuis vingt ans et à peu près inliabitée. Sur cet exposé, le Souverain Pontife voulut^ comme il le fit par sa Bulle, nous transférer la propriété de Tun de ces couvents, église^ jardin et vigne, avec un revenu de quinze cents écus d'or qui, joint à un autre don de même somme, complétait celle de trois mille écus d'or nécessaires à l'en- I retien de soixante-dix des Nôtres. Et le tout, donné à la condition que nous fournirions les professeurs nécessaires à l'enseignement des lettres, de la philosophie et de la théologie, comme il est spécifié dans la Bulle de Sa Sainteté en date du 5 décembre 1 572. Malgré cet acte du Souverain Pontife^ l'affaire de la fondation ne fit aucun progrès pendant les deux années suivantes. Diverses causes produisirent ce retardement: en premier lieu, le cardinal de Lorraine demeura plusieurs mois à Borne; puis, quand il fut de retour en France, voyant partout la grande misère occasionnée par le malheur des temps, il se consacra tout entier au soulagement des pauvres. Ce fut ainsi que, les affaires se succédant les unes aux autres, il n*arriva en Lorraine que sur la fin de Tannée 1573. De plus, à cette époque, le prince Henri de Valois ayant été appelé au trône de Po-

lagae, le Oardioai dut l'accompagner jusqu'aux froDtières de la Lorraine. De là il se rendit à'Nancy^ où le réclamaient des soins de la plus haute importance, en sorte qu'il lui fut encore impossible de mettre la main à l'établissement de l'Université. Cependant il ne la perdait pas de vue et chargea Nicolas Psaume, évêque de Verdun, de s'employer de toutes ses forces à cette affaire ; et lui-même, comme gage de ses bonnes intentions, fit prendre le costume d'étudiant au jeune prince Charles, fils du sérénissime duc, et peu de temps après il le fit inscrire en tète de la matricule de l'Université. Le Cardinal partit ensuite pour Saint-Germain-en- Laye, où se tenait alors la Cour de France.

En arrivant à Paris, son premier soin fut d'écrire' au Père Géùéral, Everard Mercurien. Voici sa lettre :

t An Très Revereiïd Père Geheral de Société du

NOM DE IeSVS, le PeRE EvERARD DE MililGOU (sic)

A Rome.

« Très Révérend Père. I^orsqueje m'acheminois a la conduite et accompagnement du Roy de Po logne jusques à la frontière d'Allemagne le Père Edmond Auger m'addressa vos lettres, auxquelles j'aUandis faire response jusques a ce que nous fussions de retour vers Paris, auquel lieu j'ay trouvé V. t

ledit Edmond, et par sa vive voix^ jointe a vos lettres, j'ay este confirmé en ce que de tout temps je me suis persuadé de la bienveillance de vostre Sainte Compagnie, et devons, que Dieu, a ma très grande consolation'^ a voulu estre leur chef; aussy si je ne puis pour mes petites forces en autre chose augmenter je recognoistray chacun jour estre davantage a vous aymer et honorer et a estre de toute affection con« joint a toute Vostre Sainte Société. Mais je porte grand regret n'avoir peu en faire preuve telie que je pensois^ car Dieu nous a tellement affligé Tannée passée que je retournay de Rome, et celle çy qu'a peine pouvions nous vivre et secourir les pauvres pour la famine et cherté que uous endurons, et par ce moyen Tavancement du Collège Lorrain a Ponta-Mousson a esté du tout retardé. Mais comme je commence a bien espérer que Dieu voudra nous . regarder ceste année en pitié pour la bonne apparence qu'il donne a tous les fruits de la terre; j'ay desja en^fioyé TEvesque de Verdun pour fulminer les bulles et avancer les unions, designer les lieux, faire les marchés des bastimens et tous préparatifs nécessaires, a quoy je m'asseure qu'il mettra fin pour tout ce febvrier, et de tout seres adverti pour nous envoyer une première mission du Recteur, Procureur et quelques principaux officiers pour les Pasques, et entière compagnie pour commencer au

prochain Saint Remy, chef d*octobre^ a quoy je vous prie de pei^ser et m'en donner vostre advis par les premiers, et je vous tiendray continuellement adverti de tout le succès. Me fasse le Seigneur Dieu si heureux de pouvoir establir ce saint œuvre, et vous veuille continuer en cet endroit et tous autres qui concernent sa gloire et vostre vocation toutes ses grâces et bénédictions. Saluant toule Vostre Sainte Compagnie en nostre Seigneur et vous priant me faire part de vos saintes oroisons^ m*o(frant du tout au service de Dieu et vostre.

« De Paris, ce 25 janvier 1574.

« Je vous recommande l'érection du collège de Bourges, comme il me semble de grande espérance. a Votre comme frère affectionne

a C. Cardinal de Lorraine.»

Le Cardinal écrivit cette lettre de sa propre main, lien adressa d*autres aux PP. Emond Auger, alors visiteur de la Province d'Aquitaine^ Edmond Hay, Provincial de France, et Jean Maldonat^ leur faisant connaître ses intentions au sujet de l'Université de Lorraine et leur donnant avis qu'il se proposait de fonder un noviciat de la Compagnie, à Reims, et . d'achever la fondation du collège de Clermont,

Le Cardinal exposait ensuite son désir de réformer l'Université de Paris; ses démarches à Rome

dans le but d'<)btenir ragréuient du Souverain Pontife et Tautorité nécessaire pour réaliser un tel dessein, a S*il les met à exécuûon, dit le P. Edmond Hay dans une lettre au P, Mercurien, ce sera, je pense, la chose la plus avantageuse qui puisse arriver à ce royaume et à nous. Votre Paternité connaît le caractère du cardinal qui, en toute chose, vise, autant qu'il le peut, à la perfection. »

Le Cardinal, suivant son habitude, alla célébrer à {leims les fêtes de Pâques ; de là, il reprit le chemin de la liOrraine. A peine arrivé, il s'occupa de faire donner à la Compagnie la maison et l'église que les Anthonistes avaient à Pont-à«Mousson. Il espérait tirer bientôt de l'abbaye de Gorze de quoi fournir à la subsistance du personnel.

Ce transfert de propriété d'un Ordre à un autre par l'autorité compétente et pour de justes raisons n*a rien que de conforme au droit de l'Église. L'histoire ecclésiastique est remplie de faits semblables, et celle des Anthonistes eux-mêmes en fournit de nombreuses preuves. C'est grâce à ce même droit de l'Église qu'ils avaient obtenu la propriété qui maintenant passait en d'autres mains... Du reste, cette translation se fit de la manière la plus équitable et la mieux agréée, par l'autorité du Sainl*Siége et du libre consentement des anciens possesseurs.

Il est juste de remarquer la sagesse du Cardinal

daDs la conduite de cette afiEstire, et les précautions qu'il prit pour prévenir les contestations qui pour* raient s'élever dans la suite au sujet de remplacement du collège. Le Souverain Pontife l'avait nommé légat a laterCj et l'avait revêtu de toute l'autorité nécessaire pour suppléer à tous les défauts de droit et de forme qui pourraient se glisser dans l'acte de cession, et déroger en ce point aux décrets des Conciles Généraux, comme aux Statuts et Constitutions des Papes^ ses prédécesseurs. Il n'avait imposé qu'une condition, c'est qu'on aurait l'assentiment du Prieur actuel. Mais, du reste, il ne faisait aucune distinction, que ce Prieur fût commendalaire ou régulier. De fait, le Prieur était commendataire; c'était un certain Jean Ulric, prêtre séculier. Cette circonstance pouvant être plus tard une source d'embarras, le Cardinal engagea cet ecclésiastique à lui faire cession à lui-même de l'église et propriétés adjacentes, et l'autorisant en outre, lui, Légat^ soit à les garder^ soit à les rétrocéder. Ulric accepta, et signa l'acte authentique de cession le 24 mai 1574.

lie Cardinal, devenu possesseur de ce prieuré, manifesta aussitôt sa volonté d'en transmettre la propriété à la Compagnie, et, cela fait, il s'entendit avec les architectes pour la construction du collège. Il mesura lui-même l'emplacement des classes et dessina le plan du pensionnat. Puis, comme ses ne-

veux les princes Charles de Lorraine et Charles, de Vaudemont devaient l'habiter durant leurs études, il disposa les choses^ dit Bocher^ dans les plus minutieux détails. C'est lui-même qui traça pour eux, dans Tenceinfe du collège, le plan d'une habitation parfaitement disposée pour Tétude :^ il n'oublia rien^ pas même les logements des domestiques.

De l'autre côté de la rivière, les Ânthonistes possédaient encore une église et un hôpital. Le Cardinal transféra cette partie du prieuré à Claude Âlemann^ qui avait approuvé ia cession d'Ulric, avec toutes les obligations qui s'y trouvaient attachées, comme de célébrer l'office divin et d'exercer les. œuvres ordinaires *de charité envers les malades. Une seule condition fut mise k cette translation, c'est que le duc de Lorraine y donnerait son agrément. Cela fait, le cardinal partit sans retard pour Reims, où il devait célébrer les fêtes de la Pentecôte, et de là s'en retourner àPont-à-Mousson, pour continuer son œuvre.

Non content des précautions déjà prises, il écrivit encore à Vienne au Révérendissime abbé de Saint- Antoine, Prieur général de l'ordre des Anthonistes, Ijouis de Langeac, dont il obtint la confirmation de tout ce qui avait été fait. Ainsi, au lieu de l'unique approbation prescrite par le Souverain Pontife, la prudence du Cardinal se ménagea le consentement de quatre Prieurs. Ce fut, de la part du Cardinal, un

acte de sage prévoyance, comme la suite le prouva. En effet, l'année suivante, Charles de Lorraine étant passé à meilleure vie, et Claude Alemann ayant fait don à la Compagnie de six arpents de terre, sans prendre soin d'assurer sa donation par les formalités d'usage^ il arriva , plus de vingt-cinq ans après, en 1 602, que son successeur dans le prieuré, Nicolas de la Ferté, au nom du Prieur et Chapitre général de son Ordre^ revendiqua comme invalide la donation faite à la Compagnie. Nul doute qu'on n'eût agi de même pour la possession de notre église et collège, si le défunt Cardinal avait omis la moindre formalité dans les actes de transmission de Téglise et maison des Anthonistes. ^

Nous avons vu plus haut qne l'assentiment du duc de Lorraine avait été requis : ce à quoi il consentit volontiers. De plus,* voulant témoigner aux religieux démissionnaires la satisfaction qu'il ressentait de leur promptitude à. se rendre aux désirs du Souverain Pontife et du Cardinal, il leur accorda plusieurs privilèges et immunités considérables.

Sur ces entrefaites, de nouveaux troubles agitèrent la France. Charles IX était mort le 30 mai f 574. I^ reine-mère, au préjudice du duc d'Alençon et des autres princes du sang , voulait confier la régence à Charles de Lorraine. De là des murmures et des divisions. Le duc d'Alençon se mit

à la tête des malcontents. Mais ses projets ayant été découverts, il fut mis en prison avec le prince de STavarre. TiCS maréchaux de Montmorency et de Cossé furent renfermés à la Bastille. En même temps, les Huguenots relevaient la tête, pendant que le prince de Condé, passé en Allemagne, levait des troupes contre la France.

Au milieu de cette agitation etdeee mouvement des partis, les Nôtres avaient presque renoncé à voir se conclure la fondation du collège. C'est ce que font voir clairement les lettres écrites par le P. Edmond Hay, Provincial de France, au P. Général : ft Les événements ce précipitent dans ce royaume avec une telle rapidité, que j*ose à peine espérer pour cette année l'ouverture de notre collège de Pont-à-Mousson. J'examinerai cependant quelles sont les intentions de Tétninentissime Cardinal ; il a pu avoir des raisons pour changer de dessein , et je crois en effet qu'il, en a changé , depuis qu'il a écrit à Votre Paternité. Ainsi, nous ne sommes plus dans les mêmes positions à son égard. Si donc Votre Paternité trouve opportun de s'en ouvrir au Cardinal, elle pourra lui l^nifester notre (frainte de voir Son Éminence, dans l'état présent des affaires, ne point donner suite à son dessein , et lui dire que, dans cette crainte, elle n'a rien osé décider avant de s'être assurée de nouveau de ses intentions. »

Une difficulté non moins grave vînt encore s'ajouter à ces incerlitudes. Il fallait, dans ce momentlà même, fonder notre collège de Bourges. Or, €é n'était pas chose facile au Provincial de trouver dans une même année un. nombre suffisant de sujets nécessaires à ces deux fondations : T Université de Pont-à-Mousson et le collège de Bourges, où, surtout dans cette dernière ville^ la Compagnie ' (levait se montrer honorablement en présence des célèbres professeurs Dnaren y Doneau , Cujas et tant d'autres si renommés pour leur science. Heureusement la fondation de Bourges put être difTérée.

Quant au Cardinal, toujours inébranlable dans son premier -dessein et ne reculant jamais devant les difficultés^ il poursuivit son entreprise avec une ardeur plutôt inspirée d'en haut que par la prudence humaine. Grâce à cette ferme volonté qui brisait tous les obstacles, Son Éminence mit tout en œuvre pour ouvrir au moins quelques classes au commencement de la prochaine année scolaire.

Nota. — A la suite de ce premier livre du P. Abram, nous placerons un extrait des lettres relatives à la fondation de l'Université de Pont-à-Mousson. Parmi ces lettres conservées aux aichives de Bome, et dont une. copie envoyée au P. Abram en 1651 se

trouve actuellement aux archives de Nancy, — les plus intéressantes sont celles du P. Ëoiond Auger. Ne pouvant les mettre toutes sous les yeux de nos lecteurs à cause des répétitions inévitables dan$ ces correspondances où plusieurs personnes traitent, en même temps, la même affaire, nous nous bornerons à quelques fragments textuels relatifs à la fondation de l'Université.

Le 9 juin 1574, le P. Emond Auger adressait au Général Everard Mercurien, une lettre en italien dont nous traduisons les passages suivants :

a Mon TRÈS -RÉVÉREND PÈRE GÉNÉRAL,

« L*illustre cardinal de Lorraine , vivement désiré par les catholiques et gens de bien, est arrivé ici avant-hier rejoindre la Cour. Il m'a paru plus que jamais plein de zèle et d'affection au service de Dieu et de ce royaume désolé; il le montrera en toute franchise et liberté , sans se laisser intimider par qui que ce soit. Que Dieu nous le conserve, et fasse que ses paroles et ses conseils soient, pour sa plus grande gloire, exactement suivis.

« Son Éminence m'a parlé de son collège de Pontà-Mousson, m'annonçant un plus long entretien sur ce sujet. J'ai parlé de cette affaire avec le R* P. Pro-

vincial , et il me semble qu*il importe extrêmement de ne point laisser perdre, surtout en ces temps mauvais, une si bonne occasion. Il faudrait donc commencer les coursa la prochaine rentrée des classes^ au mois d'octobre. Son Érainence acceptera des professeurs allemands , italiens, écossais, flamands, français, et aussi des espagnols. Il fera donner le viatique nécessaire au P. Viola, que je lui ai recommandé comme fort capable de diriger les constructions et les choses matérielles. On peut commencer avec un petit nombre de professeurs, mais il les faut bien choisir ; dans un an, le reste du personnel et les scolastiqiies pourront aller les rejoindre. Il semblerait bien convenable que Votre Paternité fit venir de Vienne le P. Jacques Gordon, pour l'envoyer à Pont-à-Mousson avec quelques Pères français et lorrains. Mais surtout que le supérieur soit un homme instruit et de bon jugement, tel qu'il le faut pour gouverner toute cette jeune noblesse qui nous viendra. — Son Éminence donnera mille francs )>our le noviciat de Reims. — J'écris toutes ces choses à Votre Paternité^ m'ingérant ainsi dans l'office d'un autre ; mais je m'y trouve forcé par les instapces de ces grands personnages. »

Dans une autre lettre italienne, également adressée au P. Général, à la date du 5 juillet 1574, le P. Emond Aoger lui dit qu'il sera parfaitement in-

formé de toute l'affaire par le P. Provincial « lequel se trouvait avec lui dans le long entretien qu'ils ont eu avec le Cardinal. « Toutefois, ajoute le P. Auger^ Son Éaiinenoe , qui nous a tenu plus d'une heure dans son cabinet pour exposer ses projets, veut que j'en écrive à Votre Paternité. Il noiis a fait une description trèsdétaillée de Téglise, des classes, des salles^ des chambres , du jardin, etc.. puis du terrain propre aux futures constructions, et spécialement de la maison , avec chapelle et jardins destinés aux jeunes princes de Lorraine, de Vaudemont, d'Âumale et des autres qui suivront les cours du collège. ' — Quant au pensionnat des nobles qui sera établi sur le modèle de celui de Turin^ nous n'aurons à nous en occuper que sous le rapport de la direction religieuse et littéraire. — Si Voire Paternité le veut, on serait en mesure d'ouvrir à la rentrée d'octobre de cette année. — Le Cardinal veut un personnel bien choisi , mais surtout un Recteur qui soit capable de traiter avec les grands. — Après la visite de Billom , le R. P.. Provincial compte se rendre en Lorraine, attendu que le Cardinal a déclaré que Votre Paternité mettra ce collège de Pont-à- MoussonsousrautoritéduProvincialdeFrance,etc.» Dans une lettre du même jour, datée de Paris, le P. Edmond Hay donnait au P. Général à peu près les mêmes détails que le P. Auger.

Le 19 juillet, le P. Auger, écrivant aa P. Général, ajoute : « Quant au Pont-à-Mousson, vous en avez la résolution, le viatique... Vous y besognerez ainsi que vous Tenténdrez; mais vous savez qui vous avez à contenter!»

Le 1*' août, le P Auger presse plus vivement le P. Général. « Maintenant je n'ai qu'a vous prier bien fort d'avoir égard a contenter Mgr le cardinal de I^orrene lequel me dit avant hier encore qu'il a desja acheminé MM. les Princes ses neveux a Pont • a-Mousson en espérance d'avoir en cette St-Remy quelque nombre de régents, les dussions nous prendre icy, dit-il, avec une parole ferme et résolue. Je ne sais comment il porteroit le delay... Je vous écris cecy craignant que rien avienne qui puisse altérer ceste vraye et entière affection qu'il nous porte et qui va toujours croissant. Le plus tost d'est re résolu sera le meilleur... »

Le 2 août, le P. Edmond Hay écrit au P. Général. « J'ai prins la hardiesse de scavoir si Mgr se contenteroit de quelque trois ou quatre regens avec un supérieur que je lui pourrais trouver icy ; il m'a repondu qu'il se contenteroit fort, vu qu'il ne desiroit le commencement des ce^te année icy sinon pour deux choses : l'uiie pour avoir quelques regens pour entretenir les Princes tant de Lorraine, d'Anmaie et aultres de ceste race la, qui^sont desja au

Pont-a-Mousson attendant le commencement du collège et lecteurs : Taiitre pour avoir un supérieur avec un bon mioisXrer el M artha pour reconnoitre tout ce qui appartient, ou pourra appartenir a la fondation du collège.

« Il eut ete bon de n'envoyer par un des Nostres sans voir préalablement toutes nos pièces et estres assures du tout ; mais puisque la fondation a ete acceptée par delà... (et qu'il faut satisfaire au cardi' nai)... S'il plait à votre Paternité que nous fassions ce qu'il désire, je meneray là, à mon retour d'Auvergne, le P. Nicole Clerus lequel, comme j'espère, in D^ s'en acquittera bien. Et pour ce que Mgr le Cardinal désire d'avoir gens expérimentes en matière de lecture et lettres, j'ameneray le P. Didier Cordier, homme bien versé et docte tant au grec comme en latin, pour le premier (cours) et pour les deux plus basses classes, qui seront assez pour cette année cy, j'en trouverai deux autres assez suffisants. Pour prédicateur populaire et catéchiste, comme m'a demande Mgr le Cardinal j'y meneray le P. Pierre Montellier, lequel, comme j'espère, s'en acquittera bien. Pour l'office de M artha je trouverai facilement quelqu'un, etc. »

Le P. Guillaume Creitton annonçait de Lyon, le 24 août 1574, que le roi était attendu dans cette ville pour le 6 septembre, et que la reine-mère, ac-

compagnée du cardinal de Ijorraine, arriverait de Dijon à Lyon dans quatre jours. Henri III fit en effet son entrée à Lyon le 5 septembre^ comme nous le voyons dans la lettre du P. Auger au P. Général, où il lui annonce la longue dépêche dii Cardinal que nous donnerons dans le teinte du P. Abram. A cet avis, le P, Auger ajoute : « Quant aux nouvelles de par deçà : hier soir arriva le roy avec Mons de Savoye. Ce matin le roy m'a veu, m'a embrassé m'a montré le chapelet que ie luy baillay venant de Lorette. le luy ay récommandé la Compagnie : il a fait les plus honnestes offres du monde, etc. »

Par ce même courrier, le P. Provincial rendait compte au P. Général des marques d'affection et de bienveillance données à la Compagnie par le nouveau roi de France Henri III. Nous verrons plus loin cette lettre dans le texte du P. Abram.

Le 4 octobre, le P. Auger mandait de Lyon du P. Possevin, alors à Rome : • Nos Pères sont allés *vers le Pont-a «Mousson — délayant pour Bourges a une autre année — et veux espérer beaucoup de ce collège la pour l'appuy de la maison, dont il dépend. . . Assures vous . que combien que de tout temps l'Eglise doi^e beaucoup par deçà à la prudence et piété de Mgr le cardinal de Lorrene, si veux-je dire que depuis la venue du roy elle lui doit davantage, en plusieurs sortes, que je ne vousman-

• - 32 — dray pas pour le présent; mais ie le cognois tous les iours a veue (l*œil croître eo zèle, dévotions, liberté et piélé, etc.. »

Le même jour, 4 octobre, le P. Auger écrivait au P. Général pour le remercier d'avoir contenté le Cardinal de Lorraine dans l'affaire qu'il avait tant à cœur : Touverlure du collège et le choix du personnel.

« Par les lettres qu'il vous a pieu de m'escrire le 20 du passe, j'ay bien entendu que vous avez prins à cœur l'affaire du Pont-a-Mousson^ par les* gens que vous y envoyez et délibérez y envoyer, n'oubliant aussi quelques- Allemands mettables. Italiens et un couple. d'Espagnols maniables et quelque pe.u tramontanisez; car Mgr le Cardinal est si amoureux et si affectionne a ceste œuvre qu'il ne parle d'aultre chose, voyant bien qu'a l'entrée il est libéralement et richement servi; mesme que né se faisant le collège' de Bourges pour ceste annee^ je croys que le P. Provincial de France a mené de'Billom avec le P. Hayus, le P. Nicolas Clerus (lequel avoit été destiné à la fondation de Bourges) de quoi le dict seigneur a este merveilleusement console, et lui ayant lu^ ce marin, la partie de vostre lettre, qui luy touchoit, il m'a commande vous remercier de sa part attendant que vous fassiez réponse a une sienne gcande lettre, qu'aurez déjà reçue, toute de sa main,

ainsy que je vous escriyis par la dernière depesche. » A cette date du 4 octobre 1 574, toutes les dispositions avaient été prises^ et même depuis plusieurs semaines, pour donner contentement au Cardinal, et ce, dans une réunion indiquée à Nevers, où, comme l'avait écrit à l'avance le P. Auger, les PP. £dA)ond Hay et Claude Matthieu « s* entrebâilleront la lumière pour leur gouvernement — y ayant mis du mien, ajoute le P. Auger, ailleurs et icy, ce que je pouvais pour ce commencement.»

Dans les derniers jours de ce mois d'octobre 1 574, les Jésuites arrivaient à Pont-à-Mousson, comme nous le voyons dans la lettre du P. Claude Mathieu, Provincial, adressée au P. Général et datée du Pont, le 9 novembre \ 574.

« I^ P. Edmond Hay arriva icy avec sa troupe le vendredi avant la Toussaint, et j'arrivay le même . jour à Verdun, la ou je trouvay huit des Nostres q»ie j'avois fait acheminer la pour ce collège du Pont. Il y a déjà deux princes de Lorraine avec d'autres gentilshommes : ils furent hier examines publiquement, après que le P. Recteur eut fait une exhortation latine en nostre église, laquelle à mon advis est la plus belle qui soit encore en la Compagnie. — Il y aura trois fort beaux collèges : un pour messieurs les princes, l'autre pour la Compagnie, et le troisième pour les convicteurs. La aussi seront les V. 3

dasses; et chaque collège aura ses cours et jardins avec toutes sortes de commodités nécessaires pour un collège; mais de cecy j*en escriray une autre fois plus au long et luy enverray la description .des trois collèges. Quant à la rente elle ne court pas encore, jusqu*a la Saint-Martin, mais Monsieur de Verdun nous a pourvus des choses les plus nécessaires et de quelque argent pour nous mettre en ménage. J'espère que, avant que je ne parte de ce pays, M. le Cardinal sera par deçà et alors je traiteray sérieusement avec Son Éminence illustrissime des incommodites des Nostres afin qu'il y poupvoye. J'advertiray vostre Paternité du tout, Dieu aidant. — Le P. Emond Hayus se porte bien Dieu mercy et trouve l'assiette de cette ville sj a propos et sj commode pour escholiers qu'il dit n'en avoir jamais vu de semblable. — I] a avec soy de fort bonnes gens, Dieu mercy, et je pense que nous n'avons faict dommage a collège quelconque par la grâce de Dieu, etc.»

A l'époque du sacre de Henri III, le P. Claude Mathieu se trouvait à Reims. Dans une de ses lettres, datée du 2(T février 1 575, et adressée au P. Général, nous trouvons le passage suivant relatif à r Université :

« Quant au Pont-a-Monsson, les Nostres sont fort bien loges ; il y a six bonnes classes faictes la ou Ton

— aslit, et voudrois bien que toutes les autres fussent parachevées de mesme. M?' le cardinal de Guyse Di*a promis de faire tout parachever — Mais pour ce que je suis Lorrain, et que peut être on me tiendra suspect pour le regard de ce collège, Yostre Paternité pourra escrire au P. Recteur du Pont et a nos consulteurs, qu'ils informent Yostre Paternité a la vérité et sans passion . — Mgr le cardinal de Guyse nous a faict donner quinze cents ecus d'or tous comptant, outre deux mille et davantage que nous avions deia reçu. Avec cela les Nostres pourront vivre et s'accomoder petit a petit.— Je m'en retourne au Pont, avec Monsieur de Verdun pour faire exécuter la bulle de la fondation affinque la chose soit assurée. De là, je m'en iray a Paris, Dieu aydant. » Comme on le voit par un passage de cette lettre, le P. Claude Mathieu, ce féroce Cpurrier de la Ligue^ comme l'appelaient les furieux modérés de l'époque, s'était fort épris de son collège du Pont et de l'incomparable position d'une ville qui ne le cède à nulle autre, par les charmes naturels du territoire et de ses environs. Mais comme, en sa qualité de Lorrain, il craint de paraître trop céder aux charmes du pays natal, il prie le P. Général de s'informer, auprès des autres Pères les plus graves, de la vérité de son dire, et de demander l'avis du P. Edmond Hay, à l'abri de toute partialité, en sa

qualité d'Écossais. Et de fait , comme nous le verrons plus loin, le P. Edmond Hay rendit à la ville de Pont-à-Mousson le très-favorable témoignage qu'elle méritait.

C'est de cette ville que le P. Claiide Mathieu écrivait au P. Général, à la date du 5 mars 1575, de ne pas enlever le P. Nicolas Le Clerc, si nécessaire en ces premiers temps.

« Touchant le P. Nicolas Clerus j'ay escrit a V. Paternité qu'il ne m'a este possible de l'oster d'icy pour encore, sans gaster tout ce commencement. S'il plait à y. Paternité on attendra un peu que les rentes de ce collège soient assignées » , c'est-à-dire que la fondation soit enfin arrêtée.

Le 21 du même mois il écrit de Verdun au P. Général :

a Partant de Rpims avec Monsieur de Verdun, je (le) soUicitois fort que nous allassions au Pont pour mettre en exécution les bulles de Nostre Saint Père touchant la fondation du collège et érection de l'Université et que nous prissions possession solennelle de la maison de^Saint-Antoine — mais il nous fallut premièrement aller à Nancy pour obtenir le placet de Mgr le Duc.

« Et combien qu'il fut fort désole et contristede la mort de la duchesse sa femme qui trépassa le 20 de février. Neantmoinsil nous depescha, et retourna

monsieur de Verdun au Pont le ^ de ce mois et publia la buUe de Nostre Saint-Pere en présence des deux petits princes et de beaucoup de personnes de qualité qui se trouvèrent presens, et prismes possession avec grande consolation et contentement de tous, Dieu mercy. J'enverray a vostre Paternité la prise de possession et le placet du Duc etc. »

IjC p. €laude Mathieu était encore à Pont-à- Mousson le 28 avril, comme nous le voyons par la lettre de cette date adressée au P. Général, et où il lui parle de son entrevue avec le cardinal de Guise, qu'il avait dû suivre de Toul à Nancy, pour y traiter des affaires du collège lesquelles « par la grâce de Dieu sont assez bien acheminées « .

Revenu à Paris, le Provincial écrit de nouveau à sa Paternité pour lui demander les suffrages de la Compagnie en faveur de son vraiment grand ami et bon /?e/'éf Tévéque de Verdun. —Ensuite il presse le Général d'envoyer l'ordre qu'on devra tenir en l'Université, attendu qu'il faudra commencer les cours à la prochaine Saint-Remy , les élèves étant déjà plus de quatre cents et arrivant journellement.

Dans une dernière lettre sur la fondation de l'Université, le P. Claude Mathieu écrit au Général, le 22 novembre 1 575, qu'il a pu enfin tirer de Pont-

à-Mousson le P.Nicolas le Clerc, qui va se rendre à Rome.

« Nous avons achevé la congrégation provinciale, la ou a este eslu pour Procureur le P. Clerus qui partira ceste septmaine. Dieu aydant — cela est (venu) bien a propos pour excuser son allée a Rome, car autrement nous étions en danger d*avoir de grandes plaintes et grande. peine. En pourronsnous eschapper? Je prie V. Paternité, que si Elle ne le trouve propre pour ce qu'Elle Tappelle , qu'Elle nous le renvoie, car nous en avons grand besoin par deçà. J'ai mis en sa place a Pont-a-Mousson le P. Toussaiiis (Russel) qui lira une leçon de théologie positive et le P. (Jean) Oranus, la scolastique. »

Avec cette dernière lettre de Tannée 1575, se termine la correspondance relative aux premiers temps de la fondation du collège et Université de Pont-à- Mousson.

HISTOIRE DE L'UNIVERSITÉ

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