août 1691. Lettres historiques, t. I, p
au moment où la petite vérole fauchait ces malheureuses enfants à Saint- Cyr, M 11 * de Maintenon écrivait :
« Nos enfants sont trop heureuses de mourir de bonne heure '. »
Et nous sommes, nous le répétons, dans la première période de Saint- Cyr, la période brillante, la période d'éducation « élevée et libérale ».
1. 1692, octobre, Lettres historiques, t. I, p. 256, à M m * de Fontaines.
Nous retrouvons la même pensée en 171 1.
« Je crains bien qu'à la fin nous ne perdions beaucoup de nos pauvres enfants ; on ne peut s'empêcher d'en être fâchée, quoique ce soit le plus grand bonheur qui puisse leur arriver.
Je ne puis m'empêcher de regretter les filles que nous perdons quoique je sois persuadée qu'elles sont plus heureuses de mourir que de vivre. » Lettres historiques, t. II, 27, et 3i août, p. 35i et 352.
On sait à quoi se réduisait le programme à cette époque, alors que Ton représentait Esther et que la maison était dans tout son éclat : au catéchisme, à la lecture, à l'écriture, à la musique. On y ajoutait un peu d'orthographe, et, s'il est possible de se servir de ces mots quand on parle de l'enseignement donné à Saint-Cyr, un peu de géographie et d'histoire.
On affirme, il est vrai, que M me de Maintenon a appliqué dans sa maison le programme de « l'éducation des filles » de Fénelon, que ce programme a été celui de Saint-Cyr jusqu'en 1692, que même à partir de cette époque « l'esprit de l'éducation des filles » y a subsisté.
Autant d'inexactitudes.
Jamais, à aucun moment, le pro-
gramme de Fénelon n'a été appliqué à Saint-Gyr; car M™ de Maintenon élevait les jeunes filles pour le couvent, tandis que Fénelon les élevait pour la famille.
Le programme de Fénelon comprenait : la lecture, l'écriture, la grammaire, les quatre règles de l'arithmétique, les histoires grecque et romaine, l'histoire de France, l'économie domestique, le droit, la musique, la peinture.
Fénelon voulait que l'on enseignât le droit aux jeunes filles parce qu'il estimait utile
« qu'elles sussent quelque chose des principales règles de la justice : par exemple, la différence qu'il y a entre un testament et une donation ; ce que c'est qu'un contrat, une substitution, un partage de cohéri-
tiers, les principales règles du droit ou des coutumes du pays où Ton est pour rendre ces actes valides ; ce que c'est que propre, ce que c'est que communauté, ce que c'est que biens meubles et immeubles ; si elles se marient, ajoutait-il, toutes leurs principales affaires rouleront là dessus. »
Fénelon insistait sur l'enseignement de l'économie domestique :
« Il faut sans doute, disait-il, un génie bien plus élevé et plus étendu pour s'instruire de tous les arts qui ont rapport à l'économie, et pour être en état de policer toute une famille, qui est une petite république, que pour jouer, discourir sur des modes, et s'exercer à de petites gentillesses de conversation Il est
bon d'accoutumer les femmes dès l'enfance à gouverner quelque chose, à faire des comptes, à voir la manière de faire les marchés de tout ce qu'on achète et à savoir
comment il faut que chaque chose soit faite pour être d'un bon usage. »
Fénelon recommandait l'enseignement de l'histoire grecque et romaine « parce que les jeunes filles, disait-il, » y verront des prodiges de courage » et de désintéressement ».
Enfin Fénelon conseillait aux jeunes filles « la lecture des ouvrages d'élo- » quence et de poésie ».
Où voit-on la trace de ces enseignements à Saint-Cyr ? On ne peut au contraire rien rêver de plus dissemblable ! Ces règles de la justice dont parle Fénelon où sont-elles ? et l'économie domestique ? et l'histoire et les ouvrages d'éloquence et de poésie, où sont-ils ? Jamais Saint-Cyr n'en a entendu parler.
ioo l'université
L'économie domestique était comprise par M me de Maintenon à sa manière ; elle recommandait aux religieuses de a tirer service » des jeunes filles; de se servir des « noires » pour soulager les dames dans leurs charges comme aux classes, à la porte, à la sacristie... », des « bleues » et des « jaunes » « pour changer de lit à Tinfirmerie, pour la nettoyer à fond »
ou « à la lingerie, au garde-meuble, au réfectoire, à la sacristie ou ailleurs » ; les jeunes filles devaient de plus « aider les servantes à porter du bois.,. » Les « petites » devaient ramasser des fruits, éplucher les fleurs pour les sirops '.
i. 1700. Lettres et entretiens, t. I, p. 286, Instructions aux dames de Saint-Louis sur le secours qu'on peut tirer des demoiselles.
ET MADAME DE MATNTENON IOI
Imagine-t-on une économie domestique plus étrangement entendue ?
Non seulement on n'enseignait pas à Saint-Cyr l'histoire grecque ou romaine, mais jamais on ne devait se servir de « citations ou d'exemples » profanes de nature à enorgueillir ou
* à dégoûter de l'humilité du chris- » tianisme l ».
M me de Maintenon craignait que
* tous ces grands traits de générosité
* et d'héroïsme n'élevassent trop l'es- » prit des jeunes filles 2 ».
1701. Lettres et entretiens, t. I, p. 348, réprimandes aux jeunes filles de la classe jaune»
1702, t. I, p. 395. Entretiens avec la classe verte.
1. 1691, Lettres et entretiens , t. I, p. 77. Avis aux maîtresses des classes.
2. 1696, Lettres et entretiens, t. I, p. 226. Instructions aux religieuses de Saint-Louis.
On nous dira : Mais Athalie, mais Esther, que, par parenthèse, M me de Maintenon « adorait » ? Soyons donc sincère. Ces représentations fastueuses où plus d'un personnage illustre pouvait se reconnaître avaient une tout autre destination que de former des bleues, des noires ou des jaunes.
Les ouvrages recommandés par M me de Maintenon sont ses Conversations morales; son livre préféré c'est Introduction à la vie dévote de saint François de Sales, On peut y joindre les Confessions de saint Augustin, les Lettres de sainte Thérèse, les Écrits du jésuite Rodriguez, les Cantiques spirituels de Racine, le Jephté de Pabbé Boyer, les Stances chrétiennes de l'abbé Testu, etc.
M me de Maintenon, au reste, ne recommande pas la lecture : * La lec- » ture fait plus de mal que de bien » aux jeunes filles 1 . »
Nous tenons à le redire : l'enseignement à Saint-Cyr, c'était le catéchisme, la lecture, l'écriture, un peu d'orthographe et quelques notions très sommaires de géographie et d'histoire.
L'histoire devait être enseignée de
manière
« à connaître les princes de sa nation et à les savoir suffisamment pour ne pas brouiller la suite de nos rois et leurs personnes avec les princes des autres Empires ... ; mais tout cela sans règle ni méthode, et seulement pour n'être pas plus ignorante que le commun des honnêtes gens 2 . »
i. 1705. Lettres et entretiens, t. II, p. 127. 2. 1696, juin. Idem, t. I, p. 225. Instructions aux religieuses de Saint-Louis.
ÏO4 l/UNIVERSITÉ
On se servait du petit livre, rédigé par demandes et réponses, de l'abbé Le Ragois. Ce livre a survécu à la Révolution. Il a été revu, augmenté, corrigé suivant les régimes qui se sont succédé depuis 1789, et était, il y a quelque temps encore, en usage dans les couvents.
Chaque roi de France avait son médaillon, et quel médaillon ! son distique, son numéro d'ordre avec l'indication de la date du règne.