‹ L'Université et Madame de MaintenonChapitre 55 sur 58 · G95, i3 déc, Corr. gén. y t. IV, p · texte numérisé non relu

G95, i3 déc, Corr. gén. y t. IV, p

2. 1696, i er janvier, Corr.gén., t. IV, p. 57. }. 1700, 37 février. Corr. gèn. % t. IV, p. 3 18.

traits exclusivement empruntés, nous insistons sur ce point, aux travaux les plus étudiés des admirateurs de M me de Maintenon, si nous n'avions à mettre sous les yeux de nos lectrices un document d'une importance capitale.

Nous le trouvons dans la Correspondance générale, publiée par M. Lavallée. L'authenticité du document est incontestable : l'original n'a pas été détruit. Les anciennes précautions n'étaient plus observées avec la même vigilance, ni recommandées avec la même application. On était tout occupée de son rôle, de soucis multiples, parmi lesquels celui de servir les passions des amis qui pouvaient nous aider à obtenir la déclaration publique d'un mariage toujours tenu secret.

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Ce document que passent sous silence, feignant de l'ignorer, les personnes obligeantes qui ont pris à tâche l'apologie de M mc de Maintenon, est relatif au retrait de la révocation de Tédit de Nantes. Il nous semble difficile, après la lecture de cet écrit, de contester l'action capitale exercée par M me de Maintenon dans les affaires religieuses en général, et en particulier la part qu'elle a prise non seulement à cette révocation, mais à son maintien rigoureux, lorsque, dix ans plus tard, on demanda au Roi, au nom de la patrie et de l'humanité, de revenir sur cet acte ou d'en atténuer tout au moins les conséquences.

Malgré la peine des galères édictée contre les protestants qui cherchaient

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à fuir, malgré la peine de mort édictée contre ceux qui favorisaient cette fuite, ces Français mis hors la loi, par centaines de mille, avaient franchi par milliers les frontières, portant en Allemagne, en Angleterre, en Suisse, en Hollande, jusqu'en Suède et en Amérique, leur activité, leurs talents, leur génie avec leur juste colère contre la France qu'ils identifiaient, hélas! avec le Roi et M me de Maintenon qui les frappaient.

Ce crime, plus odieux peut-être que celui de la Saint-Barthélémy, avait de plus allumé une guerre nouvelle dans laquelle toute l'Europe se précipitait sur la France.

Vauban, pour atténuer s'il était possible l'un des malheurs les plus grands qui aient frappé la France proposa,

dans un mémoire au Roi de faire rentrer les protestants.

Le Roi, € apparemment », dit M. Lavallée, communiqua le mémoire à M me de Maintenon. Elle prit feu à la vue d'une proposition

« qui lui parut contraire, dit M. Lavallée, au vrai bien de l'Eglise et de l'État ; et quelqu'éloignée qu'elle voulût être de se mêler des affaires, elle crut devoir s'intéresser à celle-ci, à cause de ses conséquences pour la religion à laquelle elle était prête de tout sacrifier, Jusqu'à sa modestie même \ »

Elle y sacrifia tout, en effet, et jusqu'à cet amour de la paix pour laquelle elle faisait dire des prières à Saint-Cyr, de cette paix qui, à ses yeux, nous le

i. Correspondance générale, t. IV, p. 198.

Notes préliminaires.

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répétons, devait être l'écrasement des hérétiques.

Voici les passages les plus marquants de son mémoire en réponse à la prière de Vauban * :

(s Si les choses étaient aujourd'hui au même état que lors de Pédit qui révoqua celui de Nantes, je serais d'avis, sans balancer, qu'il faudrait s'en tenir à cette révocation, se contentant d'abolir l'exercice de la religion réformée, et penser à réunir peu à peu les sujets du Royaume dans la même religion, en excluant, dans les occasions qui se présenteraient, les huguenots des charges et emplois, et s'appliquant avec patience et avec douceur à lés convertir en les persuadant de la vérité.

Mais dans la situation où Ton se trouve aujourd'hui, il faut, ce me semble, changer d'idée

Dans la conjoncture présente, cette démarche serait regardée par les pays étrangers, dans le Royaume même, et surtout par les huguenots fugitifs et les huguenots convertis, comme une appréhension causée par la situation des affaires.

Une partie de ceux qui ont passé dans les pays étrangers, affaibliraient l'Etat plutôt que de le fortifier, par leur retour.

Ce sont les plus entêtés et les plus opiniâtres du parti qu'on a vus capables de renoncer à leurs biens, à leur patrie, aux devoirs les plus essentiels et même à leur légitime Souverain plutôt que de plier à ce qu'on exigeait d'eux

Enorgueillis par le bon succès de leur opiniâtreté, ils confondraient par leurs reproches et leurs railleries les nouveaux convertis ; c'en serait assez pour faire retomber le petit nombre de ceux qui ont connu la vérité, mais dont la foi n'est pas encore bien affermie, ceux qui sont incertains, et qui avec le temps auraient pu

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suivre le bon parti seraient fixés à demeurer dans le mauvais, et pour ceux qui sont huguenots dans le cœur, il y aurait moins d'espérance que jamais de leur

conversion Ils compteraient pour

rien le changement que l'on ferait en leur faveur s'il n'était suivi d'un accord qui les remît au même état où ils étaient avant la révocation de l'édit de Nantes

Si Ton accordait la liberté de conscience, pourrait-on ôter aux pères et aux mères l'éducation de leurs enfants ?

Si on le faisait, ils seraient plus irrités qu'ils ne sont aujourd'hui ; si, comme je crois qu'il serait impossible de l'éviter, on les en laissait maîtres, ce serait perpétuer dans le royaume un corps puissant que la religion tiendrait toujours dans des intérêts contraires -au bien de l'État.

De plus, par rapport au Roi, j'ai

répugnance à un changement tel que serait celui qu'on propose. Quitter ainsi

une entreprise qu'il a poussée si hautement, sur laquelle il a permis qu'on lui ait donné tant de louanges, et dans laquelle ses ennemis ont toujours publié qu'il succomberait, il me semble que cela intéresserait sa réputation et serait contraire à la sagesse et à la fermeté ordinaire de ses résolutions.

De toutes ces raisons, il me paraîtrait résulter que le meilleur parti qu'il y aurait à prendre serait, sans donner une nouvelle déclaration et sans révoquer aussi aucune de celles qui ont été données, de continuer, comme on a déjà commencé, à adoucir insensiblement la conduite envers les nouveaux convertis

Ne pas faire traîner sur la claie les corps de ceux qui auraient refusé les sacrements à la mort, et ne point faire recherche des effets mis dans le commerce par ceux qui sont hors du royaume.

Pour les attroupements j^pprou-

verai les châtiments les plus rigoureux,

pourvu qu'ils tombent sur les seuls

coupables.

Veiller pendant la guerre, autant qu'il se pourra, à l'éducation des enfants ; mais, au retour de la paix, considérer cette affaire comme une des principales de l'Etat, prendre des mesures suivies et uniformes pour éloigner les jeunes gens de leurs familles, n'épargner ni soins ni argent pour leur trouver hors de chez eux la subsistance nécessaire ; cela, dans tous les temps, demanderait un grand examen pour former un plan général dont il ne faudrait plus se départir. Par cette conduite, on parviendrait à anéantir en France la religion prétendue réformée, et on pourrait la délivrer d'un mal dont elle souffre depuis longtemps.

L'auteur parle de zèle et de fidélité comme si on avait oublié tout ce que l'histoire rapporte de la conduite des huguenots depuis leur origine. N'ont-ils pas fait des guerres sanglantes à nos Rois?

N'ont-ils pas attiré plusieurs fois des armées étrangères ? De ce règne ici, nV t-on pas découvert la suite de leurs mauvaises intentions par un acte secret de leurs synodes, dans un temps où ils espéraient que Cromwell pourrait les appuyer? Et ne voit-on pas encore aujourd'hui, par les lettres de ceux qui sont fugitifs, combien ils sont portés pour le prince d'Orange et pour les autres princes de leur religion ? L'auteur du même mémoire se trompe aussi quand il attribue la Ligue des princes protestants aux mauvais traitements que les huguenots ont soufferts. Elle me paraîtrait plutôt un effet de leur politique, et une suite de la jalousie et de Tanimosité qu'ils ont conçue depuis longtemps contre la France 1 . »

Ce mémoire, qui est un morceau achevé, justifie tous les hommages

i. Correspondance généraient. IV, p. 198 et suivantes.

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rendus à la" hauteur de vues de M me de Maintenon. Pour notre part il nous fait horreur.

Ainsi le Roi, circonvenu par M me de Maintenon, avait signé la révocation de Tédit de Nantes.

Le Roi, sous l'influence de M me de Maintenon, scella à nouveau cet attentat dont on ne peut avoir l'exacte mesure qu'en faisant le compte des familles émigrées ', le compte des savants, des hommes d'État, des hommes de guerre dans les veines de qui coule le sang français et que le désespoir a livrés à l'étranger pour accroître sa fortune et sa renommée,

Nous nous abstiendrons de comp-

i. Voir l'enquête des intendants destinée au duc de Bourgogne.

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ter ceux qui sont morts sous le sabre des dragons ou aux galères.

On se souvient du mot de Frédéric II à l'ambassadeur de Louis XV.

L'ambassadeur lui demandant ce que pourrait faire pour lui être agréable, le Roi de France : « Une seconde révocation de l'Édit de Nantes », aurait répondu Frédéric. Ce mot qu'il ait été dit ou non est la représentation d'un fait certain.

Voici l'édit qui fut publié à la date du i3 décembre 1698 :

« A ces causes, Sa Majesté déclare qu'elle veut et qu'il lui plaît que son édit du mois d'octobre i685 portant révocation de celui de Nantes et autres faits en conséquence soient exécutés, faisant itérative défense à tous ses sujets de faire aucun exercice de la religion prétendue

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réformée dans toute l'étendue de son royaume, de s'assembler pour cet effet en aucun lieu, en quelque nombre et sous quelque prétexte que ce puisse être, de recevoir aucun ministre et d'avoir aucun commerce avec eux directement ou indirectement 1 . »

Deux citations encore pour en finir avec ce lamentable sujet.

M me de Maintenon termine une lettre à M me de Glapion par ces mots :

« On a défait 1,800 Camisarts; je de* manderai à notre Mère une procession pour remercier Dieu \ »

Et elle écrit à M me du Pérou :

« Ne cessez pas de prier, l'affaire des fanatiques n'est pas finie \ »

i. Correspondance générale, t. IV, p. 240.

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